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Pakistan

Unis face à la persécution des chrétiens

Alors que les chrétiens sont persécutés par des radicaux militants, le Grand Imam de la deuxième plus grande mosquée du Pakistan (Badashi à Lahore), Maulana Syed Muhammad Abdul Khabir Azad, ainsi qu’un prêtre dominicain, le père James Channan, travaillent ensemble pour protéger la minorité chrétienne menacée du pays. Le Père Channan est le directeur du Peace Center (PC) de Lahore. Le Grand Imam est membre du CA et un proche collaborateur du PCDans un entretien accordé à Aide à l’Église en Détresse (AED), Maulana Abdul Khabir Azad et le Père Channan ont décrit la situation du Pakistan et leur travail commun.

Maulana Abdul Khabir Azad et le Père Channan agissent rapidement lorsque des flambées de persécution se produisent, cherchant à soigner les victimes et à limiter les représailles.

Par exemple, le 15 mars 2015, deux kamikazes se sont approchés de deux églises : l’église catholique Saint Joseph, et l’église protestante Christ Church, dans le quartier de Youhanabad (Lahore), qui est l’une des plus grandes colonies chrétiennes d’Asie. Les gardes de sécurité, au prix de leur propre vie, ont intercepté les terroristes aux portes de l’église. La détonation a tué 22 chrétiens et musulmans, et blessé 70 autres personnes.

Le grand public : opposé au terroriste

En 2014, à la suite de la mise à mort du couple chrétien Masih selon la loi sur le blasphème, une rencontre interreligieuse afin de dénoncer cet événement.
En 2014, à la suite de la mise à mort du couple chrétien Masih victime de loi pakistanaise sur le blasphème, organisation d’une rencontre inter-religieuse afin de dénoncer cet événement.

En étroite collaboration avec le Père Channan, l’Imam Maulana Abdul Khabir Azad s’est rendu dans la communauté de Youhanabad le lendemain, pour témoigner publiquement de la solidarité des musulmans envers les chrétiens.

L’Imam Maulana Abdul Khabir Azad a ensuite organisé une marche devant sa mosquée Badshai – un vaste bâtiment qui peut accueillir jusqu’à 100 000 fidèles – pour démontrer que le grand public musulman est opposé au terrorisme et appelle à la paix et à l’harmonie.

Le Peace Center du Père Channan effectue également des efforts continus de réconciliation en publiant un journal, Umang, et en organisant des conférences et ateliers islamo-chrétiens et œcuméniques tout au long de l’année. Maulana Abdul Khabir Azad se concentre sur le clergé islamique rural, qui est souvent l’instigateur des violences religieuses. Il tient beaucoup à apporter un changement positif dans ce clergé, afin qu’il ne fasse pas d’annonce anti-chrétienne dans les mosquées.

En 2004, Maulana Abdul Khabir Azad a organisé une conférence interreligieuse au sein de la mosquée Badshahi. C’était la première fois que des chrétiens étaient invités à parler dans la mosquée, vieille de 350 ans d’histoire. Le Père James Channan a effectué le tout premier discours de l’histoire de cette mosquée, sur l’importance du dialogue et des relations entre musulmans et chrétiens.

Une loi dont on abuse

Depuis les atrocités du 11 septembre aux États-Unis, plus de 60 000 Pakistanais – la plupart d’entre eux musulmans – ont été tués par des terroristes. Bien que lent à reconnaître la menace intérieure, le gouvernement pakistanais poursuit désormais une vigoureuse politique antiterroriste sous le commandement du chef d’état-major de l’armée, le Général Raheel Sharif. L’Imam Maulana Abdul Khabir Azad estime que les forces armées ont réussi à éliminer 80 % des terroristes pakistanais.

Pourtant, de nombreux problèmes subsistent, notamment en ce qui concerne l’utilisation abusive de la loi pakistanaise sur le blasphème, selon le Père Channan et l’Imam Maulana Abdul Khabir Azad. Il faut sérieusement travailler sur ces questions, tant du côté chrétien que musulman, de façon à ce que les lois sur le blasphème ne fassent pas l’objet d’un mauvais usage et que ceux qui abusent de ces lois soient traduits en justice et punis de façon exemplaire, afin que plus personne n’ose utiliser ces lois pour régler des comptes personnels.

Par exemple, le 2 mars 2011, M. Shahbaz Bhatti, premier catholique à être ministre fédéral des questions liées aux minorités, a été assassiné par des talibans en raison de son opposition à cette loi et à ses dispositions. L’ancien gouverneur du Pendjab, Salman Taseer, a été assassiné par son propre garde du corps, Mumtaz Qadri, après avoir qualifié les dispositions sur le blasphème de « code ségrégationniste ».[i]

Maulana Syed Muhammad Abdul Khabir Azad Grand Imam de la seconde plus grande mosquée du Pakistan - Badshahi - et le père dominicain James Channan, directeur du Peace center de Lahore.
Maulana Syed Muhammad Abdul Khabir Azad Grand Imam de la seconde plus grande mosquée du Pakistan – Badshahi – et le père dominicain James Channan, directeur du Peace center de Lahore.

Le Père Channan a cité un cas qui illustre à quel point les sentiments anti-chrétiens et la persécution peuvent être néfastes. Le 4 novembre 2014, un couple chrétien, Shahzad et Shama Masih, a été accusé d’avoir profané le Coran dans le village de Kot Rodha Kishan. Shama Masih, âgée de 24 ans, était mère de quatre enfants et enceinte au moment des faits.

Une foule en colère s’est emparée d’elle et de son mari, les a torturés puis brûlés vifs dans un four à briques. Il s’agit d’un crime contre l’humanité estime le Père James Channan. L’Imam Maulana a également condamné cet acte barbare dans les termes les plus forts.

Il est dangereux de s’élever contre de telles violences, mais l’Imam Khabir Azad le fait régulièrement. « J’ai reçu des menaces pour le travail que je fais, mais je ne vais pas abandonner. C’est actuellement une nécessité, et c’est ma mission. » L’Imam s’inspire de Jésus comme Prince de la paix, son image préférée du Christ.

Construire une société meilleure

Le Père Channan considère que l’évangélisation et le dialogue interreligieux sont les « deux voies sur lesquelles roule le train du catholicisme ». Par l’évangélisation, les disciples du Christ, dans l’obéissance à son commandement, offrent à tous l’occasion de se réconcilier avec Dieu à travers sa mort et sa résurrection, et donc d’être baptisés. En revanche, le but du dialogue interreligieux n’est pas de convertir l’autre, mais plutôt de rechercher ce que les différentes religions ont en commun et ensuite de travailler conjointement pour le bien de l’humanité et pour promouvoir une coexistence pacifique et le respect de la religion des autres.

En même temps, le dialogue interreligieux a aussi un rôle à jouer, de nature civique bien plus que pour le salut éternel. Nous devons trouver autant de terrains d’entente que possible, selon le Père Channan, pour construire une société meilleure pour tous. Cela peut amener à une « conversion du cœur », dans la mesure où les musulmans et les fidèles d’autres religions reconnaîtront que les chrétiens sont de dignes concitoyens.

On ne peut sous-estimer l’importance du dialogue interreligieux dans des pays comme le Pakistan. C’est pourquoi le Père Channan a été nommé consultant du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux (1985-1995), et a également servi comme consultant à la Commission du Vatican pour les Relations religieuses avec les musulmans (1999-2004). Le Père Channan a été régulièrement consulté sur les questions religieuses par le gouvernement pakistanais, et effectue des conférences dans le monde entier sur l’importance de la paix par le dialogue.

Le Père Channan a vu de nombreux responsables islamiques du Pakistan passer d’une position consistant à ne même pas partager un repas avec des chrétiens, à une véritable amitié – le genre d’amitié qui est si bien illustré par l’exemple de Maulana Abdul Khabir Azad et du Père Channan.

 

[i] Mumtaz Qadri a été condamné à la peine de mort par un tribunal, et ce verdict a été confirmé par la Haute Cour et la Cour suprême du Pakistan. Il peut être choquant que l’extrémiste Qadri soit considéré par certaines personnes comme un héros qui a fait une bonne chose en tuant Salman Taseer. Toutefois, une telle revendication est rejetée par tous les organismes chargés de faire appliquer la loi.

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