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COVID 19 — NIGER
Vivra-t-on un nouvel épisode «Charlie Hebdo»?  

Par Maria Lozano, AED International
Adaptation française : Mario Bard, AED-Canada
Publié sur le web le 11 mai, 2020

La COVID-19 devenu un phénomène mondial. Et, tandis que des gens luttent contre cette maladie dans les hôpitaux et les laboratoires, des problèmes sociaux sont exacerbés par cette nouvelle situation. Au Niger, et bien que les autorités politiques et administratives aient pris des mesures rapides pour empêcher le Coronavirus de se répandre, la mise en application de ces mesures n’est pas respectée par tous les groupes.

 

Le 12 avril, l’État a interdit les prières et les réunions dans les mosquées et les églises. Avant même que cette décision ne soit prise, la Conférence épiscopale catholique du Burkina-Niger avait conseillé aux diocèses de suspendre les messes publiques dominicales et quotidiennes, ainsi que les réunions de prière dans les paroisses, ou tout autre rassemblement. Et ce, afin d’éviter la contagion.

Au Niger, 96 % de la population est musulmane. Certains groupes de cette tradition dirigés par des imams extrémistes ne se montrent pas aussi coopératifs. Des sources locales proches de l’Église ont informé l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qu’en plus de troubles dans la capitale Niamey, il y en a également à Meyahi, un village non loin de Maradi, deuxième plus grande ville du Niger. Une partie de la population y est sortie manifester après l’interdiction des prières du vendredi. Elle a pillé les locaux de l’administration et mis le feu à l’école et à l’université locales.

Dans la région de Zinder, une autre source locale — qui préfère garder l’anonymat pour des raisons de sécurité —, a confirmé à l’AED les réactions négatives de groupes de musulmans radicaux dans la région sud-est du pays : « Ils ont provoqué des émeutes, d’abord à 15 kilomètres de Zinder, puis dans la ville de Zinder elle-même. Heureusement, pour éviter que les tragiques événements de janvier 2015 ne se répètent, les autorités ont rapidement réagi et ont appelé quelques policiers de Maradi pour renforcer la sécurité de la ville et de la mission catholique. L’odeur des pneus brûlés et des gaz lacrymogènes s’est répandue dans la ville. Mais il n’est rien arrivé à la mission ».

Tous ces incidents créent une grande peur parmi la petite communauté chrétienne qui se souvient encore des événements d’il y a cinq ans, lorsque plus de 45 églises chrétiennes ont été attaquées et incendiées dans tout le pays, en réaction à la publication de caricatures de Mahomet dans le magazine français Charlie Hebdo.

Malgré tout, Mgr Ambroise Ouédraogo, évêque de Maradi, ne pense pas que cela puisse se reproduire : « La situation liée au Coronavirus est différente de celle de Charlie Hebdo, parce que ce n’est pas un conflit religieux ou politique ! En 2015, l’opposition politique cherchait un moyen de créer un soulèvement afin de renverser le gouvernement de l’époque, et l’Église était le bouc émissaire. Mais je pense qu’avec le Coronavirus, ils n’oseront pas s’attaquer aux chrétiens de cette manière ». Malgré sa confiance dans le gouvernement, il met en garde : « Il faut toutefois rester vigilant, les réactions des fondamentalistes musulmans extrêmes sont imprévisibles. Je suis confiant dans le fait qu’ils n’iront pas aussi loin ! »

Le gouvernorat de Maradi et les autorités politiques, administratives, religieuses et traditionnelles se rencontrent une fois par semaine dans les locaux du gouvernorat pour discuter de la pandémie. Selon le prélat, « les fonctionnaires de l’État font des efforts louables pour tenter de réduire les dommages causés par le coronavirus, à travers des campagnes d’information et de sensibilisation sur l’épidémie, les mesures d’hygiène à prendre, et surtout, l’importance d’éviter les grandes assemblées et réunions ». Cependant, cela s’avère extrêmement difficile, « parce que les marchés sont essentiels à la survie quotidienne et rassemblent des foules, ce qui facilite la contagion ».

« Il est également difficile de contrôler la frontière avec le Nigeria, compte tenu de sa longueur. L’État n’a pas les moyens de mettre en place des dispensaires pour détecter le coronavirus chez ceux qui passent la frontière », ajoute le prélat.

Un travail spécial de sensibilisation est en cours auprès des groupes musulmans les plus obstinés, afin qu’ils comprennent la raison des directives mises en œuvre dans le but de sauver des vies humaines, explique l’une des sources à l’AED.

En date du 11 mai, le pays avait 821 cas positifs, dont 46 décès et 624 guérisons. Mais les experts s’accordent à dire que ces chiffres doivent être pris sous toutes réserves, étant donné que les systèmes de santé ne disposent pas de tous les moyens adéquats pour évaluer le nombre de personnes infectées par le Covid-19.

Une nouvelle Pentecôte «post Coronavirus»

Au niveau ecclésial et pastoral, Mgr Ambroise Ouédraogo commence déjà à réfléchir à « l’après Coronavirus ». Compte tenu du confinement vécu par les églises et communautés chrétiennes au Niger depuis le 19 mars, les chrétiens prient chez eux, en famille. « Cette période d’enfermement aura inévitablement des répercussions sur la vie et la foi de nos chrétiens, positivement ou négativement. Il y aura un avant et un après ! Pour certains, l’absence de célébration eucharistique renforcera une forte soif de Dieu et d’unité avec leur communauté. Pour les chrétiens tièdes, ça pourrait être la fin ».

Mais sur ce point aussi, le berger de ce petit troupeau respire l’optimisme : « Préparons-nous à la fête de la Pentecôte, à la naissance d’une Église plus renouvelée, charismatique et ouverte au monde ! Osons nous laisser emporter par le souffle de l’Esprit saint qui veut faire de nous des femmes et hommes nouveaux, pour un monde nouveau d’amour, de paix, de justice et de pardon !

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