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Persécution

 

Communiqué – l’AED soutient un rapport gouvernemental sur la persécution des chrétiens

16.07.2019 in ACN International, Actualités, adaptation : Mario Bard, Communiqué, MONDE, Persécution, Persecution of Christians

Persécution des chrétiens
Aide à l’Église en Détresse soutient la publication d’un rapport gouvernemental en Grande-Bretagne

Montréal/Londres/Königstein, lundi 15 juillet 2019Un rapport indépendant sur la persécution des chrétiens dans le monde commandé par le ministre britannique des Affaires étrangères est publié aujourd’hui. C’est la première étude du genre à être menée par un gouvernement national. Elle a été commandée par Jeremy Hunt, Secrétaire d’État des Affaires étrangères du Royaume uni, et a été supervisée par le Révérend Philip Mounstephen, évêque anglican de Truro. Le bureau britannique de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) a soutenu sa publication.

Dans l’introduction du rapport, Mgr Mounstephen souligne que la persécution religieuse des chrétiens n’est pas un événement isolé, mais un « phénomène mondial ». Selon lui, l’accent mis dans le rapport sur le christianisme « n’est pas une plaidoirie particulière en faveur des chrétiens, mais compense plutôt un déficit important », étant donné que les chrétiens forment le groupe qui, dans le monde, subit le plus d’attaques basées sur des raisons religieuses. L’évêque anglican regrette que les pays occidentaux « ferment les yeux sur cette réalité » et souhaite que le rapport soit un appel à « cesser d’être de simples spectateurs et à devenir des acteurs ». Il souligne en même temps le fait que la persécution des chrétiens est une question de droits universels de la personne et doit être considérée comme telle.

Les 176 pages du document analysent les tendances mondiales, détaillent la situation dans des pays tels que l’Irak, le Nigeria, la Chine, le Sri Lanka, le Pakistan ou la Syrie, et finissent par une liste de 22 recommandations adressées au Ministère des Affaires étrangères. Le document appelle le gouvernement à agir davantage pour répondre à la violence contre les chrétiens, qui a parfois atteint « des niveaux proches du génocide ». Il appelle le gouvernement britannique à s’assurer que « la liberté de religion ou de croyance reste au cœur des priorités de la politique étrangère du Royaume-Uni » et l’encourage à « être le leader mondial dans la défense de la liberté religieuse ».

Sri Lanka : enterrement de victimes des attentats antichrétiens de Pâques 2019

 

Le rapport a été préparé par une commission de fonctionnaires du Ministère des Affaires étrangères, des membres d’ONG ayant de l’expérience dans le domaine de la liberté religieuse, et d’autres membres indépendants. L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED ou ACN au niveau international) y a participé. Depuis plus de 70 ans, l’AED soutient les chrétiens persécutés dans le monde et a été étroitement impliquée dans la préparation de la première partie du document, grâce à un travail d’enquête essentiel sur l’ampleur des persécutions en Afrique, au Proche-Orient et en Asie du Sud.

L’ADN de l’AED : dire et redire l’importance de la liberté religieuse

« Nous sommes heureux comme organisme international de pouvoir donner une voix aux sans voix » indique Marie-Claude Lalonde, directrice de l’AED au Canada. « Dès le départ, notre fondateur le père Werenfried a averti les pays occidentaux dans les années 50 de la terrible tragédie que vivaient les chrétiens sous des Régimes autoritaires, dont le communisme. Et, encore aujourd’hui, notre travail avec nos partenaires dans 139 pays nous permet de constater l’ampleur de la discrimination et de la persécution exercée contre les chrétiens. J’espère que cette action du gouvernement britannique inspirera d’autres gouvernements dans le monde à oser se pencher sur la question – plus vaste – des libertés religieuses. »

Neville Kyrke-Smith, directeur du bureau britannique de l’AED, a souligné quant à lui l’importance de ce type de rapport : « Nous sommes heureux d’avoir été impliqués dans ce rapport. Le fait que ces problèmes soient enfin reconnus au niveau politique est un encouragement pour notre travail ». Il souligne en même temps l’importance de protéger les minorités chrétiennes dans les pays où elles sont victimes de persécutions et d’oppressions : « Il est essentiel de soutenir cette présence chrétienne, car les chrétiens sont souvent des bâtisseurs de ponts et des instruments de paix dans de nombreux pays ».

 

Image créée pour les réseaux sociaux en Grande-Bretagne qui dit: ne fermez pas les yeux sur la persécution religieuse.


 

La situation des chrétiens dans le monde – 2019

06.05.2019 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, MONDE, Persécution, Voyager avec l'AED, Voyagez avec AED

MONDE

 

2019 s’annonce sanglante pour les chrétiens

 

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) s’inquiète de l’augmentation des attaques perpétrées dans le monde entier contre des chrétiens. « Les attentats à l’explosif commis avec une extrême brutalité contre des églises et des hôtels au Sri Lanka le matin du dimanche de Pâques montrent que dès à présent, 2019 s’avère être l’une des années les plus sanglantes pour les chrétiens », a déclaré Thomas Heine-Geldern, président de l’AED-International.

Rien que durant les quatre premiers mois de cette année, l’œuvre de bienfaisance qui s’engage en faveur des chrétiens persécutés et en détresse dans plus de 140 pays a parlé publiquement des exactions suivantes :

    • – Attaques des islamistes de la Séléka contre une mission dans l’évêché de Bangassou en République centrafricaine au tournant de l’année, avec des douzaines de morts et environ 20 000 personnes déplacées qui ont fui les violences ;

 

    • – Attentat islamiste contre la cathédrale de Jolo, au sud des Philippines, qui a fait vingt morts et environ 90 blessés fin janvier ;

 

    • – Attentats commis à la mi-mars contre des villageois chrétiens par des membres de la tribu majoritairement musulmane des Foulani, dans l’État fédéral nigérian de Kaduna, et qui ont coûté la vie à plus de 130 personnes ;

 

  • – Exactions de nationalistes extrémistes hindous commises fins mars contre un établissement scolaire catholique dans l’État fédéral indien du Tamil Nadu, lors desquelles s’est déroulée une véritable chasse aux religieuses qui y travaillent.

 

Jesus

La persécution chrétienne ne connaît plus de limite

Heine-Geldern

 

« Les attentats au Sri Lanka constituent l’apogée sanglant d’une évolution qui dure depuis quelques années déjà : la persécution des chrétiens ne connaît aucune limite », estime M. Heine-Geldern. « Elle ne s’arrête jamais, même durant les plus grandes fêtes de la chrétienté. Elle se montre sans pitié envers les innocents, qui sont souvent considérés comme boucs émissaires des évolutions mondiales ». Après les attentats au Sri Lanka, le groupe État islamique (ÉI) a revendiqué ces violences. Les services de sécurité supposent que les attentats à la bombe ont pu avoir été organisés et commis en tant qu’actes de vengeance du massacre de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. À la mi-mars, un homme âgé de 28 ans y a tué 49 personnes, dans deux mosquées.

Aide à l’Église en Détresse insiste sur le fait que la menace islamiste persiste au Moyen-Orient, ainsi qu’en Afrique, avec la violence exercée par Boko Haram au nord du Nigéria. « C’est une fausse idée de croire que le groupe ÉI est vaincu sur le plan militaire et n’existe donc plus. En effet, l’idéologie est bien vivante, les adeptes sont toujours en vie, les voies de communication semblent fonctionner. Nos partenaires de projet au Moyen-Orient restent toujours extrêmement préoccupés », poursuit Thomas Heine-Geldern.

 

La religion, utilisée pour créer le chaos. Plus récemment, la situation dans des pays du continent américain comme le Mexique, le Nicaragua et le Venezuela a également suscité des inquiétudes à l’AED. À la suite des turbulences politiques, des évêques et des prêtres sont sans cesse victimes d’exactions. « Il s’agit ici d’un mélange d’idéologies politiques et de reproches selon lesquellesl’Église interviendrait de manière injustifiée parce qu’elle appelle à la résistance contre des gouvernements autoritaires ou contre la corruption. L’Église devient la cible d’agressions et de violences », explique Monsieur Heine-Geldern.

La religion : une arme utilisée à tort

Dans de nombreuses régions du monde, la religion est utilisée comme une arme politique afin de déséquilibrer des pays et de les entraîner dans le chaos. Actuellement, c’est exactement ce qui se passe au Sri Lanka. Là, l’Église s’efforce de manière intensive d’empêcher que la douleur causée par les actes de violence n’engendre un cercle vicieux. « L’équilibre de la société repose en grande partie sur la coexistence pacifique des différentes religions. C’est l’objectif en faveur duquel s’engagent nos partenaires de projet », assure le président de l’AED.

Malheureusement, il est rare que le grand public obtienne des informations sur les exactions antichrétiennes. Le cas d’Asia Bibi, cette mère de famille chrétienne pakistanaise initialement condamnée à la peine de mort pour blasphème et acquittée en dernier recours, est un bon exemple. Grâce à ce cas, Le monde a pu entendre parler de la situation dangereuse et parfois mortelle dans laquelle vit la minorité chrétienne du Pakistan. Conjointement avec d’autres organisations, l’AED s’était engagé en faveur de sa libération. Cependant, le destin d’Asia Bibi reste incertain.

Les extrémismes religieux et politiques : causes principales de la persécution

L’islamisme fondamentaliste, les nationalismes exacerbés et les idéologies autoritaires restent les moteurs principaux de la persécution des chrétiens et d’autres minorités religieuses. Tel est le constat du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde (Religious Freedom Report), que l’AED a présenté en novembre 2018 et qui met en lumière la situation dans 196 pays.

« C’est avec une très grande préoccupation que nous observons que ces trois évolutions ne décroissent malheureusement pas – bien au contraire. Ce peut être observé actuellement dans des États africains tels que le Burkina Faso, le Niger et le Bénin. Les hostilités contre les missions, les prêtres et les religieuses y prennent des proportions dramatiques. La population a de plus en plus peur », constate Thomas Heine-Geldern.

Il est impératif de donner un nom à cette évolution amère. « Il appartient aux gouvernements du monde et à l’ONU d’être des artisans de la paix, de garantir la liberté religieuse et d’assurer la défense des minorités contre les exactions antireligieuses », a dit Thomas Heine-Geldern. Du côté des pouvoirs religieux, il s’agit de soutenir les chrétiens persécutés, à travers la prière et des aides actives, ainsi que de leur donner une voix et un visage, demande Thomas Heine-Geldern.

« C’est l’objectif en faveur duquel l’AED s’engage depuis plus de 70 ans. Et compte tenu de la violence croissante contre les chrétiens, cela mérite tout type de soutien et tous les efforts possibles. »

Le Rapport sur la liberté religieuse 2018 est disponible à l’adresse suivante : www.religious-freedom-report.org.
Pour les gens pressés, une version abrégée existe en format PDF sur le site web de l’AED-Canada : Rapport 2018

Récit de l’AED – Burkina Faso: Des religieuses fuient leur couvent

11.04.2019 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, AED-Canada, Par Emmanuelle Ollivry, Persécution

Burkina Faso

Des religieuses fuient leur couvent

Après leur départ précipité de Kompienbiga, au sud-est du Burkina Faso, les religieuses membres de la congrégation des Campagnes trouvèrent refuge chez leurs frères de la branche masculine, à Pama, et ce dès janvier 2019, juste avant l’assassinat du père César Fernandez. Sœur Thérèse, la mère supérieure, et le père Soubeiga, curé de Pama, racontent à L’Aide à l’Église en Détresse la flambée de violence qui embrase le pays, pourtant réputé plus calme que ses tumultueux voisins malien et nigérien.

« Soit tu nous donnes les médicaments, soit on t’explose la tête », raconte le père F. Soubeiga, curé de Pama et Frère missionnaire des Campagnes. Il décrit l’agression de janvier 2019 contre sœur Victorine, infirmière au Centre de Santé et de Promotion sociale de Kompienbiga et membre de sa congrégation. Elle « … était de service au dispensaire, seule. Vers 16 h, huit à dix individus cagoulés et armés lui ont demandé de quoi soigner leurs combattants blessés, mais la religieuse n’avait pas accès à la pharmacie. Ils lui ont alors tenu des propos insupportables et ont tout cassé pour se servir eux-mêmes. »

Cet événement est devenu un élément déclencheur pour les religieuses de Kompienbiga :  en effet, l’accumulation de faits violents les a décidées à fuir chez les frères, à seulement 15 km, pour ne plus rester isolées.

« La tension monte et la peur saisit les gens »

« La nuit du 14 septembre 2018, deux attaques terroristes sont perpétrées dans les villages de Diabiga et Kompienbiga (respectivement à 60 et 15 km de Pama) dans la région de l’est », indique le gouvernorat de la région. Selon le père Soubeiga, « à Pama, les exactions ont commencé dès mars 2017 et les explosions de mines, visant les gendarmes, se sont multipliées. Puis, au moins 3 ou 4 depuis août 2018. »

Sœur Thérèse, mère supérieure des Sœurs des Campagnes de Kompienbiga, précise : « La tension monte surtout depuis août 2018 à Kompienbiga. Des assaillants entrent régulièrement dans les villages, rassemblent la population et leur crient des instructions. La peur saisit les gens. »

Ensuite, un peu plus au nord, le père César Fernandez est assassiné en février 2019 et le 17 mars 2019 le père Joël Yougbaré « vraisemblablement enlevé par des individus
armés »
rapporte l’Église locale. Les religieuses cherchent donc la protection des frères à Pama. Pourtant, le calme y est bien relatif…

Les religieuses se sont dispersées

« C’est la première fois que nous devons tout quitter dans l’urgence, lâche sœur Thérèse qui résidait à Kompienbiga depuis 2001. Sur les sept religieuses de la communauté, quatre sont réfugiées à Pama et trois ont quitté le pays pour le Togo où elles finissent leur formation. On ne sait pas quand elles pourront revenir. C’est dur. » Leur prieuré est implanté à Kompienbiga depuis 25 ans. Grâce à une école maternelle qu’elles ont elles-mêmes mise sur pied, les religieuses s’occupaient d’une quarantaine d’enfants de 3 à 6 ans, souvent livrés à eux-mêmes. Et elles venaient tout juste d’ouvrir un centre de couture pour apprendre le métier à cinq jeunes.

« Notre désir est de repartir au plus vite pour continuer ce que nous avons commencé, martèle sœur Thérèse. S’il vous plaît, priez pour nous. »

« Les catholiques sont les plus exposés »

Pour l’instant, même à Pama « où c’est plus calme », le couvre-feu est de rigueur. « Nous vivons dans un climat délétère, confirme le père Soubeiga. En tant que catholiques, nous sommes les plus exposés, car nous représentons une institution centralisée, facilement identifiable. Frapper un curé, c’est pénaliser tout un territoire. Les conséquences ne seraient pas les mêmes pour les protestants ou les musulmans, aux communautés plus morcelées, encadrées par de nombreux pasteurs et imams locaux. »

Interdits de veillée pascale 

La gendarmerie impose donc des règles strictes de sécurité. « Certaines zones me sont interdites, se désole le curé de Pama. Au mois de janvier, en 15 jours, j’ai dû faire évacuer les catéchistes de Diabiga, de Kompenbiga et d’un autre village à 78 km de Pama. Quant à l’avenir proche, il est très probable que nous ne puissions pas célébrer la veillée pascale ! »

À la question de savoir qui est responsable des exactions de ces derniers mois, le prêtre est formel : « Impossible de comprendre. Aucun groupe ne revendique les attaques. On parle de mercenaires, mais certains terroristes sont clairement Burkinabés, car ils parlent parfaitement les langues locales. »

Récit recueilli par Emmanuelle Ollivry pour ACN-International
Révision franco-canadienne : Mario Bard, AED-Canada 
Mise en ligne au Canada : jeudi 11 avril 2019

Zanzibar (Tanzanie) – Récit – Souvenirs amers du temps de la terreur

08.03.2019 in ACN Canada, ACN Feature, ACN International, Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Persécution, Tanzanie, Violences, Voyagez avec AED

Le Père Damas Mfoi est prêtre catholique dans l’archipel semi-autonome de Zanzibar, sur la côte de Tanzanie. Zanzibar est à prédominance musulmane et comprend une petite communauté chrétienne. Depuis 2010, le Père Mfoi est curé de paroisse sur l’île principale d’Unguja.

Père Damas Mfoi : « Il n’y a pas moyen de se remettre de ce qui s’est passé, et comme les assaillants sont peut-être encore actifs, nous ne sommes pas complètement en sécurité. Mais à travers tous ces problèmes, nous continuons notre travail de dialogue interreligieux.»

En 2012, la communauté insulaire qui vivait paisiblement a été témoin d’une série d’attaques violentes contre des chefs religieux. Un religieux musulman a été brûlé à l’acide pendant l’automne ; un prêtre catholique a été blessé par balle le jour de Noël, et un autre a été tué par balle au mois de février suivant. Des tracts ont aussi été distribués pour inciter à la violence. Certains portaient la marque du groupe islamiste radical Uamsho. Cependant, la responsabilité des attentats n’a pas encore été revendiquée ou officiellement attribuée. Le Père Mfoi raconte à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) le temps de la terreur.

 

Propos recueillis par Anne Kidmose

 

C’était le soir de Noël 2012. J’avais prévu d’aller souper avec d’autres dirigeants de l’Église quand nous avons appris que le père Ambrose venait d’être blessé par balle. Nous étions en état de choc, et nous ne pouvions plus partager notre repas. Nous étions effrayés. Nous nous sommes précipités à l’hôpital, mais avec discrétion, car il avait été annoncé par le biais de tracts que les dirigeants de l’Église seraient tués et que les églises seraient détruites.

 

Quand nous sommes arrivés, le père Ambrose perdait encore beaucoup de sang et il ne pouvait pas parler. Le lendemain, il a été transporté par avion à Dar es-Salaam pour y être soigné. Après cet évènement, c’est notre foi qui nous a donné la force de rester. Les gens sur le continent nous incitaient à rentrer chez nous, mais en tant que chrétiens engagés dans l’Évangile, nous savions dès le début que notre mission était une mission de souffrance et que nos vies pouvaient être menacées. Il n’y a pas eu de départ.

 

D’autres tracts ont alors été distribués, disant que les musulmans ne devraient pas autoriser la vente d’alcool ou la présence d’églises. Les tracts étaient anonymes, mais aujourd’hui, nous savons qui en étaient les auteurs. Bien que certains pensaient qu’il ne s’agissait que de faibles menaces, nous ne savions pas ce qui allait se passer. Moins de trois mois plus tard, une nouvelle tragédie nous a frappés et le Père Evaristus Mushi en a été la victime.

 

C’était un dimanche matin à 7 h 15. Je disais la messe dans une petite église. Un voisin non catholique est entré en courant ; il a crié : « Père Damas, j’ai quelque chose à vous dire ! » Il m’a alors informé que le père Mushi était mort, victime d’une fusillade. Un homme lui avait tiré dessus ce matin-là, alors qu’il se garait devant son église. Je me suis rendu dans les autres églises pour célébrer la messe ; maintenant que le Père Mushi était mort, je devais accomplir seule la mission du Christ.

 

La nouvelle de la mort du Père Mushi s’est répandue dans toute la communauté, mais ce n’était pas la fin. Après l’avoir enterré et lui avoir rendu un dernier hommage, un groupe de femmes est venu à mes portes en pleurant. Je leur ai dit : » Ne pleurez plus maintenant. Le Père Mushi est aux cieux”. L’une d’elles a répondu : » Père, elle ne pleure pas sur le Père Mushi. Elle pleure à cause de vous”. Les assaillants m’avaient en effet pris pour cible parce que j’avais construit trop d’églises.

 

Le lendemain matin, je me suis enfui sur le continent, et un mois plus tard, je suis revenu. Je pensais en moi même : « Nous ne pouvons pas abandonner notre mission. Jésus ne voudrait pas nous voir échouer. Il y a encore des chrétiens ici, pourquoi leurs chefs devraient-ils s’en aller ?”

 

Tombe du père Evaristus Miushi tué devant son église le 17 février 2013.

À mon retour, j’ai constaté que la police avait établi sur mon terrain un poste de surveillance et, au cours des deux années suivantes, les policiers ont patrouillé dans la zone en raison de la tension qui persistait. Le gouvernement a bien pris soin de nous, mais nous savions surtout que Dieu nous protégeait. Quand on m’a offert un garde du corps, j’ai refusé. Je crois que l’œuvre de Jésus n’a pas besoin de mitrailleuse ; il a promis à son peuple qu’il serait avec nous jusqu’à la fin des temps.

 

Six ou sept mois se sont écoulés, et pendant un certain temps, nous avons pensé que le pire était passé, même si la sécurité était encore très stricte. Mais en septembre, un prêtre a été arrosé d’acide alors qu’il quittait son café habituel. Il a survécu à l’attaque, mais a subi de graves blessures.

 

Il n’y a pas moyen de se remettre de ce qui s’est passé, et comme les assaillants sont peut-être encore actifs, nous ne sommes pas complètement en sécurité. Mais à travers tous ces problèmes, nous continuons notre travail de dialogue interreligieux. Nous parlons aux membres de la communauté et nous leur disons que nous croyons que Dieu nous a tous créés et qu’il nous a donné la liberté de croire de la manière dont on nous l’a appris. On enseigne aux musulmans qui est Mahomet, aux chrétiens qui est Jésus-Christ. Nous devrions tous faire de notre mieux pour respecter cela et éviter de mélanger la politique et la religion. »

En 2017, l’Aide à l’Église en Détresse (AED) a soutenu des projets de l’Église en Tanzanie à hauteur de plus de 2,5 millions de dollars.

Mise en ligne:  8 mars 2019

 


 

Pakistan – Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde – AED-Informations

16.02.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Chrétiens Catholique, Informations, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, liberté religieuse, Maria Lozano, Pakistan, Par Marta Petrosillo, Persécution, Voyagez avec AED

Pakistan : « Mon mari est innocent ! »

La Colony Jospeh. En mars 2013, plus de 3000 personnes ont détruit près de 300 maisons et deux églises. Elles étaient en colère après l’accusation de blasphème contre Sawan Masih.

 Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde

Au Pakistan, 224 chrétiens ont été victimes de la loi contre le blasphème depuis son adoption en 1986. C’est ce qu’a déclaré Cecil Shane Chaudhry, directeur exécutif de la Commission nationale Justice et Paix du Pakistan (NCJP), à une délégation de l’Aide à l’Église en Détresse en visite au Pakistan.

Par Marta Petrosillo et Maria Lozano, ACN-International 

Alors qu’’Asia Bibi, une mère chrétienne accusée de blasphème, a définitivement été libérée le 29 janvier, une étude de la commission présentée à l’AED indique qu’il y aurait actuellement 25 cas de chrétiens qui souffrent encore en prison. Et 23 chrétiens ont également été tués pour blasphème entre 1990 et 2017.

Les deux paragraphes B et C de l’article 295 du Code pénal pakistanais constituent la Loi contre le blasphème. Le paragraphe 295B stipule la peine d’emprisonnement à perpétuité pour ceux qui diffament le Coran ; en vertu de l’article 295C, la peine de mort sanctionne toute profanation du nom du prophète Mahomet.

« Pour les fondamentalistes, la loi contre le blasphème constitue une arme puissante afin d’exercer le pouvoir, utilisée au dépend des minorités, et elle est souvent utilisée à des fins de vengeance personnelle » explique Cecil Chaudhry. « Et lorsque c’est un chrétien qui est accusé, les conséquences concernent l’ensemble de la communauté. »

Cecil Chaudhry, Directeur de la Commission nationale pour la justice et la paix du Pakistan. 

C’est exactement ce qui s’est passé en mars 2013 dans le quartier chrétien Joseph Colony à Lahore. Le jeune chrétien Sawan Masih avait été accusé d’avoir offensé le prophète Mahomet. « Après la prière du vendredi 9 mars, une foule en furie composée de 3 000 musulmans a incendié et brûlé tout le quartier, détruisant presque 300 habitations et deux églises », raconte le Père Emmanuel Yousaf, président du NCJP à la délégation de l’AED lors de sa visite du quartier. Entre-temps, grâce à l’aide du gouvernement, le quartier a pu être reconstruit et restitué aux chrétiens.

Alors que les 83 meneurs de l’incendie criminel ont tous été acquittés et remis en liberté, Sawan Masih a été condamné à la peine de mort en 2014 et attend toujours son audience e

n appel. « Les audiences sont sans cesse repoussées à plus tard », déclare l’avocat Me Tahir Bashir. « La dernière audience avait été fixée au 28 janvier, mais le juge n’est simplement pas venu. Maintenant, la prochaine audience est prévue le 27 février. »

Comme dans l’affaire Asia Bibi, nombreuses sont les irrégularités dans le cas de Sawan Masih. Les accusations portées contre lui ont été faites par un de ses amis musulmans, Shahid Imran, suite à une dispute entre les deux hommes. Ce n’est que deux jours plus tard que deux témoins ont comparu, qui n’étaient même pas présents au moment de la prétendue offense envers Mahomet. « Les accusations contre Sawan Masih sont instrumentalisées », affirme le Père Yousaf  à l’AED. « En vérité, il s’agit d’évincer les chrétiens de ce quartier très prisé de la ville, apprécié parce qu’il est à proximité des aciéries. »

Des membres de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP), créée en 1985 par la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. Elle fournit des services dans le domaine de la défense des droits de l’homme. Depuis 1990, la Commission défend les cas de blasphème contre les musulmans, les chrétiens et les hindous et fait campagne pour l’abolition des lois sur le blasphème. L’équipe de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP).

Entre-temps, Sobia, l’épouse de Sawan Masih, élève ses trois enfants toute seule. « Je ne sais pas pourquoi ils accusent mon mari », dit-elle à l’AED. « Tout ce que je sais, c’est que l’homme qui a porté plainte contre lui était de l’un de ses amis, avec lequel il s’était disputé. Sawan est innocent ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

AED : Un aperçu de la persécution et de la loi sur le blasphème au Pakistan

04.12.2018 in Actualités, Adaptation Mario Bard, Asie, Pakistan, Par Amanda Griffin, Persécution

Des chrétiens qui habitent ‘7 lanes’ un quartier de Gulshan Iqbal, a été victime de violence des extrémistes Musulman déplacé dans le quartier de leur terre tribal sur la frontière du Pakistan. La communauté chrétienne a construit des murs pour bloquer l’accès à 7 ruelles pour assurer leur sécurité après les violences et les meurtres.

Un aperçu de la persécution et de la loi sur le blasphème au Pakistan

Le Pakistan est un pays où la minorité chrétienne est victime d’une terrible persécution et de discrimination à cause de sa foi.

La « loi sur le blasphème », adoptée au Pakistan en 1986, est l’un des outils de discrimination utilisés contre les chrétiens et les autres minorités. En principe, elle protège toutes les religions contre les attaques, mais prévoit des sanctions sévères et draconiennes pour les attaques et les blasphèmes perpétrés contre l’Islam, ainsi que pour les 1 300 personnes qui ont été accusées de transgresser les lois sur le blasphème depuis leur entrée en vigueur. Un simple soupçon ou une déclaration suffit pour emprisonner un individu et le fardeau de la preuve repose sur l’accusé (e) à qui incombe la responsabilité de prouver son innocence. À ce jour, personne n’a encore été trouvé coupable de blasphème, condamné à mort ou exécuté. L’irréparable a cependant bien failli être commis dans un cas important ayant attiré l’attention du monde entier et qui mettait en cause une femme nommée Asia Bibi.

 

Asia Bibi, chrétienne, mère de cinq enfants  

Madame Bibi, une simple chrétienne habitant un petit village, menait une vie sans histoire auprès de ses cinq enfants. Elle n’avait jamais quitté son patelin auparavant, même pour se rendre dans la capitale d’Islamabad. Un jour, un simple geste de sa part bouleversa sa vie; il entraîna des accusations de blasphème à son endroit, lesquelles furent suivies par l’attaque d’une foule contre elle et sa jeune fille. Elles furent battues, puis madame Bibi fut arrêtée. En tant que femme et chrétienne, elle n’a jouit d’aucune crédibilité devant le système de justice pakistanais et fut reconnue coupable de blasphème, condamnée à mort et gardée en isolement dans des conditions atroces pendant près de 10 ans.

Jusqu’à tout récemment.

Le 31 octobre 2018, après que l’appel pour renverser sa peine de mort soit repoussé plusieurs fois – les juges étant réticents à entendre la cause (on pense par crainte de représailles). Elle a été finalement, et joyeusement pour sa famille et ceux qui l’ont soutenue à travers le monde, acquittée du crime et reconnue non coupable.
Mais elle ne pouvait pas être libérée de prison, ni même laissée pour être avec sa famille, car des manifestants ont demandé de la mettre à mort pour son crime, lors d’émeutes et de troubles qui s’ensuivirent dans le pays.

 

Eisham Ashiq, fille de 19 ans d’ Asia Bibi, & Ashiq Masih, le mari d’Asia Bibi de passage a l’AED au Royaume Uni en octobre dernier

Malheureusement, même si elle est maintenant sortie de prison, elle n’a pas pu encore rejoindre sa famille, car des émeutes et un désordre civil demandant qu’elle soit mise à mort pour son crime ont été déclenchés dans le pays. Et même avec l’arrestation récente des leaders de ces manifestations, sa vie est toujours en danger.

 

Comme à d’autres moments dans l’histoire récente du Pakistan, cette réaction en masse pour maintenir la condamnation à mort, démontre toute la gravité de la situation dans laquelle les chrétiens du Pakistan se trouvent. Par le passé, et lors du procès d’Asia Bibi, d’autres personnes courageuses se sont exprimées en faveur de la liberté et pour les droits des minorités. Plusieurs d’entre elles furent ensuite forcées de se taire et d’autres furent même assassinées. Cela nous rappelle le cas d’un brave chrétien nommé Shahbaz Bhatti.

 

Shahbaz Bhatti, chrétien et ministre fédéral aux affaires des minorités

Sa poursuite courageuse vers la réalisation de son rêve de liberté et d’égalité religieuses pour tous l’a mené à être nommé ministre fédéral aux affaires des minorités en 2008. Dans un court laps de temps, il a réussi à présenter une loi garantissant aux minorités un partage de cinq pour cent des postes publics, dont ceux au parlement. Il s’est personnellement impliqué au cœur d’enjeux difficiles affectant les gens ordinaires et qui touchent particulièrement la communauté chrétienne minoritaire, qui compte pour deux pour cent de la population. Il s’est fait le porte-parole de ceux et celles qui n’ont pas de voix, dont Asia Bibi. Sa critique ouverte du mauvais usage de la loi sur le blasphème a entraîné un nombre grandissant de menaces et, bien que conscient du danger imminent, il a fait preuve d’un grand courage en refusant de renier son engagement à aider les minorités religieuses victimes de discrimination.

 

La cimetière à Gojra, dans le diocèse de Faisalabad – tombe de Shahbaz Bhatti – au Pakistan 2011.  Photo: Magdalena Wolnik

Deux ans avant sa mort, dans un livre qui est par la suite devenu son testament spirituel, Bhatti écrivait : « Mon corps humain est blessé, mais ces blessures ne sont pas physiques. Ce sont des blessures de crainte, de deuil, de peine et de douleur pour les chrétiens persécutés du Pakistan, des chrétiens dans le besoin et opprimés. Les gens dans le besoin sont notre famille et en tant que famille, nous partageons leurs peines, leurs deuils et leurs souffrances, comme ils partagent les nôtres. »  Je suis profondément convaincue que ces mots demeurent tout aussi pertinents aujourd’hui, pour moi comme pour nous tous.

Aujourd’hui cardinal, l’archevêque Joseph Coutts de Karachi a dit de lui qu’il était « un homme avec un rêve et une vision d’espoir afin que les gens de fois différentes puissent vivre ici tous ensemble ».

 

Salmaan Taseer, gouverneur du Punjab

Un autre brave homme assassiné pour s’être opposé à la loi sur le blasphème. Le 4 janvier 2011, Salmaan Taseer, gouverneur du Punjab, fut assassiné à Islamabad par son garde du corps, qui n’était pas d’accord avec l’opposition de Taseer à la loi sur le blasphème du Pakistan.

 

Pakistan, en mai 2017 – Des femmes et des enfants pendant la messe au Cathédrale du Sacré  coeur à Lahore. 

L’enlèvement et le viol des femmes comme outil de persécution

L’enlèvement de femmes issues de minorités, un autre outil qui, selon le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde récemment publié par Aide à l’Église en Détresse Internationale*, est employé pour discriminer et persécuter les chrétiens, et surtout les chrétiennes, est aussi en augmentation en 2018. Il arrive souvent que les autorités affirment aux parents que leur fille s’est convertie et mariée de son propre gré. Plusieurs familles ne rapportent pas le crime ou retirent leur plainte au tribunal à cause de menaces proférées à l’endroit d’autres femmes et filles de la famille.

 

Ces enlèvements font partie d’un modèle plus large de violence sexuelle à l’égard des femmes issues de minorités religieuses. Étant plus impuissantes que les musulmanes devant la loi, elles deviennent une cible facile, car les violeurs savent que des poursuites judiciaires sont improbables. Si une femme ne peut pas prouver une relation sexuelle contre son gré, elle peut être accusée d’adultère et être arrêtée, flagellée ou même lapidée à mort. Pour cette raison, plusieurs femmes ont peur de rapporter des actes de violence sexuelle commis contre elles ou leurs proches.

 

L’appel à la prière de M. Bhatti pour la liberté de religion et l’égalité, en plus de celui de plusieurs autres braves âmes, a finalement fait une différence pour Asia Bibi et sa famille, qui n’ont jamais cessé de la défendre, de se battre et de prier pour elle. Ils sont aujourd’hui réunis, mais demeurent dans l’attente d’une invitation d’un pays sécuritaire, comme le Canada.

 

Pakistan, mai 2017 – La colonie de Saint Joseph. Trouvé dans un quartier majoritairement chrétien à Lahore, ou une foule enragé a mis en feu des douzaines de maisons après des accusations de blasphème contre un homme chrétien en mars 2013. Il semble que l’homme a été faussement accusé de blasphème. 

Pour en savoir plus sur la situation volatile et de plus en plus dangereuse des chrétiens du Pakistan, le Code pénal pakistanais et les lois sur le blasphème introduites en 1986, veuillez consulter le Rapport 2018 sur la liberté religieuse dans son entièreté sur le site web international en faisant une recherche par pays : Pakistan. Le rapport est accompagné de nombreuses données sur le sujet.

Texte: Amanda Griffin, AED Canada  Traduction : Julie Bourbeau
Sources : AED CANADA, Rapport 2016 et 2018 de l’AED sur la liberté religieuse, The Catholic Register et divers articles de presse de l’AED
*Autres sources : Human Rights Council of Pakistan et le Movement for Solidarity and Peace in Pakistan

Nouvelles de l’AED: PAKISTAN – Asia Bibi et ses proches : près de 10 années de souffrance

19.10.2018 in adaptation : Mario Bard, Asie, liberté religieuse, Pakistan, Persécution

Pakistan

Asia Bibi et ses proches : près de 10 années de souffrance

 

La fille aînée d’Asia Bibi, 19 ans, invitée par le bureau britannique de l’AED. « Nous sommes ici pour témoigner qu’elle a été faussement accusée du crime de blasphème. »

Neuf ans. C’est le nombre d’années qu’Asia Bibi a passé en détention puis dans le couloir de la mort, pour un soi-disant blasphème – ce qu’elle a toujours nié. C’est aussi l’âge qu’avait sa fille, Eisham, quand elle a vu une foule en colère battre sa mère, en juin 2009. L’AED l’a rencontrée samedi 13 octobre, à Londres, accompagnée de son père, Ashiq Masih.

 

« Nous avons vu Asia Bibi lundi 1er octobre, avant de venir au Royaume-Uni. Elle va bien, physiquement et spirituellement […]. Accusée de blasphème, elle souffre, sa famille souffre, depuis bientôt 10 ans. Mais par la grâce de Dieu, elle sera libérée très bientôt », a confié son époux, Ashiq Masih à l’AED, samedi 13 octobre, à Londres.

 

Invités au Royaume-Uni par le bureau britannique de l’AED, Ashiq et Eisham Masih ont accepté de venir partager l’histoire de leur épouse et mère. « Asia Bibi est en prison depuis presque 10 ans maintenant, rappelle Ashiq. C’est terrible pour un époux, pour un enfant. Nous sommes actuellement ici pour témoigner, pour porter la voix d’Asia Bibi, accusée à tort d’avoir blasphémé. Elle m’a chargé de vous demander de vous souvenir d’elle, dans vos prières, pour qu’elle soit libérée très rapidement. » Accusée d’avoir « insulté » le prophète Mahomet lors d’une altercation avec deux femmes musulmanes de son village qui avaient refusé de boire de l’eau dans un verre qu’elle venait d’utiliser, Asia Bibi est la première femme à avoir été condamnée à mort au titre de la loi anti-blasphème au Pakistan.

 

Royaume-Unis, Octobre 2018, Entrevue avec Eisham Ashiq fille d’Asia Bibi) et Ashiq Masih (mari d’Asia Bibi).

Une fidélité inébranlable

Alors que la Cour suprême, dernier espoir judiciaire d’Asia Bibi, a indiqué le lundi 8 octobre « réserver sa décision pour le moment », les proches d’Asia Bibi se montrent, veulent se montrer résolument optimistes. « Nous croyons que les juges de la Cour Suprême vont se prononcer en faveur d’Asia Bibi », affirment-ils. Une conviction qui repose sur un solide dossier juridique et sur l’espérance bouleversante de cette famille qui confie « tir [er] sa force du Seigneur Jésus-Christ, qui écoute ceux qui souffrent ».

 

Les raisons de désespérer seraient pourtant nombreuses pour cette famille obligée de vivre cachée, en République islamique du Pakistan, où le blasphème constitue un sujet extrêmement sensible. De simples allégations s’y terminent régulièrement par des lynchages et les chrétiens, minorité persécutée, sont fréquemment visés.

 

Depuis lundi 8 octobre, les fondamentalistes exigent de la Cour suprême l’exécution de la sentence prononcée en première et seconde instance à l’encontre d’Asia Bibi : la mort, par pendaison. Sur les réseaux sociaux, c’est un déchaînement de violence : « Si vous libérez Asia Bibi, préparez-vous à d’autres Mumtaz Qatris », peut-on lire. De sinistre mémoire, Mumtaz Qadri, pendu en 2016, avait assassiné Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, le 4 janvier 2011, car celui-ci avait publiquement pris la défense d’Asia Bibi et critiqué la loi anti-blasphème. Introduite au Pakistan par les Britanniques, lorsque l’Empire britannique des Indes s’étendait à l’actuel Pakistan, cette législation controversée punit le blasphème de la peine de mort depuis 1986, mesure ajoutée sous la dictature du général Zia-ul-Haq (1977-1988).

 

« Nous ne pourrons pas rester au Pakistan »

 

Lucide, Ashiq reconnaît d’ailleurs que « Tout le monde a peur, tout le monde fait l’objet de menaces. Les partisans d’Asia Bibi, ses avocats, ses juges ». Pourtant, on le sent fier de vivre au Pakistan, parmi les musulmans, qui représentent près de 96% de la population. D’ailleurs, « ceux-ci ne sont pas tous favorables à l’exécution d’Asia Bibi, affirme-t-il. Nombreux sont ceux qui pensent que nous sommes en détresse. Mais les extrémistes, les organisations fondamentalistes sont eux aussi nombreux. » Nombreux, et extrêmement vindicatifs, comme le souligne le père Emmanuel Yousaf, président de la Commission Justice et Paix de la conférence épiscopale pakistanaise.

 

Aussi, c’est à contrecœur qu’Ashiq reconnaît que sa famille ne pourra pas rester au Pakistan. Et s’il ne révèle pas le lieu de leur exil, il fait à nouveau confiance à la providence. « Dieu prendra soin d’Asia Bibi et de sa famille ; il nous fournira un lieu paisible, qu’Il aura choisi ». Un lieu paisible d’où sa fille, Eisham, entend bien poursuivre des études en droit, afin de devenir avocate. Et venir ainsi en aide aux plus démunis, accusés de blasphème.

 

Article de Pierre Macqueron, AED-France

Actualités AED: Niger – Un missionnaire enlevé depuis le 17 septembre dernier

28.09.2018 in ACN International, adaptation : Mario Bard, AED-Canada, AFRIQUE, Niger, Par Marta Petrosillo, Persécution

Image d’archive : en 2016, les populations de la région de Diffa fuient la violence de Boko Haram et doivent trouver refuge plus loin.

Niger
Un missionnaire enlevé depuis le 17 septembre dernier

Son confrère déclare à l’AED : « S’ils parviennent à rejoindre le Mali, nous craignons une longue séquestration, comme celle de Sœur Gloria »

« Ce fut une attaque bien ciblée et rapide. Les ravisseurs connaissaient les déplacements du Père Pierluigi et l’avaient choisi comme victime ». C’est ainsi que le Père Mauro Armanino, missionnaire de la Société des missions africaines au Niger, raconte à l’Aide à l’Église en Détresse l’enlèvement de son confrère le Père Pierluigi Maccalli, qui a eu lieu le lundi 17 septembre à la mission où travaillait le missionnaire italien, à 125 kilomètres de la capitale Niamey.

Comme l’a rapporté le Père John, un confrère indien qui vit dans la même mission que le Père Maccalli, l’attaque, bien planifiée, n’a pris que quelques minutes. Le Père Armanino raconte à l’AED : « Lundi soir, le Père John, très traumatisé, est arrivé dans notre maison régionale de Niamey. Il se trouvait dans une autre petite maison à quelques mètres de celle du Père Pierluigi et raconte que les ravisseurs ont tout simplement frappé à la porte, ont enlevé le prêtre, puis sont partis en tirant des coups de feu en l’air. Il est clair d’après les faits que la cible était ce prêtre occidental, sinon ils n’auraient pas laissé derrière eux son confrère indien ». Le Père Maccalli venait tout juste de rentrer d’une période de repos en Italie. « Je suis allé moi-même le chercher à l’aéroport samedi dernier. Les ravisseurs le savaient et c’est pour cela qu’ils ont agi à ce moment-là. Le fait que le gouvernement n’ait rien fait même s’il savait qu’il y avait des gangs armés dans la région n’a certainement pas aidé.

« Le fait que, pour la première fois, un prêtre catholique ait été attaqué montre qu’il n’y a plus de limites à la violence »

Selon le Père Armanino, parmi les diverses raisons liées à l’enlèvement – en plus d’une demande probable de rançon qui n’est pas encore arrivée, et du désir d’attirer l’attention des médias internationaux – il y a l’intention d’effrayer les communautés chrétiennes dans l’une des rares régions du Niger où le christianisme est la religion majoritaire. « Le fait que, pour la première fois, un prêtre catholique ait été attaqué montre qu’il n’y a plus de limites à la violence ».

Image d’archive : en janvier 2015, une vague de violence islamiste s’est abattue sur le diocèse de Niamey. Ici, trois voitures appartenant aux religieuses de l’Assomption ont été brûlées.

La présomption qu’il s’agit d’un acte délibérément anti-chrétien est renforcée par le fait qu’un autre petit groupe de ravisseurs a attaqué peu après les Sœurs Franciscaines de Marie. Les religieuses ont réussi à s’échapper, certaines ont fui tandis que d’autres se sont cachées dans la maison. « Ce sont elles qui ont pu fournir des informations importantes sur les ravisseurs qui, tout en pillant la maison, se parlaient dans la langue de l’ethnie Peul ». Ceux qu’on appelle « peuls » en français sont aussi appelés « foulanis » au Niger. Le Père Maccalli est donc probablement entre les mains de ces bergers islamistes qui ont fait des milliers de victimes au Nigeria, où ils ont été les auteurs de nombreuses attaques anti-chrétiennes et du meurtre de deux prêtres en avril dernier.

Image d’archive : en janvier 2015, une vague de violence islamiste s’est abattue sur le diocèse de Niamey. Ici, les dégâts causés dans un édifice appartenant à l’Église.

Le Père Armanino explique qu’à l’heure actuelle, on peut supposer que les ravisseurs n’ont pas réussi à faire passer l’otage au Burkina Faso parce que la frontière est strictement contrôlée. Le Père Maccalli serait donc encore au Niger, mais il y a lieu de craindre que les ravisseurs n’atteignent le Mali où ils ont plus de soutien. « Notre confrère a été enlevé par un petit groupe. S’ils parviennent à se rendre au Mali, sa situation va empirer ».

En effet, là-bas, il y a beaucoup d’autres membres de la communauté peule qui fourniraient de l’aide aux ravisseurs. « C’est justement au Mali qu’a été enlevée en février 2017 Sœur Gloria Cecilia Narvaez Argoti, religieuse colombienne, qui est encore en captivité aujourd’hui. Et nous craignons que la séquestration du Père Pierluigi ne dure longtemps ».

 

 

 

Des nouvelles de AED « Masaya est sous une pluie de balles »

19.07.2018 in Nicaragua, PAIX, Persécution, Prière

Nicaragua

« Masaya est sous une pluie de balles »

Cardinal Leopoldo José Brenes Solórzano, diocèse de Managua à Nicaragua

Un cardinal demande de faire  « pression sur le gouvernement afin qu’il respecte l’Église et la population ».

« Exercez des pressions sur le gouvernement, afin qu’il respecte les évêques, les prêtres et la population ». C’est l’appel lancé par le Cardinal Leopoldo José Brenes Solorzano, archevêque de Managua, au Nicaragua, par l’intermédiaire de l’Aide à l’Église en Détresse.

Le Cardinal mentionne également la situation difficile à Masaya, ville située à 30 kilomètres au sud de Managua, qui est devenue le symbole de la résistance au gouvernement du président Daniel Ortega. Mardi, le 17 juillet, la ville a été assiégée dès six heures du matin (heure locale), par « plus d’un millier de militaires et de policiers. Il n’y a pas de morts pour l’instant, mais les blessés seront certainement nombreux. La ville a été noyée sous une pluie de balles ».

Ces dernières heures, le Cardinal Brenes a invité la population de Masaya et des autres zones assiégées à rester à la maison, afin qu’il n’y ait pas de morts. « C’est un moment très difficile pour tout le pays ».

Alors que les affrontements entre les forces loyalistes et l’opposition se poursuivent depuis des mois, l’Église fait maintenant l’objet de menaces dans ce pays latino-américain. Le 9 juillet, le cardinal a été agressé par des paramilitaires dans la Basilique Saint-Sébastien, à Diriamba, de même que son auxiliaire, Mgr José Silvio Báez, et le nonce apostolique, Waldemar Stanisław Sommertag. Le 16 juillet, Mgr Abelardo Mata, évêque d’Estelí, a miraculeusement échappé à une embuscade armée attribuée aux forces paramilitaires. Désormais, la répression du gouvernement sandiniste de Daniel Ortega s’exerce ouvertement contre l’Église. « Après avoir écouté l’invitation du Pape François à faire office d’hôpital de campagne, beaucoup de nos paroisses ont donné refuge à ceux qui cherchaient à être en sécurité, et ont porté secours aux blessés, explique le cardinal, ce qui n’a certainement pas plu au gouvernement. Tout comme il n’a pas apprécié notre empressement à tenter de démanteler ces forces paramilitaires ».

« La répression du gouvernement sandiniste de Daniel Ortega s’exerce ouvertement contre l’Église. »

Dans ce contexte si délicat, le cardinal Brenes adresse un appel à l’Occident et en particulier aux catholiques, afin que le gouvernement Ortega soit appelé à respecter l’Église et le peuple nicaraguayen. « J’invite en même temps chacun à lancer une chaîne de prière et à soutenir concrètement nos prêtres à travers des intentions de messe. Bon nombre de prêtre, qui doivent en effet célébrer en privé, ne reçoivent pas d’offrande de messe et n’ont donc aucun moyen de subsistance ».

« Nous sommes très proches de l’Église et du peuple du Nicaragua, à qui nous adressons notre solidarité et nos prières », déclare Regina Lynch, directrice du département des projets de l’AED pour le monde entier. « Dans les mois à venir, nous visiterons le Nicaragua afin de renforcer nos liens de communion dans la prière et dans l’assistance pastorale »

 

Nigeria :  « N’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

29.06.2018 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Marta Petrosillo, Martyrs, Nigéria, Persécution, prêtres

Nigeria

 « N’attendez pas qu’un génocide ait eu lieu
pour intervenir ! »

Ne faites pas comme au Rwanda

 « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ». C’est ce qu’à déclaré il y a quelques jours à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) Mgr Amove Avenya, évêque de Gboko, un diocèse qui se situe dans l’État à majorité chrétienne de Benue.

Cet appel est déjà le neuvième provenant d’un évêque de la région centrale du Nigeria surnommée Middle Belt (ceinture du milieu), pour dénoncer les tensions préoccupantes qui existent avec les bergers islamistes peuls. Ces derniers jours, ils ont à nouveau attaqué la région de Jos – capitale de l’État de Plateau – où plus de 100 personnes sont mortes.

Il y a toujours eu des conflits, car cela fait des siècles que le bétail des bergers peuls vient paître dans la région nigériane de la Middle Belt, et que les paysans locaux – pour la plupart des chrétiens – se plaignent que leurs récoltes sont sans cesse endommagées par les troupeaux.

Le 22 mai dernier, des milliers de personnes ont manifesté contre un phénomène qui s’apparente à l’élimination préparée des chrétiens de la Middle Belt du Nigeria.

 

 

492 personnes tuées en six mois

Autrefois, ce problème était plutôt de nature économique ou ethnique. Mais celui-ci commence à se transformer également en un conflit religieux. Selon les données officielles, il y a eu 492 victimes dans l’État de Benue depuis le début de l’année. Mgr Avenya ajoute : « Ce sont des criminels et des terroristes. Ils ne font pas la même chose dans les territoires à majorité musulmane. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un acte de purification ethnique contre les chrétiens ».

Mgr Peter Iornzuul Adoboh, évêque de Katsina Ala (État de Benue), ainsi que Mgr Matthew Ishaya Audu, évêque de Lafia (capitale de l’État de Nassarawa), pensent aussi qu’il existe un objectif clair d’islamisation de la « Middle Belt ». Et les bergers peuls font partie de ce plan. « Ils veulent nuire aux chrétiens », explique Mgr Audu, « et le gouvernement ne fait rien pour les arrêter, parce que le président Buhari fait également partie du groupe ethnique des Peuls ».

Ces doutes quant à une possible protection du gouvernement sont apparus non seulement parce que la police fédérale ne fait rien pour s’attaquer au problème, mais parce que les éleveurs peuls disposent désormais d’armes de plus en plus sophistiquées. « Il fut un temps où ces bergers n’étaient armés que de bâtons », explique Mgr Avenya, « mais maintenant ils ont des fusils AK 47. Ces armes sont trop coûteuses pour qu’ils puissent se les payer. Qui les fournit ? De plus, dans cette région il y a des points de contrôle tous les deux kilomètres. Comment est-il possible que ces hommes armés, avec leurs troupeaux, deviennent invisibles ? »

Le 22 mai dernier, tous les diocèses du Nigeria se sont joints à une manifestation pour demander au gouvernement de protéger les chrétiens. « Nos fidèles sont assassinés ou sont contraints de se déplacer continuellement à cause de la violence », ont affirmé les évêques de Lafia et Katsina Ala. « En occident, on continue de considérer le problème des bergers peuls comme une affaire interne. Ne faites pas la même chose qu’avec le Rwanda, n’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

Mgr William Amove Avenya, évêque de Gboko. « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ».