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Entrevue avec Soeur Maria Bassaga du Cameroun

ImageDans le cadre de l’émission VUES D’AILLEURS, diffusée sur les ondes de Radio Ville-Marie le mercredi 6 mars, Robert Lalonde, journaliste pour l’Aide à l’Église en Détresse Canada a interviewé Sœur Maria Bassaga. Sœur Maria est engagée auprès de la Congrégation des Sœurs Servantes de Marie de Douala, dans le diocèse d’Edéa, au Cameroun.

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Sœur Maria, vous vous êtes engagée dans la vie religieuse depuis maintenant plus de dix ans.  Pouvez-vous nous raconter le cheminement que vous avez fait pour en venir à prendre une décision aussi importante?

Dans mon village, il y a une grotte où se trouve une statue de la Vierge Marie et, à chaque année, en février, des pèlerins viennent passer une semaine de prières. Vers l’âge de sept ans, je me rappelle que, pour taquiner ma sœur, je disais qu’un jour je deviendrais religieuse. Mais cette idée est disparue autour de l’âge de douze ans. Toutefois, rendue à 18 ans, quand vient le temps de penser à l’avenir, l’idée s’est manifestée à nouveau. J’ai alors senti en moi un appel, un appel pour devenir religieuse et servir le monde. J’en ai parlé à ma mère ainsi qu’à toutes mes sœurs pour me rendre compte que, curieusement, je n’étais soutenue par aucune d’entre elles. À l’exception de ma tante, toute ma famille était contre ma vocation.

À un moment donné, j’ai commencé à cheminer avec Mgr Thomas Mongo à qui j’ai confié ressentir le besoin de servir le Seigneur comme religieuse. Après m’avoir entendue lui expliquer la situation, il m’a demandé l’autorisation d’appeler ma mère. Il l’a convoquée et lui a demandé combien d’enfants elle avait. Puis, il lui a dit : « Jeanne, si tu as huit enfants, pourquoi as-tu ces réticences? Se pourrait-il que le Seigneur veuille que tu lui en donnes un? » C’est là que ma mère a pris conscience qu’elle devait me laisser partir dans la vie religieuse. Quand j’ai prononcé mes vœux, elle a pleuré de joie en me voyant aussi heureuse.

Et si vous nous parliez de la congrégation pour laquelle vous œuvrez.

La congrégation des Sœurs Servantes de Douala est une congrégation diocésaine qui a été fondée par un père spiritain, Mgr Mathurin Le Mailloux qui, en arrivant à Douala, a senti que la mission était seulement supportée par des prêtres et qu’il n’y avait ni de congrégation indigène ni assez de congrégations internationales.

Alors, nous avons alors commencé avec les Filles de Marie et les Servantes de Marie. Puis, quand le diocèse a été divisé, les Filles de Marie sont restées à la capitale politique de Yaoundé et nous sommes restées à la capitale économique de Douala. C’est comme cela que notre congrégation est née. Nous sommes disponibles pour nous engager partout où se présentent des besoins importants, surtout en éducation et en santé.

Vous avez dernièrement acheminé une demande de projet de construction auprès de l’Aide à l’Église en Détresse. Vous pouvez nous décrire vos besoins?

Nous habitons actuellement le noviciat où notre congrégation s’est installée il y a plus de cent ans. On croyait d’abord pouvoir faire des réparations, mais des experts nous ont dit que les bâtiments comportaient tellement de risques qu’ils ne pouvaient pas les entreprendre. C’est pourquoi il serait important d’en construire un ou deux nouveaux. Comme les vieux bâtiments comprennent un dispensaire, un collège et un internat pour filles et garçons, nous avons pensé installer les sœurs en haut et les enfants en bas avec l’enseignante. Étant donné que notre communauté diocésaine est autochtone, nous avons peu de moyens et aucune subvention qui viennent d’ailleurs.

Vous avez suivi une formation à l’Institut de formation humaine et intégrale de Montréal. Vous pouvez nous dire ce que, concrètement, cette formation vous a apporté?

C’est grâce au support de l’Aide à l’Église en Détresse que j’ai pu suivre cette formation. Cela m’a d’abord permis d’observer ce qui se passe en moi et ainsi me donner des moyens de mieux me prendre en main. Par conséquent, ça me permet maintenant de mieux aider les autres. Comme la plupart des enfants que les parents nous confient sont des enfants à problèmes, je dois les  accompagner et les écouter pour qu’ils prennent conscience de leurs capacités. J’en ai récupéré certains qui aujourd’hui poursuivent leurs études. L’un d’entre eux est allé à l’université et a trouvé du travail. Cependant, il y en a d’autres qui ne peuvent pas continuer faute de moyens, dont un qui est en 2e année. Cette formation m’a permis de mieux répondre à ma vocation humaine et spirituelle.

On sait que le Cameroun est entouré de pays dont le climat est pour le moins tumultueux par les temps qui courent. Pensons au Nigeria à l’ouest avec la secte Boko Haram, ou à la République Centrafricaine à l’est où la troupe rebelle Seleca exerce des pressions islamistes rigoristes ou encore au Tchad au nord-est où semble avoir été formée justement la troupe Seleca. Diriez-vous que le Cameroun subit actuellement ces influences néfastes?

Je sens plutôt qu’ici au Cameroun, il y a une collaboration entre les différentes religions. Par exemple, quand il y a un mariage entre un homme protestant et une femme catholique, un pasteur et un prêtre viennent célébrer le mariage ensemble. Ou encore, quand le Pape est venu, on a senti une union entre catholiques, protestants et musulmans. Ça me touche beaucoup de voir que nous pouvons nous mêler harmonieusement les uns avec les autres.

Comment soulignez-vous l’année de la foi dans votre communauté?

Nous avons d’abord fait un pèlerinage de trois jours à Marie Anvers, là où l’Église catholique a été installée par les premiers missionnaires. Mgr Jean Bosco a tenu à souligner l’importance de sentir tout le monde engagé, tant dans les célébrations que dans les entretiens, au niveau de la foi. De plus, compte tenu du message du Saint-Père, la Supérieure générale nous a demandé de méditer et de partager sur quatre thèmes, un par semaine. Par exemple, hier, nous avons parlé de l’enseignement biblique où on regarde le courage des apôtres dans leur engagement pour persister jusqu’au bout.Soeur Maria 2

Si je vous demandais de nous raconter une expérience qui vous a particulièrement touchée au cours de votre profession, de quoi nous parleriez-vous?

Je vous parlerais de mon engagement auprès des prisons. Cette année, je me suis engagée à ne pas rester à notre centre de santé pour attendre les patients. Je dois donc descendre dans les villages, dans les quartiers pour vivre avec eux. Nous avons organisé notre travail par quartiers. Or, c’est dans mon quartier qu’il y a la prison d’Edéa. Alors j’ai décidé de voir comment les prisonniers vivent à l’intérieur et cela m’a beaucoup touchée. J’ai donc choisi d’apporter ma contribution avec le peu que j’ai.

Quand je suis entrée, j’ai été étonnée de voir dans quelles conditions ils vivaient. Je ne pensais pas que des êtres humains pouvaient vivre dans de telles conditions. Ils sont entassés et la chaleur est suffocante. Vous savez, il fait très chaud au Cameroun. Ils entrent dans la cellule à 17h pour n’en sortir que le lendemain à 7h et passent la nuit debout. Ils font des éruptions cutanées, ils ont des hernies, d’autres ont la diarrhée. J’étais bouleversée. De plus, il n’y a aucune notion d’hygiène. Les gens mangent sans se laver les mains, ils mangent là où ils urinent et font des selles, il n’y a pas de poubelles…

Ça m’a permis d’évaluer comment je pouvais m’engager. Il y en a d’autres qui ont des furoncles et des abcès. J’ai été obligée d’aller voir l’infirmier pour vérifier le contenu de la pharmacie. J’ai constaté qu’il n’y avait aucune médication ni aucun accessoire de base, ni même de pansement. J’ai invité l’infirmier à venir à notre centre de santé pour lui fournir le nécessaire afin qu’il essaie de les aider un peu. Je vais quand même y retourner pour donner des soins.

Quelle aide attendez-vous des gens?

D’abord, s’il y en a qui viennent comme touristes, je les invite à venir nous voir pour qu’ils puissent constater cette réalité à laquelle ils peuvent probablement difficilement croire. Moi-même, je n’avais jamais vu ça ailleurs. Vous savez, les images que vous voyez dans les journaux et la télévision ne révèlent pas la gravité de la situation.

Je suis même allée voir le préfet de la prison pour lui dire : « Mais ça ne va pas! Ça ne va pas! Être en prison, ça ne veut pas dire mourir. Être en prison, c’est changer la vie et revenir dans la société.» Il me dit qu’il va faire quelque chose, mais il ne fait rien. Alors, peut-être que les gens peuvent nous envoyer des médicaments ou faire des dons à l’Aide à l’Église en Détresse pour nous.

Mais si j’avais un message à transmettre, ce serait celui de trouver des moyens pour aider les jeunes qui n’ont pas de parents et dont certains sont en traitement à cause du sida.  Ils ont besoin d’être encouragés pour aller à l’école. Il y a évidemment beaucoup de défis.

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