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Entrevue AED

Au Pakistan, l´Église poursuit le chemin de l´amour- malgré la violence qui lui fait face

 

Père James Channan, O.P.- ancien vice-président de l´ordre dominicain au Pakistan- est directeur du centre pour la paix à Lahore entretenu par les dominicains, centre s´engageant à approfondir les connaissances religieuses des laïcs ainsi que du clergé, afin de construire des liens interreligieux avec la majorité pakistanaise musulmane, comptant 96 pourcents de la population de 196 millions ; la population chrétienne constitue seulement  2 pourcents, incluant 2 millions de catholiques.

 

Le moine était récemment à l´ONU afin de recevoir le « Global Ambassador of Peace Award », le prix d´ambassadeur pour la paix, de la part de l´Institut du Développement Social International. Le 23 juillet 2015, il discuta avec l´organisation caritative internationale Aide à l´Église en Détresse au sujet de la décision de la cour suprême du Pakistan d´écouter l´appel d´Asia Bibi, une femme chrétienne condamnée à mort en 2010 sous la loi controverse du pays interdisant le blasphème.

 

 

La vie d´Asia Bibi sera-t-elle épargnée ?

La cour suprême du Pakistan a fait un grand geste en  écartant cette condamnation peine de mort. La cour suprême du Pakistan va réexaminer tout le dossier, incluant sa sentence de mort. Je crois fermement que justice sera faite, que son innocence sera prouvée et qu´on la libèrera. La loi sur le blasphème a été utilisée dans un but personnel -l´accusation était un acte de vengeance.

 

Si elle était libérée, sa vie serait-elle en danger ?

Oui, malheureusement, oui. Des fanatiques sont déterminés de tuer, dès qu´une personne est accusée, sans se préoccuper de l´aboutissement juridique d´un cas spécial. Bibi ne pourra pas rester au Pakistan et sera obligée de partir à l´étranger. Ce genre de cas se sont produis un grand nombre de fois dans le passé. Nos hommes ont besoin d´éducation et d´apprendre à respecter les décisions des tribunaux de justice.

 

Combien de chrétiens sont actuellement en prison, accusés de blasphème?

Selon mon estimation, il y a 130 chrétiens dont le procès continue en ce moment.  Mais les gens seront surpris d´apprendre qu´il y a environ 950 musulmans à cet instant tenus sous les fers de la justice. Les lois sont beaucoup plus promulguées contre les musulmans, et sont très souvent des outils pour régler des disputes d´argent ou des règlements de compte personnels. Mais il y a une grande différence entre les accusations de musulmans et de chrétiens : lorsqu´un musulman est accusé, c´est seulement un musulman accusé. Mais si se présente le cas d´un chrétien inculpé, ce sera toute sa communauté, tout son voisinage qui se retrouvera incriminé. Dans plusieurs cas, le village ou le voisinage chrétien entier a été brulé jusqu´au cendres.

 

Avez-vous l´espérance que la loi pakistanaise contre le blasphème sera un jour révoquée ?

Ceci ne se produira pas. C´est une affaire très délicate et sensible ; les groupes extrémistes y sont très attachés. Mais certaines garanties peuvent être mises en place. Les abus de cette loi devraient être empêchés, comme par exemple son utilisation à des fins personnelles ou buts économiques. Ceux qui viennent avec de fausses accusations devraient être punis – et cette idée est partagée par un nombre grandissant de musulmans, incluant même quelques importants leaders.

 

Quelle est la mission la plus importante au Pakistan de nos jours?

De promouvoir la paix, construire la confiance et le respect mutuel entre chrétiens et musulmans. Le but est l´égalité des droits pour tous les citoyens –et nous faisons des progrès. Beaucoup d´influençant chefs musulmans religieux et intellectuels ont par exemple à présent un rôle important dans le dialogue interreligieux chrétien-musulman.  Ceci inclût deux importants chefs religieux musulmans à Lahore : Hafiz Tahir Mehmood Ashrafi, président du conseil Ulama du Pakistan – qui surveille 60 000 mosquées et 10 000 écoles Madrasa dans tout le pays ; et Maulaa Abdul Khabir Azad, grand Imam de la cinquième plus grande mosquée dans le monde, la mosquée Badshahi à Lahore. Ces hommes supportent également le châtiment de ceux accusant injustement sous la loi anti-blasphème.

Nos efforts de rapprochement ont bien portés fruit – c´est un chemin d´amour- mais nous devons faire bien plus encore et améliorer nos activités de dialogue dans tout le Pakistan. Sans dialogue, il n´y pas de futur pour l´Église du Pakistan.

 

Croyez-vous à l´existence d´une religion islamique modéré?

Oui, j´y crois. Le Pakistan est un pays islamique, mais les droits de toutes les minorités doivent être respectés. Nous devons travailler dans ce but –des chrétiens au côté de musulmans. Le gouvernement pourrait également faire bien plus en terme de révision de la Constitution et de changement de certaines dispositions qui font des chrétiens –ainsi que des autres minorités religieuses tels que les Hindous, Sikhs, Zoroastre et Bahaï – des citoyens de seconde classe. Le gouvernement devrait utiliser les médias pour changer la mentalité des gens – afin de promouvoir la tolérance.

 

Cependant, aujourd´hui, les chrétiens vivent dans des conditions de peur continue à cause de toutes les violences récentes. Et ils n´ont aucune envie d´émigrer autre part ! Par conséquent, nous devons trouver une manière de travailler avec la majorité musulmane –d´où l´importance vitale de construire des ponts entre communautés, aussi long que cela puisse prendre. Et l´Église catholique pakistanaise est à l´avant de ce processus.

 

Qu´en est-il de la liberté des musulmans de se convertir à la religion?

C´est une question très sensible. Un musulman se convertissant à la foi catholique se retrouve sous une énorme pression sociale.  Les conversions sont dangereuses si elles sont connues publiquement – la vie du converti est en danger ainsi que l´est la vie du prêtre qui surveille sa conversion, par exemple.

 

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