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Voyager avec l’AED

 

Entretien de l’AED – La minorité chrétienne en Turquie subit à nouveau des pressions

10.02.2020 in Adaptation Mario Bard, Turquie, Voyager avec l'AED
Photo: Abbé Aho Bilecen du monastère Mor Yakub d’Karno, Tur Abdin/Turquie

Turquie

 «Les chrétiens perdent tous leurs biens»

Entrevue par Tobias Lehner, ACN International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada
Mise en ligne le 10 février, 2020

 

La minorité chrétienne en Turquie subit à nouveau des pressions. Durant la première moitié du mois de janvier, le Père Sefer Aho Bileçen, un abbé syriaque orthodoxe, et deux autres fidèles chrétiens ont été arrêtés dans le Tur Abdin, un massif montagneux situé au sud-est de la Turquie. Quelques jours plus tard, les prisonniers ont été libérés, mais d’autres chrétiens ont été arrêtés. Le Tur Abdin était considéré comme un haut lieu du christianisme. Volker Niggewöhner, de l’œuvre pontificale internationale Aide à l’Église en Détresse (AED), s’est entretenu de la situation avec le Père Slawomir Dadas, président de l’Initiative de l’Orient chrétien (Initiative Christlicher Orient) à Linz, en Autriche.

 


Dr. Slawomir Dadas, priest and chairman of "Initiative Christlicher Orient" ("Initiative for Christian Orient"), Austria

Dr. Slawomir Dadas

AED : Vous disposez d’excellents contacts au Tur Abdin. Comment vont les trois chrétiens qui ont été arrêtés, puis remis en liberté?

Slawomir Dadas : Étant donné les circonstances, ils vont relativement bien — malgré toute l’insécurité qui règne malgré tout. Les personnes arrêtées sont l’abbé du monastère syriaque orthodoxe Mor Yakub d’Karno et deux maires. L’abbé est resté quatre jours en garde à vue. L’un des maires a été libéré au bout de deux jours, et l’autre, le lendemain de son arrestation.

 

AED : Pourquoi les trois hommes avaient-ils été arrêtés?

D’après des informations, un transfuge kurde, combattant du PKK, serait passé du côté de l’armée turque. Il aurait affirmé qu’il y a quelques années, l’abbé et les autres personnes avaient donné de la nourriture à plusieurs combattants du PKK. Cette action est automatiquement considérée comme un soutien au terrorisme, et c’est la raison pour laquelle ils ont été arrêtés. Cependant, personne n’a jamais vu les comptes rendus officiels de la déclaration de cet ancien combattant.

 

AED : Cela semble indiquer une grande nervosité auprès des services de sécurité…

Les gens du Tur Abdin me disent : malheureusement, cela arrive régulièrement au bout de quelques années. Dans leur propre pays, les chrétiens sentent qu’ils ne sont pas les bienvenus et ils ne cessent de les harceler. Mais il est quand même assez extrême que l’abbé soit resté emprisonné quatre jours. Nous avons également entendu dire qu’un couple chrétien avait également été arrêté. Cette fois-ci, il s’agirait d’une histoire de litiges à propos d’une propriété.

 

AED : Le Tur Abdin n’est pas très loin des frontières de la Syrie et de l’Irak. Dans quelle mesure la région était-elle et est-elle encore concernée par les affrontements qui s’y déroulent?

Pendant la guerre d’Irak, beaucoup de réfugiés sont arrivés au Tur Abdin. Mais les camps de réfugiés qui s’y trouvent sont aujourd’hui quasiment vides. Les réfugiés ont poursuivi leur route ou ont simplement été relocalisés.

 

Mosqué Bleu

Quasi-disparition en 50 ans

 

AED : Vous avez évoqué les harcèlements que subissent les chrétiens. Est-ce que la situation en Turquie a globalement changé ces dernières années?

Dans le Tur Abdin en particulier, le problème majeur est que les gens n’y voient presque plus d’avenir pour eux. Il y a une cinquantaine d’années, il paraît qu’il y avait encore 50 000 chrétiens dans cette région. Lorsque je m’y suis rendu dernièrement, il n’était plus question que de 2 500 chrétiens.

 

AED : La Turquie est un grand pays. Est-ce qu’un chrétien vivra mieux à Istanbul qu’au Tur Abdin?

Oui. J’ai l’impression que les chrétiens d’Istanbul jouissent de plus de libertés. Au Tur Abdin, c’est plus problématique parce que la région est considérée comme une région chrétienne. C’est mal perçu dans un pays musulman comme la Turquie. Mais j’ai également constaté que lorsque les monastères de Tur Abdin sont visités par des touristes, cela suscite également l’intérêt des musulmans. Ils admirent la culture et l’histoire des monastères. D’ailleurs, dans le domaine culturel, on observe déjà un petit changement d’appréciation du côté des musulmans. Mais sur le plan sociopolitique, on ne remarque pas de changement.

 

AED : Dans les années 1980, il y avait déjà une grande vague d’émigration du Tur Abdin. À l’époque, c’était à cause des combats entre le PKK kurde et le gouvernement turc. Craignez-vous un mouvement similaire si la situation militaire s’aggrave à nouveau?

Au Tur Abdin, les gens disent que la situation militaire les inquiète moins que la situation économique. La zone est pratiquement abandonnée par le gouvernement. L’aide ne lui parvient qu’à travers les dons provenant d’organisations ou de personnes ayant émigré. Sans cela, les gens ne survivraient pas. Lors de mon voyage dans cette région, nous avons visité de nombreux villages. Jadis, 200 à 300 familles habitaient-là : c’était majoritairement des chrétiens. Aujourd’hui, il n’y en a plus que deux ou trois. Dans la plupart des cas, ce sont des personnes qui vivaient auparavant en Allemagne ou dans d’autres pays d’Europe occidentale, et qui y sont retournées pour y prendre leur retraite. Ces gens y sont en quelque sorte les gardiens de l’héritage culturel et de la foi.

 

AED : À votre avis, le retour à l’Islam, dans un pays qui a connu le laïcisme établi par Atatürk le 1er novembre 1922, peut-il se poursuivre en Turquie et cela pourrait-il être dû au processus d’éloignement entre l’Union européenne et la Turquie?

J’ai l’impression que cet éloignement n’a pas toujours été voulu. Cependant, cette évolution a beaucoup renforcé certains concitoyens musulmans. Par exemple, quelques villages chrétiens ont été occupés par la population musulmane. Les habitations de chrétiens vivant à l’étranger ont été reprises par des musulmans. Leur restitution est très difficile. C’est exactement ce qui se passe au Tur Abdin : les gens ont l’impression qu’on les « exproprie », car il n’existe aucune base juridique justifiant cette façon d’agir. Ils perdent tous leurs biens sans véritable fondement juridique. Ils perdent tout ce qu’ils ont pu acquérir par leur travail au fil de l’histoire.

 

 

Projet de la semaine AED : Brésil Former de jeunes séminaristes en Amazonie

05.02.2020 in Adaptation Mario Bard, Formation, PROJETS AED, Voyager avec l'AED

Projet de la semaine AED —

Formation de 27 futurs prêtres en Amazonie

Publié sur le web le 5 février, 2020

 

Dans le diocèse de Rio Branco dans l’ouest du Brésil, 27 jeunes hommes se préparent à être au service de Dieu et des hommes en étant prêtres. La vie qui les attend ne sera pas facile, en particulier à cause de la grandeur du diocèse qui couvre une superficie de 104 000 kilomètres carrés,ce qui est nettement plus grand que de nombreux pays européens. De plus, le diocèse est situé en grande partie dans la jungle. Les distances sont immenses, et de nombreux endroits ne peuvent être atteints que par une voie navigable.

 

Leur vocation est certainement aussi le fruit des décennies d’efforts inlassables du missionnaire italien Paolino Baldassarri, qui à l’âge de presque 90 ans entreprenait encore de longs voyages sur son petit bateau dans des contrées désertiques pour rendre visite aux fidèles. Mais comme il ne savait pas nager, il devait toujours porter un gilet de sauvetage et un casque de moto. En outre, même âgé, il continuait encore à pratiquer la médecine et à traiter d’innombrables patients.

 

Lorsqu’il est arrivé dans la région il y a près d’un demi-siècle, il a failli être victime du paludisme au cours de la première semaine. Ill a miraculeusement survécu, et peu de temps après, il a commencé à se rendre dans les villages de la jungle avec un simple canot. De nombreuses familles s’étaient éloignées de la foi catholique en raison du manque de prêtres. Le missionnaire les a ramenées à la foi. Il est mort en 2016 en odeur de sainteté.

 

Aujourd’hui, la foi des gens est à nouveau en danger car les 40 prêtres qui s’occupent des quelque 450000 fidèles de cette vaste région accidentée ne peuvent que rarement se rendre dans bon nombre de ces villages reculés. Pendant ce temps, les sectes se propagent rapidement parce qu’elles forment leur personnel rapidement, disposent de ressources financières et promettent des miracles aux gens.

 

Les 27 futurs prêtres sont une grande source d’espérance pour l’Église dans le diocèse de Rio Branco. Cette année encore, L’Aide à l’Église en Détresse (AED) D soutiendra leur formation, à hauteur de 15 600 dollars.

 

 

 

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Aide à l’Église en Détresse dans l’histoire : le miracle du changement politique !

12.11.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Aide à l'Église en détresse., Voyager avec l'AED

Aide à l’Église en Détresse dans l’histoire

Le miracle du changement politique!

Par Tobias Lehner & Volker Niggewöhner, ACN-International
Adaptation française : Mario Bard, AED-Canada

Le 9 novembre 2019 a marqué le 30e anniversaire de la chute du mur de Berlin. C’est une étape décisive dans les événements qui ont conduit à l’effondrement du communisme en Europe. Un rêve devint réalité pour de nombreuses personnes : des chrétiens dévoués de toutes confessions et de nombreuses organisations qui ont travaillé sans relâche au cours des décennies précédentes pour provoquer ce changement politique. Parmi ces organisations figure l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) et son fondateur, le prémontré néerlandais Père Werenfried van Straaten (1913-2003).

 

42 ans d’attente et d’efforts en vue d’un changement politique

Les événements entourant la chute du Mur n’ont pas surpris l’œuvre de bienfaisance. Dès le début, c’était ce qui était visé par l’engagement de l’AED. « Après avoir attendu ce tournant pendant 42 ans, notre crédibilité est maintenant en jeu si nous n’aidons pas l’Église persécutée en redoublant notre volonté de faire des sacrifices. Même là où elle a été libérée de ses chaînes, elle reste démunie. Sans prêtres, sans programmes radiophoniques et sans livres, la libération est vaine », écrivait le Père Werenfried aux bienfaiteurs de l’AED. Les défis que l’œuvre allait alors affronter rappelaient ses débuts de pionnière.

Jetons un regard en arrière. En 1947, à l’initiative du Pape Pie XII, le Père Werenfried lance une campagne pour aider les Allemands déplacés et expulsés de l’Est. En 1952, après avoir reçu des informations qui faisaient état de violations des droits de l’homme et de persécutions contre l’Église dans les pays nouvellement placés sous le régime communiste, il étendit les opérations de secours à ces régions. Voilà pourquoi, durant les premières années, l’œuvre s’est appelée Aide aux prêtres de l’Est, pour être renommée Aide à l’Église en Détresse en 1969.

La situation dans les pays derrière le rideau de fer était différente d’un État à l’autre. L’Union soviétique était considérée comme un territoire inaccessible. Seules des émissions radiophoniques provenant de l’étranger permettaient d’y diffuser la Bonne Nouvelle de l’Évangile — ou alors il fallait recourir à la contrebande. Dans d’autres pays, en particulier en Pologne et en Yougoslavie, il était possible de soutenir davantage.

L’œuvre considérait qu’une autre de ses missions importantes résidait dans l’information du public. Il fallait que le monde occidental sache ce qui se passait à l’Est. C’est ainsi que le Père Werenfried s’est exprimé dans des centaines d’homélies sur la situation de l’Église persécutée en Europe de l’Est, devenant lui-même le porte-parole des opprimés privés de leur voix.

Derrière le Rideau de fer, en Pologne, le cardinal Karol Wojtyla, qui deviendra Jean-Paul II, visite le chantier de l’église de Nowa Huta (1977). Le régime communiste avait voulu une nouvelle ville sans Dieu : la population en a décidé autrement…

«Armés» pour la paix

À partir des années 1960, l’AED a étendu son soutien à d’autres régions du monde, comme l’Amérique latine et l’Afrique, mais l’aide à l’Europe de l’Est est demeurée l’une de ses préoccupations majeures. Ses efforts ont été inspirés par les paroles du Pape Pie XII qui avait dit un jour au Père Werenfried : « Tout le monde se prépare à la guerre, mais presque personne ne pense à préparer la paix au cas où elle arriverait soudainement ». Et c’est devenu l’objectif du Père Werenfried qui voulait être préparé pour le « jour J ».

Lorsqu’une nouvelle politique vit le jour en Union soviétique sous Mikhaïl Gorbatchev, l’AED augmenta entre 1987 et 1988 les aides allouées aux républiques soviétiques, qui passèrent alors de moins d’un million de dollars à 3,5 millions de dollars. C’est aussi dans cette période que le Père Werenfried commença des collectes de fonds pour la formation des prêtres dans les pays du bloc de l’Est. Chacune des deux initiatives s’avéra extrêmement utile, en particulier lorsqu’on regarde les événements qui surviendront par la suite.

La chute du mur de Berlin et les autres événements révolutionnaires marquèrent pour l’AED l’avènement du « Jour J ». Alors que dans le passé, l’aide devait rester secrète, elle pouvait maintenant être apportée ouvertement et parfois elle était même souhaitée par l’État. Une chose est sûre : le soutien dans ces pays restait toujours absolument indispensable. Dès 1990, les aides pour l’Europe de l’Est augmentèrent au point de dépasser les 22 millions de dollars, et atteignirent en 1994-1995 près de trente millions de dollars, ce qui équivalait à plus de 40 % de la totalité du soutien accordé à l’échelle mondiale par l’AED. Ce niveau a persisté jusqu’au passage au nouveau millénaire.

Soutien humanitaire et pastoral

Voici quelques — un des projets d’aide particulièrement remarquables réalisés dans les années qui ont suivi la chute du communisme. Pendant la Révolution roumaine, en décembre 1989, le Père Werenfried s’est rendu à Bucarest dès le lendemain de l’exécution du dictateur Ceaușescu et de son épouse. Auparavant, il avait été l’un des premiers à organiser une aide d’urgence pour atténuer la souffrance de la population roumaine.

En Ukraine, une relation particulière s’est établie entre l’AED et l’Église grecque catholique.. Lorsque son primat, le cardinal Myroslav Ivan Lioubatchivsky, a pu quitter son exil romain le 30 mars 1991 afin de retourner dans sa patrie,, il était accompagné par le Père Werenfried. Lors d’une sainte messe célébrée à Lviv, le fondateur de l’AED a fait une promesse solennelle : « Au nom de nos bienfaiteurs, je vous promets que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour vous aider dans la nouvelle évangélisation de l’Ukraine, vous les évêques, les prêtres et les religieuses, les séminaristes et l’ensemble du peuple des fidèles. »

L’AED a tenu promesse : la construction du Grand séminaire à Lviv devint l’un des plus grands projets de l’œuvre. Aujourd’hui, le séminaire de Lviv et ses 200 étudiants compte parmi les plus grands dans le monde.

 

Au programme : formation des prêtres, couvents et proclamation de l’Évangile

Dans les autres états d’Europe de l’Est, le financement de la formation des séminaristes était également une préoccupation majeure. À cela s’ajoutait l’aide apportée aux monastères contemplatifs, dont beaucoup avaient survécu aux années du communisme dans des conditions déplorables ou bien venaient tout juste d’être fondés. Dans de nombreux pays, l’Église était au bord du gouffre et ne possédait plus rien, puisque tous ses bâtiments avaient été confisqués sous le régime communiste et qu’il n’existait plus aucune structure d’organisation cléricale. Dans ces domaines également, l’AED apporta son soutien, en particulier aux petites Églises locales en Albanie, en Bulgarie, en Roumanie ou au Kazakhstan. Dans ces pays, les catholiques sont en minorité et trouvent peu de défenseurs dans la société.

 

Un œcuménisme vivant : reconstruire les ponts

En 1991, une mission spéciale pour la reconstruction spirituelle de l’Europe de l’Est a été confiée par la plus haute autorité : le Pape Jean-Paul II exprima pour la première fois à l’AED son idée d’intensifier le dialogue avec l’Église orthodoxe russe. Une approche qui trouva un terrain fertile chez le Père Werenfried. En octobre 1992, il se rendit pour la première fois en Russie avec une délégation. Là, il rencontra le Patriarche Aleksei II et d’autres dignitaires orthodoxes. Le père Werenfried a pu faire son rapport au pape au début de 1993 et le soutien de certains projets en faveur de l’Église russe orthodoxe vint donc compléter le soutien accordé aux communautés catholiques.

L’un des fameux bateaux chapelles.

Le projet le plus célèbre devint celui des fameux bateaux chapelle — des embarcations transformées en chapelle permettant aux prêtres de se rendre dans des communes où il n’y avait plus d’église. Le Père Werenfried était convaincu que « la nouvelle évangélisation indispensable de la Russie représentait la mission fondamentale de notre Église-sœur orthodoxe ». Comme celle-ci avait également souffert de la persécution sous le communisme et qu’elle devait repartir de zéro, il fallait maintenant la soutenir.

 

De bénéficiaires à bienfaiteurs

Regina Lynch, directrice du département des projets à l’Aide à l’Église en Détresse.

Depuis 1990, l’AED a soutenu l’Église en Europe de l’Est avec plus 750 millions de dollars. Même si, de nos jours, les priorités de l’aide se sont déplacées vers le Moyen-Orient et l’Afrique, les chrétiens d’Europe de l’Est ne sont pas tombés dans l’oubli. Ainsi, la petite Église extrêmement pauvre d’Ukraine se situe toujours au quatrième rang des pays soutenus par l’AED.

Enfin, il est intéressant de souligner que les communautés des anciens pays communistes n’ont pas été que des bénéficiaires. Peu après l’effondrement du rideau de fer, des actions de solidarité ont vu le jour chez des catholiques de différents pays qui, peu de temps auparavant, souffraient eux-mêmes de la persécution. La Pologne a joué et joue toujours un rôle majeur à cet égard. L’un des 23 bureaux nationaux de l’AED y est maintenant installé et un autre a été ouvert en Slovaquie, état qui faisait partie de l’ancienne Tchécoslovaquie. Ici aussi, le miracle du changement politique est à l’œuvre.

Inde — Projet AED de la semaine

18.10.2019 in Adaptation Mario Bard, Inde, PROJETS AED, Subsistance, Voyager avec l'AED

Projet AED de la semaine – Inde Aide à la formation pour 23 séminaristes

La Congrégation de Sainte-Croix a été officiellement fondée au Mans en France en 1837. Elle est née de la fusion des Frères de Saint-Joseph — fondé en 1820 par le père Jacques Dujarié —, et des Prêtres auxiliaires du Mans, fondé par le chanoine Basile Moreau en 1835. À cette époque postrévolutionnaire, toute une génération de jeunes a grandi en ne recevant pratiquement aucune éducation chrétienne et catholique. Cette communauté masculine est donc née du désir d’un groupe de jeunes hommes d’éduquer les jeunes dans les campagnes. Les Sainte-Croix comme on les appelle souvent ont connu une évolution fulgurante : à peine 25 ans après la fondation, ils étaient déjà en Algérie, aux États-Unis, au Canada, en Italie et au Bengale oriental (aujourd’hui l’Inde et le Bangladesh).

De nos jours, les religieux de la congrégation sont présents dans 16 pays. Ils s’occupent de l’instruction religieuse des jeunes et dirigent des écoles, car ils estiment que l’éducation spirituelle est l’arrière-plan requis pour s’attaquer, grâce à une foi chrétienne instruite, profonde et réfléchie, aux problèmes pressants de l’époque actuelle. Les Canadiens les connaissent très bien puisque l’un d’eux, le saint et thaumaturge Frère André Bessette, a fondé l’oratoire Saint-Joseph en 1904 à Montréal. Ce haut lieu de pèlerinage reçoit aujourd’hui en moyenne plus de deux millions de visiteurs par année.

 

D’abord, les familles

En Inde, la congrégation compte quatre provinces et est particulièrement active. Elle bénéficie également de nombreuses vocations. Les pères Indiens de la Sainte-Croix ne travaillent donc pas seulement dans ce pays, mais ils se mettent également au service de l’Église universelle en tant que missionnaires dans d’autres pays.

De nos jours —, et ce partout dans le monde —, il devient de plus en plus important d’aider les familles et les jeunes à s’enraciner profondément dans la foi chrétienne, face à la diffusion du consumérisme et aux nombreux défis créés par le phénomène de la mondialisation. Pour y arriver, les prêtres doivent être bien formés. Dans la province d’Inde du Sud, 23 jeunes hommes se préparent actuellement au sacerdoce. L’Aide à l’Église en Détresse souhaiterait contribuer et les aider à payer leurs frais de formation avec un montant de 10 350 $. Les séminaristes prient pour tous ceux qui les aideront ! Merci à tous ceux et celles qui pourront le faire, et merci de prier pour ces séminaristes.

Projet de la semaine de l’AED : Aide à la formation pour des religieuses au Pérou

03.10.2019 in ACN International, Formation religieuse, Pérou, Religieuses, Voyager avec l'AED

Pérou

Aide à la formation pour des religieuses

 

Dans de nombreux pays d’Amérique latine, l’État n’accorde aucun soutien aux personnes handicapées. Les familles qui vivent dans la pauvreté n’ont guère la possibilité de s’occuper d’enfants vivant avec un handicap d’une manière qui correspond vraiment aux besoins de ceux-ci. La congrégation des Servantes du Plan de Dieu, fondée à Lima en 1998, s’occupe tout particulièrement de ces personnes.

 

Les religieuses ont créé des écoles pour enfants vivant avec un handicap, en plus de prendre soin des malades, des personnes âgées ou en détresse. Leur souhait est que chacun se sente accepté et que les personnes vivant avec un handicap puissent découvrir et développer leurs talents. En même temps, les religieuses veulent aussi contribuer à changer l’attitude de la société envers ces personnes.

 

Une présence internationale

Aujourd’hui, les religieuses interviennent non seulement en Amérique latine, mais aussi en Asie, en Afrique, en Europe et aux États-Unis.

La jeune congrégation suscite de nombreuses vocations. Beaucoup de jeunes religieuses sont médecins, avocates, éducatrices ou infirmières.

Présentement, 31 jeunes religieuses sont en formation à Lima. Aide à l’Église en Détresse les soutient grâce à un montant de 24 000 dollars.

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Crimée – la pauvreté ne cesse d’augmenter

30.09.2019 in ACN Canada, Adaptation Mario Bard, Crimea, Europe de l'Est, Pastorale familiale, Voyager avec l'AED

Crimée – Europe de l’Est
La pauvreté ne cesse d’augmenter

 

Pour de nombreuses familles en Crimée, passer des vacances d’été est impossible à cause de leur situation économique. Donc, lorsque les vacances scolaires commencent, de nombreux enfants passent leur journée dans la rue pendant que leurs parents doivent travailler. C’est pourquoi Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient dans cette région des initiatives de camps d’été organisés par l’Église catholique. Une manière de donner une perspective aux enfants et aux adolescents de familles vivants des difficultés économiques. 

 

En Crimée, l’économie — déjà en difficulté — ne cesse de se détériorer. Particulièrement depuis que la péninsule de la mer Noire a été annexée par la Russie, les salaires et les revenus ont baissé alors que les prix, notamment ceux des denrées alimentaires, ont grimpé en flèche. C’est une situation dont souffrent particulièrement les gens qui ont un revenu modeste.

« Par rapport à 2013, au cours du premier semestre 2017, les salaires ont baissé de 18 pour cent et les revenus de pension de retraite, de 14 pour cent », explique l’évêque catholique romain d’Odessa-Simferopolm, Mgr Jacek Pyl, un membre de la congrégation missionnaire des Oblats de Marie Immaculée. Il ajoute « La retraite moyenne en Crimée s’élève à seulement 8 500 roubles, ce qui équivaut à environ 165 dollars. Un tiers de la population vit avec le risque et la peur de se retrouver très bientôt en dessous du seuil de pauvreté. »

 

Contrairement à la baisse des revenus, le coût de la vie a fortement augmenté en raison de l’interdiction d’importer des denrées alimentaires telles que la viande, le poisson, les produits laitiers, les légumes, les fruits et les noix. Ces interdictions ont été mises en place par la Russie, en réaction aux sanctions économiques occidentales dont elle affectée. « Depuis 2014, les prix pour ces produits et d’autres ont doublé à l’intérieur du pays, et certains prix pour des biens de consommation courants sont parfois trois fois plus élevés en Crimée », déplore l’évêque.

 

Un baume : Des vacances avec Dieu

 

Selon Mgr Pyl, le nombre de familles de Crimée vivant sous le seuil de pauvreté augmente rapidement : 66 pour cent pour les familles ayant deux enfants et 78 pour cent pour les familles qui ont trois enfants ou plus. Donc, beaucoup de familles ne peuvent plus se permettre de partir en vacances. « Mais c’est surtout pour les enfants et les adolescents qui s’ennuient en passant leurs vacances dans la rue que la dépendance à l’ordinateur, à l’internet, aux drogues ou à l’alcool représente un danger potentiel », affirme Mgr Pyl en soulignant sa reconnaissance à l’AED qui finance deux camps de vacances en Crimée, dont le thème est Des vacances avec Dieu. Ces projets s’adressent à des jeunes gens de toutes confessions, et leur offrent une occupation utile pendant les vacances scolaires.

 

Bogdan Loginov, l’un des participants, décrit le temps qu’il a passé au camp de vacances, qui était tenu par des religieuses : « En plus de nombreuses belles activités, nous avons appris beaucoup de nouvelles choses sur la catéchèse pendant le camp d’été. Nous ne nous sommes jamais ennuyés et je me suis fait beaucoup de nouveaux amis. Sans le camp, l’été n’aurait pas eu de sens. J’espère qu’il aura à nouveau lieu l’année prochaine. »

 

Mgr Pyl précise : « C’est à cet âge que de nombreux jeunes se posent beaucoup de questions sans réponse : comment devrais-je vivre, qui ai-je envie d’être et pourquoi devrais-je vivre ? – Les camps d’été ne sont pas seulement des lieux pour s’amuser, mais ils servent aussi l’avenir du pays et de l’Église, car enseigner et vivre les valeurs chrétiennes sont d’une grande importance ».

 

C’est exactement l’expérience vécue par le jeune Andrej Prospunov, âgé de 15 ans : « Au cours de l’adolescence, de nouvelles questions surgissent sans cesse. On perçoit le monde autrement, et de manière plus intense. Cependant, la remise en cause de beaucoup de choses n’est pas toujours positive sur sa propre foi. Grâce au camp, mes amis et moi avons pu comprendre qu’en dépit de quelques doutes, on peut encore être croyant, et même plus : que la foi en Dieu et l’expérience de la communauté avec des fidèles du même âge sont des choses formidables. Les participants au camp provenaient de différentes communautés, mais grâce à notre foi, nous avons réalisé que nous ne faisons qu’un. Je remercie tous les organisateurs et en particulier les personnes qui, grâce à leur soutien financier, ont rendu possible que nous passions ce temps ensemble ! »

 

Cette année seulement, l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) a pu soutenir 30 projets de camps d’été pour des enfants et des adolescents, grâce à un montant de 495000 dollars : le reflet de la générosité de ses 330000 bienfaiteurs dans le monde entier!

Histoire de succès de l’AED : Biélorussie

25.09.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Biélorussie, PROJETS AED, Transport, Voyager avec l'AED

Histoire de succès de l’AED… en Biélorussie
Se déplacer : essentiel pour un curé !

Cette semaine, notre histoire se déroule en Biélorussie. D’abord, on apprend que dans ce pays de près de 10 millions d’habitants, le pourcentage de catholiques est d’un peu moins de 8 %, alors que celui des orthodoxes et de près de 50 %.

Dans ce contexte, il est intéressant de constater que de nouvelles paroisses catholiques continuent à voir le jour. Ainsi, l’une d’entre elle a été fondée en 2017 dans la banlieue de Grodno, ville de 370 000 habitants. Elle est consacrée à Saint Jean-Paul II et compte de nombreuses jeunes familles avec enfants, car un grand nombre de jeunes viennent s’installer en ville. Ils y trouvent du travail et ils veulent également garantir à leurs enfants une meilleure éducation qu’à la campagne. C’est pourquoi le nombre de fidèles augmente dans les villes. Dans cette nouvelle paroisse, les édifices servant au culte, le presbytère, ceux pour la catéchèse ou tout autres types d’activités paroissiales sont en chantier ou encore dessinés sur des plans. La catéchèse est donc organisée dans les appartements ou les maisons des fidèles. La messe est célébrée en plein air, sur le terrain où l’église doit être construite.

Un curé floué !

Le curé de la paroisse, le Père Henryk Jablonski, vit encore dans un studio, dans un immeuble situé à dix kilomètres du chantier de construction. Il est toujours en déplacement – pour se rendre sur le chantier, sur les lieux de la catéchèse, et à l’hôpital où il visite régulièrement les malades. Pour son travail, il est essentiel qu’il ait une voiture. À vrai dire, il en avait acheté une d’occasion, mais elle lui a été confisquée par les autorités; le propriétaire précédent avait falsifié les documents. Et puis, l’argent avait déjà disparu : il n’avait donc plus de voiture.

Nos bienfaiteurs ont fait un don de 15 000 dollars pour que le Père Jablonski puisse acheter une voiture pour son travail. Il est heureux et reconnaissant, ravi de sa nouvelle voiture, et remercie tous ceux qui l’ont aidé !

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Projet de la semaine de l’AED : Un centre de jeunesse au Bénin

19.09.2019 in Bénin, Voyager avec l'AED

Bénin

Un centre d’évangélisation pour les jeunes

 

Au Bénin, il y a une soif et un besoin constant d’approfondir la foi catholique. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, les musulmans sont majoritaires au nord, mais on compte principalement des chrétiens et des adeptes de religions africaines traditionnelles dans le sud.

 

Beaucoup de ces derniers pratiquent le vaudou. La superstition est répandue, même parmi les chrétiens. Il est donc important qu’ils approfondissent constamment leur foi et c’est pourquoi l’éducation est la priorité de l’Église locale. C’est pourquoi une école d’évangélisation pour les jeunes âgés de 18 à 30 ans a été créée en 2014 dans la ville de Cotonou, le centre économique et le siège du gouvernement du pays. La ville est située dans l’extrême sud, sur la côte atlantique.

Le projet, appelé Jeunesse Bonheur, est financé par l’Aide à l’Église en Détresse (AED). Il est issu du projet Jeunesse Lumière, fondé en France par le père Daniel Ange. Pendant un an, les participants vivent leur foi ensemble et ils apprennent à mieux la connaître et à la transmettre. Et tout cela, dans la joie ! Dans le cadre de la formation, les jeunes vont, entre autres, dans les écoles et les familles, rendent visite aux prisonniers et aux personnes âgées et partagent avec eux leur expérience de foi.

 

L’école

Avec une telle école d’évangélisation, l’Église du Bénin est une pionnière en Afrique. Depuis 2014, les adolescents et les jeunes adultes ont la possibilité de participer au programme dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Certains fruits sont tangibles et visibles pour l’Église locale : parmi les jeunes qui ont participé au programme pendant ses quatre premières années d’existence, douze sont entrés au séminaire et cinq dans un ordre religieux. Certains ont fondé une famille chrétienne, et d’autres ont travaillé dans le domaine ecclésial.

 

Cependant, l’école a été lancée dans des conditions précaires. Cela n’enlève rien à l’enthousiasme des participants, mais à long terme, des locaux plus appropriés seront nécessaires, y compris afin d’accueillir plus de participants. En effet, des jeunes d’autres pays africains vont bientôt venir participer au programme. Le projet de bâtiment sera construit en plusieurs phases, mais la première partie – la résidence pour les jeunes hommes – est déjà en cours de construction.

L’AED a promis 75 000 dollars pour soutenir les travaux.

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

Vous désirez soutenir ce projet ou tout autre projet semblable ? Cliquez sur le bouton ci-dessous, et sélectionner ‘Projet de la semaine’.

Projet de la semaine de l’AED au Pakistan — Aide à la formation des catéchistes

11.09.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Formation, Formation, PROJETS AED, Voyager avec l'AED

Pakistan — Histoire de succès de l’AED

Aide à la formation pour 42 futurs catéchistes

Les catéchistes sont extrêmement importants pour la vie de l’Église au Pakistan. Dans les paroisses, où l’on retrouve de nombreux villages sur une très grande distance, ils fournissent une aide précieuse aux prêtres et ont une grande responsabilité dans l’annonce de la foi. Sans eux, la vie paroissiale prendrait fin en maints endroits, faute de prêtres. 

Situé dans le diocèse de Faisalabad, le centre de formation catéchiste de Khushpur existe depuis 1965. C’est véritablement  le « cœur battant » de la pastorale au Pakistan. Dans ce pays où les hommes dominent la vie sociale, ces laïcs de tout le pays y reçoivent une formation de trois ans afin de pouvoir ensuite accomplir ce précieux service dans leur diocèse d’origine.

Les candidats qui sont déjà mariés et qui ont une famille reçoivent un logement pour la durée de leurs études. Leurs épouses assistent également à différents cours — soins de santé, couture —, et reçoivent également des connaissances bibliques de base.  Ainsi, dans le cadre de vie strictement séparée entre hommes et femmes, qui est la norme au Pakistan, les épouses peuvent s’occuper des femmes de leurs paroisses.  Enfin, pendant que leurs parents sont en apprentissage, les enfants des participants vont à l’école maternelle ou élémentaire.

 

Une grande importance est accordée aux exercices pratiques. Les catéchistes en herbe rendent donc visite aux paroissiens, parlent et prient avec eux. De plus, ils accompagnent pendant une semaine les catéchistes qui sont déjà en activité, afin de mieux comprendre leurs futures responsabilités.

 

Leur formation est régulièrement soutenue par l’Aide à l’Église en Détresse (AED). Les 42 futurs catéchistes vous remercient d’avoir à nouveau financé leur formation l’année dernière, grâce à un montant de 12 600 dollars.

À tous ceux qui ont aidé, un sincère « Que Dieu vous le rende ! ».

AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

03.06.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Amérique du Sud, Venezuela, Voyager avec l'AED

AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

Entrevue et texte par Maria Lozano, ACN International
Adapté par Mario Bard 
Publié sur le web, 3 juin, 2019

Crise au Venezuela : « Une petite lueur d’espoir »

Au Venezuela, il semble qu’un premier pas vers le changement ait été franchi grâce aux premiers entretiens qui se sont déroulés à Oslo, en Norvège entre du 25 au 29 mai, précédés de contacts faits à la mi-mai.

Avec la collaboration du gouvernement de ce pays neutre, ces contacts constituent une première tentative pour résoudre la crise. Il s’agit « d’entretiens exploratoires » entre des représentants du gouvernement de Nicolás Maduro et des représentants de l’opposition, comme l’explique le Père José Virtuoso, recteur de l’Université catholique Andrés Bello à Caracas (Venezuela). Cela fait apparaître « une petite lueur d’espoir » explique le prêtre jésuite dans un entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

 


Êtes-vous optimiste quant aux pourparlers d’Oslo ?

Oui. Nous savions que des rencontres informelles s’étaient déjà déroulées entre l’opposition et le gouvernement de Nicolás Maduro. Il s’agissait plutôt d’entretiens exploratoires – sans aucun engagement. Cette fois-ci, les contacts à Oslo impliquent l’engagement « officiel » d’un gouvernement, en l’occurrence celui de la Norvège. C’est un premier aspect positif. Le deuxième aspect positif est que cela démontre que le gouvernement du président Nicolás Maduro et celui du président Juan Guaidó sont ouverts pour chercher des possibilités d’entente. Il ne faut exclure aucune possibilité permettant de sortir de la crise vénézuélienne.

 

Ces entretiens se situent encore dans une phase très précoce. Est-ce qu’il y a Déjà des mesures concrètes qui en résultent ?

Il n’y a encore rien de concret et la manière de procéder n’a même pas encore été déterminée. Jusqu’à présent, il s’agit d’étapes exploratoires. Toutes les parties présentes – autant le gouvernement norvégien que le gouvernement Maduro ainsi que le président Guaidó – ont évoqué un processus exploratoire. En aucun cas nous ne pouvons parler d’un processus de dialogue ou de négociation. Nous sommes encore dans un processus de recherche de solutions.

 

Est-ce que ces tentatives de rapprochement sont en lien avec l’action de Juan Guaidó qui, le 30 avril dernier, a appelé l’armée à le soutenir ?

Je pense que depuis le 30 avril, nous sommes clairement dans une impasse : ni le gouvernement Maduro – qui souhaite écraser ses ennemis – ni le président par intérim Guaidó – qui veut mettre un terme à l’usurpation du pouvoir – n’ont bougé. Pour sortir de cette impasse qui est devenue manifeste le 30 avril dernier, nous devons chercher d’autres issues, nous devons explorer d’autres possibilités.

Quelle est l’attitude adoptée par l’Église ? Il y a presque deux ans, l’Église a participé à des tentatives de dialogue. Mais, se sentant instrumentalisée, elle s’est retirée…

Les tentatives précédentes, que ce soit les entretiens auxquels le Vatican a participé au début ou plus tard avec le processus entre le gouvernement et l’opposition à Saint-Domingue, ont échoué. Je pense que ces rencontres n’étaient pas bien préparées et ont été mal développées. Considérons l’exemple de la Colombie : là-bas, les entretiens et les accords entre le gouvernement colombien et les FARC reposaient sur un processus très long et très bien préparé, qui n’a été entamé qu’au moment où il existait déjà une véritable volonté de négociation. Au Venezuela, cette volonté n’existe pas encore véritablement. Elle doit d’abord être construite et renforcée. Il ne faut pas aller trop vite, parce que le processus pourrait être abandonné. Je pense que c’est ce qui s’est passé lors des tentatives précédentes. Nous devons essayer de trouver une voie stable pour parvenir à un accord éventuel. C’est pourquoi je dis que ce sera un processus lent et difficile. Mais je pense qu’au final, les Vénézuéliens le veulent.

Comparer aux tentatives antérieures, croyez-vous que cette fois sera différente, parce que Nicolás Maduro a compris que ça ne pouvait pas continuer ainsi ?

Je pense que, non seulement l’opposition, mais tous les Vénézuéliens ont des doutes considérables et surveillent avec défiance les avancées de ces processus. Le gouvernement reste déterminé à ne pas reconnaître l’opposition et la possibilité d’un accord. Pour cette raison, nous continuons d’entrevoir les choses avec un certain scepticisme. Mais d’une manière ou d’une autre, nous nous engageons sur cette voie. Comme il y a là une petite lueur d’espoir, nous devons essayer de l’entretenir afin qu’elle ne s’éteigne pas, mais qu’au contraire, elle devienne encore plus claire. Par ailleurs, l’ONU soutient ce processus, les pays du groupe de Lima le voient positivement ainsi que les pays de l’Union européenne. Je crois que la communauté internationale, y compris les États-Unis qui ont adopté une position plus dure, s’accorde pour dire qu’une solution sans violence est préférable à une solution violente. Et c’est évidemment la position de l’Église : faciliter, soutenir, créer les conditions d’une solution pacifique au conflit vénézuélien.

Évoquons maintenant la situation de la population. Les médias du monde entier ont parlé des coupures d’électricité durant plusieurs jours sur l’ensemble du Venezuela. Qu’en est-il actuellement de cette situation ainsi que du ravitaillement en denrées alimentaires dans le pays ?

L’approvisionnement énergétique s’est normalisé dans les grandes villes, en particulier dans le centre du pays, comme à Caracas et dans d’autres villes importantes du centre. En revanche, dans les régions frontalières, c’est un véritable drame. Dans l’État du Zulia, à la frontière de la Colombie, la situation est déplorable. C’est l’État le plus peuplé, comptant la deuxième plus grande ville du pays, mais l’alimentation électrique y reste toujours très irrégulière. La situation est similaire dans les deux États frontaliers de Táchira et de Mérida, à l’ouest du pays, où vit une très grande partie de la population. Ainsi, ce problème s’est résolu dans certaines parties du pays et dans d’autres, c’est toujours le même drame. C’est terrible !

 

Nicolás Maduro a maintenant permis à la Croix-Rouge d’entrer pour fournir de l’aide humanitaire. Est-ce que c’est une solution ?

En réalité, l’aide humanitaire est fortement réduite. Ainsi, certaines fournitures médicales et des groupes électrogènes ont été livrés à des hôpitaux, ce qui est une bonne chose. Mais, on a l’impression que beaucoup de pays aimeraient coopérer de manière plus active en envoyant à la population du matériel médical, des médicaments et des denrées alimentaires, mais qu’on ne leur en donne pas la possibilité.

En qualité de recteur de l’université, vous êtes particulièrement préoccupé par la question de l’éducation. Comment se présente la situation dans ce domaine ?

Je suis très inquiet à cause du système éducatif qui se détériore au Venezuela. Les enfants et les jeunes ne peuvent venir régulièrement en classe à cause des problèmes de transport ou d’alimentation. Tous nos établissements scolaires, nos lycées et nos universités souffrent des terribles conséquences de l’émigration des enseignants et des professeurs. Étudier au Venezuela devient presque un exploit.

 

 

Il y a presque deux ans que nous parlons de la situation au Venezuela. Le moment pourrait arriver où les gens diront : « Eh bien, on ne peut rien faire ! » Comment ne pas perdre courage ?

Le Venezuela a un besoin urgent de l’aide du monde entier. Après la Deuxième Guerre mondiale ainsi que dans les terribles années 1950, durant les années de la reconstruction, beaucoup d’Européens sont venus s’établir au Venezuela. Je suis moi-même fils d’un immigrant européen, d’un Italien venu de Sicile. Beaucoup de Vénézuéliens sont des enfants ou des petits-enfants d’immigrants qui ont beaucoup apporté au pays. L’Europe devrait rendre le soutien que le Venezuela lui a donné à d’autres époques. Il s’agit là d’un soutien solidaire et d’un soutien économique qui peuvent être fournis de nombreuses façons. Je voudrais encourager à persévérer dans ce soutien, car il engendre un sentiment de solidarité très important.