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Communiqué : Saisie « brutale » en Érythrée des institutions de santé gérées par l’Église

Érythrée

Saisie « brutale » des institutions de santé gérées par l’Église

Par Tobias Lehner, pour ACN International
adapté par Mario Bard pour AED-Canada
publié sur le web le 11 juillet, 2019

Commencée à la mi-juin, la saisie des 21 établissements de santé tenus par l’Église catholique en Érythrée s’est déroulée de manière « brutale », a expliqué en entrevue la semaine dernière à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) le père Mussie Zerai, lui-même originaire d’Érythrée, mais présentement en service pastoral à Rome. « Les patients ont littéralement été jetés hors de leurs lits. L’armée a détruit des portes et des fenêtres et fait pression sur les employés […] Une religieuse franciscaine, directrice d’un hôpital du nord du pays, a même été emprisonnée parce qu’elle résistait. »

 

«Rien ne justifie l’action du régime. Elle sanctionne ceux qui s’occupent des plus pauvres », estime le Père Zerai. Sans compter la souffrance qu’elle fait vivre aux 200 000 personnes qui reçoivent chaque année des soins de la part de ces institutions maintenant fermées.  Car, pour l’instant, le gouvernement n’a annoncé aucune nouvelle mesure de remplacement. Sa volonté première est de « nationaliser » les institutions de santé pour favoriser « la séparation des pouvoirs » et contrôler tout le secteur social, selon une loi qui date de 1995, mais qui n’avait jamais été appliquée de manière aussi brutale. Le père Zerai indique que « la plupart des patients n’étaient pas des catholiques, mais des chrétiens orthodoxes, des musulmans et des membres d’autres religions. Souvent, les établissements sont situés dans des régions très isolées [et pauvres] ». En 2018, huit dispensaires avaient été fermés de force.

 

Des observateurs étrangers supposent que cette nouvelle escalade de violence étatique vient du fait que le président Isaias Aferweki prend ombrage de la trop grande assurance qu’exprime ces derniers mois l’Église catholique dans le processus de paix avec l’Éthiopie. Pour le Père Zerai, la situation est très claire : « Le gouvernement est obsédé à vouloir contrôler tout un chacun. Il considère l’Église catholique comme une menace parce qu’elle dispose d’un réseau international et [qu’elle ose] poser des questions. »

Tous les croyants souffrent dans cet État marqué par l’athéisme

Il est estimé que de 120 000 à 160 000 catholiques vivent en Érythrée, alors que la moitié de la population est chrétienne et appartient aux Églises orthodoxes ou évangéliques luthériennes. Ce sont d’ailleurs les seules Églises chrétiennes qui soient tolérées par le régime, avec l’Islam sunnite. Une situation qui présente des similitudes avec celle observée dans certains régimes communistes, où les traditions religieuses officielles cohabitent en parallèle avec celles qui refusent toute ingérence étatique dans leurs affaires. Ou bien pire, quand elles sont honnies ou carrément interdites par le régime, et doivent donc rentrer donc dans la clandestinité.

 

 

De plus, contrairement à de nombreux pays d’Afrique du Nord, l’islam n’est pas la religion d’État en Érythrée. Le pays est « marqué par l’athéisme. Si cela ne dépendait que du gouvernement, il n’y aurait aucune religion. En fin de compte, cela procède du même type de pensée qu’en Chine », estime le père Zerai. En tous les cas, ce sont tous les croyants qui souffrent d’une pareille situation.

Pas de Constitution, pas de droits fondamentaux

« La raison pour laquelle de plus en plus de jeunes Érythréens partent pour l’étranger réside dans l’absence d’État de droit », estime le Père Zerai. Il n’existe aucune constitution, et ce, malgré l’indépendance du pays proclamée en 1993. « Les gens peuvent donc être arrêtés et emmenés de chez eux sans raison. Le service militaire s’est transformé en esclavage légalisé. Les jeunes gens sont privés de toute possibilité de se construire un avenir », déplore-t-il. Certes, à l’heure actuelle, « les États tentent d’impliquer plus fortement l’Érythrée à l’échelle internationale pour déclencher une certaine ouverture », explique-t-il. Mais, bien que le pays ait été élu au Conseil des droits de l’homme des Nations unies en octobre 2018, la situation y demeure critique et le pays reste isolé. Rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme en Érythrée, Mme Daniela Kravetz considère que les actions des dernières semaines contre les institutions médicales tenues par l’Église catholique « montrent que, et bien qu’il y ait eu une amélioration du climat de sécurité et de paix dans la région, la situation des droits de la personne demeure inchangée. » Une situation qui s’applique également à la liberté de religion.

 

 

Cependant, et ce malgré les violences actuelles, le prêtre est convaincu que « l’Église catholique poursuivra ses activités pastorales, mais aussi sociales. Comme il est écrit dans la Bible : la foi n’est rien sans véritable engagement, sans œuvre. Retirer à l’Église la possibilité de pratiquer la charité, c’est comme si on lui amputait un bras. »

 

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Rien que depuis 2016, l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED) a soutenu en Érythrée 44 projets, allouant environ 1,35 millions de dollars. Ces fonds ont permis de financer des aides à la construction de chapelles et d’institutions de l’église, des bourses, des automobiles assurant la mobilité des prêtres ainsi que l’aide à la subsistance de religieuses.

 

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