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Philippines

 

Projet de la semaine de l’AED : Aide aux personnes traumatisées et réfugiées aux Philippines

17.04.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Marawi, Philippines, PROJETS AED

Philippines – Succès de l’AED

Aide aux personnes traumatisées et réfugiées de Marawi  

Aux Philippines, environ 80 pour cent de la population est catholique. Cependant, un nombre relativement important de musulmans vit dans le sud de l’archipel de Mindanao. Les groupes terroristes islamistes veulent y établir l’État islamique de Mindanao.

En mai 2017, plusieurs centaines de militants islamistes ont totalement détruit la ville de Marawi, un centre important de la foi musulmane dans ce pays. Ils ont tué des gens, gravement endommagé la cathédrale catholique Sainte-Marie et pris de nombreuses personnes en otage. La plupart des otages étaient chrétiens. Les terroristes voulaient aussi prendre en otage l’évêque de Marawi, Mgr Edwin de la Peña, qui  cependant, n’était pas dans le centre-ville à ce moment-là. Ils ont donc capturé le vicaire général, Teresito Suganob, ainsi que d’autres fidèles. Enfin, parmi les otages, se trouvaient aussi des personnes de confessions musulmanes, accusées de collaborer avec les chrétiens.   Les djihadistes ont imposé leur violence à Marawi pendant cinq mois.  La ville a finalement été libérée lors d’une intervention musclée de l’armée, les bombardements causant d’importants dégâts. Des dizaines de milliers d’habitants ont fui la ville. La plupart vivent encore dans des tentes ou sont restés chez des parents. Lors du conflit, Aide à l’Église en Détresse  (AED) a fourni une aide d’urgence aux réfugiés.

Guérir les traumatismes

 

Il s’agit désormais d’accompagner les personnes traumatisées. L’AED soutient donc un projet diocésain d’assistance à 200 hommes, femmes et enfants ayant été retenus en captivité pendant des mois et qui ont subi des souffrances physiques et psychologiques. Parmi les victimes se trouvent des femmes et parfois de très jeunes filles, qui ont été violées. Les soins gérés dans le cadre de ce projet diocésain sont offerts aux chrétiens ainsi qu’aux musulmans. Grâce à l’aide de nos bienfaiteurs, ce projet a été soutenu à hauteur de 22 500 dollars.   Une autre initiative de l’Église locale est le projet « Jeunesse pour la Paix (Youth for Peace) ». 184 étudiants chrétiens et musulmans visitent des camps de réfugiés où continuent de vivre des dizaines de milliers de personnes ayant fui la ville. Les étudiants aident les réfugiés indépendamment de leur appartenance religieuse. Ils veulent ainsi témoigner du fait que la coexistence pacifique sera à nouveau possible après les terribles événements de 2017. Pour l’évêque de Marawi, Mgr Edwin de la Peña, le dialogue et la reconstruction d’une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans sont prioritaires. L’AED a soutenu ce projet à hauteur de 90 000 dollars.

Attaque aux Philippines Appel à la prière et à la solidarité

28.01.2019 in Adaptation Mario Bard, Asie, Philippines, Philippines

Londres-Montréal – lundi 28 janvier 2019 – Les responsables de l’Église catholique aux Philippines ont lancé un appel urgent à prier pour les victimes de l’attaque terroriste de ce dimanche matin 27 janvier, qui a eu lieu dans la cathédrale Notre-Dame-du-Mont-Carmel de Jolo (sud du pays), et dans le stationnement, tuant 20 personnes et en blessant 81 autres.

Dans un message envoyé à l’Aide à l’Église en Détresse (AED), le père Roméo Saniel, administrateur apostolique de Jolo, a déclaré : « S’il vous plaît, priez pour les victimes de l’attaque de la cathédrale du Mont-Carmel de Jolo. Il n’y a aucun mot qui puisse décrire la tristesse et la douleur que nous ressentons ces jours-ci. Que la justice de Dieu leur soit rendue. Je sais que les amis des victimes – autant musulmans que chrétiens – sont en deuils et dans une grande tristesse aujourd’hui. S’il vous plaît, priez pour les familles de nos jeunes soldats qui sont morts alors qu’ils sécurisaient la cathédrale. » Le père Saniel a ajouté : « La plupart de ceux qui sont morts étaient des participants réguliers à la messe dominicale de 8 h. »

Dans une déclaration, la conférence des évêques catholiques des Philippines a également offert ses condoléances aux familles des civils et des soldats qui ont été tués. Selon de nombreuses sources, la première déflagration a eu lieu durant la messe vers 8 h 45, dans la cathédrale. La deuxième explosion a eu lieu dans le stationnement alors que les militaires intervenaient suite à la première. S’y trouvaient également les paroissiens qui étaient sortis de la cathédrale.

Selon les premières informations reçues, la seconde bombe aurait été cachée dans la boîte à outils d’une motocyclette. Aujourd’hui déjà, le chef de police Oscar Albayalde a indiqué que la bombe a pu être déclenchée à distance grâce à un téléphone cellulaire.

L’État islamique (ÉI) a revendiqué la responsabilité de l’attaque du dimanche 27 janvier, mais dans une entrevue radiophonique, le colonel Gerry Besana du poste de commandement de l’ouest de Mindanao, a indiqué que les images prises par les caméras de surveillance suggèrent qu’une faction dissidente du groupe extrémiste islamique Abou Sayyaf est responsable de l’attaque, groupe qui a prêté allégeance à l’ÉI. Depuis les années 2000, il y a eu une dizaine d’attaques sur ou tout près de la cathédrale, dont plusieurs ont été revendiquées par le groupe Abou Sayyaf. L’attaque survient une semaine après la tenue d’un référendum dans lequel la majorité musulmane de la région de Mindanao a voté pour l’obtention d’une plus grande autonomie.

***

Texte original : John Newton, ACN-UK – Traduction : Mario Bard, AED-Canada

*Photo Credit: Duyog Marawi

Projet de la semaine : une voiture pour la pastorale à San Jose

19.07.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Motorisation, Philippines, PROJETS AED

Philippines – Succès de l’AED !

Histoire de voiture pour la pastorale d’ethnies autochtones du diocèse de San Jose

 

Pendant sept ans, Sœur Anita a consacré sa vie aux tribus autochtones du diocèse de San Jose. Elle soutient la population par ses conseils et son aide concrète, veille à ce que les enfants mangent dans les écoles primaires, les aide à étudier, offre la catéchèse, conseille les femmes et propose aux jeunes diverses activités de groupe. « C’est pour moi une joie et une bénédiction », nous a-t-elle confié.

 

Cependant, il y a quelque temps, elle a nous a partagé un problème. En effet, elle rend régulièrement visite aux gens dans les villages du diocèse. Toutefois, les distances dans les régions montagneuses sont grandes, et un « jeepney », c’est-à-dire un minibus public, ne fait l’aller-retour entre les villages et la ville que deux fois par semaine.

 

Le jeepney est toujours rempli à craquer : les gens se serrent en plus de transporter du riz, des sacs de ciment et des cartons, et il y a même des passagers sur le toit. Si le voyage prend autant de temps, c’est aussi parce que le véhicule doit être chargé et déchargé à chaque fois que des passagers veulent y entrer ou en sortir. Si l’on manque l’arrivée du jeepney, il faut encore attendre trois jours pour avoir le prochain ! Une situation qui rendait le travail de Sœur Anita très difficile, et elle nous a demandé de l’aide.

 

Nos bienfaiteurs ont donné 37,750 dollars pour aider à l’achat d’un véhicule convenant aux routes non pavées, qui sont accidentées et deviennent boueuses par temps de pluie.

 

Sœur Anita nous a écrit : « Votre aide est une bénédiction et un grand soutien pour notre apostolat auprès des peuples autochtones. Merci beaucoup ! Nous sommes si heureuses ! Cela nous rend d’autant plus zélées pour atteindre les fidèles et servir l’Église ».

 

Vous désirez soutenir ce projet ou tout autre projet semblable ? Cliquez sur le bouton ci-dessous, et sélectionner ‘Projet de la semaine’.

Philippines – Marawi : reconstruire « prendra des années ».

13.04.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Entrevue, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Marawi, Marawi, Persécution, Philippines, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines

« La reconstruction de la ville de Marawi prendra des années »

 

Reinhard Backes s’est rendu dans la ville de Marawi aux Philippines pour l’œuvre de charité Aide à l’Église en Détresse (AED). La minorité chrétienne locale y a été opprimée par les islamistes pendant des mois. Entretien sur les relations entre chrétiens et musulmans dans la région et les conséquences du conflit. Propos recueillis par Maximilian Lutz, en collaboration avec l’hebdomadaire allemand Die Tagespost.

 

 

Que s’est-il passé à Marawi au cours des derniers mois ?

La ville est un centre de la foi musulmane à Mindanao, deuxième plus grande île des Philippines. Si 90 % de la population de cette île est musulmane, la proportion est inversée dans le reste du pays, à majorité chrétienne. Tout a commencé le 23 mai 2017. L’armée philippine avait prévu une opération en vue d’arrêter les dirigeants de Daesh dans la région. Les extrémistes ont devancé les militaires et occupé le centre historique de Marawi jusqu’au milieu du mois d’octobre.  Le conflit s’est finalement résolu par la force. L’armée a bombardé massivement le centre de la ville, tuant selon des sources officielles 920 extrémistes, 165 soldats et 45 civils.

 

 

S’agissait-il plutôt d’une attaque spontanée ou l’occupation était-elle prévue depuis longtemps ?

 

Les attaquants étaient manifestement bien préparés et bien informés au sujet de l’opération militaire prévue. Il se peut même qu’ils aient été avertis par des militaires, mais ce sont là des spéculations, étant donné que l’on ne dispose toujours pas d’informations détaillées sur le déroulement de l’attaque de Marawi. Lors de ma visite début mars, on m’a expliqué qu’une grande partie des extrémistes étaient des Indonésiens. Mindanao est facilement accessible par la mer depuis l’Indonésie. Contrôler la voie maritime était et reste évidemment difficile pour les militaires. Les observateurs pensent que l’armée n’était absolument pas préparée à une telle menace.

Ce qu’il reste du centre de la ville de Mindanao, Philippines, mars 2018.

 

Les islamistes ont-ils bénéficié du soutien de la population ?

 

Effectivement, ils ont eu un certain appui de la part de la population. Ainsi, les extrémistes ont utilisé un système de tunnels à l’intérieur duquel ils pouvaient se déplacer sous terre. Et ce genre de choses ne s’improvise pas du jour au lendemain.

 

 

Les médias ont rapporté que des chrétiens, dont un prêtre, ont été pris en otage ?

 

Beaucoup de personnes ont été prises en otage, pour la majeure partie des chrétiens. L’une des premières cibles des extrémistes dans la ville a apparemment été la cathédrale catholique Sainte-Marie. Ils voulaient probablement prendre en otage l’évêque de Marawi, Edwin de la Pena, mais il n’était pas en ville à ce moment-là. Ils ont capturé à sa place le vicaire général, Teresito Suganob, et d’autres fidèles. Mais les islamistes ont également pris en otage des musulmans, les accusant de collaborer avec les chrétiens.

 

 

La cathédrale Sainte-Marie a-t-elle fait l’objet de profanations ou de sacrilèges ?

 

Oui, l’église a été entièrement détruite, y compris toutes les statues de la Vierge et les crucifix. J’ai vu une statue de la Vierge décapitée. La tête a sans doute été brûlée. Il ne restait plus que le corps vêtu. D’un point de vue architectural, la cathédrale est plutôt sobre, c’est une sorte de halle. Marawi étant majoritairement musulman, une église chrétienne trop voyante n’était pas souhaitable. Du reste, la communauté catholique locale ne compte que mille membres, désormais dispersés.

Mars 2018 : image aux accents bucoliques sur l’Île de Mindanao, Philippines, si ce n’était que ces deux jeunes hommes ont tous les deux été enlevés pendant des semaines par les extrémistes. Ils en gardent encore des séquelles. L’AED soutient des projets qui, nous l’espérons, les aiderons à passer à travers. 

 

 

Quelles étaient les relations entre chrétiens et musulmans avant l’assaut des islamistes ?

 

Comme dans d’autres pays, comme le Pakistan, où les chrétiens ne sont qu’une petite minorité parmi les musulmans, ils s’efforcent d’avoir de bonnes relations avec leurs voisins musulmans. C’est du moins ce que je sais du côté catholique. En règle générale, les chrétiens entretiennent donc aussi des contacts étroits avec les autorités musulmanes, et il n’en allait pas autrement à Marawi. Les choses étaient probablement semblables du côté des musulmans, car la grande majorité voulait tout simplement cohabiter en paix avec ses voisins. Les relations étaient donc la plupart du temps amicales. Maintenant, il règne une certaine méfiance.

 

 

Comment l’évêque de Marawi, Edwin de la Pena, fait-il face à la situation ?

Monseigneur de la Pena s’efforce autant que possible de trouver un équilibre. La reconstruction de la cathédrale n’a donc aucune priorité pour lui. À ses yeux, le plus important est de renforcer le sentiment d’appartenance communautaire et de rétablir les relations interreligieuses.

 

 

Y a-t-il des projets spécifiques pour atteindre ces objectifs ?

 

Le diocèse a lancé quelques initiatives, parmi lesquelles un centre de réadaptation offrant de l’aide à plus de 200 personnes qui ont été retenues captives pendant des mois et qui ont subi des violences physiques et psychiques. Ce centre prend en charge tout aussi bien des chrétiens que des musulmans. Les femmes, de même que les jeunes filles et adolescentes qui ont été violées, sont traitées dans des thérapies de groupe, mais aussi dans le cadre d’entretiens individuels. Comme les hommes qui ont subi des violences et ont été battus – et jusqu’aux enfants qu’il faut ramener à la vie normale après ces expériences épouvantables.

 

 

Et vous avez évoqué un autre projet…

 

Ce projet s’appelle « Youth for Peace », ou « Jeunesse pour la paix », et est également une initiative de l’église locale. Ces 184 étudiantes et étudiants, principalement musulmans et provenant de la Mindanao State University, se rendent dans les camps de réfugiés dans le cadre de ce projet. Des milliers de personnes ont fui le centre de la ville à la suite du conflit et vivent à présent dans des camps aux alentours. « Youth for Peace » s’est donné pour mission d’aider ces réfugiés, de leur montrer que les jeunes sont là pour eux et qu’ils veulent leur permettre de retrouver ce qu’ils avaient autrefois, à savoir une coexistence pacifique : tel est l’objectif des étudiants. Peu importe que les réfugiés soient chrétiens ou musulmans.

La cathédrale catholique de Marawi, complètement détruite par les islamistes qui ont tenu assiégé Marawi pendant des mois l’année dernière.  

Sous quelle forme Aide à l’Église en Détresse soutient-elle ces projets ?

 

L’AED avait déjà fourni une aide d’urgence aux réfugiés durant le conflit.  Maintenant nous voulons aider afin de permettre au centre de réadaptation de continuer à fonctionner. Nous soutenons également le programme « Duyog Marawi » – Corridor de paix de l’église locale dont fait également partie le mouvement « Youth for Peace ». Nous avons fourni jusqu’ici deux véhicules : une ‘van’ et une camionnette. D’autres aides sont prévues. Nous étudions en outre les moyens de prêter assistance pour l’hébergement des réfugiés qui vivent sous des tentes depuis des mois. Les températures tropicales de plus de 30° qui y règnent sont très difficiles à supporter. Puis il se remet à pleuvoir, parfois violemment. Les tentes ne sont donc pas une solution durable. On envisage à la place de construire de petites maisons provisoires qui devraient suffire dans un premier temps. L’AED pourra fournir une contribution.

 

 

Y a-t-il un espoir réaliste de reconstruire la ville dans les prochaines années ?

 

Une chose est sûre, la reconstruction durera de nombreuses années. Je n’ai encore jamais vu un centre-ville aussi détruit que celui de Marawi. Et il ne s’est pas passé grand-chose depuis la fin des combats en octobre de l’année dernière. L’armée dit qu’il faut d’abord retirer tous les engins explosifs non éclatés, les restes de munitions et les pièges que les extrémistes pourraient y avoir laissés.

 

 

Quelle conclusion tirez-vous de votre voyage ?

 

D’une part, il est dramatique de voir comment les islamistes ont exploité et détruit toute une ville et une culture bien établie ; c’est là que mène l’aveuglement idéologique. D’autre part, les habitants de Marawi m’ont beaucoup étonné. Leur situation est certes catastrophique, mais ils ont de l’espoir et ils font face aux difficultés. J’ai découvert combien la foi chrétienne-catholique compte pour eux, le concept altruiste de l’amour du prochain qui se manifeste dans l’aide concrète apportée aux victimes. Et les jeunes volontaires, musulmans comme chrétiens, font preuve d’une grande ouverture dans leurs relations, ce qui est très encourageant. Ils ont dit presque unanimement que leur engagement commun les a amenés à mieux comprendre les convictions des autres, tout en les confortant dans leur propre identité.

Certes: reconstruire la ville de Marawi. Mais surtout, reconstruire les coeurs. 


 

Vues d’ailleurs – Reconstruire Marawi, d’abord les coeurs

19.01.2018 in AED Canada, Marawi, Marc Fromager, Mario Bard, Philippines, Radio Ville Marie, Radio VM, Vues D'ailleurs

D’abord reconstruire les coeurs

Marawi aux Philippines – mercredi 24 janvier à 19 h – RVM

Marc Fromager, le directeur du bureau français de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), s’est rendu aux Philippines rencontrer le Vicaire apostolique de Marawi, ville majoritairement musulmane, détruite par des groupes sympathisants de Daech (État islamique) et par l’armée du pays qui a bombardé la ville pour la reprendre, après cinq mois de siège. La cathédrale est détruite, de même que de nombreux édifices appartenant à l’Église catholique.

Pourtant, Mgr de la Pena (photo ci-haut) désire d’abord reconstruire les coeurs! Compte-rendu avec M. Fromager.

Rendez-vous mercredi 24 janvier, dès 19 h, sur les ondes de Radio VM (www.radiovm.com).
En rediffusion le vendredi à 16 h et le mercredi à 13 h.
Vues d’ailleurs est présenté par l’Aide à l’Église en Détresse Canada, en collaboration avec Radio VM.

 

La délégation qui, pour la première fois depuis le mois de mai, à mis les pieds dans la cathédrale de Marawi, 11 janvier 2018. Notre invité, 4e à partir de la gauche.

Entrevue AED – Violences au sud des Philippines – analyse d’un évêque

02.06.2017 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Entrevue, Informations, Jonathan Luciano, Mario Bard, Philippines, Voyagez avec AED

Violences dans le sud des Philippines

Cathédrale détruite et dialogue fragilisé

 « Dans l’ensemble, la population n’est pas favorable à l’État islamique »

 Aide à l’Église en Détresse (AED) a interviewé le responsable de la prélature de Marawi, dans le sud des Philippines (île de Mindanao), Mgr Edwin delà Peña, évêque de Marawi (MSP) à propos de la situation qui prévaut dans la ville, attaquée le 23 mai dernier par le groupe terroriste Maute. Les assaillants ont tué délibérément des chrétiens et brûlé plusieurs bâtiments, dont la cathédrale Sainte-Marie auxiliatrice. Au moment d’écrire ces lignes (31 mai 2017), le directeur national d’AED aux Philippines, Jonathan Luciano, rapportait que 104 personnes avaient été tuées et que plus de 12 500 familles étaient déplacées. Il y avait toujours une quinzaine de chrétiens retenus en otage, dont le père Chito Suganob, vicaire général. La Conférence des évêques catholiques des Philippines a confirmé que la vidéo dans laquelle il apparaît et qui circule présentement sur Facebook est authentique.

 

Source: wikimedia

Quelle est la situation actuelle dans la prélature de Marawi ?

Nous ne savons pas trop. Nos fidèles ne sont plus là-bas, ils ont été évacués. Je ne connais pas la situation de ceux qui sont restés, parce qu’une opération est en cours pour nettoyer la ville… des terroristes, et qu’il y a des bombardements aériens. Je ne sais pas comment ils survivent.

 

La cathédrale est-elle totalement détruite ?

Oui, on m’a dit que la cathédrale et la maison de l’évêque sont totalement détruites, d’abord par l’incendie, puis également par le bombardement [gouvernemental], parce que nous sommes en plein cœur de la vieille ville, le centre des combats. Je ne sais pas avec certitude combien de temps il nous faudra pour récupérer, mais ce sera très difficile pour nous tous, non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour les musulmans.

 

 

Comment étaient les relations islamo-chrétiennes à Marawi avant l’incident ?

À Marawi, il y a environ 95% de musulmans. Nous formons une minuscule minorité, nous sommes une très petite Église et la majeure partie de la population catholique de la ville se trouve à l’université, où nous avons des étudiants qui viennent d’autres provinces.

Marawi durant la première journée de siège le 24 mai dernier. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

Les relations étaient magnifiques. Nous étions engagés dans le dialogue interreligieux et nous avons beaucoup de partenaires. Et de fait, le Père Cito était au centre de cet engagement, parce que son objectif principal est vraiment de se connecter, de se relier à toutes les ONG musulmanes ayant participé avec nous au développement communautaire et à l’éducation au dialogue interreligieux. C’était beau, jusqu’à l’émergence de cet extrémisme : les combats, la présence de ces éléments extrémistes originaires du Moyen-Orient, et la radicalisation inconsciente et involontaire des jeunes [d’ici]. Certains d’entre eux n’étaient pas radicaux, mais ils le sont devenus en orientant leurs points de vue sur ceux des radicaux du Moyen-Orient. Par contre, en général, nos relations avec nos partenaires ont toujours été très positives. En fait, ils nous ont dit qu’ils sont également contre cet afflux d’éléments de l’État islamique qui arrivent à Marawi, parce qu’ils savent exactement quelles conséquences cela a sur la culture de la population et son mode de vie. Les gens de Marawi ont toujours été très paisibles.

 

 

 

Donc, il est exact de dire que la population en générale n’est pas favorable aux membres de l’État islamique.

Oui, oui, oui, c’est exact. En fait, ce qui se passe aujourd’hui, surtout maintenant que c’est le ramadan qui est un mois très saint pour eux, c’est qu’ils ne sont pas en mesure de le célébrer de la façon qu’ils auraient aimée. Ils ressentent une certaine forme de colère contre ces groupes terroristes qui viennent perturber cette commémoration très sainte du ramadan. Donc, si ces groupes extrémistes voulaient obtenir le soutien du peuple, c’est raté.

 

Voyez-vous une différence sur la manière qu’ont ces groupes d’opérer, entre ce qui se passe en Syrie et en Irak et ce qui se passe maintenant à Marawi ?

Il y a des similitudes. Ce ne peut pas être une autre Syrie ou un autre Irak, mais l’aspect actuel de la ville après le bombardement et le reste, ce n’est plus celui de Marawi. Les vestiges de la vieille ville, tout ce que nous voyons aux nouvelles, tout est en ruines, la destruction est partout. C’est l’image de la Syrie et de l’Irak que nous avons à l’esprit.

Plus tôt cette semaine : la population tente de fuir les bombardements gouvernementaux et les exactions des terroristes. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

 

Qui est le groupe Maute qui a mené ces attentats?

Maute provient de la tribu Maranao. Il ressort de mes conversations avec certaines figures religieuses d’ici que ce groupe est constitué d’individus autrefois favorisés à Marawi. Certains étaient d’importants trafiquants de drogue. Désormais, ils sont maîtrisés, mais ces gens étaient habitués à avoir une vie facile et confortable, avec de l’argent qui coule à flots. Maintenant qu’ils n’ont plus le pouvoir et que le maire ne les soutient plus, ils sont privés de ressources et abandonnés à eux-mêmes. C’est probablement l’un des facteurs qui les a conduits vers la radicalisation. On nous a dit également que l’argent venait de l’extérieur, que certaines personnes faisaient aussi partie d’une autre formation et que certains éléments étrangers les formaient dans leurs cachettes de Lanao (province voisine)

 

Le gouvernement a continué à nier la présence de l’État islamique aux Philippines. Que pouvez-vous dire à ce sujet ?

Je ne suis pas sûr. Ils peuvent le nier aussi longtemps qu’ils le veulent. Je ne suis pas la bonne personne pour en parler, mais je me fais l’écho de ce que je sais, à savoir que certains d’entre eux ont même été formés à l’étranger et que certains ont étudié au Moyen-Orient. Ils viennent de familles très riches, ils ont donc les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école, en Arabie saoudite et en Jordanie.

 

Existe-t-il une relation entre Maute et le groupe terroriste Abu Sayyaf ? 

Je pense que oui, du fait que Hapilon1 est à Lanao. En fait, un mandat d’arrêt était sur le point d’être délivré contre lui avant que tout cela n’arrive. [Je pense] que ça a été le déclic. Hapilon vient d’Abu Sayyaf. Il a donc conclu une alliance tactique avec Maute à Lanao, en se fondant sur le fait que tous les deux sont des sympathisants de l’État islamique. Ils ont donc probablement uni leurs forces.

 

Avez-vous des informations récentes sur le Père Chito et les autres chrétiens enlevés ?

Je suis au courant de la vidéo du Père Chito depuis hier (mardi 30 mai 2017). Il est vivant ! J’en suis heureux, mais triste aussi des réactions des internautes DDS (DDS signifie les partisans du président Duterte), qui l’ont fustigé pour son message, sans tenir compte de sa situation actuelle d’otage, privé de liberté. Nous avons perdu notre sens de l’humanité ! C’est triste ! Je plains ce pays et je suis désolé pour la situation du Père Chito et de ses compagnons.

Le père « Cito », surnom du père Teresito Suganob, enlevé avec 15 autres personnes dans la cathédrale de Saint-Marie auxiliatrice. (Photo: page Facebook du père Teresito).

 

Nous n’avons eu aucun contact avec les militaires jusqu’à il y a quelques jours, quand j’ai pu établir un lien avec le commandant en chef de la division de marines chargé de faire le nettoyage et les opérations de ratissage à Marawi. Il a promis de faire de son mieux pour localiser le Père Chito et ses compagnons. Ils sont environ 12 à 15 personnes. Certains d’entre eux étaient professeurs au Collège Dansalan tout proche. Beaucoup d’entre eux étaient à la cathédrale au moment de l’enlèvement parce qu’ils préparaient la fête de Marie auxiliatrice2. Nous avions beaucoup des nôtres à l’intérieur et dans l’église.

 

Considérez-vous cet incident comme une escalade après les différents événements antichrétiens qui ont eu lieu à Mindanao ?

Oui, je suppose que c’est le cas.

 

Connaissez-vous des histoires de solidarité personnelle entre musulmans et chrétiens ces derniers jours ?

Oui, des connaissances personnelles de la famille de mon chauffeur, qui se sont cachées dans l’une des usines de riz dans la ville de Marawi, ont été accompagnées par leur chef de district, qui est un Maranao. Il a organisé le groupe en expliquant comment répondre si le groupe Maute les interceptait sur le chemin. Ils sont sortis ensemble de la maison pour aller vers le pont où des bus les attendaient pour les faire sortir de Marawi. Je le considère comme un héros pour avoir guidé ce groupe mixte de chrétiens et de musulmans qui tentaient de fuir le danger.

 

Une photo de quelques membres de Maute, composé de 100 à 200 hommes. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

Mais il y a des gens dans le groupe qui, alors qu’ils essayaient de traverser le pont, ont été accostés par Maute. On leur a demandé s’ils étaient chrétiens. Malheureusement, ils ont répondu oui parce qu’ils n’étaient pas là quand les consignes ont été données. Un autre homme, membre de l’une des familles qui vivent dans le complexe de la cathédrale de Marawi, a été extirpé du groupe parce que sa chemise courte laissait voir la croix tatouée sur son épaule. C’est ainsi qu’il a été identifié comme chrétien, et il a été abattu. Puis, nous avons entendu dire que certains hommes avaient été tués et jetés dans un ravin. Il s’agirait du groupe qui avait été abordé alors qu’il tentait de rejoindre le convoi des personnes évacuées. On peut aussi lire dans les journaux de nombreuses histoires de musulmans qui ont tenté de protéger des chrétiens.

 

Comment cet incident affecte-t-il les relations entre chrétiens et musulmans à Marawi ?

Nous ne pouvons pas éviter que certaines personnes qui savent maintenant ce que nous avons fait ici à Marawi et le type de relations que nous avons développées au fil du temps se sentent confirmées dans les préjugés naturels que les chrétiens ont contre les musulmans. Nous faisons un travail assez frustrant. Le dialogue interreligieux est un processus très fragile et ce genre d’incidents est de nature à détruire les fondations de ce que nous avons fait. Certaines personnes alimentent ces sentiments antimusulmans. Nous n’aimons pas que cela se produise, c’est si triste, car nous avons bien amélioré les relations entre musulmans et chrétiens à Marawi.

 

En fait, si l’on compare nos relations à celles qui ont lieu ailleurs, je peux dire sans me tromper que les nôtres sont les meilleures… en ces 41 années d’existence de la prélature. Elles existaient avant même que la Prélature ne soit érigée. [Par exemple] les écoles tenues par l’Église ont toujours été appréciées de nos frères chrétiens et musulmans. Les cadres de la ville ont étudié dans nos écoles et ils y envoient maintenant leurs enfants ; ils ont développé une sorte de lien de fidélité envers nos écoles.

 

Quel message adressez-vous aux bienfaiteurs d’AED à travers le monde ?

Il est très regrettable que notre petite Prélature, qui est la plus petite et la plus pauvre des Églises locales aux Philippines, subisse cette crise si difficile. Notre cathédrale a été détruite, de même que la maison de l’évêque, et nous devons repartir à zéro.

 

Nous devons continuer notre mission qui consiste à tendre la main de la réconciliation et de l’amitié à nos frères et sœurs musulmans, parce que c’est l’héritage du pape Paul VI quand il a rétabli la Prélature de Marawi, au plus fort de la crise du début des années 703. Citant Mgr Tutu, le Pape avait dit : « Nous, chrétiens, devrions être les premiers à tendre la main de la réconciliation et de la fraternité à nos frères et sœurs musulmans. C’est la façon d’instaurer la paix, interrompue à cause de la guerre ».

Je pense que la même chose est valable pour notre situation actuelle. Nous ne pouvons pas tourner le dos à ce que nous avons commencé, à ce que la Prélature avait commencé au milieu des années 70. Nous devons poursuivre le travail de dialogue, continuer à travailler avec nos frères et sœurs musulmans, afin d’établir, de reconstruire les relations rompues, les rêves brisés et les espoirs de tant de gens de vivre en paix. Nous voulons simplement vivre en paix, et nous aimerions vous demander de nous aider à reconstruire cette paix, par le genre de travail que nous faisons : travailler avec nos frères et sœurs musulmans et être en dialogue avec eux.

Le première nuit de siège à Marawi. (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

 

 

 

Quels sont vos besoins les plus urgents pour le moment ?

Nos besoins ne sont pas notre préoccupation majeure en ce moment. Notre objectif est plutôt d’essayer de faire ce que nous pouvons pour répondre à la crise humanitaire qui se développe à Iligan. En effet, il y a tellement de personnes qui ont été évacuées de Marawi, elles ont besoin de tout le soutien que nous pouvons obtenir. C’est pourquoi certains de nos diocèses et même Caritas Filipinas à Manille, et l’archidiocèse de Manille à travers le Cardinal Chito Tagle et tous les autres diocèses des Philippines nous ont demandé comment ils pouvaient nous aider, où ils pouvaient envoyer tous leurs dons.

Nous nous sommes donc coordonnés avec le diocèse d’Iligan pour mettre en place, au Centre pastoral diocésain, des points de réception des dons et de coordination des volontaires. Nous travaillons également avec nos frères et sœurs musulmans qui dialoguent avec nous. C’est pour nous une grande occasion de montrer notre solidarité et d’essayer de répondre aux besoins de nos frères et sœurs, en particulier dans les centres d’évacuation. C’est donc ce que nous faisons en ce moment, et s’il y a quelque chose que vous pouvez faire pour nous aider, pour attirer l’attention du monde sur ce qui se passe à Marawi en ce moment, ou pour soutenir les opérations de secours, nous vous en serions reconnaissants.

L’un des centres d’évacuation pour les milliers de résidents qui ont fui Marawi.  (Photo: Ms. Sittie Ainah U Balt/ACN)

 

  1. L’un des dirigeants d’Abu Sayyaf
  2. Fêtée le 24 mai de chaque année
  3. Rébellion musulmane, résultat de l’histoire de l’île
Propos recueillis par Jonathan Luciano, AED Philippines
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada