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« Le gouvernement kurde a ouvert ses frontières aux chrétiens »

Par Oliver Maksan, AED International

7/8/2014

Adaptation : AED Canada

AED : Votre Excellence, combien de personnes déplacées avez-vous accueillies dans votre diocèse ?

Nous nous occupons actuellement d’environ 400 familles chrétiennes, qui sont venues début juin de la région de Mossoul pour se réfugier ici. Ce sont des chrétiens chaldéens, syriaques orthodoxes et syriaques catholiques. Le gouvernement kurde a ouvert ses frontières aux chrétiens, tandis que les musulmans venus des régions occupées par l’EIIL n’ont obtenu que l’équivalent d’une autorisation de séjour limitée.

AED : Pourquoi les Kurdes font-ils la différence entre les musulmans et les chrétiens ?

Lorsque nous avons déposé notre demande ici auprès du gouvernement, nous avons bien précisé que les familles chrétiennes n’avaient aucune intention de retourner chez elles, contrairement aux musulmans. Les Kurdes ont répondu qu’ils préféraient naturellement que les chrétiens puissent rester dans leur propre pays où se trouvent aussi leurs biens. Mais dans la situation actuelle, ils ont facilité l’entrée des réfugiés.

AED : Les réfugiés bénéficient-ils de soutien de la part du gouvernement kurde ?

Au cours de la crise récente de fin juin, alors que 20 000 chrétiens avaient fui Karakosh parce que leur région avait été le théâtre de combats entre l’EIIL et les Kurdes, le gouverneur de la province d’Erbil est venu accueillir les personnes déplacées. Par ailleurs, des représentants de différents services gouvernementaux sont venus ici. Ils nous ont apporté leur conseil. Mais nous ne recevons aucun soutien matériel.

AED : En tant qu’évêque, ne vous sentez-vous pas dépassé par cette tâche d’aider les réfugiés ?

Si. Nous ne pouvons pas tout maîtriser seuls. Nous ne disposons même pas de l’équipe nécessaire pour bien gérer un tel afflux. Heureusement, les gens venus de Karakosh ont pu y retourner au bout de quelques jours après que la situation s’y soit calmée.

AED : Mais les réfugiés de Mossoul sont toujours ici. Qu’adviendra-t-il d’eux à long terme ?

Et bien, ils ne retourneront pas chez eux. Soit ils resteront ici au Kurdistan, soit ils émigreront à l’étranger, en Turquie ou au Liban. Malheureusement, certains ont déjà commencé à partir.

AED : Quelles possibilités entrevoyez-vous pour retenir les chrétiens au Kurdistan ?

Pour cela, nous devrions leur proposer des logements et des emplois, mais c’est difficile. En tant que diocèse, nous en sommes incapables. Nous devrions collaborer ici avec le gouvernement et les organisations humanitaires étrangères.

AED : Pensez-vous que le christianisme ait un avenir au Kurdistan, qui est actuellement encore irakien ?

Dans la perspective de ce que nous vivons ici depuis des années, je vous répondrais que oui. Ici, il n’y a pas que la sécurité, mais le gouvernement se montre aussi réceptif à nos requêtes. Cette attitude s’est à nouveau avérée lors de la crise récente des réfugiés. Mais il existe aussi quelques points sujets à critiques, par exemple des conflits pour les terres entre des villages chrétiens et kurdes. Le gouvernement a promis d’y remédier. Mais pour l’instant, cette intervention se fait encore attendre. Cependant, d’autres points sont réglés plus rapidement.

AED : Les partis qui gouvernent le Kurdistan se situent plutôt dans une tradition laïque. En résulte-t-il des circonstances plutôt pluralistes ?

Oui. Nous le ressentons à chaque fois que nous avons à faire avec le gouvernement. Certes, ici aussi, il existe des personnes affichant des points de vue plus étroits. Mais telle n’est pas l’attitude du gouvernement.

AED : Mais au Kurdistan, beaucoup de chrétiens se plaignent qu’ici aussi, il existe des partis islamiques. Il y a peu de temps, des commerces d’alcools tenus par des chrétiens ont été attaqués par des fanatiques dans quelques villes kurdes au nord du pays. Cela vous préoccupe-t-il pour l’avenir ?

Oui, ces incidents ont eu lieu. Il faut être réaliste. De tels mouvements émergents existent dans l’ensemble de la région. Ils atteindront aussi le Kurdistan. Très certainement même. Mais ici au moins, le gouvernement surveille le problème.

AED : Mais cette tendance inquiète de nombreux chrétiens. Ils disent : “Tout va bien aujourd’hui. Mais qu’en sera-t-il demain ?”

Je le comprends. Mais je crois qu’ici, le gouvernement interviendrait avant.

AED : Que peut faire l’Aide à l’Église en Détresse pour les chrétiens d’Irak dans cette situation difficile ?

Nous vous avons toujours demandé de prier pour nous. Et continuez à faire connaître notre situation à la politique et à l’opinion publique. En outre, nous vous remercions aussi du soutien en faveur de nos programmes d’aide d’urgence. Nous attendons des temps très durs pour des localités comme Karakosh et autres.

AED : Vous craignez donc que de nouveaux combats puissent atteindre ces localités chrétiennes et engendrer de nouvelles vagues de réfugiés ?

Qui pourrait le dire ? D’une manière ou d’une autre, nous devons être prêts. 


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