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05 Fév 2020, by Mario Bard in Inde

Inde
Empêcher le pays de devenir un État confessionnel

Propos recueillis par Doreen Abi Raad, collaboratrice ACN International
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 5 février 2020

 

Des millions de manifestants dans toute l’Inde ont protesté contre l’amendement controversé à la loi sur la citoyenneté (CAA), qui n’accélère l’acquisition de la citoyenneté que pour les réfugiés non musulmans. Les critiques accusent la CAA de créer un dangereux précédent pour le pays, en utilisant la religion comme critère de citoyenneté.


Le gouvernement indien prévoit également la mise en œuvre de deux autres mesures en matière de citoyenneté – le Registre national de la population et le Registre national de la citoyenneté – qui pourraient avoir une incidence négative sur la communauté chrétienne de l’Inde. Comme la plupart des chrétiens indiens n’ont pas l’acte de naissance requis pour prouver leur citoyenneté, ils pourraient être contraints de s’identifier comme hindous.

Le Père jésuite Cédric Prakash est le fondateur de Prashant, le Centre jésuite pour les droits de l’homme, la justice et la paix, basé à Ahmedabad, dans l’État du Gujarat, qui est, avec ses six millions d’habitants, la 6e ville de l’Inde. Il fait partie d’une campagne nationale de citoyens, Nous le peuple de l’Inde, dont le but est d’exiger le retrait immédiat et sans condition de la CAA, du Registre national de la citoyenneté (RNC) et du Registre national de la population (RNP). Le Père Prakash s’est entretenu avec l’Aide à l’Église en Détresse.

 

 

« En garantissant la citoyenneté à tous les sans-papiers à l’exception des musulmans, la CAA risque de déchirer le pays, de rouvrir les blessures de la partition [entre l’Inde et le Pakistan], et finalement, de détruire les principes laïques et démocratiques de la Constitution. De plus, cette loi est manifestement discriminatoire, elle divise et est radicale. Elle est également clairement inconstitutionnelle et va à l’encontre de l’esprit du cadre laïque et démocratique de l’Inde. »

 

« Le peuple réclame une société plus juste, plus humaine et plus égalitaire, dans laquelle sa dignité et ses droits soient respectés. En tant qu’être humain, chrétien et jésuite, je n’ai pas d’autre choix que d’écouter et de répondre à ces cris, surtout en essayant d’accompagner, comme je le peux, ceux qui souffrent. La personne et le message de Jésus lui-même sont ma force motrice. »

 

« Les lois sur la citoyenneté sont particulièrement problématiques pour les chrétiens, puisque la majorité des citoyens indiens n’ont pas de certificat de naissance officiel délivré par le gouvernement. Auparavant, les documents d’identité tels qu’un permis de conduire, un passeport ou un certificat de l’école secondaire étaient acceptés comme preuve de naissance. Et pour les chrétiens, en particulier les catholiques, un certificat de baptême suffisait.  Ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, pour prouver que vous êtes un citoyen indien, vous devez produire un certificat de naissance provenant d’une agence gouvernementale officielle. »

« En Inde, un nombre considérable de chrétiens appartiennent aux castes inférieures et aux groupes ethniques autochtones, la plupart d’entre eux étant originaires de régions reculées du pays. Pour eux, obtenir le certificat de naissance obligatoire est impossible ».

 

« S’ils disent qu’ils sont hindous, leur absence de papiers pourra être négligeable. Mais s’ils insistent pour dire qu’ils sont chrétiens et qu’ils sont incapables de produire la documentation requise, ils risquent d’être déclarés apatrides. Ils pourraient alors être envoyés dans des camps de détention et même être expulsés Dieu sait où. Tout cela aura des implications très graves pour l’avenir des chrétiens ».

 

« Ce sont des temps extrêmement difficiles pour les chrétiens en Inde. Il y a eu des attaques constantes contre les pasteurs, les prêtres et les chrétiens laïcs. Les biens de l’Église sont ciblés. L’intimidation, le harcèlement et le dénigrement des chrétiens par des groupes nationalistes proches de l’idéologie appelée Hindutva se poursuivent avec une régularité effrayante. »

 

« L’Hindutva n’a rien à voir avec l’hindouisme dominant, qui est dans l’ensemble plutôt tolérant. Il y a un très faible pourcentage d’Indiens qui souscrivent à l’idéologie Hindutva, mais aujourd’hui ils contrôlent les rênes du pouvoir au niveau du gouvernement central et de certains États indiens. Ceux qui adhèrent à l’Hindutva croient au dicton fasciste « une nation, une religion, une langue ». Tous les autres sont censés se soumettre, et les membres des minorités, en particulier chrétiennes et musulmanes, sont traités comme des citoyens de seconde classe ».


Les chrétiens en Inde sont environ 30 à 35 millions, dont environ 70% de catholiques. Malgré ce chiffre impressionnant, ils ne représentent que 2,3 % de la population indienne.