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© Wassim Farkouh

Scène de la destruction à Homs 

Syrie

« Nous ne voulons pas vivre sous la domination islamique »

ACN-20160219-36888
Ignace Éphrem II Karim

Sa Béatitude le patriarche syriaque orthodoxe Ignace Éphrem II Karim a visité la ville d’Al-Qaryataïne, libérée de l’État islamique. Il s’est montré choqué par l’ampleur des ravages.

Après avoir visité la ville syrienne d’Al-Qaryataïne, récemment libérée du joug de l’État islamique (ÉI), Sa Béatitude le patriarche syriaque orthodoxe Ignace Éphrem II Karim éprouve des sentiments mélangés.

Dans un entretien accordé à l’organisme international de charité catholique Aide à l’Église en Détresse, le primat de l’Église syriaque orthodoxe, dont la résidence est à Damas, a déclaré vendredi qu’il se réjouit que la milice terroriste ait été chassée de cette ville habitée par des musulmans et des chrétiens. L’ÉI avait envahi Al-Qaryataïne au mois d’août 2015. « C’est certainement une évolution encourageante. Mais, les habitants qui s’étaient enfuis pleurent parfois en voyant ce qu’est devenue leur ville. En tant que berger, il m’est particulièrement douloureux de voir ces larmes. »

Selon le patriarche, l’infrastructure a été gravement endommagée. « Lorsque je me suis rendu dans la ville vendredi avec nos frères catholiques, j’ai été choqué par l’ampleur des ravages. Lors des combats, beaucoup de maisons ont été entièrement détruites ou très gravement endommagées. Les objets d’ameublement et d’aménagement ont été volés », affirme le chef de l’Église syriaque orthodoxe. « C’était particulièrement douloureux de voir que l’ÉI a délibérément profané les églises. Le monastère syriaque catholique de Saint-Élie autant que notre église syriaque catholique ont été volontairement profanés. Notre église a même été encore plus gravement détruite que le monastère. »

Le patriarche a souligné que sa visite effectuée vendredi conjointement avec les catholiques est un signal important. « Par les temps actuels, nous autres chrétiens devons unir nos ressources. L’ÉI veut tous nous tuer, quelle que soit l’Église à laquelle se rattache un chrétien », ajoute Mgr Ignace Éphrem.

Une haine difficile à surmonter

« L’objectif de ma visite était surtout de donner de l’espoir aux gens. Je leur ai dit de remercier Dieu pour leur vie. Les maisons et les églises peuvent être reconstruites. Mais pas une vie perdue. En tant qu’Église, nous n’en resterons pas aux seuls mots, mais ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider la population avec les travaux de reconstruction. L’essentiel, c’est la foi que Dieu est avec nous. Notre aide vient au nom du Dieu vivant. »

Le patriarche a toutefois concédé que dans ce genre de situation, il est difficile de témoigner de la foi chrétienne et de pardonner à ses ennemis. « Dans ce genre de circonstances, il n’est pas facile de surmonter la haine et de prier Dieu d’accorder le don du pardon. Cela va durer un certain temps jusqu’à ce que les gens en soient capables. C’est humain et c’est compréhensible. Mais, nous ne pourrons pas écarter la disposition à pardonner. C’est un fondement essentiel de la vie chrétienne. »

Une réconciliation possible

Dans ce contexte, le patriarche a souligné que les Syriens avaient beaucoup d’expérience dans la cohabitation des religions. « En Syrie, la guerre n’existait pas entre chrétiens et musulmans. Nous sommes aujourd’hui en présence de terroristes, majoritairement étrangers, qui viennent ici pour combattre dans le djihad. Certes, il existe entre-temps aussi des Syriens qui se sont ralliés à l’idéologie djihadiste. Mais ses idées viennent de l’extérieur, surtout d’Arabie Saoudite et du wahhabisme de ce pays. »

Le patriarche « ne considère pas que la réconciliation entre les Syriens de différentes confessions soit le problème. Cette réconciliation est possible. Car de fait, malgré maintes difficultés, également avant la guerre, nous avons vécu ensemble dans la paix en Syrie. C’était la Syrie que nous connaissions. »

Quant aux efforts menés par les Nations unies pour générer une solution politique au conflit, grâce à des négociations entre le gouvernement syrien et l’opposition, le patriarche estime : « Si nous autres Syriens pouvions régler les affaires entre nous, je pense qu’il n’y aurait pas de problème. Mais nous ne sommes pas naïfs. Les difficultés d’une solution politique au conflit résident dans le fait que des intérêts, autant régionaux qu’internationaux, se heurtent en Syrie. C’est ce qui rend les choses aussi compliquées. »

« Aidez-nous à pouvoir rester ici »

Sa Béatitude Ignace Éphrem II Karim se montre sceptique quant aux représentants de l’opposition syrienne qui négocient avec le gouvernement syrien à Genève. « Bien entendu, j’espère que ces négociations aboutiront. Mais l’opposition là-bas n’a pas beaucoup d’adhérents ici même, en Syrie. En outre, elle compte beaucoup d’islamistes. Ni nous, les chrétiens, ni d’autres ne voulons vivre sous la domination islamique. »

Le patriarche ajoute aussi qu’environ 40 pour cent des chrétiens de Syrie ont quitté leur patrie pour fuir dans les pays voisins ou en Occident. « Je ne me fais pas d’illusions. La plupart d’entre eux ne reviendront pas. Si ça continue comme ça, nous, les chrétiens, disparaîtrons de Syrie, comme nous avons presque entièrement disparu de Turquie et d’Irak. » C’est la raison pour laquelle le patriarche rejette une immigration des chrétiens encouragée par l’Occident.

« La meilleure voie pour nous soutenir, c’est de nous aider à pouvoir rester ici, dans notre patrie. Émigrer en Occident n’est pas une solution. Ce n’est pas une bonne expérience que d’être un réfugié en Europe. Sur le plan culturel, on est déraciné. Ce n’est bon ni pour les réfugiés ni pour les sociétés qui les accueillent. »

Le patriarche explique qu’il existe des lieux de refuge sûrs pour la population, en Syrie et tout autant que dans les pays voisins. « Pour l’Europe, ce serait beaucoup moins cher d’aider nos gens à rester en Syrie ou à vivre provisoirement au Liban ou ailleurs. Toutefois, il est important d’appuyer les projets de l’Église sur place. Nous sommes très reconnaissants à Aide à l’Église en Détresse d’opter pour cette voie et d’aider la population sur place. J’espère que plus d’organisations suivront cet exemple. »

 

Article d’Oliver Maksan, ACN International
Adaptation : Mario Bard ACN Canada


 

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