fbpx

Entrevue AED

 

Entrevue de l’AED – tentative de radicalisation du système judiciaire en Irak

20.09.2019 in Entrevue AED, Irak

Irak
tentative de radicalisation du système judiciaire

Les chrétiens craignent l’instauration d’une théocratie, à l’heure où les parlementaires tentent de présenter des changements à la Cour suprême fédérale, qui interprète la Constitution et détermine la constitutionnalité des lois et des règlements.

Entrevue réalisée en août dernier par Xavie Bisits, ACN-International

Dans un pays où les chrétiens sont aux prises avec des attentats à la bombe ciblés, des enlèvements et des discriminations, leurs leaders sont confrontés à une nouvelle  crise : une tentative de donner aux religieux islamiques le droit de vote à la Cour suprême fédérale.

Cette décision, qui n’a pas encore été prise, rapprocherait l’Irak d’une théocratie semblable au régime iranien où les non-musulmans sont contraints de vivre sous la charia, la loi islamique. Par exemple, en Iran les chrétiennes sont forcées de porter le voile, et l’alcool est complètement interdit.

Le changement inclurait la présence de quatre juristes islamiques parmi les 13 membres qui votent à la Cour suprême fédérale du pays. Toutes les décisions nécessiteraient le soutien d’au moins trois de ces quatre juristes, ce qui radicaliserait de manière drastique le système judiciaire du pays.

Irak, Karamlesh (Karamles), juillet 2019 – édifices touchées par Daesh

Droits de l’homme menacés

En août dernier, Muna Yako, professeure et militante chrétienne irakienne experte en droit constitutionnel, a expliqué à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) que bien que la Constitution se réfère à l’Islam comme fondement du droit, elle fait également référence à l’importance de la démocratie et des droits de l’homme.

 

Ce changement à la Cour suprême fédérale signifierait probablement que la loi islamique ait toujours préséance : « La Cour est nécessaire pour interpréter la Constitution. Actuellement, lorsqu’une affaire est portée devant la Cour suprême fédérale, j’espère qu’elle accorde parfois la priorité aux droits de l’homme et à la démocratie. Mais si ces juristes islamistes rejoignent la Cour, nous n’aurons plus aucune chance de donner la priorité à la démocratie ou aux droits de l’homme ».

 

Cela signifierait également la fin de toute tentative d’abroger les lois qui discriminent les minorités religieuses et qui les traitent comme des citoyens de seconde classe. Par exemple, la loi actuelle dit que les non-musulmans peuvent se convertir à l’Islam, mais l’inverse ne peut pas avoir lieu. De même, les chrétiens ne sont pas autorisés à épouser des femmes musulmanes sans se convertir à l’Islam, ce qui est une « discrimination anticonstitutionnelle ».

 

« Le gouvernement irakien nous a déçus jusqu’à présent, mais j’espère toujours qu’il y aura un changement. Toutefois, si cette loi est adoptée, je n’aurai plus aucun espoir. Cela fera de l’Irak une théocratie, parce que toutes les lois seront fondées sur la religion, par exemple les règles sur l’habillement et l’alcool ».

 

Muna Yako craint qu’à la suite d’un tel changement – « terrifiant » -, davantage de chrétiens quittent le pays : « Nous ne serions plus qu’un souvenir, tout comme les juifs ». La plupart des chrétiens font partie de groupes autochtones présents dans le pays depuis des milliers d’années.

 

Mgr Sako à Rome – 2018

Dans une lettre adressée au Président du Parlement irakien, le Cardinal Raphaël Sako I, Patriarche de l’Église catholique chaldéenne, a fait part de sa préoccupation en ce qui concerne cette proposition, faite « après toutes les souffrances que nous avons endurées, comme le terrorisme, les déplacements de population, les pillages, les meurtres et les vols ». Il a exprimé sa crainte que cette proposition ne menace l’avenir des chrétiens dans le pays, en appliquant la loi islamique aux chrétiens dans des domaines personnels comme le droit des successions.

 

Cet avis est partagé par d’autres juristes. Le Dr Majida Sanaan-Guharzi, dans le journal Kurdistan 24, estime que ce changement « pourrait modifier considérablement la fonction de la Cour, en promouvant un État de plus en plus théocratique dans lequel les règles religieuses sont premières sur le système juridique actuel, principalement laïque ».

 

L’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient d’importants projets en Irak. L’organisme international a principalement contribué à apporter une aide d’urgence aux chrétiens touchés par le groupe État islamique (ÉI). Elle se concentre maintenant surtout sur la reconstruction des bâtiments ecclésiaux qui ont été délibérément attaqués au cours des trois années d’occupation.

Novembre 2018, église de Qaraqosh, maintenant en reconstruction

Entretien de l’AED – Rapport de l’administrateur apostolique sur la situation actuelle en Terre Sainte

11.09.2019 in Daniele Pîccini, Entrevue AED, Informations, Israël, Réalisation Tobias Lehner, Terre Sainte

Entretien de l’AED – Terre Sainte

«Le fondamentalisme religieux relègue les chrétiens aux marges de la société»

Par Daniele Piccini & Tobias Lehner, ACN International

Mgr Pierbattista Pizzaballa a déjà passé plus de trois décennies de sa vie en Terre Sainte. En 2016, ce Franciscain a été nommé archevêque et administrateur apostolique du Patriarcat latin de Jérusalem. Lors d’une visite au siège de l’AED, en Allemagne, il s’est entretenu avec notre collègue Daniele Piccini. Mgr Pizzabella a expliqué pourquoi les décisions politiques internationales actuelles exacerbent le conflit en Terre Sainte et pourquoi l’Église compte sur le pouvoir des petits pas.


 

Mgr Pierbattista Pizzaballa, archevêque et administrateur apostolique du patriarcat latin de Jérusalem en visite au bureau Allemand de l’AED pour un entretien télévisé le 4 juin 2019.

AED : Votre Excellence, quelle est la situation actuelle des chrétiens en Terre Sainte?

Mgr Pierbattista Pizzaballa : On dit souvent que dans le territoire considéré comme la Terre Sainte au sens strict, il existe trois groupes : les Israéliens, les Palestiniens et les chrétiens. Mais les chrétiens ne sont pas un « troisième peuple ». Les chrétiens appartiennent au peuple au sein duquel ils vivent. En tant que chrétiens, nous n’avons aucune revendication territoriale. Pour un juif ou un musulman, la rencontre avec un chrétien ne constitue jamais un danger. Et pourtant, la vie n’est pas facile pour les chrétiens : il est plus difficile [aujourd’hui] pour les chrétiens de trouver du travail ou un logement. Les conditions de vie sont beaucoup plus difficiles.

 

La liberté religieuse est-elle sévèrement restreinte pour les chrétiens en Terre Sainte?
Il faut différencier les approches. La liberté de culte est une chose, la liberté de conscience en est une autre. La liberté de culte existe : les chrétiens peuvent célébrer leurs offices religieux et organiser leur vie communautaire. Bénéficier de la liberté de conscience signifie que chaque fidèle peut s’exprimer librement, et que les membres des autres religions peuvent décider en toute liberté de se convertir au christianisme, s’ils le souhaitent. C’est ici que les choses se compliquent.

En Terre Sainte, la politique joue toujours un grand rôle. Par exemple, dès que l’on décide de se rendre à certains endroits pour une visite, celle-ci peut facilement se transformer en question politique. Je vous donne un exemple : des chrétiens de Bethléem veulent se rendre au Saint-Sépulcre à Jérusalem pour y prier. Souvent, ce n’est pas possible parce qu’ils ont besoin d’un permis. S’agit-il donc ici d’une question de liberté religieuse, ou s’agit-il simplement de politique et ils ne peuvent pas se rendre au Saint-Sépulcre parce qu’ils sont Palestiniens ? Tous ces facteurs sont intimement mêlés.

La majorité des chrétiens en Terre Sainte sont Palestiniens.

Récemment, le gouvernement des États-Unis a transféré son ambassade à Jérusalem. Quels sont les effets perceptibles de cette décision politique?
Au quotidien, peu de choses ont changé a priori. Pourtant, le transfert de l’ambassade américaine représente une impasse politique. Toutes les questions concernant Jérusalem et qui n’intègrent pas les deux parties — les Israéliens et les Palestiniens — causent une profonde fracture à l’échelle politique. Et c’est exactement ce qui est arrivé. Après le transfert de l’ambassade des États-Unis, les Palestiniens ont rompu toutes leurs relations avec le gouvernement américain, ce qui a mis un terme aux négociations entre Israël et les Territoires palestiniens, qui, de toute façon, avançaient à pas de tortue.

L’ancienne ville de Jérusalem.

Les derniers affrontements ont conduit à la radicalisation d’un nombre croissant de jeunes, en particulier parmi les Palestiniens. Cela a-t-il aussi des répercussions pour les chrétiens?
Il y a des Palestiniens qui appartiennent à des mouvements fondamentalistes. Mais il y a également de nombreux Palestiniens qui rejettent la violence. La majorité des chrétiens en Terre Sainte sont Palestiniens. Ils vivent donc dans les mêmes conditions que les musulmans palestiniens. Le fondamentalisme religieux relègue très clairement les chrétiens a de la société. Nous faisons donc autant l’expérience de la coopération et de la solidarité que de l’exclusion et de la discrimination.

 

Un autre problème consiste dans l’émigration croissante des chrétiens…
L’émigration n’est pas un phénomène de masse, sinon, il y a longtemps que les chrétiens auraient disparu de Terre Sainte. L’émigration est faible, mais constante. Chaque année, lors de mes visites dans les paroisses, les prêtres me disent : « Cette année, nous avons perdu deux, trois familles ».

Terre Sainte, Mai 2011 – Le mur qui sépare physiquement la Palestine et Israël

 

Devant cette impasse politique, l’Église peut-elle faire quelque?
Les chrétiens constituent environ un pour cent de la population. Nous ne pouvons donc pas exiger d’obtenir le même poids politique que d’autres groupes. Néanmoins, l’Église entretient de solides relations dans le monde entier. Viennent s’y ajouter les millions de pèlerins chrétiens venus du monde entier. Notre mission consiste à transmettre aux gens le message suivant : Il y a une manière chrétienne de vivre dans ce pays. Il y a une manière chrétienne de vivre dans ce conflit. L’époque actuelle ne se prête pas aux grands gestes. L’Église doit tenter d’établir de petites connexions, de construire de petits ponts.

9 Jan. 2016 : l’Abbaye de la Dormition à Jérusalem, ciblée par des vandales.

 

Sa Sainteté le pape François a visité le pays en 2014. Est-ce que cette visite a influencé la situation politique, mais aussi la relation entre les chrétiens catholiques et orthodoxes?
Les visites pontificales constituent des éléments importants dans la mosaïque qui pavent la voie vers la paix, même si elles ne peuvent évidemment pas apporter le grand tournant. Au point de vue œcuménique, c’est différent : la visite du pape François s’inscrit dans la continuité de la célèbre rencontre entre Leurs Saintetés le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras, qui a eu lieu en 1964 à Jérusalem. Dans ce contexte, la visite du pape François, et en particulier sa prière œcuménique dans l’église du Saint-Sépulcre, représentait un tournant décisif et perceptible dans les relations entre les chrétiens catholiques et orthodoxes.

 

 

 

Soutien financier pour la mise en place du cours :              « Guérir la haine spirituelle : l’accompagnement dans des situations de conflit.»

Depuis de longues années, l’AED est proche des chrétiens de Terre Sainte. À Jérusalem par exemple, l’œuvre finance un séminaire interreligieux intitulé «Construire le pardon, surmonter la haine», auquel participent des centaines de chrétiens, de juifs et de musulmans. Pouvez-vous nous parler brièvement de cette initiative?
D’abord et avant tout, je tiens à remercier l’AED, parce que l’œuvre de bienfaisance fait beaucoup de choses en Terre Sainte. Vous soutenez de nombreux projets dont ce séminaire organisé par le centre Rossing. Daniel Rossing était juif et convaincu que Jérusalem en particulier devait être un lieu où toutes les religions se sentent chez elles. De nombreux jeunes qui ont participé à ces cours emportent leurs expériences dans leur vie professionnelle. Ainsi, la religion qui est pourtant souvent un facteur de séparation en Terre Sainte, devient ici un point commun.

L’Irak aspire à des temps meilleurs pour son Église et sa population

12.04.2019 in Adaptation Mario Bard, Aide à l'Église en détresse., Entrevue AED, Irak, Moyen-Orient

Mgr Petros Mouche est l’archevêque syro-catholique de Mossoul, deuxième plus grande ville d’Irak. Elle avait été capturée par le groupe État islamique à l’été 2014. Aujourd’hui, le groupe État islamique (ÉI) ayant quitté Mossoul et les plaines de Ninive, les communautés chrétiennes reviennent lentement à la vie. Des milliers de fidèles Irakiens, qui ont passé plus de trois ans en exil au Kurdistan, se sont réinstallés dans leurs anciens foyers, villages et villes. Lors d’un entretien accordé à l’œuvre pontificale de charité Aide à l’Église en Détresse, Mgr Mouche, qui supervise également l’Église syro-catholique à Kirkouk et au Kurdistan, fait le point sur la situation :

Texte et entretien par Ragheb Elias Karash, pour ACN International

Date de publication au Canada: Vendredi le 14 avril, 2019

Des changements positifs se sont produits dans notre région, personne ne peut le nier. Les choses n’ont peut-être pas encore atteint le niveau souhaité, mais il y a des signes très clairs et concrets de progrès. Cependant, ce n’est pas grâce à l’État : c’est grâce aux organisations confessionnelles et humanitaires qui se sont précipitées pour nous soutenir.

Nous manquons toutefois toujours de fonds pour achever la reconstruction de toutes les maisons qui ont été très gravement endommagées ou complètement détruites ; nous attendons et espérons que des gouvernements, tels que ceux du Royaume-Uni et de Hongrie, interviennent et nous aident sur ce front.

Les problèmes ne se termineront pas tant que la cupidité prévaudra

Quant à la création d’emplois, il y a très peu d’initiatives ; nous avons fait de nombreuses demandes à plusieurs entreprises américaines, britanniques, françaises et même saoudiennes pour lancer des projets majeurs dans la région, afin que notre peuple puisse survivre, et surtout, que nos jeunes puissent trouver du travail, mais nous attendons toujours. Le gouvernement irakien a fait de nombreuses promesses, mais peu de projets ont été mis en œuvre. Notre confiance dans l’État est faible. Nous sommes convaincus que, si de bonnes occasions se présentaient, beaucoup d’entre nous retourneraient à Qaraqosh — s’ils pouvaient y vivre dans la paix et la stabilité.

Les problèmes ne se termineront pas tant que la cupidité prévaudra; tant que seuls les forts prévaudront et que les droits des pauvres soient écrasés aussi longtemps que l’État restera faible et que la loi ne sera pas appliquée. Mais notre espérance est en Dieu et nous prions pour que le groupe État islamique ne revienne jamais. Pour leur sécurité et leur bien-être général, les chrétiens dépendent de l’État de droit et de l’intégrité du gouvernement, c’est cela qui peut garantir notre sécurité et celle de l’Église.

L’Église dans son ensemble, ses évêques, ses prêtres et ses laïcs, ne ménagent pas ses efforts pour revendiquer les droits de sa communauté et pour que soit sécurisée une région où nous puissions vivre dans la dignité et la paix. Les responsables de l’Église font de leur mieux pour répandre la confiance et l’espérance dans notre communauté, mais sans forcer quiconque à revenir, rester ou se déplacer. Il appartient à chaque famille de prendre pour elle-même cette décision, la décision qui garantira sa dignité, son avenir, et en particulier l’avenir de ses enfants.

Voici mon message aux chrétiens qui ont quitté Qaraqosh, où qu’ils soient, toujours en Irak ou déjà dans des pays étrangers :

» Qaraqosh est la mère qui vous a nourris de l’amour pour Dieu, l’amour pour l’Église et de l’amour pour la terre. Qaraqosh restera votre mère, malgré la tristesse que votre absence lui cause. Cette ville est votre cœur, elle reste attachée à vous et ses yeux observent chacun de vos pas. Elle est heureuse quand vous êtes heureux, elle s’inquiète de votre destin quand vous n’êtes pas heureux. Ses portes vous restent ouvertes. Qaraqosh est prête à tout moment à vous accueillir à nouveau — Qaraqosh vous demande de rester fidèles au lait pur dont elle vous a nourris ! »

Mgr-Petros-Mouche

Depuis 2014, Aide à l’Église en Détresse a été à l’avant-garde du soutien des chrétiens irakiens avec des projets s’élevant au total à plus de 40 millions de dollars, dont l’aide humanitaire aux fidèles ayant fui vers le Kurdistan pour échapper au groupe État islamique, la réparation et la reconstruction de maisons de chrétiens dans les plaines de Ninive, et, actuellement, la reconstruction et la réparation des infrastructures ecclésiales dans le nord de l’Irak.

Philippines – Amitié entre chrétiens et musulmans « mise à rude épreuve » – AED-Infos

25.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, Asie, Dialogue interreligieux, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines


Amitié entre chrétiens et musulmans « mise à rude épreuve »

 

Le 27 janvier 2019, deux bombes ont explosé dans la cathédrale de Jolo, dans l’archipel des Sulu, entre Mindanao et Bornéo, tuant 23 personnes et en blessant 112 autres. Cette tragédie a été suivie d’un attentat à la grenade, le 30 janvier, dans la mosquée de Zamboanga à l’ouest de l’île de Mindanao. Le père Sebastiano d’Ambra, missionnaire de l’Institut pontifical des missions étrangères (PIM) qui œuvre depuis 40 ans pour le dialogue interreligieux dans le sud des Philippines, explique à l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse quelle est la situation dans ce pays du continent asiatique qui a le plus grand nombre de catholiques.

***

AED : Père d’Ambra, vous êtes prêtre à Zamboanga, non loin de l’île de Jolo. Pourriez-vous nous décrire la situation sur place, après l’attentat du 27 janvier ?

Père d’Ambra : Cela nous a tous profondément choqués, en raison de la violence de cette attaque, bien entendu, mais aussi parce qu’elle touchait un lieu sacré. Malheureusement, cette violence s’inscrit dans un contexte d’augmentation des tensions. Depuis ces quelques dernières années, il y a de plus en plus de radicalisme. Mais la petite minorité chrétienne de l’île de Jolo (1% de la population totale de 120 000 personnes de l’île de Jolo, NDLR) n’en est pas la seule victime. J’entends des musulmans qui viennent me voir et me disent : « Père nous aussi nous sommes menacés parce que nous ne sommes pas le même genre de musulmans qu’eux ! ».

AED : Trois jours après l’attentat de la cathédrale, l’explosion d’une grenade dans une mosquée à Zamboanga, où vous habitez, a fait deux morts. Craignez-vous un conflit interreligieux ?

Père d’Ambra : Je ne crois pas qu’il faille connecter les deux attentats. Je n’imagine pas des chrétiens allant venger leurs morts en attaquant un lieu de culte musulman. Je crois au contraire qu’il faut à nouveau y voir l’œuvre de ces groupes extrémistes qui ajoutent toujours plus de violences et de confusions. Ils veulent séparer les chrétiens des musulmans. Ils veulent profiter de la situation et provoquer le chaos dans tout le pays pour remettre en cause son équilibre. Un équilibre qui repose en bonne partie sur les relations entre les fidèles des différentes religions.

AED : Pourtant, selon les autorités, la guerre contre le terrorisme islamique est en voie d’être gagnée. Partagez-vous cette analyse ?

Père d’Ambra : Pas du tout, non. Malheureusement, la tension interreligieuse est bien là. Ce n’est pas parce que des chefs de groupes extrémistes ont été exécutés qu’il faut croire que le gouvernement philippin gagne la guerre. C’est une erreur ! Je sais bien que l’armée fait ce qu’elle peut pour contrôler ces groupes, mais je ne crois pas que cela soit suffisant. Les groupes comme Daech, Maute ou Abu Sayyaf, ont un désir commun de semer le trouble dans le pays. Ils peuvent revenir en force dans les temps qui viennent. Je ne dis pas qu’il faut vivre dans la peur, mais il faut être réaliste, je ne les vois pas déjà défaits ! Je crois que notre amitié avec nos voisins musulmans va être mise à l’épreuve.

N’ayez pas peur ! Croyez bien que l’amour est plus fort que la haine.

AED : Vous-même, avez-vous le sentiment que votre vie est en danger ?

Père d’Ambra : Oh, vous savez, cela fait 40 ans que je suis ici. J’ai bien eu le temps d’être ciblé, et ce, à plusieurs reprises. Une fois de façon tout à fait claire, quand j’ai été pris dans une embuscade. La balle qui m’était destinée a tué l’un de mes amis. À cette époque, j’étais négociateur auprès des rebelles musulmans. C’était une expérience inhabituelle, un prêtre, parmi ces groupes pendant presque trois ans. Nous avions établi de bonnes relations de respect mutuel, et je suppose que l’idée qu’un seul prêtre pouvait être plus efficace qu’un millier de soldats, pour faire la paix, a dû frapper ceux qui ne voulaient pas la fin du conflit. Cette attitude se retrouve de nos jours. Certains musulmans nous disent que nos programmes de dialogues entre chrétiens et musulmans ne sont pas du goût des extrémistes.

AED : Avez-vous un message final à confier ?

Père d’Ambra : N’ayez pas peur ! Croyez bien que l’amour est plus fort que la haine. Je remercie l’AED pour être si proche des chrétiens en difficultés dans le monde et je demande à tous les chrétiens de promouvoir, à leur niveau, le dialogue, pour échapper à la logique du conflit.

 

 

***

Le père Sebastiano d’Ambra est fondateur du Mouvement Silsilah qui travaille au dialogue, et dont l’Aide à l’Église en Détresse est un partenaire régulier, que ce soit par le soutien de son travail médiatique (Silsilah Media Centre for Dialogue and Peace), ou encore par le soutien à la publication ainsi qu’aux initiatives de paix et d’harmonie qui sont lancées régulièrement dans la population de cette partie des Philippines. (25-02-2019)

 


 

Cameroun – L’Église continue à parler malgré les menaces – AED-Entrevue

15.02.2019 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, By Thomas Oswald, Cameroun, Cameroun, Entrevue AED, Maria Lozano, Mario Bard, Voyagez avec AED

Cameroun 

La parole de l’Église n’est pas la bienvenue

Les zones anglophones du Cameroun sont continuellement secouées par le conflit qui oppose les groupes séparatistes anglophones au gouvernement central francophone. Dans ce contexte de lutte fratricide, l’Église tente de renouer le dialogue entre les parties. Mgr Emmanuel Abbo, 49 ans, évêque de Ngaoundéré, francophone, et Mgr Michael Bibi, évêque auxiliaire de Bamenda, anglophone, témoignent de la situation de leur pays. Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est entretenue avec eux. Propos recueillis par Thomas Oswald.

Photo plus haut : séminariste tué le 4 octobre dernier Akiata Gerard Anjiangwe sans aucun autre motif que celui de faire peur à l’Église et de la taire dans son désir d’aide à pacifier le pays.

*** 

Mgr Emmanuel Abbo: « Les nouvelles ne sont pas rassurantes ».

AED : Peut-on parler de « guerre civile » dans les zones anglophones ?

Mgr Michael Bibi : Les élections du mois d’octobre 2018 auraient dû permettre aux populations de cette région de s’exprimer par la voie démocratique. Dans les faits, les choses sont plus compliquées, car il y a un très grand nombre de déplacés internes, et que très peu de Camerounais ont pu effectivement voter. Les conditions ne sont malheureusement pas réunies pour un exercice démocratique apaisé. Or, c’est pourtant par le dialogue franc, inclusif, que nous pourrons sortir de cette crise. Pour le moment, on n’entend que les autorités religieuses !

Mgr Emmanuel Abbo : Je ne suis pas sur place, mais les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas rassurantes. Nous recevons vraiment des informations très variées donc on ne peut pas se prononcer objectivement.

 

AED : À plusieurs reprises, l’Église camerounaise a tiré la sonnette d’alarme pour avertir de la situation des clercs, prêtres et religieux, qui se situent dans ces zones anglophones. Quel rôle peut-elle jouer ? 

Mgr Michael Bibi : L’Église est en première ligne. Un prêtre et un séminariste ont été abattus en région anglophone. Concernant ce dernier, ce fut une véritable exécution, mise en scène devant son église, en présence des paroissiens. Et ces deux cas ne sont malheureusement pas isolés. Je reçois des nouvelles inquiétantes de beaucoup de religieux qui se font tirer dessus, kidnapper et rançonner. J’ai moi-même été arrêté, mais ils m’ont relâché quelques heures après.

Je peux témoigner que le clergé qui demeure en zone anglophone est particulièrement menacé. Pourtant, nous parlons vrai : nous disons la vérité ! Nous disons aux jeunes de rester à l’école et de ne pas rejoindre les milices, que cela ne mène à rien, et les milices nous accusent de faire le jeu du gouvernement. Nous dénonçons aussi l’action de l’armée gouvernementale, nous demandons à ce que la région soit démilitarisée, et du coup nous sommes catalogués comme prorebelles par les autorités ! Notre parole de vérité n’est pas la bienvenue dans ce conflit fratricide. La vérité c’est que les deux camps tuent, et ne font qu’ajouter de la violence à la violence.

Mgr Emmanuel Abbo : L’Église apporte une contribution pour la résolution des conflits et pour le maintien de la paix. La conférence épiscopale prend des initiatives, mais nous préférons opérer en silence pour approcher les parties en conflit et trouver des solutions adaptées, car la médiatisation risque de nuire à la réussite de ces initiatives.

 

AED : Comment se porte l’Église dans votre pays ?

Mgr Michael Bibi : Grâce à Dieu, la foi des Camerounais est puissante. La messe dominicale est suivie avec ferveur, et nous avons des vocations sacerdotales. Il faudrait à présent que nos dirigeants soient, eux aussi, illuminés par cette foi.

Mgr Michael Bibi: « Or, c’est pourtant par le dialogue franc, que nous pourrons sortir de cette crise. »

Mgr Emmanuel Abbo : Mon diocèse a été évangélisé il y a à peine soixante ans. Les Oblats de Marie Immaculée, d’origine française, sont arrivés dans les années 50. Trois éléments donnent à espérer. Les prêtres de mon diocèse sont très jeunes, très dynamiques, avec qui j’entretiens une excellente collaboration ; nous avons une présence religieuse qui partage nos préoccupations pastorales et, malgré la pauvreté ambiante, nous avons des fidèles qui sont prêts à faire ce dont ils sont capables pour que notre Église aille de l’avant.

 

Nous rencontrons des défis énormes. Sur le plan pastoral, le diocèse ne dispose pas de suffisamment de prêtres – j’ai donc fait appel à des prêtres fidei donum – et nous n’avons pas assez de ressources humaines et matérielles. Sur le plan social, nous souhaitons reconstruire nos écoles et centres de soins, en dur. Sur le plan du développement, nous souhaitons accompagner notre population, très pauvre, en organisant des associations, ou des coopératives. Une des priorités du plan pastoral est la construction d’un centre pastoral diocésain, destiné à abriter les formations que nous souhaitons organiser pour former nos 343 catéchistes et 57 prêtres.

 

AED : Que souhaitez-vous dire à nos bienfaiteurs ?

Mgr Michael Bibi : Nous avons besoin des prières de l’Aide à l’Église en Détresse. Nous avons aussi besoin d’une aide concrète pour les victimes du conflit de la région anglophone, conformément à la parole de Jésus : « J’avais faim, vous m’avez nourri, j’étais nu, vous m’avez vêtu ».

Mgr Emmanuel Abbo : Je veux leur dire merci pour leur générosité, ils nous sont d’un grand soutien dans nos diocèses, particulièrement au Cameroun, car l’AED nous soutient beaucoup dans nos projets pastoraux. Soyez encore plus généreux, car nos soucis et nos préoccupations sont croissants.

*** 

Une belle nouvelle de l’AED pour un autre évêque, Mgr Georges Nkuo: 

Ayant été informé de notre décision de financer différents projets dans son diocèse de Kumbo, Mgr George Nkuo nous écrit un message de remerciement :

« Vous avez attribué des bourses pour nos 110 grands séminaristes, pour notre bureau responsable de la pastorale des familles, pour les novices des Sœurs Tertiaires et pour les Frères de Saint-Martin de Porres. Je tiens à vous remercier sincèrement de votre aimable considération.

Ces subventions arrivent à un moment où l’Église de notre province ecclésiale traverse une période très difficile et où notre revenu local a été sérieusement affecté à cause de la guerre qui sévit dans nos régions. Aussi, vous pouvez imaginer le soulagement que votre aide a apporté à nos diverses communautés.
Je m’empresse d’écrire en leur nom pour vous dire « Merci ! ».

Encore une fois merci et que Dieu continue à vous bénir, vous et nos bienfaiteurs.

+George »


 

Nigeria : Priez pour la paix! Appel de Mgr Kaigama – Entrevue AED

13.02.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Entrevue AED, Grace Attu, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Mgr Ignatius Kaigama, Nigéria, PAIX, Prière, Voyagez avec AED

Nigeria 

Priez pour des élections pacifiques! 

 

 « Si les élections sont entachées par des actes de violence, de nombreux Nigérians innocents en paieront le prix. Aide à l’Église en Détresse peut mobiliser son réseau mondial d’amis, de bienfaiteurs et de partisans pour prier, en particulier pour le Nigeria en cette période électorale critique. » Mgr Ignatius Kaigama.

***

*Cet article a été publié avant que la Commission électorale du Nigeria ne reporte la première ronde d’élections, du 16 au 23 février, ainsi que la seconde, prévue le 2 mars et reportée au neuf. 

Le 16 février et le 2 mars 2019, les citoyens nigérians éliront le président, le parlement fédéral et d’autres représentants du gouvernement. La violence exercée par des groupes d’extrémistes islamistes comme Boko Haram règne toujours dans de vastes zones du pays. Aide à l’Église en détresse (AED) s’est entretenue avec Mgr Ignatius Ayau Kaigama, archevêque catholique de Jos, au sujet de la situation actuelle, des élections parlementaires au Nigéria et de ses espérances pour le pays.  Enfin, rappelons que les évêques catholiques du Nigeria représentent toujours une autorité morale extrêmement forte et estimée par la population, dans un pays où règne une grande corruption et la violence contre les chrétiens, en particulier dans les régions du centre et du nord-est du pays.

Propos recueillis par Grace Attu.
Adaptation et révision pour le Canada français : Mario Bard, AED-CAnada

***

Lors de son voyage au Canada en juin 2018, Mgr Kaigama en pleine discussion avec Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’AED.

AED-Grace Attu : Quelle est la situation présentement au Nigeria alors que se tiendront les élections parlementaires ce samedi 16 février et puis le 2 mars ?

Mgr Kaigama : Comme partout dans le monde, les émotions politiques soulèvent de fortes vagues en période électorale. Beaucoup de personnalités politiques et leurs partisans développent une paranoïa politique. On entend parler de la facilité avec laquelle certains politiciens passent d’un parti à l’autre. Cela montre que leur motivation de s’engager en politique n’est pas fondée sur de bons principes politiques, une idéologie ou des programmes politiques électoraux favorables aux citoyens, mais qu’elle dépend en première ligne de leurs intérêts personnels. La plupart d’entre eux ne réfléchissent que très peu à la manière de garantir une gouvernance responsable ou bien une amélioration de la situation des gens simples, en particulier les pauvres, les marginalisés, les chômeurs, les victimes d’extrémismes religieux et les millions de personnes qui sont devenues victimes des dérivés toxiques de la corruption, véritablement pandémique.

Les campagnes électorales actuelles sont relativement modérées par rapport aux campagnes précédentes, bien qu’aujourd’hui, il y ait aussi eu des morts à déplorer. Par contre, ce qui saute à l’œil, ce sont les affirmations furieuses et infondées de certains hommes politiques, qui pourraient être considérées comme discours d’incitation à la haine ou d’invitation à la violence.

Il y a eu des incidents et quelques accidents mortels lors de quelques manifestations ; nous tenons cependant à saluer les campagnes électorales pacifiques de la plupart des partis. Néanmoins, il règne une tension et une inquiétude généralisées au sujet des futures réactions de ceux qui, dès à présent, ont l’impression que les élections pourraient être manipulées.

 

Ces derniers temps, les attentats commis par Boko Haram se sont intensifiés. Selon vous, est-ce qu’il pourrait y avoir un lien avec les élections ?

Mgr Kaigama : Le nombre d’attentats de Boko Haram s’était déjà intensifié auparavant. Plusieurs membres du personnel militaire ont été tués. Les rebelles ont même été suffisamment effrontés pour s’attaquer à des hommes armés en causant de graves pertes parmi leurs rangs. Ils n’épargnent même pas les collaborateurs d’œuvres de charité internationales. D’une manière insolente, ils mettent en garde la communauté internationale de ne pas se dresser en travers de leur chemin. Ils combattent pour s’emparer du pouvoir dans certaines régions du Nigeria et des pays voisins afin d’atteindre leur objectif d’édifier un État islamique d’Afrique de l’Ouest.

Récemment, les candidats au gouvernorat de l’État Plateau ont signé une déclaration dans laquelle ils se sont engagés à faire une campagne électorale pacifique. Le tout s’est tenu au Centre pour le dialogue, la réconciliation et la paix de Jos, la capitale de l’État. Les dirigeants religieux, dont Mgr Kaigama, ont été les témoins cet engagement.

Nous avons été surpris de voir que ces derniers jours, les attentats de Boko Haram se sont intensifiés dans les régions de Michika, Shuwa, Madagali et Mubi, dans les États fédéraux de Borno et d’Adamawa. Des gens qui disent que ces nouvelles attaques sont motivées et encouragées par des facteurs politiques pour collecter des points politiques, ou qu’elles pourraient être une tentative de priver une partie des électeurs de leurs droits de vote durant les élections. Ce qui est indubitable, c’est que ces attaques doivent clairement démontrer que Boko Haram n’est pas encore vaincu. La menace provenant de Boko Haram reste tout à fait réelle. Ils sont très loin reconnaître leur échec.

 

Est-ce que vous vous inquiétez ?

Mgr Kaigama : Je devrais le faire. Lorsque la paix est perturbée, les chefs de l’Église catholique comme moi souffrent plus que ceux qui ont été élus au gouvernement. En effet, c’est dans nos maisons et nos bureaux que les gens viennent en foule, parce qu’ils savent qu’ils n’en seront pas chassés par les policiers armés ou des soldats, ni agressés ou menacés par les aboiements des chiens policiers, alors qu’ils veulent venir demander de l’aide ou des biens de première nécessité. Nous devons réussir à aider ceux qui ont été expulsés de chez eux et qui ont perdu tous leurs moyens d’existence. À cause du surmenage et du stress auxquels nous, les chefs de l’église, sommes exposés en temps de crise, nous prions beaucoup, et nous travaillons très dur pour encourager de manière proactive une culture de la paix. Nous nous efforçons en commun d’assurer que nous aurons des élections libres et équitables qui aboutiront à la paix pour tous.

Si les élections sont entachées par des actes de violence, de nombreux Nigérians innocents en paieront le prix. J’espère que les élections seront équitables, pacifiques et crédibles, et que la victoire reviendra à des membres du gouvernement qui se distinguent par la bonté, le patriotisme, l’altruisme et la piété, et auxquels le bien de la communauté tiendra plus à cœur que leur ambition personnelle ou le luxe inhérent à leur fonction. Dehors, dans les rues, il y a beaucoup de jeunes gens avec une bonne formation et une bonne qualification, mais qui n’ont pas de travail. Nous espérons que ceux qui aspirent à des postes à tous les niveaux du gouvernement considéreront la situation critique des jeunes comme l’une de leurs priorités.

 

Quelle est la contribution que fournit l’Église pour que les élections se déroulent correctement ?

Mgr Kaigama : L’Église catholique du Nigéria joue le même rôle que lors de n’importe quelle autre élection. Notre comité pour la justice, le développement et la paix (Justice, Development and Peace Commission – JDPC) travaille de manière proactive et est tout à fait conscient que les élections doivent se dérouler impérativement de manière pacifique et équitable. Par le passé, le comité a honorablement assumé sa mission en matière de surveillance électorale et attiré l’attention sur les défauts, les points faibles et les points forts. Récemment, la conférence des évêques catholiques du Nigeria a publié une déclaration appelant à la prière et à une exécution correcte des élections ainsi qu’à développer une attitude convenable des citoyens lors de ces élections.

Dans l’archidiocèse de Jos, l’Église s’est fébrilement chargée de nombreuses missions pour contribuer à ce que les élections se déroulent dans la paix. Nous avons appelé nos membres à la prudence. Ils doivent respecter la loi, rester pacifiques et ne pas se laisser exploiter par des hommes politiques égoïstes. Ils doivent s’assurer de posséder une carte d’électeur et aller voter. En notre qualité de prêtres, nous encourageons nos concitoyens, et leur rappelons de rester vigilants en cette période. Nous nous remettons en mémoire que nous-mêmes, les membres du clergé, nous avons le devoir de rester impartiaux. Depuis deux ans, le comité pour la justice, le développement et la paix s’occupe, dans différentes communes particulièrement choisies, de projets pour favoriser des élections pacifiques. Différentes communes bénéficient de formations spéciales pour apprendre comment formuler des exigences sous forme de charte et définir ce qu’elles doivent exiger des hommes politiques qui briguent leurs suffrages.

Mgr Kaigama, lors de l’engagement des candidats à faire une campagne électorale pacifique pour l’élection générale des 16 février et 2 mars prochain.

Le comité organise dans les établissements scolaires et les communautés des formations axées sur la « Promotion de la paix » ainsi que des programmes dédiés aux « Alternatives à la violence ». Dans le cadre des activités qui se sont déroulées préalablement aux élections, notre Centre pour le dialogue, la réconciliation et la paix (Dialogue Reconciliation and Peace Centre) a récemment organisé une cérémonie de signature d’un accord de paix par tous les candidats au poste de gouverneur de l’État fédéral de Plateau, à laquelle ont assisté des chefs traditionnels, des chefs religieux, des groupes de la société civile, des dirigeants des forces de sécurité et différentes parties prenantes de la société. Par ailleurs, notre comité pour la justice, le développement et la paix a été officiellement accrédité comme observateur électoral. De plus, nous sommes préparés à intervenir pour redresser la situation en cas d’explosion de violence lors des élections. Nous prions que cela ne se produise pas.

 

Qu’espérez-vous pour le Nigeria ?

Mgr Kaigama : Je suis un grand optimiste. Je suis très fermement persuadé que le meilleur pour le Nigeria est à portée de nos mains. Je suis un patriote convaincu en ce qui touche mon pays, le Nigeria. Tant de choses négatives sont évoquées en rapport avec le Nigeria, mais je crois que malgré tous ses défauts et ses imperfections, le Nigeria surprendra un jour le monde et enchantera et stupéfiera tous ceux qui se moquent aujourd’hui du pays et le donnent pour perdu. Les Nigérians sont un peuple pacifique, joyeux, travaillant dur, croyant et coriace, qui a simplement la malchance d’avoir des dirigeants qui se réjouissent de pouvoir voler l’énorme richesse par laquelle Dieu nous a béni, au lieu d’être des chefs de gouvernement altruistes et dotés d’une vision. Ils commettent ces larcins en coopération avec d’autres pays, des entreprises, des organisations et des particuliers étrangers.

Beaucoup de gens croient comme moi que le Nigeria survivra en tant que nation unique et peuple unique. Les temps sont proches où surviendra une révolution morale de la jeunesse, qui surmontera les catégories – comme l’appartenance à une tribu ou une religion –, et n’engendrera comme dirigeants que des personnalités sérieuses prêtes à souffrir et même à donner leur vie pour le Nigeria et les Nigérians, au lieu d’exhorter les pauvres gens à mourir pour eux (les dirigeants politiques). Tôt ou tard, ceux qui manipulent les élections, achètent des votes, exploitent les structures gouvernementales pour accéder à la victoire électorale et déclarent que les perdants sont vainqueurs, ne pourront plus se cacher nulle part.

 

Comment l’AED et ses bienfaiteurs peuvent-ils soutenir le Nigeria pendant cette période ?

Mgr Kaigama : L’AED peut mobiliser son réseau mondial d’amis, de bienfaiteurs et de partisans pour prier en particulier pour le Nigeria en cette période électorale critique. Nous avons besoin de soutien pour nos nombreuses initiatives de maintien de la paix et de la sensibilisation ainsi que pour différents programmes proactifs de formation à la paix, pendant et après les élections. De plus, nous avons besoin de soutien pour la réalisation d’offres éducatives et de programmes de promotion et d’autonomisation des jeunes gens, de jeunes filles adolescentes et de veuves, pour leur rendre espoir et leur éviter des problèmes.

Mais avant toute chose, prions ensemble pour des élections pacifiques et une stabilité générale, en espérant que par la grâce de Dieu, les futures élections permettent l’émergence de dirigeants visionnaires capables d’élever ce pays tellement prometteur de « l’insignifiance à la dignité ».


Merci de donner pour soutenir le travail de l’Église catholique au Nigeria.

Pour en apprendre plus sur notre soutien et les projets au Nigeria, visitez la page acn-canada.org/fr/2018nigeria

Philippines – L’Église de Jolo combat les forces du mal – Aide à l’Église en Détresse

11.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, AED Canada, Asie, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Maria Lozano, Maria Lozano, Mario Bard, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines

L’Église de Jolo combat les forces du mal

« Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser».


Une petite ville isolée militairement. Une guerre totale qui se déroule dans la municipalité voisine contre des extrémistes violents. Des familles endeuillées après avoir enterré leurs morts et des blessés en train de se rétablir dans différents hôpitaux, dont certains d’entre eux ont dû être amputés. Et une Église locale, celle du vicariat apostolique de Jolo, qui fait tout son possible pour insuffler de l’espérance à la minorité chrétienne, tandis que les musulmans rassemblent leurs membres pour manifester leur fermeté et redire leur solidarité avec la minorité chrétienne. Le tout, dans un climat de peur et de douleur.

Le plafond suspendu de la cathédrale a été endommagé par la force de l’explosion.

C’est le bilan dressé par la délégation de l’Aide à l’Église en Détresse-Philippines, venue en visite dans la capitale de l’île de Jolo, cette ville appauvrie de la province de Sulu. L’AED a voulu exprimer sa solidarité aux victimes, neuf jours après le double attentat à la bombe dans la cathédrale Notre-Dame du Carmel [27 janvier] dont le bilan final est de 23 morts et de 112 personnes blessées.

Découragement

La nouvelle de l’arrestation des auteurs présumés ne parvient pas à remonter le moral des habitants. Ainsi, le rassemblement préparé pour rendre hommage aux victimes n’a réussi, malgré sa bonne organisation et le haut niveau de sécurité, qu’à rassembler une petite partie de ceux à qui il était destiné, beaucoup de gens ayant préféré rester à la maison. Certaines familles pensent sérieusement quitter Jolo pour toujours, car les attentats sont « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Leur résistance est à bout, après des années de menaces, d’enlèvements, de meurtres et de harcèlement, perpétrés par ce qu’ils appellent « les forces du mal ».

Les « forces du mal », ce sont des extrémistes musulmans, la plupart d’entre eux partisans d’Abou Sayyaf, qui terrorisent les minorités chrétiennes depuis des années. Parmi leurs crimes, il y a l’assassinat de Mgr Benjamin de Jésus en février 1997 dans la cathédrale, celui de deux autres prêtres, le Père Clarétain Roel Gallardo, enlevé, torturé et assassiné en 2002, et le Père Rey Roda, Oblat de Marie Immaculée (OMI), en 2008. Les victimes de la violence ne sont pas seulement des chrétiens ; les terroristes enlèvent aussi des musulmans dans l’intention d’obtenir des rançons pour financer leurs actions.

Des sources interrogées par l’AED désignent comme auteurs du dernier attentat perpétré au siège du Vicariat apostolique de Jolo, des membres d’une faction d’Abu Sayyaf, composée de narcotrafiquants: Ajang Ajang.

Toutefois, le message de l’armée, du gouvernement local, des chefs traditionnels, ou des partenaires laïcs auxquels l’AED rend visite est toujours le même : « la persécution n’est pas commise par des musulmans, mais par une petite minorité d’extrémistes violents ».

Chrétiens et musulmans : rester unis face à la violence

« Aucune balle ou bombe ne peut détruire la relation harmonieuse entre musulmans et chrétiens à Jolo », a déclaré le Père Romeo Saniel, OMI, qui vit sur l’île depuis 18 ans et qui a été nommé administrateur apostolique du Vicariat apostolique de Jolo il y a quelques semaines. En tant que pasteur d’une petite minorité (1% d’une population totale de 120 000 habitants), il est vénéré et admiré par le peuple pour son engagement à assurer une éducation de qualité et un avenir à la jeune génération des Tausugs (groupe ethnique local de Sulu), et pour son courage et sa détermination à toucher le cœur des anciens combattants du Front islamique de Libération Mora.

« La seule façon de parvenir à une paix durable est que les musulmans et les chrétiens restent unis. Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser et de nous isoler du reste du pays », a déclaré Datu Sakul Tan, considéré comme l’homme le plus influent de tout Jolo, patriarche d’un puissant clan politique. L’homme a étudié dans une école catholique et est convaincu de l’importance et de la qualité de l’éducation offerte par l’Église aux habitants.

Le directeur de l’AED-Philippines Jonathan Luciano et le vicaire apostolique Père Romeo Saniel, Oblat de Marie Immaculée (OMI).

Les besoins sont clairement formulés par le clergé et les laïcs. Et même si les forces armées philippines tentent d’éliminer le groupe Abou Sayyaf par la force, tout le monde s’accorde à reconnaître que cela ne peut garantir la paix, car ceux qui meurent seront simplement remplacés par la jeune génération.

Trouver des solutions contre l’extrémisme

Le Père Saniel et Datu Sakul Tan convient qu’il est nécessaire à long terme d’offrir aux jeunes des programmes de prévention de l’extrémisme violent par le biais de l’éducation formelle, de campagnes de sensibilisation, du développement du sport et de la création d’emplois permettant aux jeunes d’assurer leurs moyens de subsistance.

D’autre part, le Père Jeff Nadua, OMI, recteur de la cathédrale, souligne la nécessité de renforcer tout d’abord la communauté chrétienne, avant de réparer la cathédrale. « Nous devons aider nos chrétiens à se remettre de ce traumatisme et à voir tout cela dans la perspective de la foi. Ensuite, nous pourrons concentrer nos énergies sur la reconstruction de la cathédrale qui est gravement endommagée par le double attentat ».

Le directeur national de l’AED aux Philippines, Jonathan Luciano, a effectué une visite de solidarité au vicariat apostolique de Jolo les 4 et 5 février 2019. Il a visité la cathédrale Notre-Dame du Carmel, gravement endommagée, et a parlé avec l’administrateur apostolique, le Père Romeo Saniel, OMI, ainsi qu’avec quelques proches des victimes.

Texte : Frère Reynaldo Bardino et Maria Lozano.

 


 

Entrevue – Pakistan – La loi sur le blasphème détruit des vies

01.02.2019 in ACN Canada, ACN International, Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, Asie, Dialogue interreligieux, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Mario Bard, Pakistan, par Tobias Lehner, Voyagez avec AED

Pakistan 

« La loi interdisant le blasphème détruit des vies »

Le Père dominicain James Channan est engagé depuis des années en faveur du dialogue entre les chrétiens et les musulmans au Pakistan, un pays qui ne cesse d’être le théâtre d’exactions contre sa très petite minorité chrétienne. Dans ce pays de 192 millions d’habitants où seulement 2 % des habitants sont chrétiens, une loi interdisant le blasphème permet d’appliquer des punitions draconiennes contre des personnes qui aurait critiqué l’islam ; Asia Bibi n’est malheureusement pas un cas unique.  Le Père James Channan dirige le « Peace Center » (Centre pour la paix) dans la ville pakistanaise de Lahore.

À l’occasion d’une visite au siège de l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), il s’est entretenu avec Tobias Lehner au sujet de la loi interdisant le blasphème, des évolutions encourageantes dans le monde islamique et des perspectives d’avenir d’Asia Bibi.

***

Tobias Lehner – À travers le sort d’Asia Bibi, l’opinion publique a découvert le danger mortel qui caractérise la situation de nombreux chrétiens au Pakistan. Condamnée à mort et écrouée, Asia Bibi a été acquittée fin octobre 2018 de l’accusation de blasphème envers l’islam et remise en liberté. Que savez-vous de la situation actuelle ?

Père James Channan – La situation des chrétiens au Pakistan est alarmante. Ils vivent dans la peur et l’insécurité. Cette situation persiste depuis les années 1970, quand la charia est devenue la source de la législation du Pakistan. Les musulmans radicaux abusent en particulier de la loi controversée sur le blasphème pour régler leurs comptes personnels. Chaque fois que des chrétiens sont accusés de blasphème présumé, tous les chrétiens de la région sont inculpés avec eux. Cela conduit souvent à des actes de violence contre les chrétiens.

C’est exactement ce qui est arrivé dans le cas d’Asia Bibi. Accusée de prétendu blasphème, elle a été condamnée à mort et écrouée pendant neuf ans. Même après avoir été acquittée, elle n’est toujours pas en sécurité. Des islamistes radicaux tentent de la trouver et de la tuer. Elle se trouve donc sous la protection de l’État. Nous espérons qu’elle pourra maintenant quitter le pays et vivre en liberté.

Le cas d’Asia Bibi n’est pas unique. Que savez-vous du sort des chrétiens qui ont également été accusés de blasphème ?

Un rapport de la conférence épiscopale du Pakistan fait état de 224 autres cas de chrétiens accusés de blasphème depuis 1984. Parmi eux, il y a notamment les époux Shafqat Masih et Shagufta Bibi. Ils ont été condamnés à mort. Je leur ai rendu visite en prison. Ils sont accusés d’avoir envoyé des SMS blasphématoires, ce qu’ils contestent. Leurs perspectives d’avenir sont plutôt sombres. Même s’ils étaient acquittés, eux et leurs enfants ne pourraient pas continuer à vivre au Pakistan. Des musulmans fanatiques tenteraient de les tuer. La loi interdisant le blasphème brise la vie des accusés, mêmes s’ils échappent à l’exécution de la sentence de mort.

Après l’acquittement d’Asia Bibi, nous avons vu des images d’une foule hostile qui continuait d’exiger son exécution. Dans ce contexte, les chrétiens du Pakistan auront-ils jamais la possibilité de vivre librement leur religion ?

Ces images ont donné l’impression qu’à tout moment un groupe de musulmans militants pouvait paralyser le pays tout entier. Cependant l’islamisme militant n’est pas majoritaire au Pakistan. Il y a environ 10 à 15 pour cent d’islamistes radicaux qui incitent la population à la violence. La majorité des musulmans ne suivent pas ces agitateurs, mais s’engagent en faveur de la liberté de religion, y compris pour les chrétiens. Tant les chrétiens que les musulmans ont été extrêmement soulagés lorsque les forces de sécurité pakistanaises ont récemment arrêté plus de 1000 islamistes. Le gouvernement a eu raison de sévir contre l’extrémisme. Et j’espère que cela va continuer.

Aide à l’Église en Détresse collabore depuis de longues années avec vous. D’un point de vue européen, les possibilités de changer la situation semblent limitées. Est-ce que ce soutien constitue malgré tout une différence pour les chrétiens du Pakistan ?

Le soutien accordé par Aide à l’Église en Détresse contribue grandement à ce que l’Église du Pakistan puisse proclamer la foi et poursuivre le dialogue. Grâce à cette aide, nous sommes parvenus à bâtir de nombreux ponts entre les chrétiens et les musulmans. Nous voulons montrer que les différentes religions n’ont aucune raison d’avoir peur les unes des autres. Au Centre pour la paix à Lahore, il y a beaucoup de religieux musulmans, dont le grand imam de la deuxième plus grande mosquée du Pakistan, qui s’engagent régulièrement au sein de notre programme et qui sont des amis très proches. Je suis convaincu qu’un avenir bon et pacifique réside dans le dialogue entre chrétiens et musulmans.

En septembre 2018, Amanda Griffin et Mario Bard du bureau de l’AED-Canada rencontraient le père Channan.


 

Entretien AED : Ouganda et l’espérance pour des réfugiés Sud-Soudanais

28.09.2018 in ACN International, AFRIQUE, Entrevue AED, Ouganda, Par Robert Lalonde

 

Christine du Coudray, responsable de projets en Afrique pour Aide à l’Église en Détresse, visite le camp de réfugiés à Bidibidi, en compagnie d’une délégation composée entre autres de Mgr Tombe Trille, évêque de El Obeid au Soudan.

Ouganda

Espérance pour des réfugiés Sud-Soudanais

Christine du Coudray, responsable des projets pour le département Afrique de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), est rentrée il y a quelques semaines d’un voyage en Ouganda où elle a visité les camps Bidibidi et Imvepi, situés dans la région nord-ouest du pays. Cette région compte 1,2 million de réfugiés provenant essentiellement du Sud-Soudan et dispersés dans des camps dans les diocèses d’Arua, Nebbi et Gulu. À ce nombre, il faut ajouter les réfugiés qui se retrouvent autour de Kampala, la capitale au centre du pays. Robert Lalonde recueille dans un entretien les premières impressions de ce voyage.

 

 

Pourquoi avez-vous décidé de visiter cette région?

 

J’ai été invitée par trois évêques : Mgr Eduardo Kussala, évêque de Tombura Yambio et président de la Conférence épiscopale, Mgr Roko Taban, administrateur apostolique du diocèse de Malakal – tous deux du Sud-Soudan –, et Mgr Tombe Trille, évêque d’El Obeid au Soudan. Ils allaient pour la première fois voir la situation de leurs compatriotes, déplacés en Ouganda par la violence. J’étais également invitée par la fondation américaine Sudan Relief Fund avec laquelle l’AED est en lien, car nous cofinançons des projets. Mgr Sabino Odoki, évêque d’Arua en Ouganda nous a emmené voir la situation qui prévaut dans ces camps. Ce fut une semaine d’une très grande richesse et une expérience impressionnante.

 

Comment décririez-vous la situation qui prévaut là-bas?

 

Comme il s’agit de camps de réfugiés, on serait porté à croire qu’il s’agit d’une situation de détresse. Mais il faut savoir que ces camps existent depuis 2013. Les résidents ont de quoi manger, de l’eau potable et des médicaments. Ils ont même un lopin de terre à cultiver. Toutes proportions gardées, les conditions de vie y sont bien meilleures que dans bon nombre de villages en Afrique qui ne reçoivent aucune aide extérieure. Néanmoins, la situation reste difficile et c’est pourquoi les réfugiés attendent de nous un soutien. C’est ce que nous sommes venus évaluer de plus près.

 

 

Quel a été le moment le plus impressionnant du voyage?

 

Chacun de nous a été impressionné par la qualité de l’accueil de Mgr Odoki ainsi que par la direction qu’il a démontrée. Il a, entre autres, mis à disposition deux prêtres diocésains pour effectuer le travail pastoral dans les camps. Nous avons aussi été très impressionnés en apprenant que les terrains sur lesquels sont construits les neuf camps des diocèses de la région du nord-ouest appartenaient à la population ougandaise et que celle-ci a eu la générosité de les offrir aux réfugiés. Cette capacité d’accueillir des frères et sœurs dans la foi est aussi dans l’intérêt de l’Ouganda qui espère qu’un jour, son pays voisin vivra en paix. N’est-ce pas là faire preuve d’une grande hospitalité et une belle leçon à retenir?

Dans les camps de réfugiés, des sud-soudanais reçoivent de la formation par le biais du Centre Katikamu pour réfugiés Sud-Soudanais. Ici, ces jeunes posent avec Mgr Eduardo Hiiboro Kussala, évêque du diocèse de Tombura-Yambio.

 

Quel est l’engagement de l’Église catholique dans les camps?

 

La présence des évêques a été une belle occasion pour l’Église de manifester sa préoccupation pour tous ces gens qui n’ont pas choisi d’être là par choix, mais qui y sont arrivés contraints par les vicissitudes de la vie. Cependant, cette période d’exil forcé peut être utilisée admirablement en temps de formation pour aider à bâtir la société de demain. Lorsque ces personnes rentreront chez elles, la construction de leur pays sera entre leurs mains. L’Église s’est déjà engagée et s’engagera éventuellement davantage pour y donner d’autres sessions de formation.

 

L’année dernière, l’AED a envoyé 51 000 dollars à la communauté Emmaüs basée près de Kampala. Cette communauté détient une grande compétence dans différents domaines comme la catéchèse, la pastorale, la doctrine sociale, l’apostolat de la famille et l’éducation affective et sexuelle des jeunes, si importante dans un pays décimé par le SIDA. Il y a déjà 65 jeunes qui ont été formés dans les camps.

 

Quelle est la situation des jeunes dans les camps?

 

Ces jeunes ont vécu des traumatismes importants. Certains ont vu leurs parents être tués sous leurs yeux, d’autres ont le visage brûlé… ils se demandent comment arriver à pardonner. La communauté Emmaüs a mis en place un programme pour les accompagner dans un processus de pardon en invitant les jeunes à venir s’agenouiller devant le Saint-Sacrement pour prier. Les témoignages de guérison se sont multipliés, comme si le Seigneur était intervenu pour apaiser les cœurs et les esprits.

 

D’autres moyens seront-ils mis en œuvre pour aider ces réfugiés à l’avenir?

 

Les évêques se sont engagés d’une part à revenir en septembre afin de célébrer la messe dans les camps, et d’autre part à demander à leurs prêtres qui parlent les différents dialectes ougandais de venir y faire un apostolat.

 

Qui plus est, Mgr Odoki, évêque d’Arua, nous a dit qu’il faisait partie d’une délégation qui s’est présentée récemment au Pape François. Il lui a parlé de la situation dans son diocèse et du besoin pressant d’une présence de religieuses auprès des réfugiés. Le Pape lui a alors assuré qu’il ferait un appel spécial aux congrégations religieuses pour qu’elles envoient du personnel.

 

Des cours sont donnés par le biais du Centre Emmaüs Katikamu pour les réfugiés sud-soudanais des camps ougandais de de Bidibidi et de Palorinya.

 

Et quelle forme de soutien pourrait apporter Aide à l’Église en Détresse pour répondre au sens de ces engagements?

 

Pour développer cette présence de personnel d’Église, nous envisageons de construire une maison avec plusieurs chambres qui permettrait de loger les prêtres pendant un certain temps. Avec l’aide d’autres organismes, nous pourrions faire de même pour les religieuses. Cette maison pourrait offrir la moitié d’un étage par congrégation, avec une chapelle et une salle à manger communautaire.

 

En ce qui concerne les cours de formation, nous souhaitons vivement pouvoir continuer dans ce domaine, car il est clair que le désir pour de telles formations, conjugué au climat de paix qui règne dans les camps, représente une situation tout à fait propice à ce genre d’engagement. Les évêques sont enchantés d’une telle proposition de l’AED. Ils savent qu’une fois bien formés, les leaders vers qui nous nous tournons (les catéchistes, les jeunes, ceux qui étudient la doctrine sociale de l’Église et ceux qui approfondissent l’apostolat familial) partageront leurs connaissances et leur expérience avec d’autres réfugiés. Ainsi construiront-ils ensemble l’avenir. L’un d’entre eux, Santos, nous a d’ailleurs qualifié son expérience comme ayant été « plus que merveilleuse ». Plus nous offrirons ces conditions de formation, plus le pays se relèvera. N’est-ce pas là une belle perspective d’espérance et d’avenir?

 


 

Nigeria :  « N’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

29.06.2018 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Marta Petrosillo, Martyrs, Nigéria, Persécution, prêtres

Nigeria

 « N’attendez pas qu’un génocide ait eu lieu
pour intervenir ! »

Ne faites pas comme au Rwanda

 « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ». C’est ce qu’à déclaré il y a quelques jours à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) Mgr Amove Avenya, évêque de Gboko, un diocèse qui se situe dans l’État à majorité chrétienne de Benue.

Cet appel est déjà le neuvième provenant d’un évêque de la région centrale du Nigeria surnommée Middle Belt (ceinture du milieu), pour dénoncer les tensions préoccupantes qui existent avec les bergers islamistes peuls. Ces derniers jours, ils ont à nouveau attaqué la région de Jos – capitale de l’État de Plateau – où plus de 100 personnes sont mortes.

Il y a toujours eu des conflits, car cela fait des siècles que le bétail des bergers peuls vient paître dans la région nigériane de la Middle Belt, et que les paysans locaux – pour la plupart des chrétiens – se plaignent que leurs récoltes sont sans cesse endommagées par les troupeaux.

Le 22 mai dernier, des milliers de personnes ont manifesté contre un phénomène qui s’apparente à l’élimination préparée des chrétiens de la Middle Belt du Nigeria.

 

 

492 personnes tuées en six mois

Autrefois, ce problème était plutôt de nature économique ou ethnique. Mais celui-ci commence à se transformer également en un conflit religieux. Selon les données officielles, il y a eu 492 victimes dans l’État de Benue depuis le début de l’année. Mgr Avenya ajoute : « Ce sont des criminels et des terroristes. Ils ne font pas la même chose dans les territoires à majorité musulmane. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un acte de purification ethnique contre les chrétiens ».

Mgr Peter Iornzuul Adoboh, évêque de Katsina Ala (État de Benue), ainsi que Mgr Matthew Ishaya Audu, évêque de Lafia (capitale de l’État de Nassarawa), pensent aussi qu’il existe un objectif clair d’islamisation de la « Middle Belt ». Et les bergers peuls font partie de ce plan. « Ils veulent nuire aux chrétiens », explique Mgr Audu, « et le gouvernement ne fait rien pour les arrêter, parce que le président Buhari fait également partie du groupe ethnique des Peuls ».

Ces doutes quant à une possible protection du gouvernement sont apparus non seulement parce que la police fédérale ne fait rien pour s’attaquer au problème, mais parce que les éleveurs peuls disposent désormais d’armes de plus en plus sophistiquées. « Il fut un temps où ces bergers n’étaient armés que de bâtons », explique Mgr Avenya, « mais maintenant ils ont des fusils AK 47. Ces armes sont trop coûteuses pour qu’ils puissent se les payer. Qui les fournit ? De plus, dans cette région il y a des points de contrôle tous les deux kilomètres. Comment est-il possible que ces hommes armés, avec leurs troupeaux, deviennent invisibles ? »

Le 22 mai dernier, tous les diocèses du Nigeria se sont joints à une manifestation pour demander au gouvernement de protéger les chrétiens. « Nos fidèles sont assassinés ou sont contraints de se déplacer continuellement à cause de la violence », ont affirmé les évêques de Lafia et Katsina Ala. « En occident, on continue de considérer le problème des bergers peuls comme une affaire interne. Ne faites pas la même chose qu’avec le Rwanda, n’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

Mgr William Amove Avenya, évêque de Gboko. « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ».