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Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo au Venezuela de passage à l’Aide à l’Église en Détresse

Entretien-AED – Venezuela

« La recherche quotidienne de nourriture est devenue un véritable calvaire »

 

Entretien avec Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo au Venezuela : « Notre mission consiste à aider la population à travers les prêtres. Je vous en prie, continuez à nous soutenir pour donner à nos prêtres des moyens de subsistance dignes ».

 Entretien réalisé par Raquel Martín & Josué Villalón (ACN Espagne)

Selon le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et d’autres organisations internationales, plus de deux millions de personnes ont quitté le Venezuela au cours des trois dernières années. Cet exode forcé reflète la sévère crise économique, politique et sociale qui sévit dans le pays. L’Église du Venezuela fait face à cette situation avec la population en créant des projets sociaux visant à combler le manque de nourriture et de médicaments. Mais la situation même de l’Église n’est pas meilleure : les évêques et les prêtres aussi manquent de tout.

 

Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo, situé dans l’est du Venezuela, a répondu aux questions de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse. L’œuvre soutient l’Église vénézuélienne dans ses activités pastorales et sociales. L’entretien portait sur la récente visite ad limina de l’épiscopat vénézuélien auprès du pape à Rome, ainsi que sur le travail de l’Église en faveur des gens qui quittent le pays, et des innombrables nécessiteux qui y restent.

 

Le diocèse de Trujillo est l’une des régions les plus pauvres du Venezuela. Quelle en est la situation actuelle ?

Trujillo est l’un des districts les plus pauvres du point de vue économique. Il est situé dans les Andes, dans une région de montagne majoritairement rurale. Toutefois, je ne dirais pas que c’est une région pauvre, car elle possède une grande richesse humaine et culturelle. Le quotidien des gens est identique à celui vécu dans le reste du pays. Nous souffrons du manque de nourriture et de médicaments, beaucoup de gens sont partis vivre dans un autre pays et l’économie est paralysée. Peut-être que dans les villages, le manque d’accès à la nourriture est plus perceptible, comparé à la capitale ou aux villes importantes du pays.

 

Quel message Sa Sainteté le pape François a-t-il donné aux évêques et au peuple vénézuélien lors de la visite ad limina ?

Le pape a témoigné d’une grande proximité. Nous avons la chance qu’il soit originaire du même continent et que nous parlions la même langue. François a pris place au milieu de nous. Nous avons formé un cercle autour de lui et il nous a dit : « Racontez-moi comment vous allez ». Nous avons pu constater qu’il connaît très bien l’Église du Venezuela, la vie dans le pays et les difficultés qu’endure la société. Il a insisté pour que nous soyons très proches des gens et que nous trouvions des réponses à leurs besoins. Il nous a rappelé : « Restez forts et proches des gens ! Je suis conscient que vous le faites déjà et je vous invite à poursuivre dans cette voie. » De plus, il nous a invités à mettre en pratique une réalité : la résistance. Jusqu’à présent, je n’avais encore jamais entendu cette notion dans ce contexte. En effet, elle n’a aucun rapport avec la politique, le populisme ou un langage militaire. Il nous a invités à résister fermement dans la foi, dans l’espérance et dans la charité.

 

Comment l’Église accompagne-t-elle les gens qui quittent le pays ?

J’ai eu l’occasion de me rendre à la frontière de la Colombie, dans l’État de Táchira. Les diocèses de San Cristóbal au Venezuela et de Cúcuta en Colombie fournissent un travail de grande ampleur. Je me suis mêlé aux gens qui passent la frontière et vont en Colombie. C’est impressionnant : ils fuient par milliers chaque jour. L’Église nourrit entre 5 000 et 8 000 personnes par jour, sachant que ces estimations reflètent uniquement le nombre de personnes dont s’occupe l’Église. Certes, quelques-uns retournent au Venezuela, mais ils ne sont pas nombreux. Il s’agit de ceux qui, à cause de la pénurie au Venezuela, vont et viennent pour trouver des produits qu’on trouve seulement en Colombie. Une fois qu’ils ont pu se les procurer, ils retournent chez eux. Au Pérou, en Équateur et au Brésil, l’Église s’occupe aussi des Vénézuéliens qui fuient.

Des migrants à la frontière entre la Colombie et le Venezuela

 

Quelles sont les conséquences de ces départs ?

Dans les paroisses, on commence à percevoir l’absence de jeunes et de personnes d’âge moyen. Il est de plus en plus fréquent de voir arriver des personnes âgées accompagnées de leurs petits-enfants. Les parents sont partis chercher du travail. Plusieurs prêtres m’ont raconté qu’ils n’avaient plus de chorale d’église parce que les jeunes gens étaient partis. Ces prêtres doivent maintenant trouver d’autres personnes pour chanter ou jouer d’un instrument de musique, et les former. C’est un exode forcé et lié au manque terrible de nourriture et de médicaments. Les gens sont dans le besoin, car ils n’en trouvent pas dans le pays ou ne peuvent pas en acheter à cause de la dévaluation de la monnaie.

 

Comment l’Église répond-elle aux besoins de ceux qui restent ?

Pour répondre au manque de nourriture, les paroisses organisent des « soupes populaires » tous les jours afin de fournir des repas aux nécessiteux. Les enfants et les personnes âgées souffrent de malnutrition. Il y a quelques jours, j’ai reçu un coup de téléphone de ma sœur. Elle s’occupe de notre mère, et elle voulait me dire qu’elle ne trouvait ni poulet ni œufs ou viande. Elle ne savait pas où aller et ne trouvait aucun magasin où en acheter. Les gens passent beaucoup de temps à essayer de remplir leur panier, si tant est qu’ils le fassent. La recherche quotidienne de nourriture est devenue un véritable calvaire.

 

Que pensez-vous de l’aide fournie par l’AED aux prêtres de votre diocèse ?

Je tiens tout d’abord à remercier le peuple vénézuélien, tous ceux qui ont partagé avec nous et continuent de partager le peu qu’ils possèdent. Mais maintenant, dans la situation actuelle, nous devons aussi recourir à l’aide extérieure. Sans cette aide, la vie serait impossible. Je remercie l’Église en Europe, en particulier celle en Allemagne, en Italie et en Espagne qui nous soutient afin que nous puissions aider nos prêtres. Grâce aux intentions de messe, ceux-ci peuvent vivre de manière digne. Et cette aide établit aussi un lien entre nous à travers la prière afin que nous ne perdions pas espoir. J’implore Dieu de nous envoyer de saints prêtres, mais aussi pour que ces prêtres puissent recevoir une subsistance digne afin qu’ils puissent se mettre au service du peuple de Dieu et répondre à leur vocation avec plus de force.

Des enfants qui attendent la nourriture.

Un dernier message à l’intention des bienfaiteurs de l’AED ?

Grâce à vous, nos communautés n’échoueront pas dans leur mission de consoler et d’apporter la lumière au milieu de tant d’obscurité vécue au Venezuela. Le manque de denrées alimentaires et de médicaments, d’eau et d’électricité engendre énormément de stress, contre lequel nous devons lutter. Je vous demande de prier pour les évêques pour qu’ils ne soient pas tentés de renoncer. Notre mission consiste à aider la population à travers les prêtres. Je vous en prie, continuez à nous soutenir pour donner à nos prêtres des moyens de subsistance dignes, et d’ainsi assurer le maintien de nos soupes populaires ainsi que le maintien de la distribution des médicaments et des autres aides.

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