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Cameroun

Terrorisme : l’Afrique oubliée

La population de Maroua-Mokolo vit dans la peur. En effet, ce diocèse situé dans la région frontalière du Nigéria est sans cesse le théâtre d’attentats perpétrés par Boko Haram.

Lorsque Mgr Bruno Ateba Edo, évêque du lieu, célèbre l’Eucharistie sous un arbre, les fidèles se tiennent souvent par la main et forment une chaîne humaine. Ils veulent ainsi empêcher les kamikazes de rester anonymes et de se mêler à la foule en prière. Avant la messe, des volontaires contrôlent si les personnes qui souhaitent assister au culte portent sur elles des armes ou des explosifs. Les grands sacs à main sont également interdits.

 

CAMEROON / MAROUA-MOKOLO 15/00094 Construction d'un hangar comme lieu de prière pour les 5.000 catholiques nigérians réfugiés dans le diocèse de Maroua-Mokolo

 

Le risque est particulièrement important lors de rassemblements de foules. Et pourtant, cela ne dissuade pas les fidèles catholiques de se rassembler pour prier : « La prière est notre force et notre espoir. Nous avons besoin de la prière! Nous voulons prier! Surtout, la prière au sein de la communauté est un signe d’espoir », affirme l’évêque.

En février dernier dans la localité de Mémé, deux kamikazes ont entraîné au moins vingt personnes dans la mort en se faisant exploser sur le marché et en ont blessé des douzaines. Par contre, la prière a sauvé d’autres personnes. « À l’heure de l’attentat, beaucoup de femmes travaillant sur le marché et d’autres personnes du village venaient juste d’aller à l’église pour participer à la prière du Chemin de croix. Elles disent : “Nous sommes encore en vie parce que nous étions dans l’église. Sans le chemin de croix, nous serions mortes.” »

 

« que des Africains »…

Mgr Ateba Edo est déçu que les médias internationaux ne tiennent pratiquement jamais compte de la situation dramatique dans son diocèse. « Je souhaiterais que ce qui se passe chez nous, au nord du Cameroun, suscite plus d’attention. Lorsque quelque chose survient en Europe, cette nouvelle fait immédiatement le tour du monde. C’est comme un tremblement de terre. Mais lorsque des gens meurent ici au Cameroun ou dans d’autres pays africains, ce n’est pas un grand sujet d’intérêt. Certaines personnes pensent probablement que les victimes ne sont “que des Africains”, alors qu’on dit tellement souvent que le monde d’aujourd’hui est un village. Les médias doivent exercer une plus grande pression. Ils en ont le pouvoir et la force. Je voudrais dire aux médias : regardez-y de très près, partout où quelque chose de grave arrive, et parlez-en! »

 

CAMEROON / MAROUA-MOKOLO 15/00094 Construction d'un hangar comme lieu de prière pour les 5.000 catholiques nigérians réfugiés dans le diocèse de Maroua-Mokolo

 

La pastorale des réfugiés catholiques est assurée par un prêtre nigérian qui parle leur langue. Aide à l’Église en Détresse à apporter un soutien de 21 750 dollars à la construction d’une chapelle. L’évêque en est très reconnaissant : « Il y a presque 5 000 catholiques dans ce camp. Tous les dimanches, deux messes y sont maintenant célébrées. Un lieu de prière est un signe important. Merci de nous avoir aidés! »

Plus de 50 000 Camerounais viennent s’ajouter aux réfugiés nigérians. Ils ont fui des villages situés directement près de la frontière, où la situation est particulièrement dangereuse. La plupart de ces Camerounais ont pu trouver refuge chez des amis, des connaissances ou des proches. Ils ne bénéficient que du soutien de l’Église catholique. L’année dernière, AED a donc fourni une aide d’urgence de 109 500 dollars afin que ces déplacés puissent être soutenus.

Il faut savoir que le diocèse ne peut soutenir tant de monde. L’évêque lui-même est pauvre; il vit dans une petite pièce sans salle de bain. Il n’a même pas d’église épiscopale. Sa richesse, ce sont les gens de son diocèse.

Il se réjouit particulièrement du grand nombre de vocations sacerdotales. Trente jeunes hommes du diocèse de Maroua-Mokolo se préparent actuellement à la prêtrise. Cette année, Mgr Ateba Edoa a déjà pu célébrer deux ordinations sacerdotales, et à la Toussaint, il célébrera l’ordination diaconale de trois jeunes aspirants à la prêtrise.

 

CAMEROON / MAROUA-MOKOLO 15/00095 Emergency help for displaced people Maroua Mokolo: Bishop Bruno Ateba Edo (Diocese of Maroua-Mokolo ) and Bishop Oliver Dashe Doeme (from the diocese of Maiduguri in Nigeria) at a refugee camp Used as Illustration for the Internet Project CAMEROON / MAROUA-MOKOLO 16/00099 PrID: 1602589
Mgr Bruno Ateba Edo (Diocèse de Maroua-Mokolo ) et Mgr Oliver Dashe Doeme ( diocèse de Maiduguri à Nigeria)

Malgré tout : un « merveilleux dialogue

Malgré tous les problèmes avec Boko Haram, Mgr Ateba Edo affirme être ravi qu’il y ait un “merveilleux dialogue” avec les musulmans. De nombreux enfants musulmans — parmi eux les fils et filles de chefs religieux — fréquentent des écoles catholiques. “Les musulmans normaux sont contre Boko Haram”, assure-t-il.

Tous les jours, après l’Eucharistie, les fidèles catholiques prient pour que Dieu leur accorde la paix. D’ailleurs, la situation s’est déjà un peu améliorée. En effet, les exactions armées militaires que Boko Haram commettait dans cette région ont diminué. C’est que l’organisation terroriste a été affaiblie par les interventions militaires communes des troupes armées du Nigéria, du Niger, du Cameroun et du Tchad.

“Maintenant, l’espoir des gens repose en premier lieu sur leur foi en Dieu”, ne cesse de souligner l’évêque. “Nous mettons notre confiance dans la prière. La prière est notre force. Nous prions parce que nous avons besoin de paix. Et malgré les attentats, nous n’arrêterons pas de nous rassembler et de prier ensemble afin que Dieu nous accorde cette paix!”

 

Au Cameroun, l’aide annuelle d’Aide à l’Église en Détresse s’élève à environ 2,19 millions de dollars.

Par Eva-Maria Kolmann, AED International
adaptation : Mario Bard, AED Canada

 

 


 

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