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Chrétiens du Pakistan

Mgr Shaw en 2010

Champions de la miséricorde!

L’année 2016 a été sombre pour les chrétiens pakistanais. Le dimanche de Pâques, ils étaient la cible d’un terroriste qui s’est fait exploser dans le parc central de Gulshan Iqbal à Lahore. Revendiquée par les talibans, l’attaque a fait au moins 78 morts et plus de 300 blessés, dont ironiquement, la majeure partie était des personnes de confessions musulmanes… Paradoxalement, l’année 2016 aura aussi été une année d’espérance. L’Année de la Miséricorde, lancée par le Pape François, a été vécue avec intensité au Pakistan.

 

Mgr Sebastian Francis Shaw est l’archevêque de Lahore, le plus grand diocèse du Pakistan. Un peu avant Noël, notre collègue Joshua Villalon d’Aide à l’Église en Détresse s’est entretenu avec ce franciscain de l’ordre des frères mineurs, qui a la charge de plus de 450 000 fidèles catholiques dans la capitale du Punjab pakistanais.

 


 

AED : Comment est la situation actuelle à Lahore?

Mgr Sebastian Shaw : La situation semble s’améliorer. Par exemple, la sécurité pendant nos célébrations s’est améliorée. Les gens sont heureux et ont le moral. Ils se sont préparés spirituellement à Noël et sont très heureux de pouvoir célébrer cette fête. Mais en même temps, les gens ont un peu peur parce qu’ils savent que nous pourrions être attaqués pendant la période des fêtes, comme c’est arrivé lors de la dernière fête de Pâques. (Note d’AED Canada : finalement, les fêtes se sont déroulées sans incident.)

 

Malgré la peur d’éventuelles attaques, comment célébrez-vous Noël au Pakistan?

Les gens ont réellement le moral pour célébrer Noël. Leurs maisons sont décorées avec des étoiles, et ils ont commencé la neuvaine de Noël le 16 décembre. Et comme partout dans le monde, nous faisons aussi des achats pour les célébrations.

 

Quelle est la signification des étoiles que les chrétiens du Pakistan accrochent à Noël?

Au Pakistan, les chrétiens mettent des étoiles dans leurs maisons, dans les rues, dans les églises, dans les écoles, pour montrer que Jésus Christ est la lumière venue dans le monde, et qu’avec cette lumière, nous, chrétiens, espérons que l’obscurité disparaîtra.

L’obscurité, c’est la guerre, la discrimination. Nous avons besoin que le Christ nous éclaire pour en finir avec l’obscurité. Nous mettons des étoiles pour montrer notre foi dans le Christ.

 

Quelle est l’importance des chrétiens pakistanais pour l’Église et pour le reste du monde?

Le Pakistan est un pays à majorité musulmane. Sa population est d’environ 190 millions de personnes et les chrétiens ne représentent que 2 pour cent de cette population. Nous sommes une très petite minorité, mais en même temps, nous sommes une Église très vivante. La plupart des chrétiens sont très pauvres, mais nous sommes très riches dans la foi. Ils s’intéressent particulièrement à la Parole de Dieu, et il y a des laïcs engagés dans la catéchèse qui aident les jeunes et les couples à vivre la foi avec enthousiasme.

Par exemple, cette Année de la Miséricorde a été très spéciale. Les chrétiens du Pakistan sont les champions de la miséricorde. Je me souviens qu’un jour, après la célébration de l’Eucharistie, un couple s’est approché pour que je le bénisse.

Les époux m’ont dit que mon homélie sur la miséricorde et le pardon les avait beaucoup aidés, qu’ils avaient perdu un fils dans l’attentat du parc Gulsan Iqbal le dimanche de Pâque, et qu’ils pardonnaient au terroriste qui s’était fait exploser dans cet attentat suicide.

 

Comment jugez-vous cette année 2016 qui s’est achevée?

Nous avons passé des moments très difficiles, comme lors de l’attaque terroriste de Gulsan Iqbal, mais les gens récupèrent. L’Année de la Miséricorde a été une grande bénédiction pour toute l’Église et surtout pour l’Église du Pakistan. Nous avons organisé plusieurs réunions de dialogue entre les religions. Nous remercions le Pape pour cette Année de la Miséricorde, pour les prières et le soutien de tant de personnes qui nous ont rappelé qu’au Pakistan, nous ne sommes pas seuls.

 

Comment sont les relations avec les autres groupes confessionnels?

C’est le moment de promouvoir plus de dialogue entre les religions, en particulier avec l’Islam qui se développe beaucoup, y compris en Europe. Je suis très fier des bonnes relations avec les représentants des autres religions. Nous avons célébré ensemble des fêtes. De même, ils ont célébré Noël avec nous et nous avons également célébré la fin du ramadan.

Par contre, pour qu’il y ait un vrai dialogue, il est important que nos jeunes connaissent bien la Parole de Dieu. L’unité entre les chrétiens est également importante. Il importe aussi d’enseigner la Bible aux jeunes, non pour qu’ils la connaissent par cœur, mais pour qu’ils la mettent en pratique avec l’amour du prochain.

 

Quels sont les besoins principaux de l’Église au Pakistan?

Pour nous, l’éducation est importante. Nous tenons particulièrement à faire en sorte que les jeunes chrétiens puissent aller à l’université. C’est toutefois très difficile, car cela demande beaucoup d’argent et les familles chrétiennes sont très pauvres. Nous avons également besoin de reconstruire des églises et des lieux de mission. Nous devons rénover le séminaire. Nous avons de nombreuses vocations, et il faut les renforcer. Nous avons actuellement 34 jeunes au petit séminaire, dont 12 qui étudient la philosophie et 10 qui sont en théologie.

 

Que représente pour vous le soutien donné par Aide à l’Église en Détresse à l’Église du Pakistan?

Nous sommes très heureux et reconnaissants envers Aide à l’Église en Détresse. Vous contribuez à relever l’Église en construisant non seulement le bâtiment, mais aussi le corps de l’Église, en donnant la foi et l’espérance, tout spécialement en préparant les catéchistes grâce au matériel catéchétique tel que les Bibles en langue ourdoue. Je demande au Christ qui est venu dans le monde qu’il bénisse toutes les familles [bienfaitrices]. Je prie et je souhaite qu’elles vivent dans la prospérité et la paix.

 


 

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