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Deux frères, deux points de vue différents : de jeunes chrétiens de Kirkouk dépeignent leur perspectives d’avenir – « L’Aide à l’Église en Détresse » leur a rendu visite

Par Oliver Maksan, AED International

Adaptation par Amanda Bridget Griffin, AED Canada

Kirkouk : L’Irak en modèle réduit. Cette ville multiethnique au nord du pays meurtri est la patrie de Kurdes, Arabes, Turkmènes et chrétiens. Différentes religions, langues, appartenances ethniques s’y côtoient. Cette coexistence est donc riche en conflits, d’autant que la province de Kirkouk possède d’importantes ressources pétrolières. Depuis des années, des attentats ébranlent la ville, faisant aussi des victimes parmi les chrétiens. Après la progression de l’État Islamique en Irak et au Levant (EILL) en juin, les Kurdes ont occupé la ville et l’ont intégrée à la zone qu’ils contrôlaient déjà auparavant. Les djihadistes d’EILL sont à une vingtaine de kilomètres à peine et veulent aussi s’emparer de Kirkouk. Beaucoup de gens craignent qu’à un moment ou à un autre, il y aura des combats. Mais comment vit-on dans une telle situation lorsqu’on est chrétien ?

« Le réservoir de ma voiture est toujours plein. Si la situation escalade, je prends ma femme et mon enfant et nous nous enfuyons d’ici. Momentanément, il y a une pénurie de carburant chez nous parce qu’une grande raffinerie fait l’objet de combats. Pour économiser l’essence, je vais déjà en bicyclette au travail. Je ne veux prendre aucun risque. » Karam a 23 ans. Comme environ 5 000 autres habitants de Kirkouk, le jeune père de famille est chaldéen catholique. Sa femme est enceinte de leur deuxième enfant qui naîtra bientôt. « Je n’aurais jamais cru que j’envisagerais de partir un jour. Mais maintenant, je ne suis plus seul, je suis en charge d’une famille. » Mohand opine de la tête. Le jeune homme de 26 ans est le frère aîné de Karam. Il est séminariste, fait des études de théologie et sera ordonné prêtre dans quelques années. Il estime que ce sera « dans trois ans, si tout se passe bien ». « Je comprends mon frère. Il a une femme et un enfant. Nous en parlons beaucoup au séminaire. L’émigration de nos fidèles est vraiment le plus grand défi auquel nous devons faire face. » Selon le jeune séminariste, il n’y a pas de solution universelle à cette situation. « Les gens ont peur pour leurs enfants. Lorsque je dis à une jeune famille : Restez, ne partez pas !, ils me répondent : Et que ferons-nous s’il y en a un qui vient pour nous tuer ? Qui assurera notre sécurité ? ». Ces derniers jours, ce dilemme de devoir échanger la sécurité contre leur patrie, préoccupe de nombreux chrétiens irakiens. « Surtout que ce sont en majorité les familles bien formées et aisées qui envisagent d’émigrer. En Occident, ils peuvent facilement prendre pied en tant qu’ingénieurs ou médecins. Ceux qui restent sont ceux qui n’ont pas les moyens de partir », affirme Mohand.

ACN-20140716-11514_da609Depuis qu’il a 14 ans, le jeune homme sait qu’il veut être prêtre. « Je conçois le prêtre comme une bougie brûlante de la foi et de l’espérance. Si elle s’éteint, alors la foi s’éteindra aussi. » Selon Mohand, il faudrait éduquer les chrétiens à mieux comprendre leur foi. « Souvent, ce n’est qu’une croyance par pure habitude. Cependant, il faut qu’elle devienne une conviction en toute conscience », poursuit-il. « Nous autres chrétiens devons être la lumière du monde et le sel de la terre. Un repas sans sel n’a aucune saveur. C’est la vocation chrétienne, également ici en Irak. »

Karam confirme les propos de son frère. « J’aime ma patrie et ma foi. Mais ce n’était déjà pas facile de vivre ici en tant que chrétien avant même la progression d’EIIL. » Le jeune homme a fait des études d’agronomie. « J’étais le deuxième meilleur étudiant de ma promotion, mais je ne trouve pas d’emploi. » Maintenant, il travaille comme chauffeur de l’évêque de Kirkouk. « L’Église nous aide autant qu’elle peut. Mais tous les bons emplois vont aux musulmans. Pour les chrétiens, il est difficile de trouver quelque chose. J’ai par exemple présenté ma candidature chez Northoil, une grande entreprise pétrolière de Kirkouk. Mais ici, ce sont les chiites qui sont aux commandes, et qui positionnent leurs coreligionnaires. Nous, les chrétiens, en sommes pour nos frais. Seules l’armée et la police proposent du travail aux chrétiens. Mais seulement parce que c’est tellement dangereux et que personne ne veut le faire. »

Globalement, les relations avec les musulmans ne seraient pourtant pas mauvaises selon Karam. « Je n’ai jamais eu de problèmes avec eux. Beaucoup de musulmans nous estiment en notre qualité de chrétiens, parce que nous ne sommes ni agressifs ni violents. » Mais selon lui, les limites entre les religions restent tout de même nettes. « La plupart du temps, les contacts se limitent à quelques échanges d’amabilités entre voisins ou dans les magasins. Je ne suis vraiment lié d’amitié qu’avec des chrétiens Nous vivons dans une communauté fermée. »

Entre-temps, l’Église s’efforce de tendre la main aux concitoyens musulmans. Actuellement, environ 500 familles majoritairement musulmanes bénéficient du soutien du diocèse de Kirkouk, qui leur fournit de la nourriture. Seules vingt familles d’entre elles sont chrétiennes. Des adolescents de la paroisse aident les religieuses à préparer des colis pour les déplacés qui ont fui devant les troupes d’EIIL et cherché refuge à Kirkouk. Des fèves, du sucre, de la farine et du riz sont emballés dans des sachets jaunes. « Notre foi nous enseigne à ne pas faire de différence. L’amour de Dieu s’adresse à tous les êtres humains, qu’ils soient musulmans ou chrétiens », explique Mohand. « C’est ainsi que je conçois notre rôle ici, Je ne veux pas partir. Jésus en personne a planté notre foi ici au Proche-Orient. Ma place est ici. »

Au cours des cinq dernières années, « L’Aide à l’Église en Détresse » a soutenu l’Irak en accordant environ 3.75 millions CAN.

 

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