Canada
Un témoin courageux du dialogue

Montréal, vendredi 22 juin – Du 8 au 14 juin, Aide à l’Église en Détresse Canada (AED) a eu la grande chance et le bonheur de recevoir un témoin direct de la persécution contre les chrétiens, Mgr Ignatius Kaigama, un ardent défenseur du dialogue interreligieux et du dialogue interethnique , et ce, depuis près de 20 ans.

Après la messe à Toronto

« Une force incroyable habite cet homme », raconte Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED. « Malgré toutes les raisons qu’il aurait d’être en colère, il prêche la paix par ses paroles et son choix de vie. Il a fait le choix de l’option non violente, ce qui n’était pas évident vu son histoire personnelle. »

Basilique Saint Patrick à Montréal

En effet, durant les rencontres tenues à Vancouver, Toronto, Ottawa, Gatineau et Montréal, Mgr Kaigama a révélé que sa tribu a été touchée par un précédent djihad en 1804. Plus tard, en 1892, plusieurs membres de sa tribu ont été massacrés ou bien encore faits esclaves, des événements historiques peu connus en Occident. « Ce sont des bergers Fulani – musulmans – qui ont attaqué la forteresse où ma tribu s’était réfugiée », a raconté Mgr Kaigama. « J’aurais toutes les raisons d’être en colère. » En plus de son histoire familiale, l’archevêque s’est trouvé au cœur d’un épisode d’une rare violence, tout juste après les événements tragiques du 11 septembre 2001.

 

Créer le dialogue

Marie-Claude Lalonde, Mgr Kaigama et Mgr Lépine, Archevêque de Montréal

Quand il est nommé archevêque du diocèse de Jos, en avril de l’an 2000, Mgr Kaigama pense qu’il pourra reprendre son souffle. « Je pensais pouvoir me reposer », nous a-t-il confié. C’est que, depuis le 3 février 1995, il avait consacré beaucoup d’énergie à la création d’un nouveau diocèse, celui de Jalingo. Mais voilà qu’en septembre 2001, cette ville de la Ceinture du milieu (Middle Belt), s’enflamme. Elle a pourtant la réputation de se trouver en terrain modéré dans un Nigeria coupé en deux : le nord musulman, le sudchrétien.

 

À la suite de la tragédie du 11 septembre, la ville de Jos s’enflamme. Pendant une dizaine de jours, plus de 1000 personnes sont tuées. « Mes gens ont été tués, ma cathédrale brûlée, ma maison détruite, les véhicules dont nous nous servions pour aller visiter les paroisses situées en zone éloignée et difficile brûlés. Je dis toujours aux gens qu’il n’y a pas une personne qui devrait être plus enragée que moi. Dans l’attaque de ma cathédrale, 14 personnes ont été tuées, j’ai vu leur corps à mes pieds. Je devrais être la personne la plus enragée! », répète-t-il. « Mais, je me suis dit : ‘Quand tu es en colère, c’est toi que tu blesses le plus. Cherchons une façon de se parler.’ Et c’est comme ça que je suis entré dans le dialogue, interpellant des musulmans raisonnables et des leaders [de tous les horizons] afin de nous asseoir et de trouver des solutions pour chaque situation : que pouvons-nous faire pour éviter les crises? Comment pouvons-nous faire en sorte que les gens s’impliquent dans un dialogue constructif quand il y a un problème et qu’ils n’entrent pas dans une confrontation hostile? »

 

Mgr Prendregast, Archevêque d’Ottawa et Mgr Kaigama

Être un témoin crédible

Mgr Kaigama reste incompris de plusieurs de ses compatriotes et de ses coreligionnaires. Après tout, peu de chrétiens oseraient aller dormir chez un Imam ou bien encore aller prier à la mosquée avec des musulmans et même participer à un mariage. Les uns le trouvent trop mou, les autres naïfs et perdant son temps dans un combat qu’ils jugent perdu d’avance.

 

« En Afrique [depuis quelques années], les graines de la discorde et de la méfiance ont été semées, spécialement au Nigeria… où la Sharia a été implantée dans neuf États » estime-t-il. « Pourtant, comme chrétien, mon devoir est de faire ce que Jésus me demande de faire: il est la lumière, la vérité et la vie. Si je ne peux suivre son chemin, je n’ai aucune raison d’être ce que je suis. Je dis toujours à mes gens : ‘Retournons aux origines [de notre foi]. Après des violences, les jeunes viennent à nous, spécialement les chefs religieux. Ils disent : ‘Achetez des armes pour nous!’ Alors je dis : ‘Si j’ai à me battre avec des armes, alors que signifie la Parole ‘Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix.’ Je leur dis, ce n’est pas ma mission. Même si c’est difficile – [surtout] quand quelqu’un a perdu son père, sa mère, sa famille entière – nous essayons de les pacifier et nous interpellons le gouvernement pour qu’il fasse quelque chose. »

Mgr Kaigama avec le cardinal Collins à Toronto

Mgr Kaigama continue son travail en faveur du dialogue au Nigeria. Il est l’un des fondateurs et promoteurs du Centre pour la réconciliation et la paix (Dialogue,reconciliation and peace centre) situé à Jos. En octobre 2017, il organisait avec d’autres chefs religieux une prière interreligieuse pour la paix.

« Nous gardons Mgr Kaigama dans notre cœur et prions pour que son travail porte fruit ! », indique Mme Lalonde. « J’invite nos bienfaiteurs à prier pour lui et sa mission, dans la confiance que Dieu peut apporter la paix même dans les cœurs les plus endurcis. Chez Mgr Kaigama, la parole de l’Évangile ‘Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent’ trouve tout son sens. »

Mgr Kaigama rencontre l’équipe de l’AED à Montréal