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Maria Lozano

 

Entretien avec Mark Reidemann sur la persécution religieuse

21.10.2019 in Adaptation Mario Bard, liberté religieuse, Maria Lozano, Voyagez avec AED

AED International

Organisation confessionnelle et soutien humanitaire

Regard sur la question

 
 Entretien par Maria Lozano, ACN International
Adaptation du texte, Mario Bard, AED Canada
  • L’ambassadeur de l’Union Européenne annonce une nouvelle initiative visant à réduire l’ignorance religieuse ou « l’analphabétisme » religieux1 dans le monde entier.
  • Cardinal Parolin : Les gouvernements devraient éviter la « colonisation idéologique ou culturelle ».
  • 20ème anniversaire du Rapport sur la liberté religieuse de l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

Mark von Riedemann, directeur des affaires publiques et de la liberté religieuse de l’œuvre pontificale de charité de l’AED, a été invité à animer une table ronde sur l’aide humanitaire lors d’un récent symposium entre les États-Unis et le Saint Siège intitulé « Des chemins pour atteindre la dignité humaine : partenariat avec des organisations confessionnelles ». Maria Lozano, responsable de l’information au bureau international de l’AED, l’a interviewé à ce sujet.

AED : L’ambassade des États-Unis à Rome et le Saint-Siège ont récemment coparrainé un symposium où le secrétaire d’État américain, Michael R. Pompeo, le Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, Mgr Paul Gallagher et le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Vatican, se sont exprimés sur la façon dont les gouvernements peuvent s’associer avec des organisations confessionnelles pour mieux défendre la liberté religieuse. Qu’est-ce qui a motivé ce symposium ?

Mark von Riedemann : Le symposium a voulu rappeler les 35 ans de coopération positive entre le gouvernement américain et le Saint-Siège, avec le travail du Pape Saint Jean-Paul II et de Ronald Reagan et leurs efforts combinés pour mettre fin au communisme dans l’ex-Union soviétique.

L’intention était également de présenter des nouvelles initiatives prises par le gouvernement américain pour travailler directement sur le terrain avec les organisations confessionnelles. Comme l’a fait remarquer l’ambassadrice des États-Unis auprès du Saint-Siège, Mme Castella Louise Gingrinch dans son discours d’ouverture, les gouvernements à eux seuls ne peuvent pas faire grand-chose. Elle a noté, par exemple, que même pour les États-Unis qui sont l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire dans le monde, l’efficacité de ce soutien nécessite des partenariats avec les organisations travaillant sur le terrain. Les organisations catholiques et autres organisations confessionnelles peuvent fournir une aide plus efficace dans les endroits où les gouvernements n’ont ni l’expérience ni le réseau pour cela. La forte participation diplomatique à cette occasion a également incité le représentant de l’Union européenne auprès du Saint-Siège, l’Ambassadeur Mr Jan Tombinski, à annoncer le lancement d’une initiative de l’UE appelée « Echange mondial sur la religion dans la société », qui vise à réduire l’ignorance religieuse ou « l’analphabétisme » religieux dans l’UE et le reste du monde. L’objectif d’une telle initiative est de reconnaître l’importance de la foi dans la vie quotidienne. Il s’agit d’une première absolue pour l’Europe, qui s’était jusqu’à présent vantée d’être « aveugle à la religion ».

Le Cardinal Parolin a salué ces nouvelles initiatives. Dans son discours, cependant, il a mis en garde contre la tentation des pays donateurs d’imposer certaines valeurs culturelles ou visions du monde qui deviennent des conditions préalables à l’octroi de l’aide aux pays bénéficiaires.

 

En effet, il a fermement demandé aux gouvernements d’éviter, lorsqu’ils parrainent des organisations confessionnelles, ce que le pape François a appelé une « colonisation idéologique ou culturelle » consistant à « imposer une vision du monde ou un ensemble de valeurs différentes aux sociétés les plus pauvres, faisant souvent de l’adoption de ces valeurs une condition préalable pour recevoir une aide humanitaire ou au développement ». Bien que l’Aide à l’Église en Détresse n’ait jamais été touchée par cette question, car nous comptons uniquement sur le soutien de bienfaiteurs privés, j’ai été heureux qu’il en fasse mention. Nos partenaires de projet nous ont en effet, et ce à maintes reprises, témoigné  de ce genre d’abus. En effet, il est abusif de subordonner l’aide alimentaire à l’acceptation de programmes de promotion de la contraception et de l’avortement. Et ce phénomène est bien documenté.

Ce symposium fait partie d’une série d’autres actions menées ces derniers mois dans le domaine de la liberté religieuse et de l’attention portée à la question de la persécution des chrétiens. Quelle tendance avez-vous notée ?

 

La liberté religieuse est de plus en plus reconnue comme un droit fondamental, les deux tiers de la population mondiale vivant dans des pays où la liberté religieuse est restreinte, et les chrétiens constituant le plus grand groupe confessionnel soumis à des persécutions.

Cette conférence s’inscrit dans la foulée d’un « Appel mondial à la protection de la liberté religieuse », lancé le 23 septembre 2019, qui a été le premier acte de l’ONU sur la liberté religieuse parrainé par un président américain, et de la résolution de l’ONU du 28 mai 2019 faisant du 22 août la « Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions ». Au cours des deux dernières années, il y a eu une série d’initiatives, dont la création d’un « Secrétariat d’État pour l’aide aux chrétiens persécutés » en Hongrie, l’Alliance internationale pour la liberté religieuse lancée par les États-Unis, et ce qui est peut-être le plus remarquable, le nombre croissant de nations qui instituent ou réactivent des ambassadeurs pour la liberté religieuse et liberté de croyance dans des pays comme le Danemark, les Pays-Bas, les États-Unis, la Norvège, la Finlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni, entre autres.

2019 marque le 20ème anniversaire du Rapport sur la liberté religieuse de l’AED. L’AED a-t-elle été une sorte de voix prophétique dans le désert appelant à la liberté religieuse et à la fin de la persécution des chrétiens ?

 

Le rapport a en effet été prophétique. En 1999, la liberté religieuse n’était pas un sujet majeur pour la plupart des gouvernements, mais l’AED recevait déjà de nos partenaires de projet sur le terrain de plus en plus de témoignages de persécution des chrétiens. Par exemple, les tensions religieuses au Nigeria se sont développées cette année-là avec l’imposition de la charia dans une douzaine d’États à majorité musulmane, entraînant une violence sectaire importante qui se poursuit encore aujourd’hui. Depuis lors, nous avons été témoins d’événements dramatiques au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, et les souffrances qui en ont résulté pour des millions de personnes ont exigé une attention et une réaction accrues.

Puis, il y a eu un moment charnière en 2016 lorsque l’Union européenne et les États-Unis ont adopté des résolutions qualifiant de génocide les atrocités commises par l’État islamique (ÉI/Daesh) contre les chrétiens en Syrie et en Irak. La persécution des chrétiens est-elle une surprise ? Non, elle s’est développée au fil des siècles, plongeant ses racines dans l’intolérance, qui s’est transformée en discrimination et persécution, jusqu’à ce que le monde prenne enfin conscience du génocide des chrétiens en Irak et en Syrie. Un triste symptôme de ce génocide est la diminution de la présence chrétienne au Moyen-Orient : en 1910, les chrétiens représentaient 13,6 % de sa population. En 2010, ce nombre était tombé à 4,2 %. L’appel du gouvernement américain en faveur d’un nouveau partenariat entre le gouvernement et les organisations confessionnelles est un signe supplémentaire que les pays occidentaux prennent conscience de ces réalités, et c’est un pas important dans la bonne direction.

  1. Sur l’expression « analphabétisme religieux », voir le rapport abrégé de l’AED 2016-18 sur la liberté religieuse.

Maroc – Entretien AED L’Église y est « bonne Samaritaine ! »

29.03.2019 in ACN International, AFRIQUE, Maria Lozano, Maria Lozano, Morocco

Maroc
Entretien de l'AED
L'Église est une "bonne Samaritaine"

Apprenons à mieux connaître le pays où le Pape François se rendra fin mars

À l’occasion d’une émission télévisée produite par Aide à l’Église en Détresse (AED), María Lozano a interviewé Mgr Cristóbal López Romero, évêque de Rabat. Salésien de Don Bosco, Mgr López Romero raconte ce que cela signifie de vivre et de travailler dans cet État d’Afrique du Nord.

L’universalité de l’Église catholique est visible en de nombreux endroits où le christianisme est minoritaire, par exemple au Maroc, un pays qui compte 37 millions d’habitants, avec 99,9% de musulmans et seulement 0,08% de catholiques.

Là-bas, une Église petite en nombre, mais grande dans ses activités assume son travail pastoral pour les fidèles catholiques. Mais surtout, elle s’engage en faveur de la frange la plus défavorisée de la population marocaine et des milliers de jeunes d’Afrique subsaharienne qui traversent le désert à la recherche d’un avenir dans une Europe qu’ils idéalisent. C’est là, à la lisière entre l’Afrique et l’Europe, que se rendra Sa Sainteté le pape François les 30 et 31 mars sur invitation du roi Mohamed VI et des évêques du pays qui l’ont convié à Rabat et à Casablanca.

 « L’Église catholique existe bien au Maroc », affirme l’évêque dans un élan de fierté tout au début de l’entretien. « C’est une Église vivante et jeune, riche en grâces et empreinte du désir fervent de témoigner. » Ce pays du Maghreb a deux cathédrales, dont l’une se trouve à Tanger, et l’autre à Rabat. La première date de l’époque du protectorat espagnol, la seconde de celle du protectorat français. L’évêque poursuit dans sa narration : « Dans nos églises, il y a plus de personnes jeunes que de personnes âgées, plus d’hommes que de femmes et plus de Noirs que de Blancs. » Au Maroc, l’Église se compose principalement de fidèles étrangers originaires de plus de cent pays différents. Ils travaillent généralement dans des entreprises qui ont des succursales au Maroc.

Par ailleurs, nombre d’entre eux sont originaires de pays subsahariens, comme le Congo, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Ces chrétiens viennent au Maroc pour y faire des études et trouvent dans l’Église catholique le « cocon spirituel » qu’ils recherchent. Les religieux catholiques qui travaillent dans le pays viennent également de plus de quarante nations différentes. À ce sujet, Mgr López Romero explique « qu’être catholique signifie être universel ». Cette universalité implique que les êtres humains laissent de côté leurs particularités individuelles et se concentrent sur leurs points communs : « Nous nous focalisons sur ce qui est important, ce qui est essentiel. Les différences nous enrichissent, nous nous ouvrons les uns aux autres, et nous percevons les différences comme autant de chances, et non comme des problèmes. »

L’Église est une « bonne Samaritaine »

Questionné sur les raisons pour lesquelles les jeunes gens fuient l’Afrique, Mgr López Romero explique que la majorité des jeunes migrants sont principalement motivés par des raisons économiques. Ils fuient la pauvreté et le chômage, mais beaucoup d’entre eux fuient également la guerre, les combats, les persécutions ou les catastrophes naturelles. Selon l’évêque de Rabat, le problème de la migration des Africains sera difficile à résoudre tant que, « en Europe, on continuera à jeter à la poubelle 30% des denrées alimentaires produites et de vivre dans l’abondance et le luxe » tout en exigeant en même temps que ceux « qui vivent dans la misère se soumettent à leur sort sans rien entreprendre », et tant que la société ne prendra pas conscience de ce comportement. « L’Europe qui protège ses frontières pour ne pas devoir partager ce qui appartient à tous et que l’Europe s’est appropriée, ce qui relève d’un comportement peu chrétien, et même inhumain », s’indigne le religieux. Il rappelle aussi les paroles du Pape François : « Le capitalisme tue ». « Au lieu d’apporter de l’aide, nous devrions payer pour les matières premières que nous exploitons. Faisons le nécessaire pour que les groupes multinationaux payent leurs dettes fiscales ». Il demande que l’Afrique ne soit pas aidée « par des miettes, mais par la justice et des plans de développement ». « Sans amour, nous ne sommes rien, et sans justice, nous sommes encore moins. »

L’évêque revient sur son sujet précédent et poursuit : « Le jeune Marocain est emprisonné dans son propre pays ». En raison de sa situation géographique, le Maroc souffre du fait qu’il n’y a pas de sortie réaliste du pays. Au sud, il y a l’immense désert du Sahara, à l’ouest, l’Océan Atlantique, à l’est, l’Algérie – et la frontière de ce pays est fermée à cause de la guerre. Quant au nord, il y a l’Europe. « Beaucoup de jeunes gens marocains demandent en désignant l’Espagne : Pourquoi peuvent-ils venir ici, et moi je n’ai pas le droit d’y aller ? »

La liberté de culte existe-t-elle au Maroc ?

C’est une vraie question à laquelle sera confronté le Pape François lors de son voyage. Comme le constatait l’AED dans son édition 2018 du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde, le Royaume du Maroc est un État musulman souverain en vertu de sa Constitution. L’article 3 de la Constitution marocaine stipule que « L’Islam est la religion de l’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes. »

Cependant, la Constitution elle-même interdit aux partis politiques d’apporter des modifications législatives ou constitutionnelles contraires à l’islam. En ce qui concerne la liberté de culte, le Parlement européen reconnaît que celle-ci est certes ancrée dans la Constitution marocaine, mais que « les chrétiens et surtout les musulmans qui se sont convertis au christianisme font face à de nombreuses formes de discrimination et ne sont pas autorisés à mettre les pieds dans une église. » En vertu du Code pénal marocain, il est interdit aux non-musulmans de convertir des musulmans ou « d’ébranler leur foi ». La distribution de publications religieuses non islamiques est également soumise à des restrictions de la part des autorités.

 

Par Mónica Zorita et Maria Lozano, ACN-International. Révision française au Canada : Mario Bard, AED-Canada.

29 mars 2019

Philippines – L’Église de Jolo combat les forces du mal – Aide à l’Église en Détresse

11.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, AED Canada, Asie, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Maria Lozano, Maria Lozano, Mario Bard, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines

L’Église de Jolo combat les forces du mal

« Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser».


Une petite ville isolée militairement. Une guerre totale qui se déroule dans la municipalité voisine contre des extrémistes violents. Des familles endeuillées après avoir enterré leurs morts et des blessés en train de se rétablir dans différents hôpitaux, dont certains d’entre eux ont dû être amputés. Et une Église locale, celle du vicariat apostolique de Jolo, qui fait tout son possible pour insuffler de l’espérance à la minorité chrétienne, tandis que les musulmans rassemblent leurs membres pour manifester leur fermeté et redire leur solidarité avec la minorité chrétienne. Le tout, dans un climat de peur et de douleur.

Le plafond suspendu de la cathédrale a été endommagé par la force de l’explosion.

C’est le bilan dressé par la délégation de l’Aide à l’Église en Détresse-Philippines, venue en visite dans la capitale de l’île de Jolo, cette ville appauvrie de la province de Sulu. L’AED a voulu exprimer sa solidarité aux victimes, neuf jours après le double attentat à la bombe dans la cathédrale Notre-Dame du Carmel [27 janvier] dont le bilan final est de 23 morts et de 112 personnes blessées.

Découragement

La nouvelle de l’arrestation des auteurs présumés ne parvient pas à remonter le moral des habitants. Ainsi, le rassemblement préparé pour rendre hommage aux victimes n’a réussi, malgré sa bonne organisation et le haut niveau de sécurité, qu’à rassembler une petite partie de ceux à qui il était destiné, beaucoup de gens ayant préféré rester à la maison. Certaines familles pensent sérieusement quitter Jolo pour toujours, car les attentats sont « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Leur résistance est à bout, après des années de menaces, d’enlèvements, de meurtres et de harcèlement, perpétrés par ce qu’ils appellent « les forces du mal ».

Les « forces du mal », ce sont des extrémistes musulmans, la plupart d’entre eux partisans d’Abou Sayyaf, qui terrorisent les minorités chrétiennes depuis des années. Parmi leurs crimes, il y a l’assassinat de Mgr Benjamin de Jésus en février 1997 dans la cathédrale, celui de deux autres prêtres, le Père Clarétain Roel Gallardo, enlevé, torturé et assassiné en 2002, et le Père Rey Roda, Oblat de Marie Immaculée (OMI), en 2008. Les victimes de la violence ne sont pas seulement des chrétiens ; les terroristes enlèvent aussi des musulmans dans l’intention d’obtenir des rançons pour financer leurs actions.

Des sources interrogées par l’AED désignent comme auteurs du dernier attentat perpétré au siège du Vicariat apostolique de Jolo, des membres d’une faction d’Abu Sayyaf, composée de narcotrafiquants: Ajang Ajang.

Toutefois, le message de l’armée, du gouvernement local, des chefs traditionnels, ou des partenaires laïcs auxquels l’AED rend visite est toujours le même : « la persécution n’est pas commise par des musulmans, mais par une petite minorité d’extrémistes violents ».

Chrétiens et musulmans : rester unis face à la violence

« Aucune balle ou bombe ne peut détruire la relation harmonieuse entre musulmans et chrétiens à Jolo », a déclaré le Père Romeo Saniel, OMI, qui vit sur l’île depuis 18 ans et qui a été nommé administrateur apostolique du Vicariat apostolique de Jolo il y a quelques semaines. En tant que pasteur d’une petite minorité (1% d’une population totale de 120 000 habitants), il est vénéré et admiré par le peuple pour son engagement à assurer une éducation de qualité et un avenir à la jeune génération des Tausugs (groupe ethnique local de Sulu), et pour son courage et sa détermination à toucher le cœur des anciens combattants du Front islamique de Libération Mora.

« La seule façon de parvenir à une paix durable est que les musulmans et les chrétiens restent unis. Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser et de nous isoler du reste du pays », a déclaré Datu Sakul Tan, considéré comme l’homme le plus influent de tout Jolo, patriarche d’un puissant clan politique. L’homme a étudié dans une école catholique et est convaincu de l’importance et de la qualité de l’éducation offerte par l’Église aux habitants.

Le directeur de l’AED-Philippines Jonathan Luciano et le vicaire apostolique Père Romeo Saniel, Oblat de Marie Immaculée (OMI).

Les besoins sont clairement formulés par le clergé et les laïcs. Et même si les forces armées philippines tentent d’éliminer le groupe Abou Sayyaf par la force, tout le monde s’accorde à reconnaître que cela ne peut garantir la paix, car ceux qui meurent seront simplement remplacés par la jeune génération.

Trouver des solutions contre l’extrémisme

Le Père Saniel et Datu Sakul Tan convient qu’il est nécessaire à long terme d’offrir aux jeunes des programmes de prévention de l’extrémisme violent par le biais de l’éducation formelle, de campagnes de sensibilisation, du développement du sport et de la création d’emplois permettant aux jeunes d’assurer leurs moyens de subsistance.

D’autre part, le Père Jeff Nadua, OMI, recteur de la cathédrale, souligne la nécessité de renforcer tout d’abord la communauté chrétienne, avant de réparer la cathédrale. « Nous devons aider nos chrétiens à se remettre de ce traumatisme et à voir tout cela dans la perspective de la foi. Ensuite, nous pourrons concentrer nos énergies sur la reconstruction de la cathédrale qui est gravement endommagée par le double attentat ».

Le directeur national de l’AED aux Philippines, Jonathan Luciano, a effectué une visite de solidarité au vicariat apostolique de Jolo les 4 et 5 février 2019. Il a visité la cathédrale Notre-Dame du Carmel, gravement endommagée, et a parlé avec l’administrateur apostolique, le Père Romeo Saniel, OMI, ainsi qu’avec quelques proches des victimes.

Texte : Frère Reynaldo Bardino et Maria Lozano.

 


 

Des nouvelles de l’AED : Le mensonge « crée une psychose de guerre »

03.08.2018 in Adaptation Mario Bard, AED, Amérique du Sud, Maria Lozano, Nicaragua

Nicaragua

Le mensonge « crée une psychose de guerre »

 

Des sources proches de l’Église du Nicaragua reprochent aux médias leur manque de neutralité et appellent à la prudence ceux qui lisent et entendent des informations sur la grave crise dont souffre les habitants du pays ces derniers mois, en particulier les informations provenant des réseaux sociaux ; dont bon nombre sont mensongères, comme ce fut le cas de la fausse nouvelle publiée la semaine dernière à propos de l’assassinat de l’évêque du diocèse d’Estelí, Mgr Abelardo Mata.

 

« La guerre que nous vivons ici est aussi une guerre médiatique, car c’est dans les médias que l’on débat en grande partie de ce conflit », assurent des sources qui demeurent anonymes par crainte de représailles, et qui se sont entretenus avec l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse. Elles estiment également le fait que « le mensonge, la confusion et l’obscurantisme que nous vivons en ce moment sont presque aussi graves que les balles qui sont tirées, parce qu’ils créent une psychose de la guerre, une psychose de la peur ».

 

Le manque d’impartialité affecte les deux parties au conflit dans ce pays d’Amérique centrale. « Les médias, qui sont des médias gouvernementaux, ne donnent aucune information quand une fusillade implique la police ou les paramilitaires, et s’ils en parlent, c’est en disant que la fusillade est due à des gangs ». Quant à ceux qui sont opposés au gouvernement, ils inventent des canulars et « ne donnent pas non plus d’information quand ils tuent des policiers ou des personnes liées au régime, ou quand ils brûlent les bureaux de la mairie ». Un exemple de cela serait le massacre de trois paysans dimanche dernier parce qu’ils étaient proches du Front sandiniste, un fait « qui n’est pas sorti dans les médias qui ne sont pas sur le front ».

 

Nicaragua, diocese de Managua, diocese de Yangon

De même, selon la source susmentionnée, l’une des préoccupations majeures est la radicalisation des fronts depuis le début du conflit, le 18 avril dernier, lorsque les citoyens ont été appelés sur les réseaux sociaux à rejeter les réformes de l’Institut nicaraguayen de sécurité sociale, qui comprennent une augmentation de la part que les travailleurs nicaraguayens doivent payer, ainsi qu’une réduction des pensions et des retraites. Les affrontements ont éclaté lorsque des partisans du gouvernement du président Daniel Ortega sont sortis pour soutenir les réformes. Depuis lors, la répression et les violences exercées par les forces paramilitaires pro-gouvernementales à l’encontre des manifestants se sont intensifiées.

 

« Il est important de se rappeler qu’il y a 30 ans, au Nicaragua, il y a eu une guerre, et que maintenant les plaies ont été rouvertes et qu’elles deviennent encore plus profondes. C’est de la haine ». Pour cette raison, la chose la plus urgente en ce moment est de créer « des processus de réconciliation, les vrais apôtres sont ceux qui parlent de pardon, de pardon, de pardon ».

 

Le cardinal Mauro Piacenza, président international de l’Aide à l’Église en Détresse, écoutant l’appel lancé par les évêques nicaraguayens dans leur dernier communiqué du 14 juillet, souligne l’importance des campagnes de prière pour le Nicaragua initiées dans différents pays du monde par l’œuvre pontificale AED. « Dans les moments difficiles comme celui que vit actuellement le Nicaragua, les gens voient dans l’Église un grand soutien moral. Il est donc essentiel de soutenir l’Église dans sa difficile mission. La mission principale de l’AED est d’accompagner l’assistance pastorale au moyen de l’information, afin d’attirer l’attention de toute la communauté chrétienne et du monde entier sur ces drames violents et douloureux. Et la prière est aussi un moteur et une force pour tout changement », ajoute le Cardinal Piacenza.

 

Nouvelles de AED – Plus de 4,5 millions de dollars pour 40 projets en Syrie

23.07.2018 in ACN International, Adapted by Amanda Bridget Griffin, Maria Lozano, Moyen-Orient, Pastorale familiale, PROJETS AED, Refugiés, Syrie, Syrie

Aide à l’Église en Détresse

Plus de 4,5 millions de dollars pour 40 projets en Syrie

Hôpital San Luis Hospital, Aleppo. 

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) a accordé un nouveau soutien à plus de quarante projets pour la pastorale ainsi que de l’aide d’urgence en faveur de chrétiens syriens de différents rites. L’AED tente ainsi d’améliorer la situation difficile dont souffrent les habitants du pays, causée par les récentes sanctions économiques, notamment l’embargo commercial sur le pétrole. Dans une rencontre effectuée le 27 juin à l’occasion d’une conférence devant le Parlement européen à Bruxelles, Mgr Joseph Tobji, évêque maronite d’Alep, a mis en garde contre ce genre de restrictions : « Elles tuent le peuple syrien autant que les armes ».

« Cette aide doit servir à reconstruire le pays et à redonner une vie digne »

 

L’archevêque maronite d’Alep, Mgr Joseph Tobji, dans sa cathédrale bombardée, située en plein coeur de la vieille ville.

« Pourquoi des enfants et des malades doivent-ils mourir par manque de médicaments ? Pourquoi des chômeurs, licenciés à cause de l’embargo, doivent-ils mourir de faim ? », a demandé l’évêque aux députés européens.

En réaction à cet appel d’urgence et à d’autres appels similaires lancés par les Églises catholique et orthodoxe locales en Syrie, l’AED a accordé une enveloppe de plus de trois millions de dollars pour assurer la subsistance et les soins médicaux de familles dans la détresse, déplacées dans plusieurs zones du pays, en particulier à Alep et à Homs.

 

Selon Mgr Tobji, la migration constitue un autre grave problème en Syrie. Elle représente « une blessure dangereuse qui continue de saigner ». L’immense vague des migrants forcés comporte évidemment aussi des chrétiens syriens. Si ces derniers formaient déjà une minorité auparavant, ils « vont disparaître maintenant totalement [de Syrie] si la situation engendrée par la guerre ne se termine pas bientôt ». Il ne reste plus qu’un tiers des chrétiens qui y vivaient avant la guerre. Au vu d’un tel taux d’émigration, l’évêque maronite se demande qui pourrait bien reconstruire le pays maintenant. En effet, la Syrie est un pays « sans productivité, sans main-d’œuvre, une société sans vie ». En qualité de « passerelle culturelle » entre l’Occident et l’Orient, les chrétiens jouent un rôle décisif à titre d’élément pacifique et pacifiant au sein de la société syrienne. Selon les prévisions de l’évêque, « si les chrétiens venaient à disparaître, beaucoup de problèmes pourraient surgir, pas seulement pour le pays même, mais aussi pour l’Europe : la Syrie n’en est éloignée que de quelques kilomètres ».

 

 

Que les enfants redécouvrent leur capacité à jouer !

Au cours des prochains mois, l’AED s’est donné comme autre grand objectif de soutenir les enfants et les jeunes gens, qui représentent, en principe, l’avenir du pays. Toutefois, le souci des parents concernant l’avenir de leurs enfants est justement la cause de l’émigration de nombreuses familles chrétiennes. Par conséquent, un quart des projets accordés par l’AED vont l’être au bénéfice de la jeunesse. D’une part, l’AED a débuté plusieurs projets de bourses scolaires, car beaucoup de familles ont perdu leurs maisons et leurs emplois et ne disposent donc plus d’aucun moyen pour assurer l’éducation de leurs enfants. La détresse économique oblige de nombreuses familles à chercher leur avenir en dehors du pays.

Un des projets soutenus par l’AED : Laissez moi vivre mon enfance! Des enfants nés sous les bombes reçoivent un peu de répit, grâce à vos dons et au travail de l’Église.

 

Au fil des prochains mois, ce programme bénéficiera à 1215 élèves et 437 étudiants à Homs, ainsi qu’à 105 étudiants à Damas. En outre, l’AED a donné son accord pour fournir des aides à la scolarisation d’enfants de 300 familles en détresse à Damas ainsi que d’enfants malades et d’orphelins.

 

D’autres projets sont prévus pour l’assistance aux enfants et aux d’adolescents d’Alep, traumatisés au bout de sept années de guerre et de conflits. Beaucoup d’entre eux n’ont jamais quitté la ville au cours des sept dernières années et ne connaissent rien d’autre que la guerre. Ils ont besoin d’aide pour guérir et pour se développer sur le plan spirituel et psychique. Le Père Antoine Tahan, prêtre de l’église arménienne catholique de la Sainte-Croix, a pu convaincre un groupe de jeunes bénévoles de l’épauler dans son initiative « Let me Live My Childhood » (Laissez-moi vivre mon enfance). Le prêtre affirme : « Nous remercions l’AED de ce projet qui doit aider les enfants à se défaire de leurs ‘vêtements d’adulte’, afin de renouer avec les dons irremplaçables de l’enfance. Nous voudrions qu’ils redécouvrent la capacité de jouer, qu’ils redeviennent simplement des enfants ». Par ailleurs, l’AED soutient plusieurs cours d’été pour adolescents, organisés par les Églises catholiques maronite et syriaque orthodoxes d’Alep. Cette ville a certainement le plus souffert de la guerre.

 

Fidèle à son caractère pastoral, Aide à l’Église en Détresse fournira presque un demi-million d’euros pour la remise en état de plusieurs églises et de monastères, notamment les cathédrales maronite et syriaque catholiques d’Alep, ainsi que pour le soutien de la formation de séminaristes et pour la subsistance de prêtres. À ce sujet, l’évêque Mgr Tobji affirme : « L’Église est la première porte à laquelle les gens frappent », pour ajouter : « Cependant, sans le soutien des bienfaiteurs et des organisations et œuvres de bienfaisance de l’Église, comme l’AED », l’Église locale serait incapable d’assurer cet appui. « Ces aides doivent servir à reconstruire le pays et à redonner une vie digne ».

L’évêque maronite d’Alep adresse un appel désespéré à l’Occident : « Faites quelque chose de bien, aidez-nous à trouver la paix. »

Une mission d’aide soutenue par Aide à l’Église en Détresse. Merci de continuer à  nous soutenir, pour l’avenir de cette petite fille! 

 

 

Entrevue AED – Corée : Olympiques terminés, romance achevée ?

01.03.2018 in ACN International, Asie, Corée, Entrevue AED, Maria Lozano, Maria Lozano, Voyagez avec AED

Entrevue AED – Corée 

Olympiques terminés, romance achevée ? 

Comme rarement auparavant, les Jeux olympiques d’hiver à Pyeongchang ont été marqués par la politique actuelle. Maria Lozano s’est entretenue avec Johannes Klausa, directeur du bureau sud-coréen de l’Aide à l’Église en Détresse à Séoul, à propos du fragile rapprochement entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, ainsi que sur la situation des chrétiens. 

 

 

 

ACN-International – Les Jeux olympiques d’hiver viennent juste de s’achever. Certains ont désigné Pyeongchang comme un spectacle historique de l’unité. Quel est votre bilan ?

Johannes Klausa – AED-Corée – Malgré toutes les tensions et tous les problèmes non résolus, l’esprit olympique a réuni pour un bref moment la Corée divisée. Des athlètes sud-coréens et nord-coréens ont défilé ensemble en ouverture des Jeux, derrière un drapeau commun. Il y a même eu une équipe Intercoréenne de hockeyeuses sur glace, constituée au dernier moment, dont le bilan sportif de 28 buts encaissés en cinq matchs n’était certes pas brillant, mais elle a tout de même conquis les médias à l’échelle internationale. En fait, le succès de cette histoire réside dans la formation d’une seule et même équipe. Il y a quelques mois seulement, on se serait plutôt attendu de la part de Pyongyang à recevoir des missiles à l’occasion des Jeux olympiques, et non des athlètes et des « pom-pom girls ».

Johannes Klausa, directeur du bureau coréen de l’AED : « Toutefois, à mon avis, si l’on souhaite sérieusement aboutir à une solution durable et à une véritable modification de la situation sur la presqu’île coréenne, le dialogue, la construction d’une confiance réciproque et la signature d’un traité de paix sont absolument incontournables. »

Croyez-vous que ce rapprochement durera ?

Reste à voir si le rapprochement entre les deux Corées persistera après les Jeux d’hiver et les Jeux paralympiques. D’abord, il y a eu – durant la cérémonie d’ouverture – la poignée de main largement remarquée entre Moon Jae-in, le président sud-coréen, et Kim Yo Jong, la sœur du dictateur nord-coréen, ainsi que la poignée de main non moins remarquable entre le président sud-coréen et Kim Young Nam, de l’Assemblée populaire suprême de Corée du Nord. Certes, tout cela, s’est déroulé sous le regard sceptique de Mike Pence, vice-président des États-Unis, qui a tout fait pour éviter ce genre de gestes conciliants. C’est d’autant plus remarquable et un motif d’inquiétude, qu’avant même l’avènement d’un véritable Printemps coréen, « cette pousse fragile d’un dialogue intercoréen », comme l’expert de la Corée Hartmut Koschyk désignait dernièrement l’approche prudente entre les deux pays, pourrait être « piétiné par la politique trumpiste ».

Qu’entendez-vous par là ? Pensez-vous qu’il y aura à nouveau bientôt des manœuvres militaires et des essais balistiques ?

Malheureusement, on ne peut exclure que cet intermède public, cette romance olympique entre les deux Corées, cesse tout aussi rapidement. On peut aussi douter que, dans un avenir proche, puissent s’instaurer un dialogue sérieux, sinon même des pourparlers directs entre les États-Unis et la Corée du Nord. Les arguments en faveur d’une ligne dure face à la Corée du Nord ne peuvent malheureusement pas être écartés.

Toutefois, à mon avis, si l’on souhaite sérieusement aboutir à une solution durable et à une véritable modification de la situation sur la presqu’île coréenne, le dialogue, la construction d’une confiance réciproque et la signature d’un traité de paix sont absolument incontournables. Un tel traité constituerait enfin une fin formelle de la Guerre de Corée, car jusqu’à présent, ce n’est qu’un armistice. Une solution militaire est d’emblée exclut, ne serait-ce qu’en raison du nombre de victimes auquel il faudrait s’attendre, autant en Corée du Nord qu’en Corée du Sud ; elle ne doit pas constituer une option sérieuse. Par ailleurs, j’espère que les canaux de communication Intercoréens, rouverts depuis les Jeux, le resteront, et ce, même si la flamme olympique est maintenant éteinte, et qu’en coulisses, on aura peut-être même réussi à poser des jalons vers un meilleur avenir. Dans ce cas, les Jeux olympiques auront vraiment apporté une issue afin de se sortir d’une situation qui était précédemment figée.

En 2015, une délégation de l’AED s’était rendue constater par elle-même ce que représente la zone démilitarisée entrer les deux Corées. Au centre, le Cardinal Piacenza, président de l’AED et à l’extrême droite, l’assistant ecclésiastique international, le père Martin Barta. 

À votre avis, parmi les événements des dernières semaines à Pyeongchang, quels sont ceux dont la population nord-coréenne s’est rendu compte ?

D’ici, il est à presque impossible d’évaluer si et dans quelle mesure la population nord-coréenne a appris quoi que ce soit sur ces événements. Tout comme il faut généralement considérer avec une extrême prudence toute affirmation sur la situation actuelle en Corée du Nord.

Même si les informations sont très parcimonieuses, nous savons que, par le passé, les opposants politiques ainsi que les chrétiens ont subi des choses horribles. Que pouvez-vous nous dire sur la situation des chrétiens dans ce pays ?

Au début des années 1950, le régime nord-coréen a commis des crimes horribles contre les chrétiens, par exemple les martyrs de Tokwon : la documentation sur le sujet existe et abonde. Je pense que nous connaissons tous aussi les récits déchirants de Nord-Coréens qui ont réussi à s’enfuir, ainsi que les rapports et classements des différentes organisations non gouvernementales au sujet des États christianophobes. Néanmoins, je n’ose pas m’avancer sur ce qui se passe actuellement en Corée du Nord. Je suppose toutefois fortement que l’idéologie de l’État et la propagande, imposées depuis maintenant trois générations, ont largement évincé et remplacé la foi chrétienne. En outre, je crains qu’entre-temps, l’enseignement autant que le symbolisme chrétien soient devenus totalement étrangers à la majorité des Nord-Coréens. Il n’est pas exclu qu’en secret, dans le cercle restreint de la famille, une petite flamme de la foi ait été transmise et ait survécu. À l’époque, Pyongyang était surnommée la « Jérusalem de l’Est ». Aujourd’hui, il n’y existe plus que quatre églises officielles, dont les directeurs et fidèles doivent en tout premier lieu prouver tous les jours qu’ils sont des citoyens et des patriotes fidèles. Sinon, ils ne pourraient même pas vivre dans la capitale. Nous ne pouvons cependant pas voir ce qui se passe dans leurs cœurs. Qui sommes-nous pour nous donner le droit de juger de leur foi ? Pour autant que je sache, certains membres des communautés de Pyongyang avaient déjà été baptisés avant la séparation des deux Corées.

Avec différentes délégations de l’AED, vous vous êtes aussi rendu directement à la frontière Intercoréenne et dans les baraques bleues de Panmunjeom, au sein de la zone démilitarisée, où la Corée du Nord et la Corée du Sud se rencontrent pour mener des négociations et où se situe la frontière entre les deux pays.
Quelle a été votre impression ? 

Vue d’une partie de la zone démilitarisée entre les deux Corées.

 

À chaque fois, c’est un moment chargé d’émotions pour moi. J’ai eu l’occasion de pouvoir visiter les deux côtés de ce site. Côté nord et côté sud, ces endroits sont placés sous la direction d’hommes coréens sympathiques vêtus d’uniformes, certes différents, mais qui présentent beaucoup de similitudes en de nombreux points essentiels. Les jeunes soldats qui s’y font face jour après jour, sont des frères qui ne se connaissent plus et ont été entraînés à se haïr mutuellement. À chacune de mes visites dans cette zone frontalière, j’en prends douloureusement conscience.

 

Depuis fin 2015, l’AED travaille officiellement en Corée du Sud. Comment ce travail est-il accueilli dans le pays ? Auquel des deux pays accordez-vous actuellement le plus attention ?

Le bureau de l’AED en Corée est encore relativement jeune, mais l’histoire commune de l’œuvre de bienfaisance et de la Corée remonte au début des années 1960. Notre fondateur, le Père Werenfried van Straaten, s’est rendu plusieurs fois en Corée du Sud alors que le pays était encore en ruines après la guerre. Il a amassé des fonds en Europe, notamment pour la Corée, qui ont permis au pays et à l’Église d’ici de remonter la pente. C’est cela que j’essaye de rappeler aux Coréens. De par leur propre histoire, ils se souviennent encore très bien de la pauvreté, de la guerre et de la persécution. Ils peuvent donc s’identifier facilement avec la souffrance de l’Église d’aujourd’hui. Par ailleurs, et à juste titre, ils sont fiers de l’évolution de leur pays et d’être parvenus à passer du titre de bénéficiaire de l’aide à celui de bienfaiteur. L’année dernière, j’ai surtout parlé des projets de l’AED en Irak, au Liban, au Pakistan et au Nigéria. Ici, nous abordons en profondeur le sujet de ces pays, ainsi que la situation insupportable en Syrie. En cette période de Carême, nous portons en outre un regard particulier sur l’Inde. Le Saint-Père a invité les fidèles coréens à prier en particulier pour leurs frères et sœurs dans la foi en Asie et à être une lumière pour eux. L’AED Corée peut et désire les y aider.

Galmaemot, site du martyr de chrétiens en 1866, devint officiellement un lieu sacré en 1925. 


 

Entrevue AED – Venezuela Appel des évêques au gouvernement

25.05.2017 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Maria Lozano
Photo: María Alejandra Mora (SoyMAM)

Entrevue AED – Venezuela
Appel des évêques au gouvernement

Lors d’une visite au siège international de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), l’archevêque de Mérida au Venezuela, S.E. le cardinal Enrique Porras, a accordé un entretien à María Lozano du Service de l’information, concernant les conditions de vie extrêmement graves dans son pays. Il a souligné la situation terrible que subit la population à cause du manque de médicaments et de nourriture. Il a également parlé de la Journée de prière pour la paix au Venezuela, qui s’est déroulée dimanche dernier, 21 mai.

Au cours des dernières semaines, la conférence épiscopale vénézuélienne a publié deux messages concernant les graves événements et les violents affrontements politiques qui ébranlent actuellement le pays. Elle appelle les Vénézuéliens « à refuser toute expression de violence et à respecter les droits de tous les citoyens. » La conférence épiscopale souligne également l’obligation inscrite dans la Constitution nationale « de garantir la possibilité de protestations civiles et exemptes de violence ». Dans leur dernier message du 5 mai, les évêques qualifient les décisions récentes du gouvernement Maduro et du Tribunal suprême de justice comme « erronées » et « inutiles ». Ils demandent « de ne pas modifier la Constitution, mais de la respecter. » Le gouvernement doit maintenant se concentrer sur les problèmes actuels du pays, notamment la pénurie de « denrées alimentaires et de médicaments » et le manque « de liberté, de sécurité personnelle et juridique ainsi que de paix ».

Mgr Porras est l’un des signataires de ces messages et président d’honneur de la conférence épiscopale. Il a expliqué à AED la nécessité de ces déclarations de la part de l’Église au Venezuela, qui doit assumer un « rôle responsable ». Il décrit ce rôle comme une « sorte de mission subsidiaire allant au-delà de ce qui s’avérerait indispensable en d’autres circonstances ». Actuellement, « les gens subissent des mesures répressives lorsqu’ils ne sont pas d’accord avec la politique officielle ou expriment une autre opinion : menaces, amendes, peines de prison, expulsions », affirme l’évêque. « D’un point de vue extérieur, le climat social actuel est à peine compréhensible. La marge de manœuvre diminue de plus en plus. Ici, tout est actuellement unidimensionnel. »

Dans ce contexte, l’archevêque de Mérida considère comme particulièrement grave le manque de respect face au droit au pluralisme : « Il s’agit d’imposer un système où ne s’applique rien d’autre que l’opinion officielle. Les autres n’ont pas le droit d’apparaître. Par exemple, lorsqu’une manifestation est prévue, on organise immédiatement une manifestation parallèle, le même jour et à la même heure. Ce qui compte, c’est de montrer nettement qui est le plus fort. » Mgr Porras déplore en outre que « le discours autour de la lutte des classes » soit poursuivi au Venezuela. « L’un parvient à ses fins grâce à la haine envers l’autre. Il s’agit du discours militariste axé sur la maxime ‘‘qui n’est pas avec moi, est contre moi’’. La seule chose qui compte, c’est d’éliminer l’ennemi. Cette attitude a déchiré la coexistence et le tissu social. »

L’archevêque ne nomme jamais le président actuel, Nicolás Maduro. Mais la responsabilité du gouvernement est clairement sous-entendue lorsqu’il souligne que les racines du problème se situent bien plus loin dans le passé : « Les 18 années du gouvernement de Chávez d’abord et de Maduro ensuite sont aussi le résultat d’une dégradation entamée durant les années précédentes. Le Venezuela doit sa croissance au pétrole. Le pays a grandi sur le plan économique et au niveau de son infrastructure. Mais la classe dirigeante a oublié le peuple à cause de la croissance accélérée. En effet, il ne s’agissait que d’un don de la nature, pas du résultat des efforts fournis à travers le travail. Les gouvernants ont fait beaucoup de choses, mais ils ont oublié les êtres humains. C’est pour cette raison que plus tard, le discours ‘messianique’ a été accepté avec enthousiasme. »

Aide humanitaire : « nous rencontrons des obstacles »

Le cardinal de 72 ans, originaire de Caracas, critique ouvertement « la concentration de tous les pouvoirs au sein du gouvernement. Ceci a engendré l’impunité et la corruption ». Une clé du problème réside aussi dans le fait de toujours vouloir rendre les autres responsables de tout ce qui est mauvais. « Cela se répète sans cesse : tout ce qui est mauvais est dû aux autres. Ou alors, on compare avec les temps passés. C’est un comportement d’adolescents ! Par exemple, lorsqu’on souligne qu’il existe aujourd’hui des prisonniers politiques au Venezuela, la réponse est qu’il y en avait également dans le passé. Toutefois, c’est maintenant que nous avons les problèmes, en particulier la pénurie de denrées alimentaires et de médicaments ainsi que le manque de sécurité. »

Ce sont les trois problèmes qui causent le plus de soucis à l’archevêque. Son visage reflète d’ailleurs bien ces préoccupations : « J’ai été obligé d’enterrer un prêtre de 35 ans qui a été victime d’une hémorragie cérébrale. Selon les médecins, il aurait pu être sauvé si nous avions disposé d’un médicament, qui n’était pourtant pas exceptionnel. Mais nous ne l’avions pas. Voilà pourquoi il est mort. Ce sont des choses qui arrivent tous les jours. En effet, nous n’avons même pas les soins de base pour assurer les interventions chirurgicales, pour les accidents, pour les personnes âgées ou les bébés qui, en règle générale, ont besoin de médicaments un peu particuliers. »

Officiellement, « tout cela est nié. Il n’est pas accepté qu’il soit question d’aide humanitaire. Car selon des déclarations officielles, nous avons tout ce qu’il nous faut. Un voyageur qui se rendra au Venezuela pourra constater que ce n’est pas le cas. Et si quelqu’un l’affirme, il se rend suspect d’être partisan d’autre chose. » Le cardinal Porras, qui est également directeur de Caritas Venezuela, remercie la communauté internationale du soutien accordé. Toutefois, au Venezuela même, il se heurte « à un mur. Il est très difficile de construire un pont afin que les aides parviennent à destination. Car nous rencontrons des obstacles. » Les médias jouent également un rôle important dans ce conflit intérieur. Les batailles politiques sont devenues des luttes dans les médias : « Lorsque je dis ‘il n’y a pas de médicaments ici’, il apparaît tout de suite une photo de médicaments, avec comme légende : ‘Ce n’est pas vrai, regardez donc ici’. Et cela arrive pour tout ce que vous prenez, avec les denrées alimentaires, avec la sécurité intérieure, etc. »

Photo: María Alejandra Mora (SoyMAM)

Famille, diversité et consensus menacés :
« L’Église tente de les défendre ». 

Lorsqu’on parle de solutions surgit la question du dialogue. Mais le peuple serait-il écœuré par cette solution ? « De nos jours, parler de dialogue au Venezuela est presque considéré comme une insulte parce que les expériences [précédentes] sont terribles. Le dialogue a été utilisé seulement pour faire une mise en scène pour les photos. Jamais il n’a été question des véritables problèmes, ils n’ont pas été résolus. Pour cela, il est nécessaire que l’autre t’accepte comme interlocuteur. » Voilà pourquoi l’archevêque maintient que pour entamer un véritable dialogue, une deuxième facette est incontournable : « Respecter les accords. Il y avait une offre véritable de respecter les accords, mais ils n’ont jamais été respectés. C’est ce qu’évoquait le cardinal Parolin, secrétaire d’État, dans un message rédigé en décembre 2016. Il y écrivait qu’il ne pouvait pas y avoir de dialogue tant que les accords conclus n’étaient pas respectés. »

C’est peut-être la raison pour laquelle le cardinal parle plutôt de consensus et de pluralisme, au lieu d’utiliser la notion usée et manipulée de dialogue : « La discussion ne fait pas partie de notre culture. Je vous donne un exemple : pour assister à un match de baseball – le sport le plus populaire dans notre pays –, les gens s’y rendaient de préférence avec un supporter de l’autre équipe. Ils s’amusaient plus ainsi. Ce caractère amical s’est maintenant évaporé. Aujourd’hui, tout est politique, on ne peut plus qu’être soit pour, soit contre. La vie est très variée, et maintenant, tout tourne autour de la politique. La famille, la diversité, le consensus sont menacés. L’Église tente de les défendre. »

Conferencia Episcopal de Venezuela

C’est pourquoi le cardinal demande à la communauté internationale de « tenter de se procurer une information réelle et récente, pour ne pas se laisser duper par des mensonges. » Il demande également des prières et du soutien. « Il est compréhensible que chacun soit préoccupé par ses propres soucis quotidiens, mais nous vivons dans un univers mondialisé. Et, en tant que croyants, ceci nous concerne d’autant plus. Au Venezuela, nous avons besoin de la prière comme force intérieure qui empêche que l’espérance et la joie nous soient volées. Les difficultés sont là pour être surmontées, pas pour nous faire pleurer. »

Une Journée de prière a été proposée par la conférence épiscopale dimanche dernier (21 mai), « Pour la fin de la violence et de l’oppression exercées par l’État ainsi que pour la recherche de voies propices à l’entente et à la réconciliation. »

Selon le cardinal Porras, le contact avec l’Église universelle donne du courage. « Ce contact fait croître en nous le souhait de surmonter les difficultés. Il nous incite à continuer à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nos frères et sœurs. J’aimerais vous raconter encore une chose : parmi les médicaments que nous avons eu la chance de recevoir malgré tout à Mérida, il y avait également de petites boîtes avec une inscription en arabe et en anglais. Surpris, j’ai demandé d’où venaient ces médicaments. Ils nous avaient été envoyés par des chrétiens d’Égypte. Lorsque quelques jours plus tard, les chrétiens de ce pays ont été victimes d’un attentat, j’ai été profondément ému et je me suis senti intensément attaché à ce pays. Dans la solidarité samaritaine, nous donnons le meilleur de nous-mêmes sur le plan matériel et spirituel. »

 


 

Violence à Népal: les catholiques ont peurs

05.05.2017 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Maria Lozano, Nepal, Persécution
Deux jours après les fêtes de Pâques, un incendie criminel a fait des dommages importants dans le complexe formé par l’église de l’Assomption.Ici, les dégâts dans le garage.Crédit: Kashish Das Shrestha and Sudhir Bhandari 

Népal

les catholiques ont peurs

La petite communauté catholique du Népal craint de nouveau une flambée de violence contre elle, après une attaque contre le complexe abritant l’église de l’Assomption, qui sert de cathédrale au vicaire apostolique du pays.

 

Un incendie criminel a partiellement endommagé le presbytère de l’église de l’Assomption, la cathédrale du vicariat apostolique du Népal, située en banlieue de Katmandou. Les dommages n’ont été que matériels, mais pour le vicaire général, le Père Silas Bogati, cet incident « a blessé la petite communauté catholique qui a peur. Nous avons confiance en Dieu, mais cet événement est un appel à la prudence ».

 

Photo de la vierge et de Jésus Jardin devant le complexe formé du presbytère et de l’église de l’Assomption qui sert de cathédrale pour le Vicariat du Népal.

Cet attentat survient alors que la situation politique est très délicate dans le pays, où l’on se prépare aux prochaines élections locales le 14 mai prochain, les premières qui auront lieu au Népal depuis près de 20 ans. Elles seront suivies d’élections législatives en janvier 2018.

Les événements sont survenus à trois heures du matin le 18 avril dernier. Au cours d’une entrevue avec l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse, le père Silas a raconté qu’au moins trois personnes étaient entrées dans les lieux et avaient utilisé de l’essence pour mettre le feu à deux motos et une voiture garée dans le complexe. Ils ont également arrosé d’essence les murs et la porte de l’église, qui ont subi de graves dommages. Le presbytère se trouve aussi dans ce complexe. Dix personnes y sont logées, mais « Dieu merci, le véhicule incendié n’a pas explosé pendant l’évacuation des habitants, sinon cela aurait été une catastrophe. Le bâtiment a été gravement endommagé par le feu, mais personne n’a été blessé ».

 

 

Photo d’un camion endommagé : Camion endommagé dans l’attaque contre des catholiques du Népal. Crédit: Kashish Das Shrestha and Sudhir Bhandari

Motifs encore inconnus

Interrogé sur les motifs et les auteurs de l’incendie criminel, le Père Silas s’est montré très prudent : « Nous ne savons pas encore qui est derrière tout cela, et nous ne connaissons pas les motifs de l’attentat ». La police mène l’enquête et tente en ce moment d’identifier les trois personnes qui ont été aperçues sur les caméras de sécurité. « Une fois qu’on en saura plus sur les auteurs du crime, on pourra connaître les motifs, mais pour l’instant on ne peut que spéculer », a indiqué le prêtre.

Le prêtre népalais reconnaît que les catholiques se sentent parfois discriminés. « Bien que nous soyons citoyens népalais, nous sommes traités comme des étrangers par le simple fait d’être chrétiens. Malheureusement, certains pans de la société manifestent de l’hostilité envers les communautés chrétiennes ». Le Père Silas ajoute cependant qu’en général, ils ont « de très bonnes relations avec le voisinage, la plupart des gens étant très ouverts et prévenants avec nous. En fait, les voisins ont été les premiers à aider les victimes et ils ont appelé la police. Ceux qui se comportent autrement sont un petit groupe ».

 

Photo d’un édifice brûlé : une partie du complexe, endommagé par l’incendie criminel. Crédit: Kashish Das Shrestha and Sudhir Bhandari

Ce n’est pas la première fois que la petite communauté catholique du Népal subit des attaques : en mai 2009, une bombe a explosé dans la cathédrale au moment précis où le Père Silas célébrait une messe, tuant trois personnes et causant plus d’une douzaine de blessés. « Ce fut le moment le plus triste de ma vie. Nous n’avions jamais pensé que quiconque pouvait attaquer un lieu sacré de prière. J’ai été très traumatisée après l’événement ». À l’époque, l’attaque a été revendiquée par le groupe fondamentaliste hindou Nepal Defence Army (Armée de défense du Népal).

« Après cet événement, nous avons connu quelques années de paix, mais la récente agression est un appel à la prudence. Bien sûr, en fin de compte, c’est Dieu qui protège, mais nous devons étudier les moyens de renforcer nos mesures de sécurité et d’améliorer la protection de la Communauté », explique le vicaire général au cours de la conversation téléphonique.

 

Marché de fruits et légumes dans les rues

Une Église très active

L’Église catholique est une petite minorité, mais très active sur les questions de développement et d’aide sociale, explique le prêtre : « Ces jours-ci, nous faisons justement mémoire et nous prions pour les victimes du violent tremblement de terre de magnitude 7,8 qui a dévasté le Népal il y a exactement deux ans, le 25 avril 2015. L’Église catholique est engagée dans un grand travail de reconstruction dans la région, avec la construction de 5 000 logements pour les victimes et le rétablissement du réseau d’eau potable, et des projets en matière de développement pour le voisinage. Cette aide bénéficie à de nombreuses personnes, indépendamment de leur appartenance religieuse. Nous allons la poursuivre, parce que notre vocation est d’aider les plus démunis, comme aujourd’hui les victimes du tremblement de terre ».

Selon le Rapport sur la liberté religieuse, publié par Aide à l’Église en Détresse en novembre dernier, le nombre de catholiques dans le vicariat apostolique du Népal est de 8 000 fidèles ; les Églises évangéliques et pentecôtistes sont beaucoup plus présentes.

On y indique également que la jeune République fédérale démocratique du Népal, autrefois Royaume hindou, a adopté le principe de laïcité de l’État en 2007, un an après l’abolition de la monarchie et après une décennie de guerre civile entre les forces gouvernementales et la guérilla maoïste. Présentement, la pression exercée par les partis pro-hindou est très forte. Cette circonstance, ajoutée à d’autres difficultés – en particulier celles liées à la mise en place des frontières intérieures entre les sept provinces –, a rendu pratiquement impossible que les membres de l’Assemblée constituante en arrivent à un accord. Après le tremblement de terre du 25 avril 2015, c’est sous la pression de la population que les principaux partis parlementaires se sont finalement entendus, en août de la même année, en adoptant un accord considéré comme « historique » par tous les népalais. Le 16 septembre 2015, l’Assemblée constituante du Népal a enfin adopté une Constitution, mettant un terme à un processus délicat qui avait débuté huit ans plus tôt. Le nouveau texte affirme la laïcité des institutions népalaises tout en restreignant considérablement la liberté religieuse.

Les élections du 14 mai prochain vont marquer une étape cruciale dans la mise en place des nouvelles institutions républicaines prévues par la Constitution. C’est pourquoi le Père Silas invite la communauté internationale et AED à « prier pour les catholiques, mais aussi pour tout le pays, afin que le processus politique des prochaines semaines se déroule dans la paix et apporte au pays la stabilité tant désirée.»

 

 

Texte par Maria Lozano, AED International
Adapté par Mario Bard, bureau canadien

 

Communiqué – Urgence pour les enfants d’Alep

13.03.2017 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Maria Lozane, Maria Lozano, Maria Lozano, Syrie, Voyager avec l'AED, Vues D'ailleurs

Une goutte de lait

Urgence pour les enfants d’Alep

 

Avec ses partenaires locaux, dont le gastro-entérologue québécois d’origine syrienne Nabil Antaki, Aide à l’Église en Détresse (AED) continue le travail qu’elle effectue depuis le début de la guerre en Syrie : le soutien aux familles chrétiennes d’Alep. Une nouvelle urgence est de continuer à fournir du lait aux enfants.

 

Le projet appelé Une goutte de lait vise à assurer que, chaque mois, les enfants chrétiens d’Alep de moins de dix ans reçoivent du lait. Sans notre aide, le programme actuel mis en œuvre depuis mai 2015 va disparaître.

Du lait spécialement pour les nouveaux-nés.

 

Pourtant, c’est le seul qui aide tous les chrétiens, indépendamment de leur rite ou de l’Église à laquelle ils appartiennent. Le docteur Nabil Antaki est resté auprès de la population pendant les bombardements et coordonne maintenant Une goutte de lait. Il nous a demandé de l’aide pour que ce programme essentiel soit maintenu. « Chaque mois, nous distribuons du lait à environ 2 850 enfants : 2 600 enfants reçoivent du lait en poudre, et 250 reçoivent du lait spécial pour nourrissons. Les bébés non allaités par leur mère reçoivent un lait qui leur est spécialement destiné. Le nombre total de bénéficiaires varie chaque mois en fonction du nombre de naissances et de l’émigration des familles », explique le docteur Antaki.

 

Situation toujours extrême…

 

Bien qu’Alep soit calme et que les combats dans la partie orientale aient cessé, les conditions de vie y sont épouvantables : 80 % de la population d’Alep a été déplacée et 70 % vivent en dessous du seuil de pauvreté. Le nombre de familles ayant besoin de colis d’aide alimentaires a considérablement augmenté, en partie parce que plusieurs familles reviennent lentement pour voir ce qui reste de leurs maisons.

Des gouttes de lait qui font la différence.

 

Les destructions et l’impact sur les infrastructures sont importants et les besoins sont énormes : nourriture, combustible pour le chauffage, eau et électricité : tout manque. Et bien sûr, le lait pour les enfants.

 

Georgina, mère de trois enfants, explique à l’AED combien ce projet est important pour elle et sa famille : « Myriam a dix ans, Pamela a six ans. Nous faisons partie des bénéficiaires du projet Une goutte de lait. Myriam et Pamela reçoivent chacune un kilo de lait en poudre par mois. La santé de Pamela était critique parce qu’elle avait été touchée par des éclats de bombe dans le dos. Maintenant qu’elle récupère, elle a besoin de lait pour se renforcer. Ce projet est très important pour moi et ma famille, et je tiens vraiment à ce qu’il continue ».

 

Les enfants d’Alep ont déjà été privés d’une enfance paisible et épanouissante. Il ne faudrait pas qu’ils soient privés du lait nécessaire à leur croissance et à leur santé. L’AED a donc assuré le docteur Antaki de notre aide aux enfants d’Alep.

 

 

Aide à l’Église en Détresse donnera 27 188 dollars par mois
pendant toute l’année 2017, soit un total de 326 256 dollars.

 

Pour donner immédiatement aux enfants d’Alep,
plusieurs façons :

Au téléphone : 514-932-0552 OU au 1-800-585-6333, poste 227

Sur le site internet :

 

 

 

 

Par la poste :

Aide à l’Église en Détresse
Programme Une goutte de lait
C.P. 670, Succ. H
Montréal, Québec
H3G 2M6

Au nom des enfants d’Alep et du Dr Antaki, merci !

Texte: Mario Lozano, ACN International
Adaptation française: Mario Bard, Aide à l’Église en Détresse Canada.


 

 

 

 

Un plan Marshall pour l’Irak : reconstruction des villages chrétiens de la plaine de Ninive

10.02.2017 in Adaptation Mario Bard, AED, Irak, Maria Lozano, Mario Bard, Voyager avec l'AED

Un plan Marshall pour l’Irak :

 

reconstruction des villages chrétiens de la plaine de Ninive

« L’espoir revient dans la plaine de Ninive », rapporte le père Andrzej Halemba, expert du Moyen-Orient pour Aide à l’Église en Détresse, après son retour d’une mission d’observation dans les villages chrétiens irakiens libérés en novembre dernier de l’emprise de l’État islamique. Le Père déclare que « malgré les nombreuses questions urgentes qui doivent être clarifiées, les gens sont prêts à retourner dans leurs villages ».

Interrogé sur la nature de ces « questions urgentes », le Père Halemba fait référence au problème de l’appropriation illégale de maisons abandonnées, à une enquête sur le prétendu usage d’armes chimiques lors de la destruction des maisons chrétiennes et, concernant les familles chrétiennes qui envisagent de rentrer chez elles, à la peur permanente causer par le manque de sécurité et la violence de combattants isolés, en plus de fondamentalistes qui ne veulent pas voir revenir les chrétiens.

 

Afin de constater l’ampleur des destructions, le Père Halemba a visité tous les villages chrétiens reconquis et libérés du joug de Daech. Il a rapporté que « la plupart des maisons ont été inspectées au moins une fois par leur propriétaire, parce qu’ils voulaient voir ce qui était arrivé à leurs biens ». Depuis novembre 2016, il perçoit un changement majeur dans l’attitude des personnes déplacées : « En novembre, nous avons réalisé une première enquête pour savoir si les gens voulaient retourner dans leurs villages. Nous avons constaté qu’ils avaient encore trop peur parce que les combats se poursuivent sans relâche à Mossoul, mais aussi en raison de terroristes qui seraient encore cachés dans la région.

Voyage en Irak, décembre 2016. Une statue de Notre-Dame décapitée et prise pour cible de tir par l’ÉI. La statue est située la chapelle de côté de l’église Mar Quryaqus (Qeryaqos), à Batnaya

Enfin, ils étaient préoccupés à cause de l’éducation des enfants. Les conclusions de cette première enquête d’AED nous ont montré qu’à peine 1 % des personnes voulaient revenir chez elles. Maintenant, lors de ma récente visite à Alqosh, on m’a dit que plus de 50 % des déplacés se disaient prêts à retourner chez eux. Et ce nombre ne cesse d’augmenter. »

Un « plan Marshall » en Irak!

Concernant le programme de soutien d’AED pour les six prochains mois, le Père Halemba a détaillé les défis actuels auxquels l’œuvre de charité doit faire face en soutenant les familles chrétiennes déplacées à Erbil, jusqu’à leur rapatriement : « Nous devons aider ces réfugiés — surtout maintenant durant le froid hivernal — à survivre, jour après jour. Cela signifie que nous devons poursuivre notre aide avec des paniers alimentaires pour plus de 12 000 familles ainsi que pour des logements », explique le père Halemba.

« On nous a demandé d’augmenter notre allocation de logement pour payer les loyers. Jusqu’à présent, nous avons soutenu le loyer de 641 maisons, l’équivalent de 1800 familles. Aujourd’hui, plus de 5 000 familles qui vivent dans plus de 3 000 maisons nous demandent de les aider. C’est un immense défi. »

Irak: distribution de nourriture, 21 mai 2106 – l’Archevêque Bashar Matti Warda à droite, et le père Andrzej Halemba, responsable de projet pour AED

Quand on parle d’espoir pour l’avenir, le Père Halemba regarde vers le passé pour exhorter la communauté internationale « à lancer un nouveau plan Marshall ». Initié en 1948 par les États-Unis, ce programme a permis de rétablir la stabilité économique en Europe. « Pour évaluer correctement la situation, l’une des premières étapes essentielles consiste en une évaluation initiale de l’ampleur de la destruction », explique le père Halemba. « Aide à l’Église en Détresse soutient des groupes chrétiens sur place pour effectuer une évaluation professionnelle. Des milliers de photographies avec des milliers de descriptions des destructions sont rassemblées et dotées d’une estimation des coûts de reconstruction. À l’aide d’images satellites, l’équipe identifie chaque maison dans chaque village reconquis et libéré de Daech de la plaine de Ninive. Les maisons dont nous parlons appartiennent à des membres de l’Église syriaque catholique, de l’Église syriaque orthodoxe et de l’Église chaldéenne. Certains villages sont mixtes. Nous parlons d’une dizaine de villages. »

La prochaine étape prévue est la poursuite de l’enquête entamée en novembre 2016. Son objectif est de connaître les intentions de retour d’au moins 1 200 familles chrétiennes déplacées qui ont trouvé refuge à Ankawa. Sur la base de ces deux documents — l’évaluation des destructions et l’enquête sur les intentions de retour –, l’œuvre pontificale encourage la création d’un comité spécial pour superviser un vaste plan Marshall qui pourrait faciliter le retour des déplacés.

Voyage en Irak, Décembre 2016, à la tombe de Sainte-Barbara, dans l’église du même nom.

Une mission immense

Le Père Halemba évoque plusieurs sujets : « Il doit inclure une synthèse des rapports sur la destruction, la création d’un comité local et un programme de collecte de fonds pour la reconstruction des villages. AED encouragera bien entendu la reconstruction. Toutefois, nous devons coopérer avec d’autres organismes de bienfaisance, il est impossible de gérer cette mission seul. Ensuite, les questions juridiques doivent être considérées », explique le père Halemba.

« Cela inclut, par exemple, le droit à la pleine citoyenneté des chrétiens d’Irak et l’implication du gouvernement irakien dans la reconstruction. Le gouvernement devrait être responsable de la création de structures et d’emplois, mais aussi veiller à garantir la sécurité des chrétiens dans leurs villages. Au vu des expériences horribles qu’ils ont faites dans un passé récent, c’est d’une importance décisive. Il faut également attirer l’attention à l’échelle internationale sur ce plan Marshall pour la plaine de Ninive, et s’assurer du lancement des programmes d’aide correspondants. Finalement, il est très important de documenter correctement la destruction et la violence des persécutions, afin que les gens puissent retrouver, d’une certaine manière, un sentiment de justice et de paix, et soient assurés que cela ne se reproduise jamais plus. »

Le temps joue contre le Père Halemba. Il estime que les premières semaines du mois de février seront cruciales pour la planification des projets de l’œuvre de bienfaisance : « Nous pensions que les premières familles retourneraient chez elle en juin et que l’AED devrait être préparé à les aider. Mais selon les dernières informations, certaines familles ont décidé de retourner dans leurs villages déjà maintenant, en hiver, en dépit de la dureté des conditions hivernales et des infrastructures très mauvaises ou même détruites. Nous devons voir si nous pouvons réorienter une partie de nos fonds d’aide prévus pour Erbil pour en faire une “aide au démarrage” pour la plaine de Ninive. Ces personnes font aussi confiance à l’Église — elles la considèrent comme un symbole de sécurité et de stabilité, et l’AED doit aider les religieuses et les prêtres à retourner chez eux avec leurs troupeaux. L’AED doit soutenir ces personnes dans ce moment historique et décisif pour les chrétiens d’Irak. »

Depuis 2014, l’AED a soutenu les chrétiens d’Irak avec 26 millions d’euros destinés à des projets d’aide d’urgence, l’éducation scolaire, des aides alimentaires et des moyens de subsistance pour les personnes déplacées.

Entrevue : Maria Lozano, ACN-International
Adaptation : Mario Bard, AED Canada