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Eva Maria Kolmann, AED International

Adaptation Amanda Bridget Griffin, AED Canada                                                        

 

Montréal, le mercredi 25 juin, 2014 – La crise actuelle risque de faire de la République centrafricaine une « plaque tournante du terrorisme et du fondamentalisme » : voilà ce que signalait le père Aurelio Gazzera vendredi dernier (20 juin) devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève. Dans son intervention, ce carme italien qui œuvre depuis 22 ans dans le pays, expliquait que « Boko Haram et Al Qaïda se rapprochent de plus en plus ». Selon lui, le rôle de la communauté internationale est « fondamental ». Mais jusqu’à présent, cette communauté n’a pas « réussi à faire changer les choses ».

 

 Père Aurelio Gazzera © Aide à l’Église en Détresse

Père Aurelio Gazzera
© Aide à l’Église en Détresse

Agir concrètement sur le terrain

Le père Gazzera a exigé des interventions plus rapides et plus efficaces : « Ces derniers mois, j’ai assisté au cruel engrenage des conflits ethniques et communautaires. Cet engrenage qui fait fuir la population locale, qui sème la terreur, et ceci avec une telle rapidité que la communauté internationale, même si elle agit avec célérité et autorité, arrive trop  tard. Beaucoup trop tard pour aider les gens sans défense et arrêter les hommes armés ». Bien souvent, la communauté internationale arrive seulement « pour stabiliser un état de fait qui vient d’être imposé par les différents groupes de rebelles ».

Diverses initiatives locales en faveur de la médiation pour la paix ont en revanche été couronnées de succès, comme dans la ville de Bozoum dans le nord-ouest du pays où travaille le père Aurelio Gazzera. Selon ses propos, l’État est absent. « À Bozoum, il n’y a pratiquement pas de gendarmerie ni de police et en général, l’autorité des fonctionnaires et des forces de l’ordre y est nulle. Toutes les fois qu’il y a des rumeurs de menaces ils prennent la fuite. » Voilà la raison pour laquelle le père Gazzera a créé un comité de médiation en décembre dernier en coopération avec deux imams, un pasteur protestant et des bénévoles issus de la population. Grâce à des négociations avec tous les groupes impliqués, il a été possible « d’atténuer les violences de la Séléka ». Cette action a même amené, en janvier de cette année, la Séléka à se retirer de la ville.

 

En se fixant l’objectif de travailler pour la paix, les membres du comité « s’exposent à des risques ». Le père Gazzera a été giflé par des rebelles, on lui a également jeté des pierres et les rebelles lui ont tiré dessus avec des kalachnikovs. Malgré cela, « une poignée d’hommes et de femmes ont réussi à empêcher un millier de rebelles de détruire entièrement la ville de Bozoum ». Le carme italien a souligné que face à ces événements, il n’importe pas seulement de mener des négociations au niveau gouvernemental, mais qu’il faut surtout être à l’écoute « de ceux qui agissent concrètement sur le terrain. »

 

 

La bonne volonté n’est pas toujours suffisante

 

Toujours actif, le comité a créé un numéro sans frais pour signaler les violences. Un comité des sages a également été mis en place pour « régler les problèmes qui, en raison de l’absence de tribunal et de personnel, l’administration de la justice serait aux mains des groupes armés ».    Le père Gazzera a rappelé le rôle des médias et d’Internet en particulier : « ils représentent un outil exceptionnel pour informer et faire passer les nouvelles. À travers les courriels, les blogues, les réseaux sociaux, nous avons tissé des liens qui sont précieux et qui peuvent faire changer les choses. »

 

© Aide à l’Église en Détresse
© Aide à l’Église en Détresse

Pour conclure, le missionnaire a ajouté : « Ce qui importe le plus, à mon avis, c’est la reconstruction des cœurs : à travers l’école, les formations et l’information. Nous avons besoin aussi d’un savoir-faire. Il y a des gens de bonne volonté. Mais la bonne volonté n’est pas toujours suffisante ! Nous avons besoin de comprendre ce qui a amené le pays dans ce gouffre, de connaître et de reconnaître les erreurs du passé, mais aussi d’analyser la situation, pour pouvoir inventer et créer un avenir de paix. »

En raison de son expérience dans les négociations de paix, le père Gazzera a également participé ces dernières semaines au « Forum d’Oslo », l’une des rencontres internationales du plus haut niveau, qui s’est déroulé les 18 et 19 juin à proximité de la capitale norvégienne. À cette occasion, lors d’une table ronde avec la présidente de la République centrafricaine, Catherine Samba-Panza, le missionnaire a à nouveau exposé ses expériences dans le domaine de la médiation.

 

Sur invitation de l’œuvre internationale de bienfaisance catholique « Aide à l’Église en Détresse », le père Gazzera avait déjà apporté, en avril et mai derniers, des informations sur la situation en République centrafricaine à des hommes politiques de l’UE à Bruxelles ainsi qu’à des diplomates accrédités près le Saint-Siège à Rome.

 


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