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AED International

Organisation confessionnelle et soutien humanitaire

Regard sur la question

 
 Entretien par Maria Lozano, ACN International
Adaptation du texte, Mario Bard, AED Canada
  • L’ambassadeur de l’Union Européenne annonce une nouvelle initiative visant à réduire l’ignorance religieuse ou « l’analphabétisme » religieux1 dans le monde entier.
  • Cardinal Parolin : Les gouvernements devraient éviter la « colonisation idéologique ou culturelle ».
  • 20ème anniversaire du Rapport sur la liberté religieuse de l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

Mark von Riedemann, directeur des affaires publiques et de la liberté religieuse de l’œuvre pontificale de charité de l’AED, a été invité à animer une table ronde sur l’aide humanitaire lors d’un récent symposium entre les États-Unis et le Saint Siège intitulé « Des chemins pour atteindre la dignité humaine : partenariat avec des organisations confessionnelles ». Maria Lozano, responsable de l’information au bureau international de l’AED, l’a interviewé à ce sujet.

AED : L’ambassade des États-Unis à Rome et le Saint-Siège ont récemment coparrainé un symposium où le secrétaire d’État américain, Michael R. Pompeo, le Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, Mgr Paul Gallagher et le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Vatican, se sont exprimés sur la façon dont les gouvernements peuvent s’associer avec des organisations confessionnelles pour mieux défendre la liberté religieuse. Qu’est-ce qui a motivé ce symposium ?

Mark von Riedemann : Le symposium a voulu rappeler les 35 ans de coopération positive entre le gouvernement américain et le Saint-Siège, avec le travail du Pape Saint Jean-Paul II et de Ronald Reagan et leurs efforts combinés pour mettre fin au communisme dans l’ex-Union soviétique.

L’intention était également de présenter des nouvelles initiatives prises par le gouvernement américain pour travailler directement sur le terrain avec les organisations confessionnelles. Comme l’a fait remarquer l’ambassadrice des États-Unis auprès du Saint-Siège, Mme Castella Louise Gingrinch dans son discours d’ouverture, les gouvernements à eux seuls ne peuvent pas faire grand-chose. Elle a noté, par exemple, que même pour les États-Unis qui sont l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire dans le monde, l’efficacité de ce soutien nécessite des partenariats avec les organisations travaillant sur le terrain. Les organisations catholiques et autres organisations confessionnelles peuvent fournir une aide plus efficace dans les endroits où les gouvernements n’ont ni l’expérience ni le réseau pour cela. La forte participation diplomatique à cette occasion a également incité le représentant de l’Union européenne auprès du Saint-Siège, l’Ambassadeur Mr Jan Tombinski, à annoncer le lancement d’une initiative de l’UE appelée « Echange mondial sur la religion dans la société », qui vise à réduire l’ignorance religieuse ou « l’analphabétisme » religieux dans l’UE et le reste du monde. L’objectif d’une telle initiative est de reconnaître l’importance de la foi dans la vie quotidienne. Il s’agit d’une première absolue pour l’Europe, qui s’était jusqu’à présent vantée d’être « aveugle à la religion ».

Le Cardinal Parolin a salué ces nouvelles initiatives. Dans son discours, cependant, il a mis en garde contre la tentation des pays donateurs d’imposer certaines valeurs culturelles ou visions du monde qui deviennent des conditions préalables à l’octroi de l’aide aux pays bénéficiaires.

 

En effet, il a fermement demandé aux gouvernements d’éviter, lorsqu’ils parrainent des organisations confessionnelles, ce que le pape François a appelé une « colonisation idéologique ou culturelle » consistant à « imposer une vision du monde ou un ensemble de valeurs différentes aux sociétés les plus pauvres, faisant souvent de l’adoption de ces valeurs une condition préalable pour recevoir une aide humanitaire ou au développement ». Bien que l’Aide à l’Église en Détresse n’ait jamais été touchée par cette question, car nous comptons uniquement sur le soutien de bienfaiteurs privés, j’ai été heureux qu’il en fasse mention. Nos partenaires de projet nous ont en effet, et ce à maintes reprises, témoigné  de ce genre d’abus. En effet, il est abusif de subordonner l’aide alimentaire à l’acceptation de programmes de promotion de la contraception et de l’avortement. Et ce phénomène est bien documenté.

Ce symposium fait partie d’une série d’autres actions menées ces derniers mois dans le domaine de la liberté religieuse et de l’attention portée à la question de la persécution des chrétiens. Quelle tendance avez-vous notée ?

 

La liberté religieuse est de plus en plus reconnue comme un droit fondamental, les deux tiers de la population mondiale vivant dans des pays où la liberté religieuse est restreinte, et les chrétiens constituant le plus grand groupe confessionnel soumis à des persécutions.

Cette conférence s’inscrit dans la foulée d’un « Appel mondial à la protection de la liberté religieuse », lancé le 23 septembre 2019, qui a été le premier acte de l’ONU sur la liberté religieuse parrainé par un président américain, et de la résolution de l’ONU du 28 mai 2019 faisant du 22 août la « Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions ». Au cours des deux dernières années, il y a eu une série d’initiatives, dont la création d’un « Secrétariat d’État pour l’aide aux chrétiens persécutés » en Hongrie, l’Alliance internationale pour la liberté religieuse lancée par les États-Unis, et ce qui est peut-être le plus remarquable, le nombre croissant de nations qui instituent ou réactivent des ambassadeurs pour la liberté religieuse et liberté de croyance dans des pays comme le Danemark, les Pays-Bas, les États-Unis, la Norvège, la Finlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni, entre autres.

2019 marque le 20ème anniversaire du Rapport sur la liberté religieuse de l’AED. L’AED a-t-elle été une sorte de voix prophétique dans le désert appelant à la liberté religieuse et à la fin de la persécution des chrétiens ?

 

Le rapport a en effet été prophétique. En 1999, la liberté religieuse n’était pas un sujet majeur pour la plupart des gouvernements, mais l’AED recevait déjà de nos partenaires de projet sur le terrain de plus en plus de témoignages de persécution des chrétiens. Par exemple, les tensions religieuses au Nigeria se sont développées cette année-là avec l’imposition de la charia dans une douzaine d’États à majorité musulmane, entraînant une violence sectaire importante qui se poursuit encore aujourd’hui. Depuis lors, nous avons été témoins d’événements dramatiques au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, et les souffrances qui en ont résulté pour des millions de personnes ont exigé une attention et une réaction accrues.

Puis, il y a eu un moment charnière en 2016 lorsque l’Union européenne et les États-Unis ont adopté des résolutions qualifiant de génocide les atrocités commises par l’État islamique (ÉI/Daesh) contre les chrétiens en Syrie et en Irak. La persécution des chrétiens est-elle une surprise ? Non, elle s’est développée au fil des siècles, plongeant ses racines dans l’intolérance, qui s’est transformée en discrimination et persécution, jusqu’à ce que le monde prenne enfin conscience du génocide des chrétiens en Irak et en Syrie. Un triste symptôme de ce génocide est la diminution de la présence chrétienne au Moyen-Orient : en 1910, les chrétiens représentaient 13,6 % de sa population. En 2010, ce nombre était tombé à 4,2 %. L’appel du gouvernement américain en faveur d’un nouveau partenariat entre le gouvernement et les organisations confessionnelles est un signe supplémentaire que les pays occidentaux prennent conscience de ces réalités, et c’est un pas important dans la bonne direction.

  1. Sur l’expression « analphabétisme religieux », voir le rapport abrégé de l’AED 2016-18 sur la liberté religieuse.