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Photo: Les célébrations de Noël à Erbil en Irak. Sur la photo, le père Luis Montes.

Irak

Après la libération des villages de la plaine de Ninive

Fête de Noël remplie d’espoir à Erbil

 « Il y a encore beaucoup de chemin à faire avant que les réfugiés puissent retourner dans leur maison. En effet, la région est parsemée de bombes », affirme le Père Luis Montes, vicaire épiscopal de l’évêque latin pour le Kurdistan, qui vit en Irak depuis 2010.

Cette année, les réfugiés chrétiens dans le nord de l’Irak sont doublement heureux en célébrant la naissance du Christ, car la grande majorité des villages de la plaine de Ninive, qui avait été envahie durant l’été 2014 par Daech, sont maintenant libérés. Cette année-là, 120 000 personnes ont dû prendre la fuite face à la progression de la menace djihadiste, et quitter leurs habitations en toute hâte.

 

Irak: statue de Notre-Dame détruite par Daesh dans une chapelle de l’église de Mar Quryaqus (Qeryaqos) à Batnaya (Décembre 2016)

« Lorsque nous avons appris que Daech se retirait, des fêtes spontanées ont eu lieu dans les camps de réfugiés. Les gens sont sortis dans les rues, pour danser et pour chanter, comme s’il n’y avait plus aucun problème dans leur vie », affirme le Père Luis.

Dans une entrevue accordée à l’œuvre internationale de droit pontifical Aide à l’Église en Détresse (AED), le prêtre argentin membre de l’Institut du Verbe Incarné explique que malgré la grande joie ressentie au début, il y a maintenant des étapes extrêmement difficiles pour que les réfugiés puissent retourner dans leurs maisons.

« Selon certaines estimations, 60 pour cent des habitations dans la plaine de Ninive ont été incendiés. Les terroristes ont non seulement fait main basse sur l’ensemble de leurs biens, mais ils ont aussi parsemé la région de mines terrestres. Ils ont même dissimulé des bombes dans les jouets des enfants afin qu’elles explosent lorsque les habitants reviennent chez eux. »

« Selon certaines estimations, 60 pour cent des habitations dans la plaine de Ninive ont été incendiés. »

L’air grave, le Père Montes déplore : « Certes, quelques personnes ont pu retourner dans leurs maisons, mais il est impossible d’y habiter ». Il ajoute « Il faut d’abord déminer toute la région. Ce n’est qu’alors que les villages pourront être reconstruits. Tout reste encore à faire et les gens ne possèdent plus rien. »

Village partiellement détruit dans la Plaine de Ninive, décembre 2016. Ici, le village de Batnaya. « « Selon certaines estimations, 60 pour cent des habitations dans la plaine de Ninive ont été incendiés. »

Entre-temps, les chrétiens du pays, presque tous réfugiés dans la capitale de la région semi-autonome du Kurdistan irakien, vivent comme dans un état de rêve.

« Ils ne perdent pas espoir de pouvoir retourner dans leurs maisons. Ils s’imaginent y vivre à nouveau et recevoir des amis et des proches. Pour eux, l’hospitalité est essentielle. Malgré tout, ils n’ont perdu ni le sourire ni l’espoir. » Le Père Luis Montes estime que leur capacité de dépassement est exemplaire. « Ils ont supporté ces terribles années “non seulement en paix, mais dans la joie”. Il est facile d’assurer la pastorale ici, car ils vivent vraiment ce qu’ils disent. Il est facile de leur parler de pardon, car ils pardonnent sans rancune. Ce sont eux qui nous motivent. »

 

Noël avec des couvertures et du chocolat

Erbil en Irak, Noël 2016: « Je suis impressionné de voir les visages des enfants lorsqu’ils voient les cadeaux. Pas seulement à cause des choses en soi, mais parce que des gens qui habitent très loin d’eux ont pensé à eux. » Père Luis Montes

Au nord de l’Irak, la fête de Noël est vécue de manière très intense. Maisons et rues sont décorées de sapins et de lumières de Noël. Il règne une atmosphère très particulière. Durant la période de l’avent, les fidèles se sont confessés et les différentes messes constituent des temps forts. Le prêtre argentin raconte que dans les camps de réfugiés, après la sainte messe, du chocolat est distribué en signe de joie et de fraternité.

Puis, lorsqu’une organisation humanitaire fait don de cadeaux, ceux-ci sont distribués aussi après la messe. « Je suis impressionné de voir les visages des enfants lorsqu’ils voient les cadeaux. Pas seulement à cause des choses en soi, mais parce que des gens qui habitent très loin d’eux ont pensé à eux. »

Ces derniers jours, la température moyenne avoisine -3° Celsius. Un contraste immense par rapport à la chaleur estivale qui peut atteindre 50°! La solution? « Des couvertures et encore plus de couvertures », car les parois des baraques préfabriquées des camps de réfugiés sont très minces, explique le père Montes. « Comme il a fallu les dresser très rapidement pour pouvoir accueillir une quantité énorme de gens, beaucoup de ces baraques présentent des vices de construction. D’autres familles vivent dans des logements qu’elles partagent avec d’autres familles, et dont le loyer est payé par le diocèse d’Erbil. »

 

Célébrations des fêtes de Noël à Erbil en Irak: enfin un peu d’espoir!

 

« Ils savent qu’ils doivent la vie aux chrétiens d’autres pays »

Depuis des années, Aide à l’Église en Détresse soutient l’Église en Irak. À Erbil seulement, l’aide apportée par l’organisme international s’élève — depuis 2014 – à plus de 17 millions de dollars, ce qui représente 43 % du soutien local aux chrétiens déplacés et réfugiés dans l’archidiocèse d’Erbil. Cet appui se concrétise à travers différents projets, par exemple la construction d’établissements scolaires, la location de logements pour les familles de réfugiés, les intentions de messe pour les prêtres, des cadeaux de Noël ou en payant les frais d’entretien de différents camps de réfugiés chrétiens.

Le Père Luis Montes exprime sa profonde reconnaissance à l’œuvre. Il assure que les réfugiés « savent qu’ils doivent la vie aux chrétiens d’autres pays. Ils prient toujours pour leurs bienfaiteurs. » Toutefois, le prêtre de l’Institut du Verbe Incarné lance un appel à la communauté internationale de ne pas oublier l’Irak après la défaite de Daech. « Ce pays doit être reconstruit de zéro. Les gens ont tout perdu. »

 

Par Mónica Zorita, Aide à l’Église en Détresse
Adaptation : Mario Bard, Aide à l’Église en Détresse Canada

 

 

 

 


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