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Égypte – « J’ai de la pitié pour les auteurs de l’attentat »

Dix ans après, un survivant revient sur l’attaque contre les chrétiens coptes.

Il y a dix ans, la veille du Nouvel An, la vie de Kiro Khalil, chrétien copte alors âgé de 20 ans, a été bouleversée, selon ses propres termes. Cette expression ne rend pas compte de l’horreur que le jeune homme a vécue. Il a survécu à une attaque qui visait expressément les chrétiens et trois membres de sa famille sont morts. Après l’attentat, Khalil a été victime de discrimination et de menaces de mort. Il a dû quitter sa patrie et trouvé refuge en Allemagne. Par contrechemin, il a aussi trouvé le bonheur : il s’est marié tout récemment !

Florian Ripka, directeur général du bureau allemand de l’organisation caritative internationale Aide à l’Église en Détresse (AED), a échangé avec Khalil sur le pouvoir de la réconciliation, sur l’amour des ennemis et sur la foi qui résiste aux persécutions.

Kiro Khalil est un chrétien de rite copte orthodoxe. En novembre, il a participé au Mercredi Rouge 2020 de l’AED en Allemagne. C’est un survivant de l’attaque ccontre l’église Saint-Pierre et Saint-Paul d’Alexandrie, il y a 10 ans. Sa mère, sa soeur et sa tante ont toutes péries dans l’attaque et sa soeur a été gravement blessée.
Il vit maintenant à Münster en Allemagne.

FR : M. Khalil, vous avez survécu à une attaque contre une église. Quand était-ce et que s’est-il passé ?

KK : J’ai perdu les membres les plus proches de ma famille lors de l’attaque contre l’église de Saint-Marc et Saint-Pierre (église Al-Qidissine) dans ma ville natale d’Alexandrie. Cela s’est produit la veille du Nouvel An 2011. Nous étions à l’église pour remercier Dieu de l’année qui touchait à sa fin. En partant, peu après minuit, une voiture piégée a explosé en face de l’église. Vingt-quatre personnes sont mortes et plusieurs centaines d’autres ont été blessées. Parmi les défunts se trouvaient ma mère, ma sœur et une de mes tantes. Mon autre sœur Marina a été gravement blessée. Elle a dû être opérée 33 fois.

Dimanche 7 avril 2013 : images des funérailles à la suite d’une autre attaque, celle-ci survenue à l’église Saint-Marc du Caire.

Vous avez perdu vos proches, comment contenez-vous votre chagrin et la rage que vous devez ressentir envers vos agresseurs ?

Depuis mon enfance, je suis l’objet de haine et de discrimination parce que je suis chrétien. J’ai souvent été harcelé verbalement à l’école, simplement à cause de mon prénom Kiro, qui est un nom chrétien traditionnel. Dès l’enfance, ma mère nous a appris à aimer nos semblables, sans tenir compte de ce qu’ils nous faisaient. «Aime ton prochain comme toi-même » : ma mère a inscrit en nos cœurs ce commandement de Jésus. Après l’attaque, cela m’a énormément aidé à surmonter ma douleur.

À la suite de l’invasion de l’Égypte par des musulmans arabes, les chrétiens ont été tatoués comme des bêtes avec la croix. Depuis, les chrétiens se sont réappropriés ce symbole. C’est pourquoi aujourd’hui, les chrétiens se tatouent la croix sur le poignet, s’apparentant aux marques des clous du Christ Jésus.

En fin de compte, votre foi est la raison pour laquelle vous et votre famille avez été attaqués. N’avez-vous jamais douté de Dieu ? 

Absolument pas. Quatre mille personnes étaient rassemblées dans l’église pour l’office de la veille du Nouvel An. Parmi eux, trois de mes parents ont été choisis pour être martyrs. Et même si cela semble étrange, au lieu de céder au désespoir ou de me demander « Dieu est-il injuste de permettre une telle chose ? », je considère cela comme une grâce.

Il n’a pas été possible d’identifier les auteurs de l’attaque, ni leurs commanditaires. Que pensez-vous des assassins ?

J’ai de la pitié pour les auteurs de l’attentat.

Les extrémistes vivent sous une pression très forte.Ils croient qu’ils doivent commettre des actes de violence contre des personnes d’autres religions pour plaire à Dieu. Ces gens ont du sang sur les mains. Comment une personne peut-elle vivre avec une telle culpabilité ? J’imagine qu’ils souffrent autant que moi des conséquences de cette attaque.

Kiro Khalil s’adressant aux participants du Mercredi Rouge en Allemagne, novembre 2020.

Vous vivez aujourd’hui en Allemagne. Vous sentez-vous libre de vivre votre foi ici ? Et quels sont, selon vous, les défis des croyants d’ici ?

En Allemagne, il y a beaucoup de liberté. Elle est souvent considérée comme une évidence. J’ai parfois l’impression que la foi se meure avec le temps. Il arrive souvent que l’Église soit particulièrement vivante dans les lieux qui subissent des persécutions. En Égypte, les chrétiens meurent pour avoir le droit de vivre leur foi. Ici, en Allemagne, les églises sont fermées ou transformées en musées. Ceci m’attriste.

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