fbpx
X
Faire un don

Irak

L’espoir renaît?

Montréal/Surrey, 27 septembre – Si la ville de Mossoul est reprise des mains de Daesh (ÉI), l’événement pourrait paver la voie à un retour des chrétiens d’Irak dans La Plaine de Ninive, leur terre ancestrale. C’est du moins ce qu’estiment – et espèrent! – les évêques et d’autres dirigeants-laïcs de l’Église locale qui veulent établir une entente avec le gouvernement irakien à ce propos.

 

Une délégation menée par Aide à l’Église en Détresse s’est rendue début septembre dans le nord du Kurdistan irakien – où se trouve la moitié des 250 000 chrétiens toujours présents en Irak – et elle a rencontré plusieurs déplacés de la Mossoul et de La Plaine de Ninive, qui ont dû fuir l’avancée de l’État islamique (ÉI) en août 2014.

Mgr Louis Sako 1er, Patriarche chaldéen de Bagdad. Selon lui, « fournir une protection légale » est essentielle pour les chrétiens qui reviendraient à Mossoul.
Mgr Louis Sako 1er, Patriarche chaldéen de Bagdad. Selon lui, « fournir une protection légale » est essentielle pour les chrétiens qui reviendraient à Mossoul.

En plus d’y apporter de l’aide d’urgence, elle a constaté que l’Église locale est en train de développer des propositions qui vont faire en sorte que les chrétiens seront peut-être capables de retourner dans les villes et villages qui leur ont été dérobés.

 

La délégation a pu s’entretenir avec le Patriarche chaldéen de Bagdad, Louis Sako 1er, et chef spirituel de la plus grande communauté chrétienne d’Irak. Selon lui, il est essentiel que, dans le cas de la libération de Mossoul – qui devient imminente – les chrétiens puissent retourner dans cette ville, où ils composaient autrefois une forte minorité.

 

« Libérer Mossoul et La Plaine de Ninive de l’ÉI pourrait être une lueur d’espérance pour les anciens habitants afin qu’ils puissent retourner à la maison, à la condition de leur fournir une protection légale, et qu’on leur laisse le temps de rebâtir la confiance avec leurs voisins. Autrement, le flot continu d’immigration [des chrétiens] – une hémorragie! – va continuer, même dans les régions les plus sûres, ce qui est un signe inquiétant », estime encore le Patriarche.

La population chrétienne d’Irak était de plus d’un million d’individus avant la chute du président Saddam Hussein.

L’espoir : vraiment de retour

« Je sens beaucoup plus d’espoir chez les dirigeants de l’Église et les croyants que lors de notre visite l’an dernier », déclare Neville Kirke-Smith, directeur du bureau britannique d’Aide à l’Église en Détresse, et membre de la délégation qui a apporté de l’aide pour au moins 100 000 personnes. « L’Église est en train de monter un dossier solide pour reprendre sa place dans la région où, jusqu’en 2014, il y a eu une présence chrétienne ininterrompue qui remonte aux premiers temps de la chrétienté. »

 

« Ce sont de très bonnes nouvelles que rapportent nos collègues! », indique Marie-Claude Lalonde, directrice du bureau canadien de l’organisme international. « Pour être franche, je commençais à perdre espoir, spécialement parce qu’il y a peu de gouvernements dans le monde qui semblent reconnaître la tragédie qui est en cours en Irak et que vivent les chrétiens. L’immigration massive vide progressivement ce pays d’un héritage inestimable, et le christianisme risque de perdre la première communauté chrétienne de son histoire. Aide à l’Église en Détresse va rester aux côtés de l’Église irakienne aussi longtemps qu’elle aura besoin de nous pour la reconstruction », indique encore Mme Lalonde.

Une dame déplacées âgées de 89 ans.
Une dame déplacées âgées de 89 ans, rencontrée par la délégation d’Aide à l’Église en Détresse.

 

« C’est un engagement que nous avons pris il y longtemps, et espérons-le, de plus en plus de Canadiens vont nous aider à accomplir cet objectif que nous nous sommes fixé avec force pour l’Église en Irak. »

 

« Notre délégation est aussi allée à Alqosh », raconte Mme Lalonde. « Nos collègues ont pu visiter cet ancien village qui est complètement chrétien, et qui est situé à environ une dizaine de minutes du front avec l’ÉI. Les habitants ont indiqué leur détermination à rester sur place et à sauver leur village et l’Église. »

 

Pour sa part, M. Kyrke-Smith a pu rencontrer Mgr Bashar Warda, archevêque chaldéen d’Erbil. C’est un partenaire clé pour Aide à l’Église en Détresse dans la distribution de l’aide d’urgence. « Depuis près de 2000 ans, nous les chrétiens avons été présents dans La Plaine de Ninive, et pour y revenir, nous avons besoin de la protection internationale », estime Mgr Warda.

Des dames déplacées au camp d'Ankawa, dans la région d'Erbil.
Des dames déplacées au camp d’Ankawa, dans la région d’Erbil.

 

Selon lui, « l’armée irakienne a besoin d’être une force unifiée et les militaires kurdes (Peshmergas) vont être un soutien. L’action militaire tout comme un travail de réconciliation ont besoin d’être faits. En tant que chrétiens, nous n’avons aucun engagement dans la violence – nous avons souffert –, et nous pouvons aider à reconstruire. »

 

Depuis août 2014, Aide à l’Église en Détresse a soutenu 100 000 chrétiens déplacés par l’avancée de l’État islamique. Ce sont plus de 9 millions de dollars qui ont été donnés en aide d’urgence et en construction d’infrastructures, dont des écoles, afin que les enfants ne soient pas d’une génération perdue par la guerre. L’organisme catholique a aussi soutenu la vie spirituelle, entre autres par l’aide aux prêtres déplacés, aux religieuses, la formation des séminaristes et la construction d’une chapelle dans un des camps de déplacés.

 

Par Mario Bard et John Pontifex,
Aide à l’Église en Détresse Canada/ ACN international

Articles récents