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Catholiques du monde arabe: 

« Nous allons prier pour l’État islamique »

 

L’Année sainte de la Miséricorde solennellement proclamée le pape François le 8 décembre à Rome est accueillie avec joie par les catholiques du monde arabe, du Maroc à l’Irak. Aide a l’Église en Détresse (AED) a contacté ses partenaires dans la région.

 

Le Père Dankha Issa est un moine de l’ordre chaldéen d’Alqosh. Des centaines de chrétiens déplacés ont cherché refuge dans cette ville lorsque leurs propres villages ont été conquis l’année dernière en été par les djihadistes. Cette ville ancestrale exclusivement chrétienne se situe au nord de l’Irak. À vol d’oiseau, le monastère Notre-Dame des Semences d’Alqosh n’est qu’à environ quinze kilomètres du front de l’ÉI. Depuis les montagnes d’Alqosh, la nuit, on peut apercevoir les lumières de l’ÉI.

Au centre, le père Issa, qui a dû fuir la violence de l'ÉI en 2014. « Ce jubilé nous redonne espoir. Espérons donc que cette année éteindra le feu de la haine et apportera la paix. »
Au centre, le père Issa, qui a dû fuir la violence de l’ÉI en 2014. « Ce jubilé nous redonne espoir. Espérons donc que cette année éteindra le feu de la haine et apportera la paix. »

 

« Nous sommes très reconnaissants à notre Saint-Père d’avoir proclamé l’Année sainte de la Miséricorde. C’est une période de grâce pour nous », affirme le prêtre, lui-même obligé l’année dernière en juin de s’enfuir de Mossoul devant les troupes de l’ÉI. « Ce jubilé nous redonne espoir. Espérons donc que cette année éteindra le feu de la haine et apportera la paix. » Pour le Père Dankha Issa, il est important que les chrétiens d’Alqosh ressentent la bonté de Dieu pardonnant tous les péchés.

« Cette année, c’est particulièrement la Miséricorde de Dieu envers nous autres pécheurs qui nous est rappelée. Dieu nous pardonne. Mais cela signifie aussi que nous devons nous pardonner les uns aux autres, même aux gens de l’ÉI, qui nous ont fait tant de mal. Car en fait, lorsque l’on est chrétien, on doit aussi aimer ses ennemis. »

 

Le Père Dankha Issa est conscient que c’est loin d’être facile. « Sur le plan humain, c’est à peine possible. Mais dans la foi, c’est plus facile. Dieu peut tout.» Le moine espère surtout que les djihadistes se détourneront de la violence. « Bien entendu, nous avons l’espoir que Dieu ouvre et adoucisse le cœur des gens de Daech, afin qu’ils cessent leurs agissements meurtriers. Prions à ce qu’Il chasse de leurs cœurs la haine et la violence et que l’amour y entre. » Cette année également, son monastère veut permettre aux réfugiés de ressentir la Miséricorde divine. « Comme par le passé, nous les soutiendrons avec des denrées alimentaires et autres choses. Mais nous voulons en particulier prier ensemble, surtout le Rosaire. Nous sommes les membres souffrant du corps du Christ et nous nous unissons ainsi à l’Église universelle et au pape. »

 

 

Décisif d’aimer comme Jésus

 

Au Liban, le Père Raymond Abdo veut profiter de l’Année sainte pour donner une réponse chrétienne à la persécution des chrétiens au Proche-Orient. « Les gens qui persécutent les chrétiens doivent rencontrer Jésus-Christ. La Miséricorde signifie donc de ne pas accepter de haïr ces gens », affirme ce carme de Tripoli, au nord du pays. « Il nous faut du courage pour prier pour eux et pour les aimer. En effet, ils ne savent pas ce qu’ils font lorsqu’ils persécutent des chrétiens. C’est ainsi que Jésus a agi sur la croix. »

Le père Raymond Abdo, supérieur des carmes du Liban, en compagnie d'une religieuse. « La Miséricorde signifie donc de ne pas accepter de haïr ces gens »
Le père Raymond Abdo, supérieur des carmes du Liban, en compagnie d’une religieuse. « La Miséricorde signifie donc de ne pas accepter de haïr ces gens »

 

Selon le Père Raymond, en cette Année de la Miséricorde, il est décisif d’aimer comme Jésus a aimé, et cet amour inclut également des croyants d’autres religions.

 

« L’Église au Proche-Orient exerce ses activités dans de nombreuses institutions fréquentées par des non-chrétiens. Nous devons aimer ces gens et être pour eux un modèle de la Miséricorde de l’Évangile. Jésus-Christ l’a fait avec les non-juifs. » Dans les établissements scolaires où il enseigne, 65 pour cent des élèves sont musulmans. Il ajoute « Respecter les élèves musulmans tout comme les élèves chrétiens : pour moi, c’est cela que signifie la Miséricorde. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Année de la Miséricorde est aussi célébrée à Gaza. Au cours des dernières années, la mince bande palestinienne le long de la Méditerranée a été le théâtre de plusieurs conflits israélo-palestiniens avec plusieurs centaines de morts, des milliers de blessés et des dizaines de milliers de sans-abris. Nulle part, le conflit entre Israéliens et palestiniens ne s’exprime de façon aussi brutale qu’ici.

 

Plus de 1,8 million de personnes, dont seulement environ 1300 chrétiens, vivent dans cette région à forte densité de population. Le nombre de catholiques dépasse à peine les 160 personnes. Le Père Mario da Silva est curé de la communauté catholique de la Sainte-Famille. La légende veut que celle-ci ait traversé l’actuelle bande de Gaza lors de son périple en Égypte.

 

Apporter son aide pour la conversion des cœurs

 

Depuis quelques années déjà, ce Brésilien de l’institut argentin du verbe incarné (IVE) vit à Gaza-ville. Il y a déjà été témoin de plusieurs guerres. « Cette Année sainte représente une grande chance », indique-t-il à l’AED. « Nous, les chrétiens, pouvons réapprendre ce que signifie la Miséricorde de Dieu. Cela signifie aussi qu’il convient à nouveau de réfléchir sur la réalité du péché. Nous dépendons entièrement du pardon de Dieu. Nous avons l’occasion de ressentir d’une nouvelle manière le sacrement du Pardon. » Le Père Mario da Silva veut donc proposer en été des exercices de retraite mettant l’accent sur la Miséricorde de Dieu. En 2016, les sermons dominicaux porteront de manière plus soutenue sur la thématique du pardon.

Le père Mario da Silva. Cette photo fût prise durant un cessez-le-feu dans la Bande da Gaza, en août 2014. « Cette Année sainte représente une grande chance ».
Le père Mario Da Silva. Cette photo fût prise durant un cessez-le-feu dans la Bande da Gaza, en août 2014. « Cette Année sainte représente une grande chance ».

 

Pour le Père Da Silva, l’une des conséquences de la Miséricorde que Dieu témoigne envers les hommes se reflète dans le pardon que nous accordons les uns aux autres. « Depuis les tous premiers moments ici à Gaza, j’ai naturellement ressenti la haine que la population porte en soi à cause de la politique israélienne. Cette haine trouve ses racines dans l’injustice que les gens subissent ici jour pour jour. La haine est peut-être moins marquée parmi les chrétiens parce que le pardon fait partie de notre croyance. Mais évidemment, eux aussi connaissent ce sentiment. Ce n’est qu’humain. », estime le prêtre.

 

« Les guerres, la destruction, le niveau chômage élevé, également parmi les chrétiens : tout cela ronge les gens. Néanmoins, en tant que prêtre, je ne conçois pas ma mission primaire dans le changement de la situation politique. Ce n’est pas entre nos mains, bien qu’évidemment, l’Église nomme l’injustice par son nom. Ce que nous pouvons toutefois faire, c’est d’apporter notre aide afin que nos cœurs se convertissent », estime-t-il.

 

Redonner une culture du pardon

En Égypte, qui a une frontière commune avec la Bande de Gaza, la conversion des cœurs est également au centre des activités. Depuis quelques mois, le Père Beshoi est prêtre dans la localité chrétienne d’Azareia, en Haute-Égypte, près d’Assiout. Le religieux catholique copte voudrait faire renouer ses fidèles avec le sacrement de la Pénitence. « Nous avons besoin du pardon de Dieu. Chez nous, il y a tant de d’actes de vengeance à cause de l’honneur familial souillé. Les raisons sont souvent futiles. Mais les enchères montent jusqu’à ce qu’il y ait des morts. Et ce, alors que notre localité ne compte que des chrétiens.»

Un baptême en Égypte.
Un baptême en Égypte.

Selon lui, les habitants « se sont adaptés à la culture islamique environnante. Dans l’islam, Dieu est seulement considéré comme un législateur qui punit si l’on ne respecte pas ses commandements. C’est cette mentalité que je veux changer. Je veux mieux faire comprendre à mes frères et sœurs que Dieu est un Père miséricordieux qui nous pardonne. Et que c’est également la raison pour laquelle nous aussi devons nous pardonner mutuellement. L’Année de la Miséricorde tombe donc à point pour moi. »

 

Les problèmes sont nombreux, particulièrement parmi les adolescents de la localité. « Beaucoup d’entre eux se droguent, parce qu’ils se sentent mal aimés et incompris. Je veux leur montrer que Dieu les aime et les attend les bras ouverts. Je sais que Dieu peut accomplir des miracles dans les âmes. Récemment, un homme de presque soixante ans est venu me voir pour se confesser. C’était la première fois de sa vie qu’il le faisait ! J’espère que cette année, il y aura beaucoup de ces petits miracles ! »

 

L’Année sainte est également célébrée à l’extrême limite occidentale du monde arabe. Certes, le Maroc ne compte que peu de catholiques, dont la plupart sont d’ailleurs des étrangers. Mais ces rares catholiques participent activement à la vie de l’Église universelle, par exemple les sœurs de l’ordre du Carmel à Tanger.

« Nous accueillons cette Année sainte avec joie et reconnaissance. C’est une grande grâce que nous souhaitons vivre en communauté avec toute l’Église. Avec notre pauvreté et nos faiblesses, et en pleine conscience de notre nature pécheresse, nous sommes tous en route vers l’étreinte de Notre Père dont nous avons tant besoin », dit Sœur Maria Virtudes à l’AED.

Cette religieuse d’origine espagnole est mère prieure de la communauté des moniales. Celles-ci ont entamé le jubilé par une veillée de prières. « Nous avons imploré le Seigneur présent dans l’Eucharistie, en chantant à tour de rôle l’hymne composée à l’occasion de l’Année sainte, et nous sommes recueillies dans de longs moments d’adoration silencieuse. Avec la Vierge immaculée, nous y étions en communion avec toute l’Église. »

Des religieuses au Couvent des Carmélites de Tanger, au Maroc.
Des religieuses au Couvent des Carmélites de Tanger, au Maroc.

Oliver Maksan: AED International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada

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