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Philippines

Mindanao comme en Irak?

« Certaines régions de Mindanao vivent exactement ce qui se passe en Irak. » C’est de Zamboanga que le Père Sebastiano d’Ambra, missionnaire de l’Institut Pontifical pour les Missions étrangères (PIME), déclare cela par téléphone à Aide à l’Église en Détresse, organisme international de charité catholique, dont le bureau canadien est situé à Montréal. Le Père d’Ambra a passé près de cinquante ans aux Philippines.

Fr. Sebastiano D'Ambra, Founder of the Silsilah Dialogue Movemen
Le père Sebastiano D’Ambra, fondateur du Mouvement Silsilah pour le dialogue. « La montée du radicalisme dans le monde entier rend notre mission plus difficile et plus nécessaire en même temps.»

« La situation est préoccupante » ajoute le Père d’Ambra, commentant les attentats anti-chrétiens qui ont eu lieu le jour de Noël dans le sud de Mindanao. « Il est difficile de déterminer si les violences étaient spécifiquement dirigées contre les chrétiens, même si tout laisse penser que c’était bien le cas. Il est certain que nos frères dans la foi représentent une des cibles des groupes intégristes. »

Les attentats, explique le religieux, ont été perpétrés par les Combattants pour la liberté du Bangsamoro islamique (BIIF), un mouvement islamiste terroriste paramilitaire né en 2008 d’une scission du Front Moro islamique de libération (MILF). En 2011, le gouvernement de Manille a signé un accord de paix avec le MILF, s’engageant à participer à des négociations afin d’élaborer une loi – la Loi fondamentale du Bangsamoro – qui garantirait à la région un statut spécial.

« Mais les accords avec le gouvernement traînent en longueur, parce que les autorités philippines donnent la priorité aux élections présidentielles et législatives prévues pour le 9 mai 2016. C’est pourquoi des groupes radicaux tels que le BIIF, qui ne veulent absolument pas traiter avec Manille, profitent de l’instabilité pour exécuter des actions terroristes perturbatrices ».

Ne pas célébrer Noël avec les chrétiens

À Mindanao, le radicalisme islamique a une longue histoire. Déjà au cours des années 1990, le groupe Abu Sayyaf, auteur de l’assassinat du missionnaire du PIME, Salvatore Capone, en 1992, était très actif. La radicalisation s’est poursuivie avec la prolifération de mouvements d’inspiration wahhabite soutenus par l’Arabie Saoudite, tandis que depuis une dizaine d’années il y a une forte présence du Jemaah Islamiah, groupe islamiste d’origine indonésienne.

Au cours des trois dernières années, l’État islamique (ÉI) a trouvé de plus en plus de partisans à Mindanao. Même si ce n’est pas sous les mêmes formes extrêmes qu’au Proche-Orient, l’ÉI est également présent ici ». Le prêtre relate aussi que dans cette île à forte présence musulmane, de nombreux responsables islamiques ont exhorté leurs fidèles à ne pas fêter Noël avec les chrétiens, une coutume ancienne pourtant très ancrée aux Philippines.

Zamboanga se situe assez loin de là où ont eu lieu les attentats de Noël, et l’information n’a presque pas été médiatisée parce que le gouvernement tente de la minimiser en vue des élections. Cependant, la peur augmente dans la communauté chrétienne locale, surtout parce que le souvenir de l’attaque commise par le MILF en 2013 est encore vif, attaque qui avait détruit la moitié de la ville, fait plusieurs victimes et réduit en cendres plus de 10.000 maisons. « Depuis lors, les chrétiens se méfient beaucoup des musulmans, tandis que les fidèles musulmans déplorent d’avoir un gouvernement local à majorité chrétienne (environ 70 %) qui ne reflète pas la croissance de leur communauté ».

Toujours convaincu du nécessaire dialogue

Enfants participants au Mouvement Silsilah pour le dialogue.
Enfants participants au Mouvement Silsilah pour le dialogue.

Le Père d’Ambra est le fondateur du mouvement Silsilah qui, depuis 1984, fait la promotion du dialogue interreligieux, en impliquant aussi une partie de la communauté musulmane locale.

« La montée du radicalisme dans le monde entier rend notre mission plus difficile et plus nécessaire en même temps. Même certains responsables musulmans qui travaillent avec nous se sentent découragés. Nous devons avoir plus de courage et plus de foi. C’est un processus long, mais je suis convaincu que par le dialogue nous pouvons apporter un changement réel et créer une atmosphère de miséricorde, comme le Pape François nous invite à le faire en cette Année Sainte.

 

*Image principale: partie de l’icône du Voyage à Emmaüs qui présente l’histoire, la vision, la mission et l’appel du mouvement Silsilah pour le dialogue.

 

By Marta Petrosillo, ACN International

Adapté par Mario Bard, AED Canada : com@acn-aed-ca.org


 

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