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Info AED – Covid-19, une occasion de paix manquée

29.06.2020 in Amélie de la Hougue, liberté religieuse, MONDE, PAIX, Pape François

AED Information
Covid-19, une occasion de paix manquée

Par Amélie de la Hougue, AED France
Mise en ligne le 29 juin, 2020

Il y a plus de deux mois, l’Onu lançait un appel pour un cessez-le-feu mondial, visant à se concentrer sur la lutte contre la COVID-19. Six jours après, le pape reprenait cet appel.  L’Aide à l’Église en Détresse (AED) a contacté des responsables d’Église sur le terrain des pays en conflit pour savoir ce qu’il en était. Bilan : en dépit de la COVID-19, la guerre et de la terreur continuent. Tour d’horizon au Cameroun, en Syrie, aux Philippines, en Ukraine, au Nigeria, en Irak, au Mexique et en Centrafrique.

Philippines – 2018

« La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie » déclarait le 23 mars 2020 Antonio Guterres, le secrétaire général de l’Onu. « L’heure est venue de laisser les conflits armés derrière nous pour concentrer nos efforts sur le véritable combat de nos vies », a-t-il déclaré. Espérant que confrontés à une maladie qui frappe indistinctement toutes les nations, les hommes en prendraient conscience. Reprenant cet appel dimanche 29 mars,
le pape François demandait « la création de couloirs pour l’aide humanitaire, l’ouverture à la diplomatie et l’attention envers ceux qui se trouvent dans une situation de grande
vulnérabilité ».

 

Ukraine de l’est

Une opportunité pour retrouver la paix ?

« Chez nous, le conflit continue » déplore Mgr Andrew Nkea, archevêque de Bamenda, au CAMEROUN. Certes, plusieurs chefs du camp sécessionniste en région anglophone, conscients des enjeux, ont accepté de signer un cessez-le-feu global, mais « ils n’ont pas beaucoup d’influence sur les combattants sur le terrain » reconnait l’évêque.

 

Père Sebastian D’Ambra

Même constat au nord de la SYRIE, dans la région d’Hassaké, où « les avions de guerre continuent de remplir le ciel et les attaques ne s’arrêtent pas » selon Mgr Nidal Thomas, vicaire de l’Église chaldéenne à Al-Jazeera : « Nous n’avons eu que deux ou trois jours consécutifs de calme depuis l’apparition du coronavirus. » La pandémie surprend le pays dans un état de grande fragilité après neuf ans de guerre. La Syrie a perdu 60% de ses médecins et seul un quart des structures hospitalières est en état de marche. Elle subit aussi la crise économique du Liban voisin touché par une pénurie de dollars, et souffre des sanctions internationales qui pèsent lourd sur son économie.

 

Idem aux PHILIPPINES, où le cessez-le-feu entre le gouvernement et le NPA (New People’s Army) n’a pas tenu. Selon le Père Sebastian D’Ambra, missionnaire sur place, « il y a encore des escarmouches d’Abu Sayyaf [ndlr : organisation terroriste islamiste] à Jolo et dans la région de Cotabato », au sud du pays. Pourtant, le prêtre reconnait « qu’il y maintenant plus de retenue car les deux camps ont peur du coronavirus et d’une présence plus visible de militaires. »

 

Tragédie dans la tragédie

Même si elle ne fait plus les titres des journaux, la guerre continue dans la région du Donbass, en UKRAINE, rappelle Mgr Pavio Honcharuk, évêque de Kharkiv, dont le diocèse est partiellement en zone de conflit. Et l’arrivée du coronavirus révèle combien « le système des oligarques a fragilisé le réseau sanitaire ukrainien, en particulier dans les campagnes. La pandémie met à nu la corruption généralisée des dirigeants, conséquence de l’Histoire du pays. Pendant les 70 ans de communisme, la famille et les valeurs traditionnelles ont été sapées par le gouvernement. » La perte des solidarités met en danger les personnes les plus pauvres.

Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja

 

En Afrique, au NIGERIA, c’est aussi la pauvreté qui inquiète l’Église. « Le principal danger associé à la Covid-19 pour le pays, c’est qu’elle risque de provoquer des famines parmi les plus pauvres. Elle déstabilise une économie déjà fragile » explique Mgr Ignatius Kaigama, archevêque d’Abuja. Le prélat soulignant que « le pays est encore en proie à des cas sporadiques d’attaques terroristes de Boko Haram, en particulier au Nord-Est du pays, depuis l’avènement de la pandémie. »

 

Patriarche chaldéen Louis Raphaël I Sako

En IRAK, si Daech a officiellement été éradiquée en 2017, il semblerait que des terroristes soient encore présents dans les régions de Kirkuk et Saladin. Et l’arrivée de la Covid révèlent des services sociaux en crise. « Ils ne se sont jamais relevés de l’effondrement du régime de Saddam Hussein en 2003 », analyse le Patriarche chaldéen Louis Raphaël I Sako : « Il y a beaucoup de problèmes – pas d’argent, pas assez d’hôpitaux, de médecins ou d’équipements – et le confinement est contraire à la culture locale, surtout pour les hommes. » Pourtant, avec 5000 cas de malades du coronavirus, « les gens doivent rester à la maison. C’est le seul moyen d’être en sécurité. »

 

 

 

Une Église aux portes ouvertes

 « La violence de notre société n’a pas diminué », regrette Mgr Carlos Garfias Merlos, vice-président de la Conférence des évêques du MEXIQUE. Les narcotrafiquants n’ont vraisemblablement pas reçu le message du pape François. Mais dans de telles circonstances, l’Église continue plus que jamais à « ouvrir ses portes aux victimes d’agressions », rapporte l’archevêque. En ces temps de confinement, l’Église doit être une « Église en sortie », selon l’expression du pape François.

 

Mgr Bertrand Guy Richard Appora-Ngalanibé, évêque coadjuteur de Bambari

Les groupes armés qui sévissent en RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE n’ont également pas reçu le message du cessez-le-feu, dénonce Mgr Bertrand Guy Richard Appora-Ngalanibé, évêque coadjuteur de Bambari. « Hélas ! Dans certaines zones de la République Centrafricaine, les groupes armés se livrent à des combats stratégiques, dans le but d’étendre leur suprématie et continuer à piller les ressources naturelles du pays », déplore-t-il. Cependant, des initiatives interreligieuses démontrent que cette crise peut être une occasion de resserrer les liens entre les concitoyens : « Avec le concours de nos frères protestants et musulmans, réunis au sein de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique, à Bambari, nous nous évertuons à faire des campagnes de sensibilisation sur cette pandémie dont beaucoup minimisent encore la portée et la dangerosité. »

 

Face à ces conflits qui durent, ACN veut rappeler que les guerres continuent pendant la pandémie et ne peut qu’encourager les dirigeants au cessez-le feu, priant pour que la communauté internationale s’engage au-delà de la rhétorique.

 

COVID-19 : L’Église en détresse a toujours besoin de vous  – En lire plus!

Inde : Rencontre de l’AED — Un chrétien libéré après 11 ans de prison

02.03.2020 in adaptation : Mario Bard, Adaptation Mario Bard, AED États Unis, Asie, Inde, liberté religieuse, Persécution, Voyagez avec AED

Inde
Un chrétien libéré après 11 ans de prison
Les accusations sont mensongères

Propos recueillis par Anto Akkara, ACN USA
Adaptation au Canada : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 2 mars, 2020

BHASKAR SUNAMAJHI  (43 ans) est l’un des sept chrétiens accusés à tort et condamnés pour le meurtre en août 2008 d’un dirigeant hindou dans le district de Kandhamal, dans l’État indien d’Odisha, qui s’appelait à l’époque Orissa. Le meurtre a déclenché la pire vague de persécution antichrétienne de l’histoire récente de l’Inde. Près de 100 chrétiens ont été tués, tandis que 300 églises et 6000 maisons ont été détruites. En décembre 2019, après 11 ans de prison, Bhaskar, avec six autres accusés chrétiens, a été libéré sous caution.

Bhaskar et son fils Daud

Bhaskar, qui est membre d’une Église pentecôtiste, s’est confié à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

 

« Je jouais aux cartes avec mes amis dans le village de Kotagarh lorsque la police est arrivée dans ma maison au toit de chaume vers midi, le 13 décembre 2008. Je n’ai pas été surpris. En tant que gram rakhi (protecteur du village), j’étais habitué à ce que la police débarque, même à des heures bizarres, en me demandant de l’accompagner pour les besoins de son enquête ou autres choses.

“Venez maintenant. Vous pourrez rentrer demain”, m’a dit la police. Sans aucune hésitation, je me suis préparé. Cependant, j’ai été surpris quand ils m’ont dit de prendre de l’argent pour mes dépenses. C’était il y a 11 ans. Aujourd’hui, je suis heureux et ravi d’être de retour chez moi.

La prière, seul réconfort

Au début, je n’avais aucune idée de la raison pour laquelle on me jetait en prison. C’était comme si je me trouvais en pleine obscurité. Peu à peu, j’ai fait la connaissance des six autres chrétiens qui avaient été arrêtés comme moi. Nous avons décidé de prier ensemble en faisant confiance au Seigneur, car nous n’avions rien fait de mal.

Au départ, d’autres prisonniers (hindous) nous ont traités comme des meurtriers et se sont montrés hostiles envers nous. C’était une situation désespérée. Nous étions tellement affligés que la prière était notre seul réconfort. En plus de nos prières communes, je commençais chaque journée par une prière et je terminais par une prière.

Certains soirs, j’étais en larmes et tellement désemparé ! Je continuais donc à prier tard dans la nuit jusqu’à ce que je m’endorme. Mais sans prière, j’aurais été une épave mentale.

La seule chose positive qui me soit arrivée en prison, c’est d’apprendre à écrire correctement. Je n’avais jamais été à l’école — comme la plupart des gens de notre région éloignée. En prison, j’ai utilisé mon temps libre pour apprendre à écrire.

En plus de lire la Bible, j’écrivais dans un carnet des hymnes que nous utilisions pendant les prières. J’écrivais dans une couleur différente chaque strophe de ces hymnes de piété.

Un long chemin tissé d’actes solidaires

Chaque mois, je ressentais un grand soulagement quand ma femme Debaki me rendait visite. Il lui fallait une journée entière de voyage pour atteindre la prison de Phulbani à partir de notre village, éloigné de 160 km, en changeant plusieurs fois de bus. Elle atteignait la porte de la prison le matin et attendait “l’heure des visites”, qui était souvent l’après-midi.

Un homme heureux d’être enfin libre!

Lorsque notre fils unique Daud a eu quatre ans, Debaki a décidé de le laisser chez un pasteur, à Phulbani, où plusieurs autres enfants se réfugiaient. Comme il n’y avait pas d’école près de notre village, nous ne voulions pas que notre fils soit analphabète comme nous. Parfois, elle emmenait Daud avec elle dans la prison. Ces jours-là, j’étais ravi. Daud n’avait que six mois quand j’ai été mis derrière les barreaux.

Pendant les visites, Debaki fondait souvent en larmes, parce qu’elle était seule et déprimée. Au fil des ans, elle a commencé à me dire à quel point de bons samaritains avaient aidé nos familles. À partir de 2014, elle a commencé à paraître plus optimiste. Elle parlait avec enthousiasme des travailleurs sociaux et d’autres personnes qui venaient visiter nos villages et rassembler des témoignages, y compris de voisins hindous.

En 2015, j’ai été ravi que certaines de ces personnes qui se consacraient à m’aider viennent me rendre visite en prison. J’étais très heureux et j’ai commencé à prier avec ferveur pour ceux qui travaillaient pour notre libération.

Quelques mois plus tard, Debaki est arrivée avec la bonne nouvelle qu’elle allait à New Delhi en mars 2016, avec les épouses des six autres détenus, pour le lancement de la campagne en ligne de demande de notre libération.

Ça nous a tous excités et remplis d’espérance. Nous avons intensifié nos prières et attendu le grand jour. Nous savions que la liberté faisait son chemin. Mais nous avons dû attendre trois ans de plus.

Lorsque Gornath Chalenseth est sorti en mai 2019, nous étions ravis. Nous savions que Dieu travaillait pour nous. Enfin, le 5 décembre, j’ai été libéré sous caution — avec l’accord de la Cour suprême indienne.

Je me suis senti très heureux lorsque tous les sept, nous avons été libérés, la Bible à la main, la veille de Noël dans notre village natal de Kotagarh. J’ai été tout aussi ravi de constater que mon fils, âgé de 11 ans, était devenu plus grand que moi. Je suis heureux d’être de retour auprès de ma femme Debaki, de mes proches et des habitants de mon village. Je remercie Dieu pour la liberté.

J’exhorte tout le monde à prier pour nous sept. Nous ne sommes en liberté que sous caution. Nous continuons d’être reconnus coupables d’un meurtre que nous n’avons pas commis. Nous prions pour que la Haute Cour d’Odisha annule le verdict de condamnation afin que nous puissions vivre en paix ».

Asia Bibi : l’AED rencontre une icône

28.02.2020 in ACN International, Adaptation Mario Bard, liberté religieuse, Pakistan, Thomas Oswald pour l’AED France

Asia Bibi en France
Aide à l’Église en Détresse rencontre avec une icône

Entretien réalisé par Thomas Oswald pour l’AED France
Adaptation au Canada : Mario Bard, AED Canada
Publié en ligne le 28 février 2020

 

De passage en France, Asia Bibi y a demandé l’asile politique. La Pakistanaise chrétienne dont l’Aide à l’Église en Détresse a suivi le sort depuis sa condamnation en 2010 nous a accordé un entretien.

De toute évidence, Asia Bibi est fatiguée. Entretiens et rencontres protocolaires occupent les quelques jours qu’elle passe en France. Elle sourit pourtant aux photographes qui multiplient les clichés, et se prête vaillamment à l’enchaînement des interviews : « C’est grâce aux médias que je suis encore en vie », assure-t-elle.

 

Une «jurisprudence Asia Bibi»

Elle doit tout particulièrement la fin de son calvaire à la journaliste française Anne-Isabelle Tollet, qu’elle appelle « sa sœur », et qui l’a assistée dans la publication du livre « Enfin libre ! » (éditions du Rocher), disponible en français au Canada, en mars ou avril. Cette autobiographie rapporte comment la paysanne pakistanaise catholique est devenue une icône mondiale de la résistance au fondamentalisme islamique et contre la persécution religieuse. Accusée de blasphème par ses voisins musulmans, Asia Bibi a passé neuf ans en prison, sous la menace d’être exécutée après avoir été condamnée à mort. La loi pakistanaise anti-blasphème est souvent invoquée pour régler de simples conflits de voisinage et a des conséquences funestes. Ceux qui sont accusés sont souvent lynchés par des foules en colère ou bien « disparaissent », « suicidés » en prison. La médiatisation d’Asia Bibi l’a sauvée. Acquittée en appel par la Cour suprême pakistanaise le 31 octobre 2018, elle a pu finalement, après de nombreuses péripéties, se réfugier au Canada le 8 mai 2019 grâce à la pression internationale. À présent, il existe une « jurisprudence Asia Bibi » qui permet à ceux qui sont accusés de blasphème de se retourner contre leurs accusateurs. La loi anti-blasphème existe toujours au Pakistan, mais on prend désormais un risque en y recourant pour faire du tort à quelqu’un.

 

Asia Bibi et journaliste française Anne-Isabelle Tollet

 

«Nous sommes chrétiens depuis plus de mille ans»

« Jamais je n’aurais imaginé devenir célèbre », assure Asia Bibi de sa petite voix discrète. Elle raconte une enfance heureuse dans son Pakistan natal : « Je jouais avec les voisines musulmanes, il n’y avait pas de séparation », se souvient-elle avec nostalgie. Baptisée à l’âge de huit ans, elle peut vivre sa foi sans difficulté. Faisant référence à son héritage religieux, elle rappelle l’ancienneté des chrétiens pakistanais : « Nous sommes chrétiens depuis plus de mille ans ». Pourtant, en grandissant, elle se rend compte que des différences séparent chrétiens et musulmans dans son pays. Elle entend parler d’incidents contre les chrétiens. Certains sont lynchés par des foules en colère. Il arrive aussi que des musulmans en mal d’épouses enlèvent de jeunes chrétiennes et les convertissent de force pour les épouser.

 

«Aucune colère ne transparaît quand elle évoque cette période si éprouvante de sa vie, seulement de la tristesse et de la fatigue.»

Les chrétiens sont «impurs»

Elle découvre aussi que les musulmans considèrent les chrétiens comme impurs. C’est à cause de cette croyance que sa vie a basculé, un jour de forte chaleur, le 14 juin 2009. Alors qu’elle travaille avec des voisines musulmanes, on lui demande d’aller chercher de l’eau. Elle obéit, puisant l’eau, puis boit le contenu d’un gobelet avant d’apporter le récipient. Une des femmes refuse de boire, car Asia a rendu le liquide « impur ». Asia Bibi se défend en disant qu’elle ne croit pas que le prophète Mahomet serait d’accord. Ce à quoi on lui répond qu’elle vient de commettre un blasphème ! S’ensuivent la prison, la fuite de sa famille menacée par des intégristes, la condamnation à la pendaison… Une saga judiciaire qui a connu une fin heureuse en 2019. Aucune colère ne transparaît quand elle évoque cette période si éprouvante de sa vie, seulement de la tristesse et de la fatigue.

 

Il y a d’autres «Asia Bibi»

Mais Asia sait qu’elle n’est pas seule dans sa condition, et elle veut utiliser le micro qu’on lui tend pour porter la parole de ceux qui sont encore sous le coup d’une accusation de blasphème dans son pays natal. Elle s’anime et sa voix jusqu’alors discrète prend de l’assurance : « Pendant ma détention, j’ai tenu la main du Christ, c’est grâce à lui que je suis restée debout, n’ayez pas peur ! »

 

Devant sa vivacité retrouvée, on devine la femme de caractère que dix ans d’épreuves terribles ne sont pas parvenus à abattre. Cette femme, qui n’a jamais accepté de quitter sa famille ou de renier sa foi, comme on le lui a demandé après son arrestation, pour échapper à la condamnation.

 

Toutefois, elle a dû quitter son pays. Elle nourrit l’espoir d’y retourner un jour : « C’est ma terre natale, j’aime passionnément le Pakistan ! » assure-t-elle. En attendant, elle souhaite trouver refuge en France : « J’ai trouvé beaucoup d’amour ici, je crois que je serais bien avec vous »

Communiqué de presse – #MercrediRouge – 20 novembre

18.11.2019 in AED, Aide à l'Église en détresse., Communications, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, liberté religieuse, Martyrs, Mercredi Rouge, Messe pour les chrétiens persécutés, Persécution, Voyagez avec AED

Communiqué de presse – pour diffusion immédiate

#MercrediRouge, 20 novembre 2019
Pierres et prières
Soyez solidaires des chrétiens persécutés !

Les façades d’au moins cinq monuments seront illuminées en rouge cette année au Canada, dont la basilique-cathédrale Marie-Reine du monde à Montréal et la cathédrale St. Michael à Toronto.

Montréal, 18 novembre 2019 – Ce mercredi 20 novembre, Aide à l’Église en Détresse Canada invite tous les Canadiens à participer aux activités du Mercredi Rouge (#MercrediRouge). Pour l’occasion, en soirée au moins cinq monuments de pierres seront illuminés en rouge : la façade de la cathédrale-basilique Marie-Reine-du-Monde à Montréal, la cathédrale St. Michael à Toronto, la cathédrale St. Mary à Calgary, le porche d’entrée du Grand séminaire de Montréal et l’Ambassade de Hongrie à Ottawa, située dans l’édifice historique du Château Birkett.

Dans le diocèse de Calgary, on annonce déjà plus de 80 activités.
« Je crois que de plus en plus de Canadiens sont conscients des problèmes liés au manque de liberté religieuse dans le monde, et en particulier, de la situation de plus de 327 millions de chrétiens qui vivent dans un pays où sévit la
persécution », indique Marie-Claude Lalonde, directrice de l’AED Canada.

Grand mouvement international

Les activités au Canada ouvrent une semaine complète d’évènements qui auront lieu partout dans le monde jusqu’au 27 novembre. Dans au moins 15 pays, des temps de prières et de rencont

res d’informations seront organisés et des édifices seront illuminés en rouge – dont plus de 2000 aux Philippines et 120 au Royaume-Uni –, afin de sensibiliser aux questions liées à la liberté religieuse et à la persécution des chrétiens.

Au Canada, plusieurs manières d’être solidaire :

  • Participer à l’une des activités déjà annoncées – liste à l’adresse : http://acn-canada.org/fr/mercredi-rouge/ Information : 514-932-0552 ou sans frais : 1-800-585-6333.
  • S’informer et informer, grâce au rapport Persécutés et oubliés ? 2017-19
    https://acn-canada.org/fr/persecutes-et-oublies/
  • Habillez-vous de rouge
  • Priez pour les chrétiens persécutés dans le monde et toutes les personnes qui souffrent à cause du manque de liberté religieuse.

Parmi la centaine d’activités qui auront lieu partout au Canada, nous en soulignons trois qui auront lieu le mercredi 20 novembre :

  • 19 h 30 : Messe à la cathédrale-basilique Marie-Reine-du-Monde, présidée par Mgr Christian Lépine. Animation du chant assurée par la chorale de la cathédrale syriaque-catholique Saint-Éphrem.
  • 19 h 30 : Vigile œcuménique à la cathédrale St. Michael de Toronto, présidée par le Cardinal Thomas Collins, archevêque de Toronto.
  • 18 h 30 : Dans la ville touristique de Banff en Alberta, célébration de la messe à l’église St. Mary.

Pour lire le rapport Persécutés et oubliés ? 2017-19, rendez-vous sur le site web de l’AED Canada à l’adresse https://files.acn-canada.org/2019/11/persecutes-et-oublies-2019.pdf.


 

#Mercredi Rouge 2019 – le 20 novembre, soyez solidaires !

12.11.2019 in Actualités, AED Canada, Communiqué, liberté religieuse, Mario Bard, Mercredi Rouge, Messe pour les chrétiens persécutés, Voyagez avec AED

 #Mercredi Rouge 2019
Le 20 novembre, partout au Canada
Soyez solidaire!

 

Montréal, 12 novembre 2019 – Pour une deuxième année consécutive, Aide à l’Église en Détresse Canada (AED) organise et coordonne des activités dans le cadre du Mercredi Rouge — # MercrediRouge —, journée de sensibilisation et d’action destinée à faire connaître le sort de plus de 300 millions de chrétiens dans le monde qui vivent dans des pays où sévit la persécution religieuse.
Le 20 novembre prochain, soyez solidaire
!

« J’invite les gens qui organisent une activité dans le cadre de cette journée à nous contacter afin que l’on puisse l’annoncer sur le site web de l’AED Canada », indique Marie-Claude Lalonde, directrice nationale. L’une des activités proposées est d’illuminer en rouge un édifice emblématique, qu’il soit religieux ou civil. « Cette année, on compte de nouveaux participants dont le Grand séminaire de Montréal et la pro-cathédrale of The Assumption de North Bay, où l’on priera spécialement, à la messe de 12 h 05, en solidarité avec les chrétiens persécutés ». En plus des liturgies qui y seront célébrées, la Basilique-Cathédrale Marie-Reine du monde de Montréal, le Grand séminaire de Montréal, ainsi que la cathédrale St. Michael de Toronto seront illuminés. Enfin, dans le diocèse de Calgary, les activités devraient être annoncées sous peu. Dans ce diocèse l’an dernier, plus de 50 activités avaient été inscrites au calendrier. Pour en savoir plus sur l’édition 2019 et trouver du matériel pour participer  : http://acn-canada.org/fr/mercredi-rouge/.

 

Persécutés et oubliés? 2017-19 : une crise qui s’aggrave

 

Au Canada, le mois de novembre correspond également à la sortie d’un rapport bisannuel de l’AED, concernant la liberté religieuse dans le monde. « Le rapport de cette année, qui documente exclusivement la situation des chrétiens, n’annonce rien de bon. Dans Persécutés et oubliés ? 2017-19, on craint pour la survie des communautés chrétiennes historiques de Syrie, mais plus particulièrement de celles d’Irak », explique Mme Lalonde. Depuis 2003, le nombre de chrétiens y a diminué de 90 %, passant de 1,5 million à moins de 150 000. Les plus pessimistes parlent plutôt de 120 000.

 

Croix désacralisée dans les restes d’une église incendiée (Égypte).

« Makgré les efforts de notre organisation afin de reconstruire les villes et villages chrétiens dans la plaine de Ninive, nous craignons que la présence chrétienne en Irak ne soit plus qu’une chose du passé dans quelques années seulement. Nous en parlons depuis des années, mais on dirait que la communauté internationale ne donne aucune réponse concrète à cette menace d’extinction », s’indigne Mme Lalonde.

 Elle souligne par ailleurs qu’entre 2017-19, c’est en Asie du Sud et de l’Est que la situation s’est la plus détériorée. « En Inde, des attaques contre des chrétiens ont eu lieu dans 24 des 29 états du sous-continent et l’on retrouve des lois anti-conversion dans neuf États. L’hindûtva — le nationalisme hindou — en est en partie responsable. Celui-ci prône le retour d’une Inde purement hindoue où ne seraient reconnues que les traditions religieuses qui en sont issues (bouddhisme, jaïn, sikh). Au contraire, le christianisme et l’Islam sont vus par les promoteurs de l’hindûtva comme des éléments étrangers qui ne peuvent participer à la construction du pays. »

Enfin, l’Afrique subsaharienne est plus que jamais sous attaque. « Chrétiens et musulmans modérés sont victimes de groupes qui se revendiquent de l’État islamique (Daech). Ainsi, au Nigeria, 19 personnes qui participaient à la messe — dont deux prêtres — ont été tuées par des hommes armés et la responsabilité de l’attaque a été revendiquée par des bergers peuls islamistes », explique Mme Lalonde.

Elle conclut : « Cela fera 20 ans en 2020 que je suis directrice nationale, et je n’ai vu aucune diminution de la persécution contre les chrétiens. C’est très difficile. Toutefois, des événements comme le Mercredi Rouge, et l’intérêt solidaire dont font preuve de plus en plus de communautés chrétiennes au Canada en organisant une activité me permettent d’espérer. Cela ne règle rien tout de suite, mais c’est peut-être déjà le début d’une meilleure connaissance qu’auront les gens d’ici sur ce phénomène mondial. »

Nigeria : déjà en 2015, le diocèse de Maidaguri était visé par Boko Haram. Sur cette photo, Mgr Oliver Dashe Doeme visite une église qui a été brûlée par les terroristes.  

 

Pour lire le rapport Persécutés et oubliés ? 2017-19, rendez-vous sur le site web de l’AED Canada à l’adresse https://files.acn-canada.org/2019/11/persecutes-et-oublies-2019.pdf.

 

 

Entretien avec Mark Reidemann sur la persécution religieuse

21.10.2019 in Adaptation Mario Bard, liberté religieuse, Maria Lozano, Voyagez avec AED

AED International

Organisation confessionnelle et soutien humanitaire

Regard sur la question

 
 Entretien par Maria Lozano, ACN International
Adaptation du texte, Mario Bard, AED Canada
  • L’ambassadeur de l’Union Européenne annonce une nouvelle initiative visant à réduire l’ignorance religieuse ou « l’analphabétisme » religieux1 dans le monde entier.
  • Cardinal Parolin : Les gouvernements devraient éviter la « colonisation idéologique ou culturelle ».
  • 20ème anniversaire du Rapport sur la liberté religieuse de l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

Mark von Riedemann, directeur des affaires publiques et de la liberté religieuse de l’œuvre pontificale de charité de l’AED, a été invité à animer une table ronde sur l’aide humanitaire lors d’un récent symposium entre les États-Unis et le Saint Siège intitulé « Des chemins pour atteindre la dignité humaine : partenariat avec des organisations confessionnelles ». Maria Lozano, responsable de l’information au bureau international de l’AED, l’a interviewé à ce sujet.

AED : L’ambassade des États-Unis à Rome et le Saint-Siège ont récemment coparrainé un symposium où le secrétaire d’État américain, Michael R. Pompeo, le Secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les États, Mgr Paul Gallagher et le Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Vatican, se sont exprimés sur la façon dont les gouvernements peuvent s’associer avec des organisations confessionnelles pour mieux défendre la liberté religieuse. Qu’est-ce qui a motivé ce symposium ?

Mark von Riedemann : Le symposium a voulu rappeler les 35 ans de coopération positive entre le gouvernement américain et le Saint-Siège, avec le travail du Pape Saint Jean-Paul II et de Ronald Reagan et leurs efforts combinés pour mettre fin au communisme dans l’ex-Union soviétique.

L’intention était également de présenter des nouvelles initiatives prises par le gouvernement américain pour travailler directement sur le terrain avec les organisations confessionnelles. Comme l’a fait remarquer l’ambassadrice des États-Unis auprès du Saint-Siège, Mme Castella Louise Gingrinch dans son discours d’ouverture, les gouvernements à eux seuls ne peuvent pas faire grand-chose. Elle a noté, par exemple, que même pour les États-Unis qui sont l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire dans le monde, l’efficacité de ce soutien nécessite des partenariats avec les organisations travaillant sur le terrain. Les organisations catholiques et autres organisations confessionnelles peuvent fournir une aide plus efficace dans les endroits où les gouvernements n’ont ni l’expérience ni le réseau pour cela. La forte participation diplomatique à cette occasion a également incité le représentant de l’Union européenne auprès du Saint-Siège, l’Ambassadeur Mr Jan Tombinski, à annoncer le lancement d’une initiative de l’UE appelée « Echange mondial sur la religion dans la société », qui vise à réduire l’ignorance religieuse ou « l’analphabétisme » religieux dans l’UE et le reste du monde. L’objectif d’une telle initiative est de reconnaître l’importance de la foi dans la vie quotidienne. Il s’agit d’une première absolue pour l’Europe, qui s’était jusqu’à présent vantée d’être « aveugle à la religion ».

Le Cardinal Parolin a salué ces nouvelles initiatives. Dans son discours, cependant, il a mis en garde contre la tentation des pays donateurs d’imposer certaines valeurs culturelles ou visions du monde qui deviennent des conditions préalables à l’octroi de l’aide aux pays bénéficiaires.

 

En effet, il a fermement demandé aux gouvernements d’éviter, lorsqu’ils parrainent des organisations confessionnelles, ce que le pape François a appelé une « colonisation idéologique ou culturelle » consistant à « imposer une vision du monde ou un ensemble de valeurs différentes aux sociétés les plus pauvres, faisant souvent de l’adoption de ces valeurs une condition préalable pour recevoir une aide humanitaire ou au développement ». Bien que l’Aide à l’Église en Détresse n’ait jamais été touchée par cette question, car nous comptons uniquement sur le soutien de bienfaiteurs privés, j’ai été heureux qu’il en fasse mention. Nos partenaires de projet nous ont en effet, et ce à maintes reprises, témoigné  de ce genre d’abus. En effet, il est abusif de subordonner l’aide alimentaire à l’acceptation de programmes de promotion de la contraception et de l’avortement. Et ce phénomène est bien documenté.

Ce symposium fait partie d’une série d’autres actions menées ces derniers mois dans le domaine de la liberté religieuse et de l’attention portée à la question de la persécution des chrétiens. Quelle tendance avez-vous notée ?

 

La liberté religieuse est de plus en plus reconnue comme un droit fondamental, les deux tiers de la population mondiale vivant dans des pays où la liberté religieuse est restreinte, et les chrétiens constituant le plus grand groupe confessionnel soumis à des persécutions.

Cette conférence s’inscrit dans la foulée d’un « Appel mondial à la protection de la liberté religieuse », lancé le 23 septembre 2019, qui a été le premier acte de l’ONU sur la liberté religieuse parrainé par un président américain, et de la résolution de l’ONU du 28 mai 2019 faisant du 22 août la « Journée internationale de commémoration des personnes victimes de violences en raison de leur religion ou de leurs convictions ». Au cours des deux dernières années, il y a eu une série d’initiatives, dont la création d’un « Secrétariat d’État pour l’aide aux chrétiens persécutés » en Hongrie, l’Alliance internationale pour la liberté religieuse lancée par les États-Unis, et ce qui est peut-être le plus remarquable, le nombre croissant de nations qui instituent ou réactivent des ambassadeurs pour la liberté religieuse et liberté de croyance dans des pays comme le Danemark, les Pays-Bas, les États-Unis, la Norvège, la Finlande, l’Allemagne et le Royaume-Uni, entre autres.

2019 marque le 20ème anniversaire du Rapport sur la liberté religieuse de l’AED. L’AED a-t-elle été une sorte de voix prophétique dans le désert appelant à la liberté religieuse et à la fin de la persécution des chrétiens ?

 

Le rapport a en effet été prophétique. En 1999, la liberté religieuse n’était pas un sujet majeur pour la plupart des gouvernements, mais l’AED recevait déjà de nos partenaires de projet sur le terrain de plus en plus de témoignages de persécution des chrétiens. Par exemple, les tensions religieuses au Nigeria se sont développées cette année-là avec l’imposition de la charia dans une douzaine d’États à majorité musulmane, entraînant une violence sectaire importante qui se poursuit encore aujourd’hui. Depuis lors, nous avons été témoins d’événements dramatiques au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, et les souffrances qui en ont résulté pour des millions de personnes ont exigé une attention et une réaction accrues.

Puis, il y a eu un moment charnière en 2016 lorsque l’Union européenne et les États-Unis ont adopté des résolutions qualifiant de génocide les atrocités commises par l’État islamique (ÉI/Daesh) contre les chrétiens en Syrie et en Irak. La persécution des chrétiens est-elle une surprise ? Non, elle s’est développée au fil des siècles, plongeant ses racines dans l’intolérance, qui s’est transformée en discrimination et persécution, jusqu’à ce que le monde prenne enfin conscience du génocide des chrétiens en Irak et en Syrie. Un triste symptôme de ce génocide est la diminution de la présence chrétienne au Moyen-Orient : en 1910, les chrétiens représentaient 13,6 % de sa population. En 2010, ce nombre était tombé à 4,2 %. L’appel du gouvernement américain en faveur d’un nouveau partenariat entre le gouvernement et les organisations confessionnelles est un signe supplémentaire que les pays occidentaux prennent conscience de ces réalités, et c’est un pas important dans la bonne direction.

  1. Sur l’expression « analphabétisme religieux », voir le rapport abrégé de l’AED 2016-18 sur la liberté religieuse.

Nouvelles de l’AED : Inde et liberté religieuse

04.10.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Inde, liberté religieuse

Inde et liberté religieuse

«Nous ne baisserons pas les bras dans notre lutte pour l’égalité, la justice et la fraternité».

Texte par Matthias Böhnke. ACN International
Adaptation par Mario Bard pour le bureau canadien

« Pour les chrétiens de notre diocèse, les circonstances de la vie sont difficiles », explique à l’Aide à l’Église en Détresse Mgr Stephen Antony, évêque de Tuticorin, diocèse situé au sud de l’Inde. « Pour pouvoir pratiquer notre foi, nous sommes soumis à de plus en plus de restrictions », indique également l’évêque âgé de 67 ans, qui était en visite ad limina à Rome avec 53 autres évêques indiens.

 

L’évêque affirme que le gouvernement indien s’efforce de transformer cet immense pays marqué par l’hindouisme en une nation unie, n’ayant qu’une seule langue et un seul point de vue politique. Il s’agit là d’un projet ambitieux, difficile sinon impossible à réaliser dans un pays multiple comportant 29 États fédéraux et qui, avec 1,37 milliard d’habitants, constitue le deuxième pays le plus peuplé du monde. Sur le plan démographique, l’Inde pourrait dès l’an prochain dépasser la Chine, actuellement première au classement.

 

Politiques favorisant les plus riches

Les élections parlementaires qui se sont déroulées cette année et ont été remportées haut la main — avec un résultat étonnamment élevé par le parti nationaliste BJP (Bharatiya Janata Party) du gouvernement du premier ministre Narendra Modi, ont encore exacerbé la situation : « Les circonstances dans lesquelles nous vivons actuellement ne sont pas particulièrement encourageantes. Le gouvernement prend de nombreuses décisions hâtives, de sorte que certaines choses deviennent imprévisibles. La politique ne se déploie plus qu’en faveur des gens riches dans la population. Les pauvres en pâtissent », déplore l’évêque.

 

Projet soutenu pas l’AED : moyen de transport pour le travail pastoral et social des religieuses de Saint-Charles Borromée, au couvent Saint-Charles, province de l’Est, Vilathikulam, Tutcorin District.

Environ 450 000 catholiques vivent dans le diocèse de Tuticorin, ce qui correspond à environ 17 pour cent de la population. Les attaques ciblées contre des fidèles et des groupes de pèlerins rendent la situation de plus en plus difficile. Mais elle empire surtout pour les hôpitaux et les plus de 200 établissements scolaires gérés par l’Église. Il y a un taux de chômage élevé non seulement chez les enseignants, mais aussi chez de nombreux petits paysans et ouvriers industriels à cause de l’absence de soutien de la part du gouvernement. L’évêque explique très clairement que dans cette région, beaucoup de gens sont tellement désespérés qu’ils ne voient aucune autre issue que de se suicider.

 

Néanmoins, en particulier après sa visite auprès du pape François à Rome, il perçoit un signe d’espoir : « Nous ne baisserons pas les bras dans notre lutte pour l’égalité, la justice et la fraternité », assure Mgr Stephen Antony et ajoute : « Nous espérons que bientôt, il régnera à nouveau plus de tolérance entre les hindous et les chrétiens et que la propension à la violence diminuera dans le pays. Je suis profondément reconnaissant à l’AED et à tous les bienfaiteurs qui ne cessent de nous soutenir dans tous les domaines de la pastorale en nous apportant le nécessaire et qui nous accompagnent par leurs prières. »

Communiqué : Saisie « brutale » en Érythrée des institutions de santé gérées par l’Église

11.07.2019 in Adaptation Mario Bard, AED-Canada, Communiqué, liberté religieuse, Par John Pontifex

Érythrée

Saisie « brutale » des institutions de santé gérées par l’Église

Par Tobias Lehner, pour ACN International
adapté par Mario Bard pour AED-Canada
publié sur le web le 11 juillet, 2019

Commencée à la mi-juin, la saisie des 21 établissements de santé tenus par l’Église catholique en Érythrée s’est déroulée de manière « brutale », a expliqué en entrevue la semaine dernière à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) le père Mussie Zerai, lui-même originaire d’Érythrée, mais présentement en service pastoral à Rome. « Les patients ont littéralement été jetés hors de leurs lits. L’armée a détruit des portes et des fenêtres et fait pression sur les employés […] Une religieuse franciscaine, directrice d’un hôpital du nord du pays, a même été emprisonnée parce qu’elle résistait. »

 

«Rien ne justifie l’action du régime. Elle sanctionne ceux qui s’occupent des plus pauvres », estime le Père Zerai. Sans compter la souffrance qu’elle fait vivre aux 200 000 personnes qui reçoivent chaque année des soins de la part de ces institutions maintenant fermées.  Car, pour l’instant, le gouvernement n’a annoncé aucune nouvelle mesure de remplacement. Sa volonté première est de « nationaliser » les institutions de santé pour favoriser « la séparation des pouvoirs » et contrôler tout le secteur social, selon une loi qui date de 1995, mais qui n’avait jamais été appliquée de manière aussi brutale. Le père Zerai indique que « la plupart des patients n’étaient pas des catholiques, mais des chrétiens orthodoxes, des musulmans et des membres d’autres religions. Souvent, les établissements sont situés dans des régions très isolées [et pauvres] ». En 2018, huit dispensaires avaient été fermés de force.

 

Des observateurs étrangers supposent que cette nouvelle escalade de violence étatique vient du fait que le président Isaias Aferweki prend ombrage de la trop grande assurance qu’exprime ces derniers mois l’Église catholique dans le processus de paix avec l’Éthiopie. Pour le Père Zerai, la situation est très claire : « Le gouvernement est obsédé à vouloir contrôler tout un chacun. Il considère l’Église catholique comme une menace parce qu’elle dispose d’un réseau international et [qu’elle ose] poser des questions. »

Tous les croyants souffrent dans cet État marqué par l’athéisme

Il est estimé que de 120 000 à 160 000 catholiques vivent en Érythrée, alors que la moitié de la population est chrétienne et appartient aux Églises orthodoxes ou évangéliques luthériennes. Ce sont d’ailleurs les seules Églises chrétiennes qui soient tolérées par le régime, avec l’Islam sunnite. Une situation qui présente des similitudes avec celle observée dans certains régimes communistes, où les traditions religieuses officielles cohabitent en parallèle avec celles qui refusent toute ingérence étatique dans leurs affaires. Ou bien pire, quand elles sont honnies ou carrément interdites par le régime, et doivent donc rentrer donc dans la clandestinité.

 

 

De plus, contrairement à de nombreux pays d’Afrique du Nord, l’islam n’est pas la religion d’État en Érythrée. Le pays est « marqué par l’athéisme. Si cela ne dépendait que du gouvernement, il n’y aurait aucune religion. En fin de compte, cela procède du même type de pensée qu’en Chine », estime le père Zerai. En tous les cas, ce sont tous les croyants qui souffrent d’une pareille situation.

Pas de Constitution, pas de droits fondamentaux

« La raison pour laquelle de plus en plus de jeunes Érythréens partent pour l’étranger réside dans l’absence d’État de droit », estime le Père Zerai. Il n’existe aucune constitution, et ce, malgré l’indépendance du pays proclamée en 1993. « Les gens peuvent donc être arrêtés et emmenés de chez eux sans raison. Le service militaire s’est transformé en esclavage légalisé. Les jeunes gens sont privés de toute possibilité de se construire un avenir », déplore-t-il. Certes, à l’heure actuelle, « les États tentent d’impliquer plus fortement l’Érythrée à l’échelle internationale pour déclencher une certaine ouverture », explique-t-il. Mais, bien que le pays ait été élu au Conseil des droits de l’homme des Nations unies en octobre 2018, la situation y demeure critique et le pays reste isolé. Rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme en Érythrée, Mme Daniela Kravetz considère que les actions des dernières semaines contre les institutions médicales tenues par l’Église catholique « montrent que, et bien qu’il y ait eu une amélioration du climat de sécurité et de paix dans la région, la situation des droits de la personne demeure inchangée. » Une situation qui s’applique également à la liberté de religion.

 

 

Cependant, et ce malgré les violences actuelles, le prêtre est convaincu que « l’Église catholique poursuivra ses activités pastorales, mais aussi sociales. Comme il est écrit dans la Bible : la foi n’est rien sans véritable engagement, sans œuvre. Retirer à l’Église la possibilité de pratiquer la charité, c’est comme si on lui amputait un bras. »

 

***

 

Rien que depuis 2016, l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED) a soutenu en Érythrée 44 projets, allouant environ 1,35 millions de dollars. Ces fonds ont permis de financer des aides à la construction de chapelles et d’institutions de l’église, des bourses, des automobiles assurant la mobilité des prêtres ainsi que l’aide à la subsistance de religieuses.

 

Nouvelles de l’AED – Les chrétiens sont toujours sous le choc en Sri Lanka

27.06.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, liberté religieuse, Sri Lanka

Nouvelles de l’AED – Sri Lanka

 

Les chrétiens sont toujours sous le choc

Par Matthias Böhnke, pour ACN International
adapté par Mario Bard pour AED-Canada
publié le 27 juin 2019

« Ces attaques ont ravivé chez beaucoup de gens les souvenirs de l’état d’urgence lié à la guerre civile. La population du Sri Lanka, et en particulier tous les chrétiens, est toujours sous le choc », résume Véronique Vogel, responsable de projets pour l’Aide à l’Église en Détresse (AED) dans ce pays d’Asie. Tout juste quatre semaines après les attaques terroristes du dimanche de Pâques qui ont fait plusieurs centaines de morts et de blessés au Sri Lanka, elle s’est rendue sur place afin d’évaluer la situation et de sympathiser avec certains partenaires qui ont été directement touchés par la violence.

 

Elle évoque une tension palpable dans tout le pays, des troubles réguliers et la peur : « Les mesures de sécurité étaient nombreuses au Sri Lanka lors de notre visite, marquée par l’omniprésence des forces de l’ordre et de l’armée. La population chrétienne en particulier vit toujours dans la peur. Les gens savent que les auteurs des attentats du dimanche de Pâques n’ont pas tous été identifiés et arrêtés. Donc, tout le monde sait qu’il y a des personnes extrêmement dangereuses en liberté qui peuvent attaquer à tout moment. »

 

Mgr Albert Malcolm Ranjith, archevêque de Colombo au Sri Lanka, exhorte aujourd’hui la population à garder son calme et à s’abstenir de tout acte de vengeance. « Au cours de ce voyage, j’ai pu constater à maintes reprises que les chrétiens avaient entendu les paroles de leur archevêque et leur en étaient reconnaissants », affirme Véronique Vogel. En quelques jours, la petite délégation de l’AED a visité la région de Colombo, capitale du pays, et celle de la ville voisine de Negombo, où la plupart des attentats ciblant églises et hôtels ont eu lieu. « Le but de notre voyage était de nous permettre d’apprécier personnellement la situation des paroisses catholiques et de les assurer de notre solidarité. De fait, les chrétiens étaient spécifiquement visés par ces actes terroristes », ajoute Véronique Vogel. « Nous tenions à rendre compte nous-mêmes, à nos bienfaiteurs, de la situation sur place, pour que nous n’oubliions pas de prier pour le Sri Lanka et pour être capable de lui apporter notre soutien. »

 

Chrétiens : une grande foi malgré tout

Depuis le 21 mai, tout juste un mois après la série d’attentats, les églises sont à nouveau ouvertes aux fidèles, mais de nombreux chrétiens restent fortement traumatisés, comme l’explique Véronique Vogel : « Beaucoup de gens m’ont dit avoir peur d’aller à l’église ou être angoissés par le tintement des cloches. Ces témoignages déchirants montrent bien à quel point les événements de ce dimanche de Pâques ont marqué les esprits. » Elle a pu néanmoins constater que ces épreuves ont renforcé la foi de bon nombre de personnes, elles-mêmes victimes ou proches de victimes. « Certes, les gens ne comprennent pas pourquoi ils ont dû endurer de telles souffrances au Sri Lanka alors même que le pays a connu un calme

relatif ces dernières années. Mais ils ont une immense envie de vivre et sont animés d’une grande foi. Les chrétiens et toute la population du Sri Lanka ne veulent plus de la guerre civile, mais souhaitent au contraire s’engager sur la voie d’une paix durable », souligne la responsable de projets de l’AED.

 

Véronique Vogel s’est montrée particulièrement impressionnée par la visite du couvent des Franciscains à Negombo : « Ce couvent se trouve directement en face de l’église Saint-Sébastien, l’une des cibles principales où au moins 100 personnes ont trouvé la mort. Les Franciscains nous ont montré des vidéos avec des scènes terribles de la journée de l’attentat. Ils nous ont dit être allés sur place directement après les explosions pour s’occuper des blessés et des morts. » Et d’ajouter : « Malgré ces expériences traumatisantes, ils font preuve au quotidien d’un amour du prochain, déterminés à ne pas céder à la terreur et à la violence, vivant pleinement leur foi et cultivant leur esprit de service. »

 

Pays insulaire situé dans l’océan Indien, le Sri Lanka compte environ 22 millions d’habitants, dont 70 % sont bouddhistes, 12,5 % hindous, 9,5 % musulmans et 8 % sont chrétiens. Le dimanche 21 avril 2019, jour de Pâques, de nombreuses personnes ont été tuées ou grièvement blessées lors d’une série d’attentats ciblant notamment trois églises et trois hôtels de la capitale Colombo, de la ville voisine de Negombo et de Batticloa, localité située sur la côte est. Les estimations s‘élèvent actuellement à au moins 253 morts et quelque 500 blessés. Les autorités attribuent les attentats à un mouvement islamiste local et à des djihadistes.

 

Au cours des 15 dernières années, l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse a investi plus de 12 millions de dollars dans des projets au Sri Lanka. Cet argent a permis de financer, entre autres, la construction d’institutions chrétiennes, des offrandes de Messe, des formations théologiques et l’achat local de littérature chrétienne.

 

Suite aux récentes attaques terroristes, l’AED poursuit et amplifie son engagement sur le long terme dans l’aide pastorale apportée dans le pays, pour que les blessures puissent guérir et les paroisses retrouver espoir et confiance.

Entretien de l’AED : Inde les attaques contre les minorités chrétiennes sont de plus en plus violentes

18.04.2019 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Inde, liberté religieuse

Inde
les attaques contre les minorités chrétiennes sont de plus en plus violentes

 

L’Inde vient d’entamer son processus électoral qui se déroulera en sept étapes, du 11 avril au 19 mai. Il est de plus en plus à craindre que le pays le plus peuplé du monde ne devienne une nation hindoue théocratique, car le parti prohindou Bharatiya Janata (BJP) cherche à obtenir un second mandat. Au cours de son mandat actuel, selon le Rapport sur la liberté religieuse de la Fondation AED, il y a eu une augmentation des violences interreligieuses. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2016, 86 personnes sont mortes et 2 321 autres ont été blessées au cours de 703 manifestations de violence sectaire. En 2017, il y a eu 111 morts et 2 384 blessés au cours des 822 incidents qui ont été répertoriés.

 

Le dernier cas s’est produit le 26 mars dernier au collège catholique (Higher Secondary School) Little Flower de Chinnasalem, dans le Tamil Nadu : une foule de fondamentalistes hindous ont démoli l’école et même essayé d’étrangler les religieuses responsables du lycée. Maria Lozano qui travaille à l’information pour l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse, a interviewé Monseigneur Theodore Mascarenhas, secrétaire général de la Conférence épiscopale indienne, pour discuter des élections et de la gravité de cet événement.

 

Entrevue : Maria Lozano, ACN-International
Révision française au Canada : Hélène Poisson
Mise en ligne : 18 avril 2019

AED : Nous avons entendu parler de l’augmentation des attaques fondamentalistes contre les minorités dans d’autres parties de l’Inde, en particulier dans le nord du pays, mais la violence brutale de celle-ci nous a surpris. Comment vous l’expliquez-vous ?

 

L’année dernière, le fondamentalisme a plus ou moins augmenté dans le Tamil Nadu. Ce sont surtout les « églises domestiques » évangéliques ou protestantes qui s’en sont plaintes. Un de leurs membres publie sur le web des récits de tabassage de chrétiens, en prière dans leurs églises, ou évoque la destruction d’une petite église. Mais jusqu’à présent, en tant qu’Église catholique, nous n’avions pas subi ce genre d’attaque ouverte, du moins pas d’attaque d’une telle ampleur. Il n’y a eu que de petites choses ici où là. Il y a deux ans, il y a eu, le Vendredi saint, quand une foule nous a empêchés de célébrer l’office à un endroit. Nous avons ainsi eu des incidents ici ou là. Cependant, les Églises protestantes, groupes protestants et autres petites confessions ont eu beaucoup d’ennuis au cours de ces deux dernières années. Je n’ai donc pas été surpris que, finalement, on nous attaque aussi. Mais le fait qu’il s’agisse d’une attaque de si grande ampleur est vraiment effrayant.

AED : Cela a sans doute été un choc énorme pour les sœurs de la Congrégation franciscaine du Cœur immaculé de Marie, qui administrent l’école depuis 74 ans. Quelle est la situation actuelle à Chinnasalem ? Comment vont les religieuses ?

 

C’est une petite ville. Les religieuses ont fait un excellent travail pour les enfants très pauvres. Et, de fait, le pensionnat accueille des jeunes filles qui proviennent de régions où les familles vivent dans un grand dénuement. Le pensionnat vise à aider ces enfants. J’ai parlé aux religieuses hier (11 avril 2019) et j’ai également parlé avec l’archevêque ; et pour l’instant, quelques personnes ont été arrêtées et nous attendons d’autres arrestations. Mais, pour moi, l’important n’est pas ce qui se passe après une attaque. Pour moi, ce que nous devons nous demander, c’est comment ces incidents peuvent se produire dans une société civilisée.

 

AED : Plus que l’incident lui-même, malgré sa gravité, c’est la dimension sociale qu’il implique qui vous préoccupe ?

 

Exactement. Comment est-il possible que tant de haine se répande au sein de la société ? Et que pouvons-nous faire pour empêcher cette haine de se répandre ? C’est exactement ça la question. Il y a des groupes qui font la promotion de la haine, et rien les arrête ; encore davantage dans les médias sociaux ou dans la vie réelle, il semble qu’ils bénéficient d’une protection et de privilèges politiques. Et même d’une approbation politique, et c’est ça le gros problème. Le problème n’est pas que ces petits groupes exigent quelque chose de nous ou présentent des charges contre nous ou nous accusent. Le problème est que, de fait, les dirigeants politiques les encouragent.

 

AED : Pensez-vous que cette augmentation du nombre d’incidents au cours de la dernière année soit liée aux élections ?

 

Il se peut que cela soit lié aux élections, mais je pense que c’est un problème de long terme. Vous voyez, ma position est très simple à ce sujet. Une fois que vous plantez la semence de la haine, une fois que vous faites ressortir la bête, la bête de la colère, de la haine, de la violence, cet animal ne peut pas être contrôlé. Et c’est ce qui me préoccupe. Tous ceux qui propagent cette haine doivent connaître les dommages qu’ils infligent à la société, et le fait que cela devient incontrôlable. Et si on ne peut plus la contrôler, nous aurons un gros problème.

 

AED : Mais ce sont surtout les minorités qui sont particulièrement visées ?

 

Oui, ce sont les minorités qui sont concernées. Mais je pensais aujourd’hui à ce beau poème attribué à un pasteur luthérien allemand : « D’abord, ils sont venus pour les socialistes, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas socialiste. Puis ils sont venus pour les syndicalistes, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas syndicaliste. Puis ils sont venus pour les juifs, et je n’ai rien dit, parce que je n’étais pas juif. Puis ils sont venus pour moi, et là, il n’y avait plus personne pour me défendre ». Je fais donc mention maintenant de ce poème, parce qu’on commence par une minorité, puis on s’attaque à la seconde. En ce moment, les musulmans sont attaqués, les dalits sont attaqués, et nous sommes attaqués… Nous ne savons pas quel groupe sera les prochains.

 

AED : Voulez-vous dire que finalement le fondamentalisme nationaliste que les dirigeants politiques soutiennent va nuire à tout le pays ?

 

Je dois dire une chose pour être juste : une grande majorité d’hindous et une grande majorité d’Indiens, quelle que soit leur religion, sont tolérants. Nous nous acceptons mutuellement, et nous coexistons sans difficulté. Nous vivons ensemble depuis des milliers d’années, c’est une société multiculturelle, multireligieuse et diversifiée. Mais voilà que tout d’un coup, nous arrivons à une situation où certains groupes se renforcent et propagent cette haine. Ce n’est pas acceptable, parce qu’en fin de compte, c’est la nation qui en souffrira. Pas seulement les minorités.

 

AED : L’Inde prend-elle le chemin de la théocratie comme le Pakistan ?

 

Deux pays sont nés en 1947, le Pakistan et l’Inde. Ils ont décidé que le Pakistan serait un pays fondé sur une religion, l’Islam. En revanche, les pères fondateurs de l’Inde ont décidé que nous ne serions pas basés sur une religion ou une culture, mais que l’Inde serait multiculturelle et multireligieuse, avec différentes langues et régions. Et après cela, le pays a vécu en paix.

 

AED : Qui sont ces gens qui veulent changer cette caractéristique fondatrice, et pourquoi ?

 

Il s’agit de certains groupes fondamentalistes qui surgissent dans toutes les sociétés, et les groupes fondamentalistes nuisent toujours à la société. Mais quand les groupes fondamentalistes commencent à recevoir le soutien ouvert ou caché d’autrui, alors ils deviennent dangereux.

 

AED : Quelle est la réaction de la communauté chrétienne quand elle entend de telles nouvelles ? Ces incidents doivent-ils faire peur à ses membres ?

En tant que chrétiens, nous faisons confiance au Seigneur, nous n’avons pas peur. Quand j’ai demandé aux sœurs de Chinnasalem : « Avez-vous peur ? », elles m’ont répondu : « Non, nous allons continuer notre travail ». Et je pense que c’est notre esprit, nous continuerons notre travail, nous n’aurons peur de personne. Nous pensons à Jésus qui nous a dit : « Craignez ceux qui peuvent prendre votre âme, et non ceux qui peuvent détruire votre corps ». Il s’agit donc d’un principe de base.

Nous allons donc poursuivre notre travail, nous continuerons à servir les plus pauvres d’entre les pauvres. Nous savons que cela nous apportera des difficultés, cela nous vaudra des persécutions, et même la souffrance, mais nous continuerons de faire notre travail pour les pauvres, pour Dieu et pour Jésus.

 

AED : Une dernière question : pensez-vous justement que le fait que vous travailliez avec les personnes les plus pauvres et socialement méprisées soit une des raisons pour lesquelles certaines personnes ne semblent pas aimer le travail de l’Église ?

 

Nous avons un dicton dans ma propre langue locale, le Konkani : « On ne jette des pierres qu’à un arbre qui donne du fruit ». On ne jette pas de pierres à un arbre stérile, mais uniquement à un arbre qui porte du fruit. En effet, il y a des gens qui n’aiment pas que nous servions les pauvres, et je pense que c’est la vraie raison pour laquelle nous sommes attaqués.