fbpx
 
20 Sep 2019, by Amanda in Entrevue AED, Irak

Irak
tentative de radicalisation du système judiciaire

Les chrétiens craignent l’instauration d’une théocratie, à l’heure où les parlementaires tentent de présenter des changements à la Cour suprême fédérale, qui interprète la Constitution et détermine la constitutionnalité des lois et des règlements.

Entrevue réalisée en août dernier par Xavie Bisits, ACN-International

Dans un pays où les chrétiens sont aux prises avec des attentats à la bombe ciblés, des enlèvements et des discriminations, leurs leaders sont confrontés à une nouvelle  crise : une tentative de donner aux religieux islamiques le droit de vote à la Cour suprême fédérale.

Cette décision, qui n’a pas encore été prise, rapprocherait l’Irak d’une théocratie semblable au régime iranien où les non-musulmans sont contraints de vivre sous la charia, la loi islamique. Par exemple, en Iran les chrétiennes sont forcées de porter le voile, et l’alcool est complètement interdit.

Le changement inclurait la présence de quatre juristes islamiques parmi les 13 membres qui votent à la Cour suprême fédérale du pays. Toutes les décisions nécessiteraient le soutien d’au moins trois de ces quatre juristes, ce qui radicaliserait de manière drastique le système judiciaire du pays.

Irak, Karamlesh (Karamles), juillet 2019 – édifices touchées par Daesh

Droits de l’homme menacés

En août dernier, Muna Yako, professeure et militante chrétienne irakienne experte en droit constitutionnel, a expliqué à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que bien que la Constitution se réfère à l’Islam comme fondement du droit, elle fait également référence à l’importance de la démocratie et des droits de l’homme.

 

Ce changement à la Cour suprême fédérale signifierait probablement que la loi islamique ait toujours préséance : « La Cour est nécessaire pour interpréter la Constitution. Actuellement, lorsqu’une affaire est portée devant la Cour suprême fédérale, j’espère qu’elle accorde parfois la priorité aux droits de l’homme et à la démocratie. Mais si ces juristes islamistes rejoignent la Cour, nous n’aurons plus aucune chance de donner la priorité à la démocratie ou aux droits de l’homme ».

 

Cela signifierait également la fin de toute tentative d’abroger les lois qui discriminent les minorités religieuses et qui les traitent comme des citoyens de seconde classe. Par exemple, la loi actuelle dit que les non-musulmans peuvent se convertir à l’Islam, mais l’inverse ne peut pas avoir lieu. De même, les chrétiens ne sont pas autorisés à épouser des femmes musulmanes sans se convertir à l’Islam, ce qui est une « discrimination anticonstitutionnelle ».

 

« Le gouvernement irakien nous a déçus jusqu’à présent, mais j’espère toujours qu’il y aura un changement. Toutefois, si cette loi est adoptée, je n’aurai plus aucun espoir. Cela fera de l’Irak une théocratie, parce que toutes les lois seront fondées sur la religion, par exemple les règles sur l’habillement et l’alcool ».

 

Muna Yako craint qu’à la suite d’un tel changement – « terrifiant » -, davantage de chrétiens quittent le pays : « Nous ne serions plus qu’un souvenir, tout comme les juifs ». La plupart des chrétiens font partie de groupes autochtones présents dans le pays depuis des milliers d’années.

 

Mgr Sako à Rome – 2018

Dans une lettre adressée au Président du Parlement irakien, le Cardinal Raphaël Sako I, Patriarche de l’Église catholique chaldéenne, a fait part de sa préoccupation en ce qui concerne cette proposition, faite « après toutes les souffrances que nous avons endurées, comme le terrorisme, les déplacements de population, les pillages, les meurtres et les vols ». Il a exprimé sa crainte que cette proposition ne menace l’avenir des chrétiens dans le pays, en appliquant la loi islamique aux chrétiens dans des domaines personnels comme le droit des successions.

 

Cet avis est partagé par d’autres juristes. Le Dr Majida Sanaan-Guharzi, dans le journal Kurdistan 24, estime que ce changement « pourrait modifier considérablement la fonction de la Cour, en promouvant un État de plus en plus théocratique dans lequel les règles religieuses sont premières sur le système juridique actuel, principalement laïque ».

 

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient d’importants projets en Irak. L’organisme international a principalement contribué à apporter une aide d’urgence aux chrétiens touchés par le groupe État islamique (ÉI). Elle se concentre maintenant surtout sur la reconstruction des bâtiments ecclésiaux qui ont été délibérément attaqués au cours des trois années d’occupation.

Novembre 2018, église de Qaraqosh, maintenant en reconstruction