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AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

03.06.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Amérique du Sud, Venezuela, Voyager avec l'AED

AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

Entrevue et texte par Maria Lozano, ACN International
Adapté par Mario Bard 
Publié sur le web, 3 juin, 2019

Crise au Venezuela : « Une petite lueur d’espoir »

Au Venezuela, il semble qu’un premier pas vers le changement ait été franchi grâce aux premiers entretiens qui se sont déroulés à Oslo, en Norvège entre du 25 au 29 mai, précédés de contacts faits à la mi-mai.

Avec la collaboration du gouvernement de ce pays neutre, ces contacts constituent une première tentative pour résoudre la crise. Il s’agit « d’entretiens exploratoires » entre des représentants du gouvernement de Nicolás Maduro et des représentants de l’opposition, comme l’explique le Père José Virtuoso, recteur de l’Université catholique Andrés Bello à Caracas (Venezuela). Cela fait apparaître « une petite lueur d’espoir » explique le prêtre jésuite dans un entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

 


Êtes-vous optimiste quant aux pourparlers d’Oslo ?

Oui. Nous savions que des rencontres informelles s’étaient déjà déroulées entre l’opposition et le gouvernement de Nicolás Maduro. Il s’agissait plutôt d’entretiens exploratoires – sans aucun engagement. Cette fois-ci, les contacts à Oslo impliquent l’engagement « officiel » d’un gouvernement, en l’occurrence celui de la Norvège. C’est un premier aspect positif. Le deuxième aspect positif est que cela démontre que le gouvernement du président Nicolás Maduro et celui du président Juan Guaidó sont ouverts pour chercher des possibilités d’entente. Il ne faut exclure aucune possibilité permettant de sortir de la crise vénézuélienne.

 

Ces entretiens se situent encore dans une phase très précoce. Est-ce qu’il y a Déjà des mesures concrètes qui en résultent ?

Il n’y a encore rien de concret et la manière de procéder n’a même pas encore été déterminée. Jusqu’à présent, il s’agit d’étapes exploratoires. Toutes les parties présentes – autant le gouvernement norvégien que le gouvernement Maduro ainsi que le président Guaidó – ont évoqué un processus exploratoire. En aucun cas nous ne pouvons parler d’un processus de dialogue ou de négociation. Nous sommes encore dans un processus de recherche de solutions.

 

Est-ce que ces tentatives de rapprochement sont en lien avec l’action de Juan Guaidó qui, le 30 avril dernier, a appelé l’armée à le soutenir ?

Je pense que depuis le 30 avril, nous sommes clairement dans une impasse : ni le gouvernement Maduro – qui souhaite écraser ses ennemis – ni le président par intérim Guaidó – qui veut mettre un terme à l’usurpation du pouvoir – n’ont bougé. Pour sortir de cette impasse qui est devenue manifeste le 30 avril dernier, nous devons chercher d’autres issues, nous devons explorer d’autres possibilités.

Quelle est l’attitude adoptée par l’Église ? Il y a presque deux ans, l’Église a participé à des tentatives de dialogue. Mais, se sentant instrumentalisée, elle s’est retirée…

Les tentatives précédentes, que ce soit les entretiens auxquels le Vatican a participé au début ou plus tard avec le processus entre le gouvernement et l’opposition à Saint-Domingue, ont échoué. Je pense que ces rencontres n’étaient pas bien préparées et ont été mal développées. Considérons l’exemple de la Colombie : là-bas, les entretiens et les accords entre le gouvernement colombien et les FARC reposaient sur un processus très long et très bien préparé, qui n’a été entamé qu’au moment où il existait déjà une véritable volonté de négociation. Au Venezuela, cette volonté n’existe pas encore véritablement. Elle doit d’abord être construite et renforcée. Il ne faut pas aller trop vite, parce que le processus pourrait être abandonné. Je pense que c’est ce qui s’est passé lors des tentatives précédentes. Nous devons essayer de trouver une voie stable pour parvenir à un accord éventuel. C’est pourquoi je dis que ce sera un processus lent et difficile. Mais je pense qu’au final, les Vénézuéliens le veulent.

Comparer aux tentatives antérieures, croyez-vous que cette fois sera différente, parce que Nicolás Maduro a compris que ça ne pouvait pas continuer ainsi ?

Je pense que, non seulement l’opposition, mais tous les Vénézuéliens ont des doutes considérables et surveillent avec défiance les avancées de ces processus. Le gouvernement reste déterminé à ne pas reconnaître l’opposition et la possibilité d’un accord. Pour cette raison, nous continuons d’entrevoir les choses avec un certain scepticisme. Mais d’une manière ou d’une autre, nous nous engageons sur cette voie. Comme il y a là une petite lueur d’espoir, nous devons essayer de l’entretenir afin qu’elle ne s’éteigne pas, mais qu’au contraire, elle devienne encore plus claire. Par ailleurs, l’ONU soutient ce processus, les pays du groupe de Lima le voient positivement ainsi que les pays de l’Union européenne. Je crois que la communauté internationale, y compris les États-Unis qui ont adopté une position plus dure, s’accorde pour dire qu’une solution sans violence est préférable à une solution violente. Et c’est évidemment la position de l’Église : faciliter, soutenir, créer les conditions d’une solution pacifique au conflit vénézuélien.

Évoquons maintenant la situation de la population. Les médias du monde entier ont parlé des coupures d’électricité durant plusieurs jours sur l’ensemble du Venezuela. Qu’en est-il actuellement de cette situation ainsi que du ravitaillement en denrées alimentaires dans le pays ?

L’approvisionnement énergétique s’est normalisé dans les grandes villes, en particulier dans le centre du pays, comme à Caracas et dans d’autres villes importantes du centre. En revanche, dans les régions frontalières, c’est un véritable drame. Dans l’État du Zulia, à la frontière de la Colombie, la situation est déplorable. C’est l’État le plus peuplé, comptant la deuxième plus grande ville du pays, mais l’alimentation électrique y reste toujours très irrégulière. La situation est similaire dans les deux États frontaliers de Táchira et de Mérida, à l’ouest du pays, où vit une très grande partie de la population. Ainsi, ce problème s’est résolu dans certaines parties du pays et dans d’autres, c’est toujours le même drame. C’est terrible !

 

Nicolás Maduro a maintenant permis à la Croix-Rouge d’entrer pour fournir de l’aide humanitaire. Est-ce que c’est une solution ?

En réalité, l’aide humanitaire est fortement réduite. Ainsi, certaines fournitures médicales et des groupes électrogènes ont été livrés à des hôpitaux, ce qui est une bonne chose. Mais, on a l’impression que beaucoup de pays aimeraient coopérer de manière plus active en envoyant à la population du matériel médical, des médicaments et des denrées alimentaires, mais qu’on ne leur en donne pas la possibilité.

En qualité de recteur de l’université, vous êtes particulièrement préoccupé par la question de l’éducation. Comment se présente la situation dans ce domaine ?

Je suis très inquiet à cause du système éducatif qui se détériore au Venezuela. Les enfants et les jeunes ne peuvent venir régulièrement en classe à cause des problèmes de transport ou d’alimentation. Tous nos établissements scolaires, nos lycées et nos universités souffrent des terribles conséquences de l’émigration des enseignants et des professeurs. Étudier au Venezuela devient presque un exploit.

 

 

Il y a presque deux ans que nous parlons de la situation au Venezuela. Le moment pourrait arriver où les gens diront : « Eh bien, on ne peut rien faire ! » Comment ne pas perdre courage ?

Le Venezuela a un besoin urgent de l’aide du monde entier. Après la Deuxième Guerre mondiale ainsi que dans les terribles années 1950, durant les années de la reconstruction, beaucoup d’Européens sont venus s’établir au Venezuela. Je suis moi-même fils d’un immigrant européen, d’un Italien venu de Sicile. Beaucoup de Vénézuéliens sont des enfants ou des petits-enfants d’immigrants qui ont beaucoup apporté au pays. L’Europe devrait rendre le soutien que le Venezuela lui a donné à d’autres époques. Il s’agit là d’un soutien solidaire et d’un soutien économique qui peuvent être fournis de nombreuses façons. Je voudrais encourager à persévérer dans ce soutien, car il engendre un sentiment de solidarité très important.

Pakistan: Les écoles publiques sont un environnement hostile aux chrétiens

10.05.2019 in Pakistan, Voyager avec l'AED

Pakistan

Les écoles publiques sont un environnement hostile aux chrétiens

Noman est un jeune catholique qui vit à Karachi, au Pakistan. Au cours d’un entretien accordé à l’Aide à l’Église en Détresse, il parle de la discrimination et des mauvais traitements qu’il a subis à l’école en raison de sa foi chrétienne. Voici l’histoire de Noman :

par Tabassum Yousaf, pour ACN International
 

« Je suis en première année d’études de commerce. Le cricket et le football sont mes passe-temps. Je suis chrétien.

Personne dans ma famille n’a été enlevé ou n’a subi de violences, mais j’ai été victime de discrimination de la part de mes camarades de classe et professeurs, à cause de ma religion ».

« Quand j’ai signalé qu’un camarade de classe musulman avait triché, le professeur m’a répondu : “il ne triche pas, c’est vous qui trichez”. Le camarade de classe m’a alors surnommé “bhangie”, ce qui signifie « balayeur des rues » ou « nettoyeur de caniveaux ». Il s’est moqué de moi en utilisant des termes irrespectueux pour ma foi. Mais je ne pouvais pas lui rendre la pareille. Si je l’avais fait, j’aurais pu être inculpé de blasphème, et ma famille en aurait souffert. Je suis resté silencieux ».

« Mon professeur et mon principal étaient bien conscients de la situation. Ma mère a été appelée pour parler avec mon professeur, mais ils n’étaient pas prêts à écouter ma version des faits. Ils ont même refusé de me donner un formulaire que l’école exigeait pour les examens, si bien qu’une année de mes études a été perdue».

« Mais je suis reconnaissant à Dieu qui n’a pas abandonné ma famille. Il était là quand un ami de ma mère a offert de payer mes études, ce que mes parents ne pouvaient pas se permettre à l’époque. Le moment le plus heureux de ma vie a été quand j’ai terminé le lycée. J’ai été le premier de ma famille à le faire ».

« Je fais maintenant des études de commerce dans une université publique. J’assiste aux cours pendant une moitié de l’année. Je passe l’autre moitié à travailler comme vendeur au centre commercial, parce qu’il est difficile pour mon père de couvrir tous les frais de subsistance de la famille. Même dans les épreuves, Dieu ne m’a jamais abandonné. Il m’a toujours aidé et aimé. Dieu et ma famille, en particulier ma mère, sont mes raisons d’être heureux ».

« Malgré ce que j’ai vécu, je crois que je vais réussir. Et quand je suis inquiet, je récite le Psaume 23. Par ailleurs, je porte toujours un chapelet sur moi ».

« Les pays occidentaux devraient aider les pauvres étudiants chrétiens pakistanais à se loger et à étudier, de manière à ce qu’ils puissent au moins mener une vie meilleure et plus stable. Sinon, je n’ai aucun espoir pour les minorités pakistanaises qui restent dans le pays. Si je pouvais rassembler tous les leaders du monde dans une seule pièce, je leur dirais que la seule chose que je veux, c’est une éducation gratuite pour nos enfants ».

La situation des chrétiens dans le monde – 2019

06.05.2019 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, MONDE, Persécution, Voyager avec l'AED, Voyagez avec AED

MONDE

 

2019 s’annonce sanglante pour les chrétiens

 

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) s’inquiète de l’augmentation des attaques perpétrées dans le monde entier contre des chrétiens. « Les attentats à l’explosif commis avec une extrême brutalité contre des églises et des hôtels au Sri Lanka le matin du dimanche de Pâques montrent que dès à présent, 2019 s’avère être l’une des années les plus sanglantes pour les chrétiens », a déclaré Thomas Heine-Geldern, président de l’AED-International.

Rien que durant les quatre premiers mois de cette année, l’œuvre de bienfaisance qui s’engage en faveur des chrétiens persécutés et en détresse dans plus de 140 pays a parlé publiquement des exactions suivantes :

    • – Attaques des islamistes de la Séléka contre une mission dans l’évêché de Bangassou en République centrafricaine au tournant de l’année, avec des douzaines de morts et environ 20 000 personnes déplacées qui ont fui les violences ;

 

    • – Attentat islamiste contre la cathédrale de Jolo, au sud des Philippines, qui a fait vingt morts et environ 90 blessés fin janvier ;

 

    • – Attentats commis à la mi-mars contre des villageois chrétiens par des membres de la tribu majoritairement musulmane des Foulani, dans l’État fédéral nigérian de Kaduna, et qui ont coûté la vie à plus de 130 personnes ;

 

  • – Exactions de nationalistes extrémistes hindous commises fins mars contre un établissement scolaire catholique dans l’État fédéral indien du Tamil Nadu, lors desquelles s’est déroulée une véritable chasse aux religieuses qui y travaillent.

 

Jesus

La persécution chrétienne ne connaît plus de limite

Heine-Geldern

 

« Les attentats au Sri Lanka constituent l’apogée sanglant d’une évolution qui dure depuis quelques années déjà : la persécution des chrétiens ne connaît aucune limite », estime M. Heine-Geldern. « Elle ne s’arrête jamais, même durant les plus grandes fêtes de la chrétienté. Elle se montre sans pitié envers les innocents, qui sont souvent considérés comme boucs émissaires des évolutions mondiales ». Après les attentats au Sri Lanka, le groupe État islamique (ÉI) a revendiqué ces violences. Les services de sécurité supposent que les attentats à la bombe ont pu avoir été organisés et commis en tant qu’actes de vengeance du massacre de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. À la mi-mars, un homme âgé de 28 ans y a tué 49 personnes, dans deux mosquées.

Aide à l’Église en Détresse insiste sur le fait que la menace islamiste persiste au Moyen-Orient, ainsi qu’en Afrique, avec la violence exercée par Boko Haram au nord du Nigéria. « C’est une fausse idée de croire que le groupe ÉI est vaincu sur le plan militaire et n’existe donc plus. En effet, l’idéologie est bien vivante, les adeptes sont toujours en vie, les voies de communication semblent fonctionner. Nos partenaires de projet au Moyen-Orient restent toujours extrêmement préoccupés », poursuit Thomas Heine-Geldern.

 

La religion, utilisée pour créer le chaos. Plus récemment, la situation dans des pays du continent américain comme le Mexique, le Nicaragua et le Venezuela a également suscité des inquiétudes à l’AED. À la suite des turbulences politiques, des évêques et des prêtres sont sans cesse victimes d’exactions. « Il s’agit ici d’un mélange d’idéologies politiques et de reproches selon lesquellesl’Église interviendrait de manière injustifiée parce qu’elle appelle à la résistance contre des gouvernements autoritaires ou contre la corruption. L’Église devient la cible d’agressions et de violences », explique Monsieur Heine-Geldern.

La religion : une arme utilisée à tort

Dans de nombreuses régions du monde, la religion est utilisée comme une arme politique afin de déséquilibrer des pays et de les entraîner dans le chaos. Actuellement, c’est exactement ce qui se passe au Sri Lanka. Là, l’Église s’efforce de manière intensive d’empêcher que la douleur causée par les actes de violence n’engendre un cercle vicieux. « L’équilibre de la société repose en grande partie sur la coexistence pacifique des différentes religions. C’est l’objectif en faveur duquel s’engagent nos partenaires de projet », assure le président de l’AED.

Malheureusement, il est rare que le grand public obtienne des informations sur les exactions antichrétiennes. Le cas d’Asia Bibi, cette mère de famille chrétienne pakistanaise initialement condamnée à la peine de mort pour blasphème et acquittée en dernier recours, est un bon exemple. Grâce à ce cas, Le monde a pu entendre parler de la situation dangereuse et parfois mortelle dans laquelle vit la minorité chrétienne du Pakistan. Conjointement avec d’autres organisations, l’AED s’était engagé en faveur de sa libération. Cependant, le destin d’Asia Bibi reste incertain.

Les extrémismes religieux et politiques : causes principales de la persécution

L’islamisme fondamentaliste, les nationalismes exacerbés et les idéologies autoritaires restent les moteurs principaux de la persécution des chrétiens et d’autres minorités religieuses. Tel est le constat du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde (Religious Freedom Report), que l’AED a présenté en novembre 2018 et qui met en lumière la situation dans 196 pays.

« C’est avec une très grande préoccupation que nous observons que ces trois évolutions ne décroissent malheureusement pas – bien au contraire. Ce peut être observé actuellement dans des États africains tels que le Burkina Faso, le Niger et le Bénin. Les hostilités contre les missions, les prêtres et les religieuses y prennent des proportions dramatiques. La population a de plus en plus peur », constate Thomas Heine-Geldern.

Il est impératif de donner un nom à cette évolution amère. « Il appartient aux gouvernements du monde et à l’ONU d’être des artisans de la paix, de garantir la liberté religieuse et d’assurer la défense des minorités contre les exactions antireligieuses », a dit Thomas Heine-Geldern. Du côté des pouvoirs religieux, il s’agit de soutenir les chrétiens persécutés, à travers la prière et des aides actives, ainsi que de leur donner une voix et un visage, demande Thomas Heine-Geldern.

« C’est l’objectif en faveur duquel l’AED s’engage depuis plus de 70 ans. Et compte tenu de la violence croissante contre les chrétiens, cela mérite tout type de soutien et tous les efforts possibles. »

Le Rapport sur la liberté religieuse 2018 est disponible à l’adresse suivante : www.religious-freedom-report.org.
Pour les gens pressés, une version abrégée existe en format PDF sur le site web de l’AED-Canada : Rapport 2018

Nicaragua : une Église aux côtés de son peuple

16.04.2019 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, AED, Aide à l'Église en détresse., Nicaragua, PAIX, Voyager avec l'AED

Nicaragua : une Église aux côtés de son peuple

« Nous portons un petit bout de la Croix du Christ. Nous ne pourrions pas la porter en entier. Il nous y aide ».

Par Ines San Martin, ACN-International Révision canadienne-française : Mario Bard Mise en ligne : 16 avril 2019

Le Nicaragua est aujourd’hui un pays coincé entre deux identités : d’une part une nation dirigée par un gouvernement qui représente à bien des égards un long passé dictatorial, à l’image de la dynastie des Somoza qui gouverna le pays pendant près de six décennies au cours du 20e siècle.

D’autre part, c’est aussi un pays dont la population a exprimé son exaspération. Un pays qui est sorti de sa léthargie et qui veut aller de l’avant, avec une Église catholique dirigée par dix évêques qui n’ont pas peur de guider leurs ouailles et d’être cette Église « en sortie » que demande le pape François, qui ouvre les portes des cathédrales pour être littéralement un « hôpital de campagne ». Sans drapeaux politiques et sans faire de distinction dans l’attention portée aux blessés, l’Église soutient ceux qui souffrent et nourrit les affamés tant physiquement que spirituellement.

« Vous êtes venus à un moment compliqué… où les gens souffrent beaucoup, parce qu’ils ont peur de sortir dans la rue », a déclaré un prêtre du diocèse de Matagalpa – qui pour des raisons de sécurité, préfère rester anonyme – à une délégation de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), venue en visite dans le pays à la fin du mois de novembre pour manifester sa solidarité, compte tenu de la situation que traverse le pays.

 

Population sous tension

Malgré les affiches municipales qui parlent d’une Matagalpa « chrétienne, socialiste et solidaire », la tension est palpable, avec des policiers et des forces paramilitaires dans les rues pour dissuader la population civile de manifester, en grande partie pacifiquement. Ces manifestations ont commencé en avril 2018, mais dans le cas de Matagalpa, les forces de l’État ont même interdit à un groupe de femmes d’honorer la mémoire de leurs enfants tués lors de la guerre civile, alors que ça fait près de 20 ans qu’elles mènent cette marche.

« Je suis l’un des chanceux; beaucoup de prêtres ont dû fuir », dit-il. « Mais on ne peut pas rester les bras croisés quand des gens font irruption dans l’église pendant la messe parce qu’on essaie de les tuer. En effet, les militaires et les policiers ne leur jetaient pas des bonbons. Ils tiraient sur eux pour les tuer, en visant la tête, le cou et la poitrine ».

« L’Évangile nous enseigne que nous devons ouvrir les portes à ceux qui sont persécutés, et c’est ce que nous avons fait. Nos églises sont devenues des refuges, et non des maisons de planification, comme le gouvernement le prétend ».

Et le prêtre sait de quoi il parle : le 15 mai 2018, dans une voiture du diocèse surnommée « l’ambulance », il a sauvé 19 manifestants blessés qui avaient été touchés par des balles d’AK-47. Sur ordre du régime, les hôpitaux publics n’ont pas été autorisés à aider les blessés, en grande partie des étudiants.

« Ces jours-là, les gens assis sur les bancs de nos églises n’écoutaient pas l’Évangile, ils le vivaient », dit-il avec émotion.

L’Église défend le droit de manifester pacifiquement

Depuis septembre, et avec l’aide d’organismes internationaux, l’Église diocésaine a ouvert cinq bureaux pastoraux de Droits de l’homme, où elle vient en aide aux familles qui ont perdu des enfants pendant les manifestations, ainsi qu’aux personnes qui sont aujourd’hui persécutées pour avoir manifesté. Une cinquantaine de personnes sont actuellement emprisonnées sans procès équitable, et il y a des centaines de « disparus », tandis que 30.000 personnes se sont exilées au Costa Rica, et autant dans d’autres pays.

« Nous avons été accusés de cacher des armes, ce que nous n’avons jamais fait », déclare le prêtre. « Notre seule arme, c’était Jésus dans l’Eucharistie ».

Le nombre de personnes qui dépendent aujourd’hui de l’Église pour leur survie a triplé depuis le mois d’avril.

« Nous portons un petit bout de la Croix du Christ », dit-il. « Nous ne pourrions pas la porter en entier. Il nous y aide ».

La situation des évêques et de nombreux religieux au Nicaragua n’est pas simple. Leur attitude qui a consisté à ouvrir les portes des églises pour s’occuper des blessés, tant des étudiants que des policiers, ainsi que leur volonté de collaborer à un processus de dialogue national qui a échoué, a conduit à ce que beaucoup d’entre eux soient qualifiés par le parti au pouvoir de « putschistes » et de « terroristes ».

L’un d’eux est le Cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua, la capitale du pays. En dépit des difficultés, il n’a perdu ni son sourire ni sa foi.

Et, malgré son sourire, Mgr Brenes ne peut cacher son inquiétude pour l’avenir du Nicaragua, un pays qui a connu suffisamment de révolutions pour savoir que nombre des grandes idées qui convainquent les masses, tôt ou tard, finissent par être brisées par les abus de pouvoir d’une minorité.

La dernière révolution a commencé le 18 avril, même si beaucoup de Nicaraguayens s’accordent à dire que ça n’a été rien de plus que « l’étincelle qui a déclenché un feu qui couvait depuis longtemps ».

« L’Église accompagne le processus de dialogue mis en place après les manifestations, mais comme un service rendu au pays », affirme Mgr Brenes. « Ce qui nous intéresse, ce n’est pas le pouvoir, mais accompagner les efforts sans en attendre autre chose que le bien de la patrie. Lorsque les affrontements entre les forces nationales et les manifestants ont eu lieu, nous avons protégé tout le monde ».

Plus d’une fois, le cardinal a dû servir de médiateur entre le gouvernement et les manifestants, tant pour secourir les policiers qui avaient été enlevés, que pour que demander aux militaires qu’ils cessent de tirer sur les étudiants.

« Nous ne leur avons jamais demandé à quel camp ils appartenaient, nous avons simplement aidé tous ceux qui nous demandaient de l’aide », a-t-il dit, reconnaissant toutefois qu’ils auraient pu dénoncer l’usage de la violence par certains manifestants.

« À un moment, les deux parties ont fait preuve de violence, mais le gouvernement a fait un usage disproportionné de la violence », déclare-t-il. « La police antiémeute avait des fusils, tandis que les jeunes avaient des lance-pierres et des explosifs fait maison ».

Prier le Rosaire pour la paix

Le défi consiste maintenant à œuvrer à la réconciliation nationale, ce qui pourra prendre des générations, c’est pourquoi il ne s’attend pas à en être témoin. « Mais nous devons en jeter les bases ».

Malgré le défi, Mgr Brenes décide de s’accrocher à sa foi au lieu de perdre espoir, en étant de plus en plus convaincu du prophétisme de la phrase prononcée par le Pape Pie X qui a dit : « Donnez-moi une armée qui prie le rosaire tous les jours et nous changerons le monde ».

« Moi, je prie tous les jours. Le premier mystère pour le Nicaragua, le second pour la conversion du gouvernement, le troisième pour les mères qui ont perdu leurs enfants ou dont les enfants sont en prison, le quatrième pour les prisonniers politiques, et le cinquième pour le clergé ».

« Si nous croyons que la foi peut déplacer des montagnes, la prière du chapelet peut convertir les cœurs à la vraie réconciliation, guérir les cœurs blessés et chercher le bien de tous », dit Mgr Brenes. « Pouvez-vous prier pour le Nicaragua? »

AED : Huitième anniversaire de la guerre en Syrie

25.03.2019 in Adaptation Mario Bard, Syrie, Voyager avec l'AED

Aid to the Church in Need has supported 308 urgent projects since 2011

Eighth Anniversary of Civil War outbreak in Syria

Friday, March 15 marked the eighth anniversary of the beginning of the war in Syria. Aid to the Church in Need (ACN International) has continued to support the ongoing emergency situation in the country, especially the plight of the 127,185 Christian families registered in Syria..

The war in Syria has unleashed the greatest humanitarian catastrophe since the Second World War, with some 12 million refugees and internally displaced as a result of the 8-year conflict.

Moreover, Christians in Syria now represent only 3% of the population, whereas before the war they were 10%. In addition to all the consequences of the hostilities and the economic embargo, they have also suffered religious persecution at the hands of the jihadist groups involved in the conflict. In fact, during these eight years of war, 1,707 Christians were murdered and 677 abducted; 1,309 Christian churches and other Church properties were destroyed and 7,802 Christian houses and homes damaged or destroyed.

44.2 Million Dollars in Aid

Since the March 2011 onset of the conflict, and up to the end in 2018, ACN allocated 44.2 million dollars to 738 projects to fulfil its mission of supporting the Church in need throughout the country. The projects were implemented by 9 different Christian Churches, thanks to the cooperation of 130 project partners on the ground.

Of the 738 projects funded, some 80% (35.2 million dollars) were given in the form of emergency aid, among them some 308 for the basic necessities of Christian families who have not left the country. To now, 10% of the aid has been for the reconstruction of people’s homes and Church properties. An additional 6% went to supporting priests in the country, in the form of Mass Offerings and pastoral aid.

Emergency Aid, Reconstruction and Pastoral Aid

In Canada, a project aimed to supporting the A Drop of Milk program for children has been active for two years. An initiative showcasing small classical music concerts given by local pianist and ACN supporter, Chantal Roussety, has brought $3,364 to the cause. “The amount may seem very modest if we compare it to the grand total,” says Marie-Claude Lalonde, National Director of ACN. “But, for two years now, this personal project developed by Mrs. Roussety, is a reflection of the great sense of solidarity that the Syrians, particularly the children, are in need of. We are so very grateful for it.” In all, donations from Canadians rose to at $17,179. Destined for children under the age of 10, A Drop of Milk represented 15% of the overall budget of all emergency aid given. Finally, over three million dollars were attributed to paying the rents of displaced Christian families, and over 1.4 million dollars have served for the reconstruction of family homes.

The 13 main emergency aid projects funded during these eight years of war include the following: direct emergency aid for the most basic necessities; food parcels, financial support for students, medical aid, support with rent, heating, electricity, gas and water; milk and nappies for babies and small children, essential medicines, Christmas gifts for the children, warm clothing, educational materials and vocational counselling.

An Appeal from Pope Francis

Throughout these eight years of war, Pope Francis has continually denounced the injustice of the war in Syria and has continued to draw attention to the suffering of the Christians. “Let us pray and let us help the Christians to remain in Syria and the Middle East as witnesses to mercy, pardon and reconciliation,” he has stated. “May, the prayers of the Church, help them to experience the closeness of the faithful God and touch every human conscience to seek a sincere compromise for the sake of peace. And may God our Lord pardon those who are waging war, those who manufacture arms to destroy one another, and may he convert their hearts. Let us pray for peace in our beloved Syria,” he concluded.

Mozambique : Aide à l’Église en Détresse envoie de l’aide d’urgence

22.03.2019 in ACN International, ACN-International, Citra Abbott, Voyager avec l'AED

Mozambique

Aide à l’Église en Détresse envoie de l’aide d’urgence
« Personne n’a entendu les victimes appeler à l’aide alors qu’elles étaient emportées par les inondations »

 

Un prêtre du Mozambique décrit de façon détaillée l’impact dévastateur du cyclone, tandis que certains rapports avancent déjà le chiffre de près de 1 000 morts. Aide à l’Église en Détresse (AED) annonce qu’elle va travailler avec l’Église locale dans la ville portuaire de Beira, cœur économique du pays et détruit selon certains rapports à 90 %, en fournissant une aide d’urgence.

 

Dans un entretien accordé à l’œuvre catholique de charité Aide à l’Église en Détresse (AED), le Père Sandro Faedi, administrateur apostolique de Tete, a décrit comment les gens criaient à l’aide alors qu’ils étaient submergés par les eaux.

 

 

Le Père Faedi a ainsi déclaré à l’AED : « Beira n’est plus une ville. Elle a été presque entièrement détruite ». Et il ajoute : « Vue d’avion, la ville ressemble à un grand lac d’où émergent des bâtiments sans toiture. On n’aperçoit ni les rues, ni les maisons, ni les champs. Beaucoup de gens ont perdu la vie. Perchés sur des maisons ou sur des arbres, beaucoup de gens demandaient de l’aide, sans que personne n’entende. Ils ont été emportés par les rivières en crue qui s’engouffraient dans la ville ».

 

Le Père Faedi a expliqué à l’AED que la région, actuellement en grande partie sous les eaux, n’avait « ni le téléphone, ni moyens de communication, ni eau potable », car des vents de 200 km à l’heure, de fortes pluies et des rivières en crue continuaient de détruire les infrastructures du pays.

 

Alors que l’on s’attend à une augmentation du nombre de victimes, il affirme : « Pour l’instant, nous ne pouvons que prier, en étant prêts à donner notre contribution le moment venu ». Le Pape François a déclaré : « À ces personnes qui me sont chères, j’exprime ma douleur et ma proximité ».

 

Mercredi 20 mars, le Mozambique a commencé trois jours de deuil pour les victimes. Les inondations et les vents se sont écrasés sur Beira, « poumon économique » du Mozambique, avant de continuer leur route vers le Malawi et le Zimbabwe, affectant plus de 2,5 millions de personnes.

 

Mgr Claudio Dalla Zuanna, archevêque de Beira, a déclaré à l’AED : « L’aide de l’AED sera utile, car elle permettra de raviver la présence ecclésiale en faisant face aux dépenses immédiates telles que l’acquisition et la distribution de bâches plastiques et de produits divers (seaux, verres, assiettes, etc.), et la logistique en matière de transport.

 

« Une fois de plus, nous vous remercions de votre générosité et nous vous tiendrons informés ».

 

Propos recueillis par Citra Abbott, ACN-International

 

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Entretien-AED – Entretien avec Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo au Venezuela 

25.10.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED Canada, Entretien réalisé par Raquel Martín & Josué Villalón, Voyager avec l'AED

Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo au Venezuela de passage à l’Aide à l’Église en Détresse

Entretien-AED – Venezuela

« La recherche quotidienne de nourriture est devenue un véritable calvaire »

 

Entretien avec Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo au Venezuela : « Notre mission consiste à aider la population à travers les prêtres. Je vous en prie, continuez à nous soutenir pour donner à nos prêtres des moyens de subsistance dignes ».

 Entretien réalisé par Raquel Martín & Josué Villalón (ACN Espagne)

Selon le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, et d’autres organisations internationales, plus de deux millions de personnes ont quitté le Venezuela au cours des trois dernières années. Cet exode forcé reflète la sévère crise économique, politique et sociale qui sévit dans le pays. L’Église du Venezuela fait face à cette situation avec la population en créant des projets sociaux visant à combler le manque de nourriture et de médicaments. Mais la situation même de l’Église n’est pas meilleure : les évêques et les prêtres aussi manquent de tout.

 

Mgr Oswaldo Azuaje, évêque de Trujillo, situé dans l’est du Venezuela, a répondu aux questions de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse. L’œuvre soutient l’Église vénézuélienne dans ses activités pastorales et sociales. L’entretien portait sur la récente visite ad limina de l’épiscopat vénézuélien auprès du pape à Rome, ainsi que sur le travail de l’Église en faveur des gens qui quittent le pays, et des innombrables nécessiteux qui y restent.

 

Le diocèse de Trujillo est l’une des régions les plus pauvres du Venezuela. Quelle en est la situation actuelle ?

Trujillo est l’un des districts les plus pauvres du point de vue économique. Il est situé dans les Andes, dans une région de montagne majoritairement rurale. Toutefois, je ne dirais pas que c’est une région pauvre, car elle possède une grande richesse humaine et culturelle. Le quotidien des gens est identique à celui vécu dans le reste du pays. Nous souffrons du manque de nourriture et de médicaments, beaucoup de gens sont partis vivre dans un autre pays et l’économie est paralysée. Peut-être que dans les villages, le manque d’accès à la nourriture est plus perceptible, comparé à la capitale ou aux villes importantes du pays.

 

Quel message Sa Sainteté le pape François a-t-il donné aux évêques et au peuple vénézuélien lors de la visite ad limina ?

Le pape a témoigné d’une grande proximité. Nous avons la chance qu’il soit originaire du même continent et que nous parlions la même langue. François a pris place au milieu de nous. Nous avons formé un cercle autour de lui et il nous a dit : « Racontez-moi comment vous allez ». Nous avons pu constater qu’il connaît très bien l’Église du Venezuela, la vie dans le pays et les difficultés qu’endure la société. Il a insisté pour que nous soyons très proches des gens et que nous trouvions des réponses à leurs besoins. Il nous a rappelé : « Restez forts et proches des gens ! Je suis conscient que vous le faites déjà et je vous invite à poursuivre dans cette voie. » De plus, il nous a invités à mettre en pratique une réalité : la résistance. Jusqu’à présent, je n’avais encore jamais entendu cette notion dans ce contexte. En effet, elle n’a aucun rapport avec la politique, le populisme ou un langage militaire. Il nous a invités à résister fermement dans la foi, dans l’espérance et dans la charité.

 

Comment l’Église accompagne-t-elle les gens qui quittent le pays ?

J’ai eu l’occasion de me rendre à la frontière de la Colombie, dans l’État de Táchira. Les diocèses de San Cristóbal au Venezuela et de Cúcuta en Colombie fournissent un travail de grande ampleur. Je me suis mêlé aux gens qui passent la frontière et vont en Colombie. C’est impressionnant : ils fuient par milliers chaque jour. L’Église nourrit entre 5 000 et 8 000 personnes par jour, sachant que ces estimations reflètent uniquement le nombre de personnes dont s’occupe l’Église. Certes, quelques-uns retournent au Venezuela, mais ils ne sont pas nombreux. Il s’agit de ceux qui, à cause de la pénurie au Venezuela, vont et viennent pour trouver des produits qu’on trouve seulement en Colombie. Une fois qu’ils ont pu se les procurer, ils retournent chez eux. Au Pérou, en Équateur et au Brésil, l’Église s’occupe aussi des Vénézuéliens qui fuient.

Des migrants à la frontière entre la Colombie et le Venezuela

 

Quelles sont les conséquences de ces départs ?

Dans les paroisses, on commence à percevoir l’absence de jeunes et de personnes d’âge moyen. Il est de plus en plus fréquent de voir arriver des personnes âgées accompagnées de leurs petits-enfants. Les parents sont partis chercher du travail. Plusieurs prêtres m’ont raconté qu’ils n’avaient plus de chorale d’église parce que les jeunes gens étaient partis. Ces prêtres doivent maintenant trouver d’autres personnes pour chanter ou jouer d’un instrument de musique, et les former. C’est un exode forcé et lié au manque terrible de nourriture et de médicaments. Les gens sont dans le besoin, car ils n’en trouvent pas dans le pays ou ne peuvent pas en acheter à cause de la dévaluation de la monnaie.

 

Comment l’Église répond-elle aux besoins de ceux qui restent ?

Pour répondre au manque de nourriture, les paroisses organisent des « soupes populaires » tous les jours afin de fournir des repas aux nécessiteux. Les enfants et les personnes âgées souffrent de malnutrition. Il y a quelques jours, j’ai reçu un coup de téléphone de ma sœur. Elle s’occupe de notre mère, et elle voulait me dire qu’elle ne trouvait ni poulet ni œufs ou viande. Elle ne savait pas où aller et ne trouvait aucun magasin où en acheter. Les gens passent beaucoup de temps à essayer de remplir leur panier, si tant est qu’ils le fassent. La recherche quotidienne de nourriture est devenue un véritable calvaire.

 

Que pensez-vous de l’aide fournie par l’AED aux prêtres de votre diocèse ?

Je tiens tout d’abord à remercier le peuple vénézuélien, tous ceux qui ont partagé avec nous et continuent de partager le peu qu’ils possèdent. Mais maintenant, dans la situation actuelle, nous devons aussi recourir à l’aide extérieure. Sans cette aide, la vie serait impossible. Je remercie l’Église en Europe, en particulier celle en Allemagne, en Italie et en Espagne qui nous soutient afin que nous puissions aider nos prêtres. Grâce aux intentions de messe, ceux-ci peuvent vivre de manière digne. Et cette aide établit aussi un lien entre nous à travers la prière afin que nous ne perdions pas espoir. J’implore Dieu de nous envoyer de saints prêtres, mais aussi pour que ces prêtres puissent recevoir une subsistance digne afin qu’ils puissent se mettre au service du peuple de Dieu et répondre à leur vocation avec plus de force.

Des enfants qui attendent la nourriture.

Un dernier message à l’intention des bienfaiteurs de l’AED ?

Grâce à vous, nos communautés n’échoueront pas dans leur mission de consoler et d’apporter la lumière au milieu de tant d’obscurité vécue au Venezuela. Le manque de denrées alimentaires et de médicaments, d’eau et d’électricité engendre énormément de stress, contre lequel nous devons lutter. Je vous demande de prier pour les évêques pour qu’ils ne soient pas tentés de renoncer. Notre mission consiste à aider la population à travers les prêtres. Je vous en prie, continuez à nous soutenir pour donner à nos prêtres des moyens de subsistance dignes, et d’ainsi assurer le maintien de nos soupes populaires ainsi que le maintien de la distribution des médicaments et des autres aides.

Actualités AED : Pakistan L’espoir renaît pour Asia Bibi

11.10.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED Canada, Pakistan, Par John Pontifex et John Newton, persécution, Voyager avec l'AED

Pakistan
L’espoir renaît pour Asia Bibi

Montréal – 10 octobre 2018 – Au Pakistan, l’espoir renaît pour Asia Bibi. Cette chrétienne de confession catholique se bat contre une condamnation à la peine de mort qui fait suite à des événements survenus en 2009. Sa famille pense que la Cour Suprême du pays pourrait annoncer son acquittement dans les prochains jours, voire, les prochaines heures. Ce lundi 8 octobre, la Cour a reporté son jugement d’une ultime audience en appel qui concerne la condamnation pour blasphème.

Depuis le Royaume uni où il est l’invité de l’organisme international de charité Aide à l’Église en Détresse (AED) – et s’exprimant au nom du mari d’Asia Bibi, Ashiq Masih, et de sa fille, Eisham Ashiq – le Père Emmanuel Yousaf a confirmé cette information.

Selon lui, et dans de nombreux cas similaires vécus dans le passé, « le verdict a toujours été positif ». Il a déclaré : « Nous allons devoir attendre quelques jours, mais nous sommes convaincus que les choses iront bien ». Asia Bibi, une catholique mère de cinq enfants, est devenue en 2010 la première femme au Pakistan à être condamnée à mort pour blasphème.

Pendant l’audition finale lundi, une manifestation a eu lieu devant la Cour Suprême. Les protestataires ont demandé que la peine de mort soit maintenue, mais à la fin de la procédure, le verdict était encore attendu.

Le Père Yousaf a déclaré : « Il n’y a pas de décision – nous sommes dans l’expectative – mais si Dieu le veut, tout sera bientôt terminé et [Asia Bibi] sera de retour chez elle avec sa famille ». Tout au long de la procédure, Asia Bibi a insisté sur le fait qu’elle n’avait pas insulté le prophète musulman Mohammed, ce qui est passible de la peine de mort conformément à l’article 295 C du Code pénal pakistanais.

Renouvelant les appels à la prière pour la libération d’Asia Bibi, le Père Yousaf a déclaré : « Cela fait déjà 10 ans que nous prions pour notre sœur Asia, et j’ai confiance dans le fait que nos prières seront entendues et que le jugement sera en faveur d’Asia, de sa famille et de toute la communauté chrétienne pakistanaise ».

Il a ajouté : « Le jugement peut être rendu demain. Il peut arriver après deux ou trois jours, mais je suis sûr qu’il sera favorable. Toute personne qui croit que la loi sur le blasphème n’a pas été bien utilisée doit prier pour la libération d’Asia Bibi, quelle que soit sa religion ».

En 2017, Aide à l’Église en Détresse a soutenu 63 projets pour les activités pastorales de l’Église catholique locale pour un montant total de 1,222,768 $.

Communiqué AED: Un témoin courageux du dialogue du Nigéria

22.06.2018 in ACN Canada, AED Canada, AFRIQUE, Marie-Claude Lalonde, Mario Bard, Voyager avec l'AED

Canada
Un témoin courageux du dialogue

Montréal, vendredi 22 juin – Du 8 au 14 juin, Aide à l’Église en Détresse Canada (AED) a eu la grande chance et le bonheur de recevoir un témoin direct de la persécution contre les chrétiens, Mgr Ignatius Kaigama, un ardent défenseur du dialogue interreligieux et du dialogue interethnique , et ce, depuis près de 20 ans.

Après la messe à Toronto

« Une force incroyable habite cet homme », raconte Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED. « Malgré toutes les raisons qu’il aurait d’être en colère, il prêche la paix par ses paroles et son choix de vie. Il a fait le choix de l’option non violente, ce qui n’était pas évident vu son histoire personnelle. »

Basilique Saint Patrick à Montréal

En effet, durant les rencontres tenues à Vancouver, Toronto, Ottawa, Gatineau et Montréal, Mgr Kaigama a révélé que sa tribu a été touchée par un précédent djihad en 1804. Plus tard, en 1892, plusieurs membres de sa tribu ont été massacrés ou bien encore faits esclaves, des événements historiques peu connus en Occident. « Ce sont des bergers Fulani – musulmans – qui ont attaqué la forteresse où ma tribu s’était réfugiée », a raconté Mgr Kaigama. « J’aurais toutes les raisons d’être en colère. » En plus de son histoire familiale, l’archevêque s’est trouvé au cœur d’un épisode d’une rare violence, tout juste après les événements tragiques du 11 septembre 2001.

 

Créer le dialogue

Marie-Claude Lalonde, Mgr Kaigama et Mgr Lépine, Archevêque de Montréal

Quand il est nommé archevêque du diocèse de Jos, en avril de l’an 2000, Mgr Kaigama pense qu’il pourra reprendre son souffle. « Je pensais pouvoir me reposer », nous a-t-il confié. C’est que, depuis le 3 février 1995, il avait consacré beaucoup d’énergie à la création d’un nouveau diocèse, celui de Jalingo. Mais voilà qu’en septembre 2001, cette ville de la Ceinture du milieu (Middle Belt), s’enflamme. Elle a pourtant la réputation de se trouver en terrain modéré dans un Nigeria coupé en deux : le nord musulman, le sudchrétien.

 

À la suite de la tragédie du 11 septembre, la ville de Jos s’enflamme. Pendant une dizaine de jours, plus de 1000 personnes sont tuées. « Mes gens ont été tués, ma cathédrale brûlée, ma maison détruite, les véhicules dont nous nous servions pour aller visiter les paroisses situées en zone éloignée et difficile brûlés. Je dis toujours aux gens qu’il n’y a pas une personne qui devrait être plus enragée que moi. Dans l’attaque de ma cathédrale, 14 personnes ont été tuées, j’ai vu leur corps à mes pieds. Je devrais être la personne la plus enragée! », répète-t-il. « Mais, je me suis dit : ‘Quand tu es en colère, c’est toi que tu blesses le plus. Cherchons une façon de se parler.’ Et c’est comme ça que je suis entré dans le dialogue, interpellant des musulmans raisonnables et des leaders [de tous les horizons] afin de nous asseoir et de trouver des solutions pour chaque situation : que pouvons-nous faire pour éviter les crises? Comment pouvons-nous faire en sorte que les gens s’impliquent dans un dialogue constructif quand il y a un problème et qu’ils n’entrent pas dans une confrontation hostile? »

 

Mgr Prendregast, Archevêque d’Ottawa et Mgr Kaigama

Être un témoin crédible

Mgr Kaigama reste incompris de plusieurs de ses compatriotes et de ses coreligionnaires. Après tout, peu de chrétiens oseraient aller dormir chez un Imam ou bien encore aller prier à la mosquée avec des musulmans et même participer à un mariage. Les uns le trouvent trop mou, les autres naïfs et perdant son temps dans un combat qu’ils jugent perdu d’avance.

 

« En Afrique [depuis quelques années], les graines de la discorde et de la méfiance ont été semées, spécialement au Nigeria… où la Sharia a été implantée dans neuf États » estime-t-il. « Pourtant, comme chrétien, mon devoir est de faire ce que Jésus me demande de faire: il est la lumière, la vérité et la vie. Si je ne peux suivre son chemin, je n’ai aucune raison d’être ce que je suis. Je dis toujours à mes gens : ‘Retournons aux origines [de notre foi]. Après des violences, les jeunes viennent à nous, spécialement les chefs religieux. Ils disent : ‘Achetez des armes pour nous!’ Alors je dis : ‘Si j’ai à me battre avec des armes, alors que signifie la Parole ‘Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix.’ Je leur dis, ce n’est pas ma mission. Même si c’est difficile – [surtout] quand quelqu’un a perdu son père, sa mère, sa famille entière – nous essayons de les pacifier et nous interpellons le gouvernement pour qu’il fasse quelque chose. »

Mgr Kaigama avec le cardinal Collins à Toronto

Mgr Kaigama continue son travail en faveur du dialogue au Nigeria. Il est l’un des fondateurs et promoteurs du Centre pour la réconciliation et la paix (Dialogue,reconciliation and peace centre) situé à Jos. En octobre 2017, il organisait avec d’autres chefs religieux une prière interreligieuse pour la paix.

« Nous gardons Mgr Kaigama dans notre cœur et prions pour que son travail porte fruit ! », indique Mme Lalonde. « J’invite nos bienfaiteurs à prier pour lui et sa mission, dans la confiance que Dieu peut apporter la paix même dans les cœurs les plus endurcis. Chez Mgr Kaigama, la parole de l’Évangile ‘Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent’ trouve tout son sens. »

Mgr Kaigama rencontre l’équipe de l’AED à Montréal


 

Venezuela : Le portrait de l’impuissance à la frontière vénézuélienne

14.06.2018 in Adaptation Traduction Julie Bourbeau, AED, Aide à l'Église en détresse., Refugiés, Venezuela, Voyager avec l'AED

« Aide à l’Église en Détresse » s’est récemment rendue dans la ville de San Antonio de Tachira (en Colombie) pour offrir de l’aide aux diocèses frontaliers du Venezuela et de la Colombie, leur témoigner sa solidarité au cœur de cette situation difficile et étudier les possibilités d’aide éventuelle à offrir au projet de maison des migrants.

 


 

Venezuela

Le portrait de l’impuissance à la frontière vénézuélienne

Suite aux élections présidentielles controversées ayant eu lieu au Venezuela, le flux des migrants à la recherche de meilleures conditions de vie dans d’autres pays continue de s’accroître, et les milliers de Vénézuéliens qui traversent quotidiennement la frontière colombo-vénézuélienne continuent d’avoir un grand besoin d’aide.

Sur le pont international Simón Bolívar qui relie les villes de San Antonio del Táchira (au Venezuela) et de San José de Cúcuta (en Colombie), les contrôles sont stricts pour ceux qui souhaitent quitter le pays en proie à une grave crise politique, économique et sociale. Plusieurs ne parviennent pas à franchir la frontière, si bien qu’ils en sont réduits à errer dans les villes frontalières à la recherche d’aide humanitaire.

Augmentation significative du nombre de migrants vénézuéliens

C’est le cas de Fernando et Marisela et de leurs deux enfants âgés de 3 et 7 ans, Luis et Camila. La jeune famille a quitté Caracas dans le but de traverser la frontière et d’atteindre l’Équateur, mais en raison de difficultés concernant les papiers d’identité des enfants mineurs, ils n’ont pas été en mesure de quitter le pays.

« La vie est difficile dans la capitale, il vaut mieux émigrer », dit Fernando. Aujourd’hui, avec des ressources limitées, ils passent la nuit sur place en compagnie d’autres migrants, et travaillent dans le secteur de l’économie informelle tout en essayant de résoudre leurs problèmes pour poursuivre leur voyage.

Un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations, publié le 14 mai dernier, signale que le nombre d’immigrés vénézuéliens en Amérique latine et dans les Caraïbes est passé de 89 000 à 900 000 personnes entre 2015 et 2017, soit une augmentation de plus de 900 %. Et ces statistiques ne tiennent pas compte des citoyens qui ont traversé la frontière de façon irrégulière vers la Colombie ou le Brésil.

Des centaines de personnes traversent ce pont à pied tous les jours, la circulation des véhicules y étant interdite depuis août 2015. Certains empruntent ce passage pour atteindre d’autres pays d’Amérique du Sud, d’autres vont dans la ville de Cúcuta à la recherche de nourriture ou de médicaments, puis reviennent, et quelques-uns décident de rester à la frontière à la recherche d’occasions d’emploi improvisées.

C’est le cas notamment du jeune Andrés Vargas, 18 ans, qui a voyagé de Barquisimeto vers le Chili, mais qui par manque d’argent, a décidé de demeurer à la frontière. « Ici, je gagne une commission en emmenant les voyageurs acheter des billets, et c’est suffisant pour manger et parfois même pour me payer un hébergement », dit-il.

D’autres, après un long voyage, ne parviennent pas à passer la frontière, puisqu’elle est complètement fermée entre 20 h à 6 h. C’est ce qu’a vécu la famille Fonseca – le père, la mère et leurs trois filles – qui avaient voyagé 12 heures en autobus depuis Valence. En arrivant à San Antonio, la frontière était fermée et ils ont dû passer la nuit dans la rue, sous les intempéries : « C’est toute une aventure, mais cette mauvaise nuit ne se compare pas à tout ce que nous avons vécu au cours des dernières années », explique Carlos Fonseca.

 

L’Église au Venezuela – guidée par l’Esprit Saint

Pour l’évêque du diocèse de San Cristóbal au Venezuela, Mgr Mario Moronta, la situation à cette frontière « brosse le portrait de la détresse de tant de Vénézuéliens qui ne disposent pas des fournitures de base nécessaires à la vie quotidienne : nourriture, médicaments, etc. ».

Face à cette situation, l’évêque déclare : « L’Église, conduite et guidée par l’Esprit Saint, cherche des solutions charitables, avec beaucoup d’humanité, pour répondre aux besoins des migrants. »

Le Père Reinaldo Contreras, recteur de la Basilique San Antonio de Padoue, située à quelques mètres de la frontière, nous a dit que l’Église répondait à cette situation au moyen de la pastorale sociale, mais « avec beaucoup de difficultés, en raison des pénuries et des prix élevés de la nourriture, ainsi que du manque d’infrastructures pour prendre les migrants en charge adéquatement. »

Cependant, les paroisses de la frontière mènent tous les jours des campagnes alimentaires pour offrir une ration de nourriture aux plus vulnérables. Le prêtre a souligné qu’il envisageait la possibilité d’aménager un espace, comme une maison des migrants, pour leur offrir une aide plus complète.

Beaucoup d’immigrés, au moment de franchir la frontière, reçoivent également le soutien de la « Maison de passage Divine Miséricorde » du diocèse de Cúcuta, qui offre aux immigrés des services médicaux, une prise en charge pastorale, et distribue plus d’un millier de repas par jour.

Dans des déclarations récentes adressées à la Fondation pontificale « Aide à l’Église en Détresse » (AED), l’évêque de Cúcuta, Mgr Victor Manuel Ochoa, a décrit la situation comme étant « un drame de la douleur » et nous a demandé de prier : « L’Église est présente à la frontière, nous avons voulu être la main qui accompagne nos frères vénézuéliens qui souffrent. Je me souviens du Père Werenfried, le fondateur de l’AED, qui distribuait de la nourriture aux réfugiés en 1947. Nous voulons suivre ses traces. Je vous invite à prier pour le Venezuela et pour la Colombie, afin que nous puissions trouver des chemins de paix et de réconciliation ».