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Pakistan

 

Pakistan – Récit : enlèvement de deux jeunes filles chrétiennes

25.11.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Enfants, Entrevue AED, Pakistan, Par Tabassum Yousaf, Voyagez avec AED

Pakistan – Récit
enlèvement de deux jeunes filles chrétiennes

 

Samra n’a pas été revue par ses parents depuis son enlèvement et son mariage forcé.

Ceci est l’histoire de Samra Munir (13 ans) et Neha Pervaiz (14 ans). Ces jeunes filles, toutes deux catholiques, ont été enlevées chez elles par des musulmans. Samra a été forcée de se marier et de se convertir à l’Islam. Sa famille ne l’a pas revue depuis. Nehah a été agressée sexuellement, mais elle a pu échapper à son ravisseur. Ce ne sont là que deux exemples d’enlèvement de jeunes filles chrétiennes mineures au Pakistan et de la pratique du mariage forcé et de la conversion forcée à l’Islam. Ce type de crimes est en forte augmentation.

 

Récit écrit par Tabassum Yousef, ACN International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada

 

Samra aide sa famille  : elle aime cuisiner et donne un coup de main pour les tâches ménagères. Malheureusement, elle n’a fait que trois années d’école primaire, sa famille ne vivant que de salaires journaliers et ses parents n’ayant pas les moyens de payer les frais de scolarité.

 

Le 16 septembre 2019, Samra a été enlevée. Elle était seule à la maison ; ses parents étaient au travail et ses frères et sœurs étaient au marché. Elle a été jetée de force dans une voiture et emmenée. Shahzad, le frère de Samra, a vu la voiture s’éloigner. Il a couru, mais n’a pas pu la rattraper. Les parents de Samra ont signalé, et ce, à plusieurs reprises, l’enlèvement de leur fille, mais la police locale a soutenu avec insistance qu’elle n’avait pas été enlevée, mais qu’elle s’était plutôt enfuie de chez elle. On a même dit à ses parents de ne pas inventer d’histoires.

 

Mariée de force : la police de fait rien

 

Un certain temps s’est écoulé avant que la famille ne reçoive des nouvelles. Ils ont appris que Samra s’était mariée et s’était convertie à l’Islam. Sur son certificat de mariage, il était indiqué qu’elle avait 19 ans, bien qu’elle en ait 13. La police a ordonné à ses parents de ne pas revenir les voir. Ils ont aussi reçu des menaces indiquant que leur autre fille, Arooj, subirait un sort similaire.

 

Pourtant, la famille a insisté. Ils ont emprunté 40 000 roupies (environ 260 $) pour avoir de l’argent à donner aux agents à chaque fois qu’ils se rendaient au poste de police, et ce, dans l’espoir que l’argent inciterait la police à agir. Ils ont vendu leur machine à coudre ainsi que leurs téléphones. Chaque dollar qu’ils ont gagné a été consacré à la recherche de Samra ; mais jusqu’à présent, leurs efforts n’ont rien donné.

 

Sa sœur Arooj a déclaré : « Ma vie n’est pas facile. Samra nous manque, nous n’avons pas d’appétit et nous dormons mal. Je ne vais pas à l’école parce que nous n’avons pas les moyens. Pourtant, je sais que Dieu ne nous a pas abandonnés. Jésus est avec moi. Je porte un chapelet avec moi tout le temps et je prie Marie notre Mère de continuer à nous protéger.

 

Cette région n’est pas sûre pour nous. Mes amis musulmans me traitent bien, mais leurs mères ne m’aiment pas. Elles pensent que je suis impure, je ne peux utiliser que certaines assiettes et certains verres. J’aime mon pays, mais je veux vivre dans un endroit où nous soyons tous respectés. Je demande humblement aux dirigeants du monde de travailler pour notre sécurité et pour la paix. Les gens oublient d’être
gentils ».

 

Neha Pervaiz retenue captive pendant sept jours.

 

Maintenant, voici l’histoire de Neha Pervaiz. Contrairement à Samra, elle est capable de raconter sa propre histoire puisqu’elle a réussi à s’échapper des griffes de ses ravisseurs. Voici ce qu’elle a raconté l’Aide à l’Église en Détresse.

«À bien des égards, je suis une fille normale. J’aime dessiner et courir, j’adore jouer avec ma meilleure amie Madiha et mes trois jeunes frères et sœurs. Mais je suis également chrétienne, et j’ai beaucoup souffert à cause de cela.


Ma tante, alors que je m’étais occupée de ses enfants, a permis que je sois violée et enlevée. Pendant que nous étions chez elle, mon frère et moi avons été enfermés dans des pièces séparées et battus. Un homme nommé Imran m’a violée et m’a forcée à réciter le Coran. J’ai d’abord refusé, mais ils ont frappé mon frère plus fort à cause de cela. Pour qu’il le laisse en paix, j’ai cédé.

 

Puis, pendant sept jours, j’ai été retenue captive chez Imran, jusqu’à ce qu’une de ses filles me libère. Une des filles de ma tante m’a accueillie et a réussi à me cacher. Elle m’a prêté une Burka et 500 roupies (environ 3,50 $) pour que je puisse retourner en toute sécurité dans ma famille. Mais mes parents ne m’ont pas crue quand je leur ai dit ce qui s’était passé.

 

Je vis maintenant sous la protection de l’Église, mais je ne suis pas en sécurité. Je ne peux aller nulle part seule, car je pourrais être attaquée à nouveau, et je ne peux pas pratiquer librement ma religion. Je n’ai ni sécurité ni protection juridique. Pourtant, je ne veux pas quitter mon pays. C’est chez moi. Je voudrais étudier le droit pour protéger d’autres jeunes filles de crimes similaires. J’espère également que les dirigeants de la planète soutiendront une législation qui garantisse la sécurité des femmes et empêche la conversion et le mariage forcés.

Dieu m’a protégée et je me suis échappée. Je porte fièrement une croix partout où je vais».

 

L’Aide à l’Église en Détresse publie tous les deux ans le rapport Pesécutés et oubliés? qui permet de faire le point sur la persécution religieuse dont sont victimes les chrétiens dans le monde. Le rapport 2017-19 est maintenant disponible en version PDF à l’adresse suivante : https://acn-canada.org/fr/persecutes-et-oublies/


 

Projet de la semaine : Pakistan Soutenez la construction d’une église à Issanagri

02.05.2019 in Asie, Pakistan

Pakistan

Soutenez la construction d’une église à Issanagri

Issanagri est l’un des villages qui font partie de la paroisse de l’Assomption de Chak 7, dans le diocèse de Faisalabad. La paroisse compte au total quelque 6 000 fidèles. À Issanagri, il y a environ 300 familles catholiques, soit près de
1 500 catholiques.

Le village se trouve à 10 kilomètres du centre de la paroisse. Malgré la courte distance, le trajet pour se rendre à l’église paroissiale est long. Et bien qu’il y ait déjà une chapelle à Issanagri, elle est devenue beaucoup trop petite pour les nombreux fidèles.

C’est pourquoi ils eux-mêmes entrepris la construction d’une plus grande église. Pour cela, ils ont fait de grands sacrifices ; ils ont rassemblé de l’argent bien qu’ils soient eux-mêmes pauvres ; ils ont travaillé dur sur le site alors qu’ils doivent déjà, au quotidien, accomplir un dur labeur pour nourrir leurs familles. Et, malgré tous leurs efforts, ils n’ont réussi à construire qu’une partie de l’église.

La messe a donc toujours lieu à ciel ouvert, entre des murs déjà partiellement dressés, sans que les fidèles soient protégés du soleil brûlant, des pluies ou du froid qui, même au Pakistan, peut être rigoureux en hiver.

Le Père Waseem Walter, curé de la paroisse, a demandé de l’aide à l’Aide à l’Église en Détresse pour que les travaux puissent enfin s’achever. Il écrit : « La construction de l’église est d’une urgente nécessité ». Nous lui avons promis notre aide. Les fidèles ont été ravis d’apprendre que nous ne les laisserions pas tomber.

Qui apportera sa contribution pour que les 16 500 dollars nécessaires soient bientôt réunis ?

Pakistan – Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde – AED-Informations

16.02.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Chrétiens Catholique, Informations, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, liberté religieuse, Maria Lozano, Pakistan, Par Marta Petrosillo, Persécution, Voyagez avec AED

Pakistan : « Mon mari est innocent ! »

La Colony Jospeh. En mars 2013, plus de 3000 personnes ont détruit près de 300 maisons et deux églises. Elles étaient en colère après l’accusation de blasphème contre Sawan Masih.

 Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde

Au Pakistan, 224 chrétiens ont été victimes de la loi contre le blasphème depuis son adoption en 1986. C’est ce qu’a déclaré Cecil Shane Chaudhry, directeur exécutif de la Commission nationale Justice et Paix du Pakistan (NCJP), à une délégation de l’Aide à l’Église en Détresse en visite au Pakistan.

Par Marta Petrosillo et Maria Lozano, ACN-International 

Alors qu’’Asia Bibi, une mère chrétienne accusée de blasphème, a définitivement été libérée le 29 janvier, une étude de la commission présentée à l’AED indique qu’il y aurait actuellement 25 cas de chrétiens qui souffrent encore en prison. Et 23 chrétiens ont également été tués pour blasphème entre 1990 et 2017.

Les deux paragraphes B et C de l’article 295 du Code pénal pakistanais constituent la Loi contre le blasphème. Le paragraphe 295B stipule la peine d’emprisonnement à perpétuité pour ceux qui diffament le Coran ; en vertu de l’article 295C, la peine de mort sanctionne toute profanation du nom du prophète Mahomet.

« Pour les fondamentalistes, la loi contre le blasphème constitue une arme puissante afin d’exercer le pouvoir, utilisée au dépend des minorités, et elle est souvent utilisée à des fins de vengeance personnelle » explique Cecil Chaudhry. « Et lorsque c’est un chrétien qui est accusé, les conséquences concernent l’ensemble de la communauté. »

Cecil Chaudhry, Directeur de la Commission nationale pour la justice et la paix du Pakistan. 

C’est exactement ce qui s’est passé en mars 2013 dans le quartier chrétien Joseph Colony à Lahore. Le jeune chrétien Sawan Masih avait été accusé d’avoir offensé le prophète Mahomet. « Après la prière du vendredi 9 mars, une foule en furie composée de 3 000 musulmans a incendié et brûlé tout le quartier, détruisant presque 300 habitations et deux églises », raconte le Père Emmanuel Yousaf, président du NCJP à la délégation de l’AED lors de sa visite du quartier. Entre-temps, grâce à l’aide du gouvernement, le quartier a pu être reconstruit et restitué aux chrétiens.

Alors que les 83 meneurs de l’incendie criminel ont tous été acquittés et remis en liberté, Sawan Masih a été condamné à la peine de mort en 2014 et attend toujours son audience e

n appel. « Les audiences sont sans cesse repoussées à plus tard », déclare l’avocat Me Tahir Bashir. « La dernière audience avait été fixée au 28 janvier, mais le juge n’est simplement pas venu. Maintenant, la prochaine audience est prévue le 27 février. »

Comme dans l’affaire Asia Bibi, nombreuses sont les irrégularités dans le cas de Sawan Masih. Les accusations portées contre lui ont été faites par un de ses amis musulmans, Shahid Imran, suite à une dispute entre les deux hommes. Ce n’est que deux jours plus tard que deux témoins ont comparu, qui n’étaient même pas présents au moment de la prétendue offense envers Mahomet. « Les accusations contre Sawan Masih sont instrumentalisées », affirme le Père Yousaf  à l’AED. « En vérité, il s’agit d’évincer les chrétiens de ce quartier très prisé de la ville, apprécié parce qu’il est à proximité des aciéries. »

Des membres de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP), créée en 1985 par la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. Elle fournit des services dans le domaine de la défense des droits de l’homme. Depuis 1990, la Commission défend les cas de blasphème contre les musulmans, les chrétiens et les hindous et fait campagne pour l’abolition des lois sur le blasphème. L’équipe de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP).

Entre-temps, Sobia, l’épouse de Sawan Masih, élève ses trois enfants toute seule. « Je ne sais pas pourquoi ils accusent mon mari », dit-elle à l’AED. « Tout ce que je sais, c’est que l’homme qui a porté plainte contre lui était de l’un de ses amis, avec lequel il s’était disputé. Sawan est innocent ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Entrevue – Pakistan – La loi sur le blasphème détruit des vies

01.02.2019 in ACN Canada, ACN International, Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, Asie, Dialogue interreligieux, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Mario Bard, Pakistan, par Tobias Lehner, Voyagez avec AED

Pakistan 

« La loi interdisant le blasphème détruit des vies »

Le Père dominicain James Channan est engagé depuis des années en faveur du dialogue entre les chrétiens et les musulmans au Pakistan, un pays qui ne cesse d’être le théâtre d’exactions contre sa très petite minorité chrétienne. Dans ce pays de 192 millions d’habitants où seulement 2 % des habitants sont chrétiens, une loi interdisant le blasphème permet d’appliquer des punitions draconiennes contre des personnes qui aurait critiqué l’islam ; Asia Bibi n’est malheureusement pas un cas unique.  Le Père James Channan dirige le « Peace Center » (Centre pour la paix) dans la ville pakistanaise de Lahore.

À l’occasion d’une visite au siège de l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), il s’est entretenu avec Tobias Lehner au sujet de la loi interdisant le blasphème, des évolutions encourageantes dans le monde islamique et des perspectives d’avenir d’Asia Bibi.

***

Tobias Lehner – À travers le sort d’Asia Bibi, l’opinion publique a découvert le danger mortel qui caractérise la situation de nombreux chrétiens au Pakistan. Condamnée à mort et écrouée, Asia Bibi a été acquittée fin octobre 2018 de l’accusation de blasphème envers l’islam et remise en liberté. Que savez-vous de la situation actuelle ?

Père James Channan – La situation des chrétiens au Pakistan est alarmante. Ils vivent dans la peur et l’insécurité. Cette situation persiste depuis les années 1970, quand la charia est devenue la source de la législation du Pakistan. Les musulmans radicaux abusent en particulier de la loi controversée sur le blasphème pour régler leurs comptes personnels. Chaque fois que des chrétiens sont accusés de blasphème présumé, tous les chrétiens de la région sont inculpés avec eux. Cela conduit souvent à des actes de violence contre les chrétiens.

C’est exactement ce qui est arrivé dans le cas d’Asia Bibi. Accusée de prétendu blasphème, elle a été condamnée à mort et écrouée pendant neuf ans. Même après avoir été acquittée, elle n’est toujours pas en sécurité. Des islamistes radicaux tentent de la trouver et de la tuer. Elle se trouve donc sous la protection de l’État. Nous espérons qu’elle pourra maintenant quitter le pays et vivre en liberté.

Le cas d’Asia Bibi n’est pas unique. Que savez-vous du sort des chrétiens qui ont également été accusés de blasphème ?

Un rapport de la conférence épiscopale du Pakistan fait état de 224 autres cas de chrétiens accusés de blasphème depuis 1984. Parmi eux, il y a notamment les époux Shafqat Masih et Shagufta Bibi. Ils ont été condamnés à mort. Je leur ai rendu visite en prison. Ils sont accusés d’avoir envoyé des SMS blasphématoires, ce qu’ils contestent. Leurs perspectives d’avenir sont plutôt sombres. Même s’ils étaient acquittés, eux et leurs enfants ne pourraient pas continuer à vivre au Pakistan. Des musulmans fanatiques tenteraient de les tuer. La loi interdisant le blasphème brise la vie des accusés, mêmes s’ils échappent à l’exécution de la sentence de mort.

Après l’acquittement d’Asia Bibi, nous avons vu des images d’une foule hostile qui continuait d’exiger son exécution. Dans ce contexte, les chrétiens du Pakistan auront-ils jamais la possibilité de vivre librement leur religion ?

Ces images ont donné l’impression qu’à tout moment un groupe de musulmans militants pouvait paralyser le pays tout entier. Cependant l’islamisme militant n’est pas majoritaire au Pakistan. Il y a environ 10 à 15 pour cent d’islamistes radicaux qui incitent la population à la violence. La majorité des musulmans ne suivent pas ces agitateurs, mais s’engagent en faveur de la liberté de religion, y compris pour les chrétiens. Tant les chrétiens que les musulmans ont été extrêmement soulagés lorsque les forces de sécurité pakistanaises ont récemment arrêté plus de 1000 islamistes. Le gouvernement a eu raison de sévir contre l’extrémisme. Et j’espère que cela va continuer.

Aide à l’Église en Détresse collabore depuis de longues années avec vous. D’un point de vue européen, les possibilités de changer la situation semblent limitées. Est-ce que ce soutien constitue malgré tout une différence pour les chrétiens du Pakistan ?

Le soutien accordé par Aide à l’Église en Détresse contribue grandement à ce que l’Église du Pakistan puisse proclamer la foi et poursuivre le dialogue. Grâce à cette aide, nous sommes parvenus à bâtir de nombreux ponts entre les chrétiens et les musulmans. Nous voulons montrer que les différentes religions n’ont aucune raison d’avoir peur les unes des autres. Au Centre pour la paix à Lahore, il y a beaucoup de religieux musulmans, dont le grand imam de la deuxième plus grande mosquée du Pakistan, qui s’engagent régulièrement au sein de notre programme et qui sont des amis très proches. Je suis convaincu qu’un avenir bon et pacifique réside dans le dialogue entre chrétiens et musulmans.

En septembre 2018, Amanda Griffin et Mario Bard du bureau de l’AED-Canada rencontraient le père Channan.


 

Libération définitive d’Asia Bibi – l’AED-Canada enchantée!

29.01.2019 in ACN Canada, AED Canada, Asie, Communications, Communiqué, Informations, Mario Bard, Pakistan, Voyagez avec AED, Vues D'ailleurs

Communiqué de presse – Libération d’Asia Bibi

« Un triomphe des droits de l’homme »

 

Montréal, mardi 29 janvier 2019 – « Il s’agit d’un grand jour pour le respect des droits de l’homme, pour la liberté religieuse et la justice. Le gouvernement pakistanais ne s’est pas laissé influencer par les extrémistes qui sont descendus dans les rues avec violence », déclare Marie-Claude Lalonde, directrice nationale de l’Aide à l’Église en Détresse Canada (AED).

 

L’organisme international de charité catholique, qui informe régulièrement sur la question de la liberté religieuse dans le monde, et particulièrement sur la question des chrétiens persécutés à cause de leur foi, est en fête aujourd’hui.

 

« La décision d’aujourd’hui est un triomphe des droits de l’homme sur l’intolérance religieuse, une victoire sur les haines des fanatiques – et surtout un bonheur personnel et une grande joie pour Asia Bibi et sa famille », a pour sa part indiqué le Secrétaire général de l’AED-International, Philipp Ozores.

 

« Maintenant, je souhaite que la famille passe de beaux moments ensemble et savoure la liberté retrouvée », indique encore Mme Lalonde. Elle rappelle que, tout au long des neuf années de détention, de nombreux bienfaiteurs de l’AED ont prié pour sa libération. « Beaucoup ont prié pour elle et voilà qui démontre que la foi peut vraiment soulever des montagnes », déclare-t-elle, très émue par les événements. « Le plus important est que Mme Bibi soit libre, et qu’elle puisse enfin être réunie avec ses proches. »

 

Au moins 224 chrétiens accusés depuis 1984

Si Asia Bibi est enfin libre, il y a toujours 25 autres chrétiens pakistanais accusés de blasphème sont toujours en prison, dont certains attendent leur exécution.

« L’AED va continuer à prier et travailler pour eux avec d’autres organisations et partenaires de projet au Pakistan. Il faut espérer que la décision du tribunal modifiera enfin le gouvernement et que les lois sur le blasphème seront assouplies ou mieux respectées », indique pour sa part le Secrétaire général de l’AED Philippe Ozores.

 

« Au Pakistan, on peut accuser son voisin pour régler une dispute qui n’a rien à voir, en invoquant la loi sur le blasphème », se désole Marie-Claude Lalonde. « Espérons que le signal donné avec le jugement de la Cour Suprême pakistanaise est un pas dans la bonne direction. »

 

Le Pakistan fait partie de la triste liste des 38 pays identifiés dans le Rapport abrégé 2018 sur la liberté religieuse de l’AED comme un pays où les violations à la liberté religieuse sont importantes, la situation ayant même empirée pour les minorités religieuses en 2018, le président de la conférence des évêques catholiques
du pays décrivant « une augmentation alarmante de la violence, de l’intolérance et de l’extrémisme.»*

 

 

Le Pakistan compte 2 % de chrétiens qui vivent dans un pays à majorité musulmane.

Résumé de l’histoire d’Asia

Asia Bibi est une catholique maintenant âgée de 51 ans. À l’automne 2009, elle est au champ avec d’autres femmes en train de procéder aux récoltes. Lors d’une pause, elle boit dans le même puits que les autres femmes, mais celles-ci considèrent qu’Asia vient de le souiller puisqu’elle n’est pas musulmane. Asia réplique, le tout dégénère et des collègues de travail l’accusent de blasphème. Après un procès, elle est reconnue coupable de blasphème selon les lois en vigueur au Pakistan. En 2010, le tribunal la condamne à la pendaison. Grâce à l’obstination de la communauté chrétienne du pays, de ses avocats et d’organisations internationales qui dénoncent cette situation, Asia Bibi est finalement acquittée par la Cour Suprême du Pakistan le 31 octobre 2018. Un groupe fondamentaliste veut faire appel de cette décision, ce qui force Asia Bibi à demeurer au pays, cachée pour sa protection. Finalement le 29 janvier 2019, la Cour Suprême rejette définitivement la demande d’en appeler et Asia Bibi est finalement libre.

 

*Page 38, Rapport abrégé sur la liberté religieuse dans le monde, disponible à l’adresse https://files.acn-canada.org/2018/11/ACN-20180920-76952_CAN-FR_Final_WEB.pdf

 

Pakistan – Entrevue : espérer l’éducation pour les chrétiens

22.01.2019 in Adaptation Mario Bard, Asie, Pakistan

Pakistan – Entrevue

L’Église place tous ses espoirs dans l’éducation

 Dans un entretien avec des membres de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) en visite au Pakistan, Mgr Joseph Arshad, archevêque d’Islamabad-Rawalpindi et président de la conférence épiscopale, raconte ce que vit l’Église catholique dans son pays. Les catholiques y sont minoritaires et constituent environ deux pour cent de la population. Les espoirs pour l’avenir de l’Église pakistanaise reposent sur une bonne formation des gens, afin qu’ils bénéficient de plus d’estime des autres. L’objectif de cette approche est de modifier l’image que les autres religions se font des catholiques. En effet, la majorité des familles catholiques sont pauvres et accomplissent des travaux assimilables à l’esclavage. De plus, la grande majorité des catholiques ne sait ni lire ni écrire.

 AED – Quelles sont les origines de l’Église au Pakistan ?

Mgr Arshad – D’après la tradition, c’est l’apôtre Saint Thomas qui a apporté les Évangiles dans cette région. Saint Thomas est parvenu jusqu’en Inde, et il y a encore quelques décennies, le Pakistan appartenait au même territoire que l’Inde. En route vers le sud-est de l’Inde, où se trouvent aujourd’hui de très anciennes communautés chrétiennes, on dit qu’il est passé par l’actuel Pakistan, en suivant la route terrestre d’Alexandre le Grand. À proximité d’Islamabad se situe la vieille cité de Taxila. Lors de fouilles sur des sites datant de l’époque grecque et postérieure à celle-ci, on y a découvert les restes d’une croix de pierre, que l’on attribue à Saint Thomas. La croix est actuellement conservée dans la cathédrale de Lahore.

AED – Que se passa-t-il après le passage de l’apôtre Thomas ?

Mgr Arshad – Au XVIe siècle, cette région appartenait à l’Empire mongol. À l’époque, le roi Akbar invita quelques prêtres à expliquer à sa cour ce qu’était le christianisme. Plusieurs missionnaires jésuites répondirent à l’invitation. Le roi permit l’édification de deux églises à Lahore, qui furent toutefois détruites plus tard par d’autres souverains. Au XVIIIe siècle, au début du règne de l’Empire britannique, il y eut une nouvelle vague d’évangélisation. L’Église reprit un nouvel essor. Au sein de l’armée anglaise, il y avait des aumôniers catholiques qui commencèrent à évangéliser la population locale. Ce fut le début d’une nouvelle période qui se poursuit encore aujourd’hui.

AED – Comment avez-vous pris conscience de votre vocation sacerdotale ?

Mgr Arshad – Mes grands-parents étaient déjà catholiques. Je suis donc né et j’ai grandi au sein d’une famille catholique. Ce sont mes proches qui m’ont transmis la foi. À proximité de mon école, il y avait une paroisse où je me rendais avec mes amis. Lors de l’Eucharistie, j’étais chargé de faire la lecture ou bien j’étais servant d’autel. Parfois, nous nous rendions dans d’autres secteurs de la paroisse où les familles chrétiennes étaient dispersées, pour connaître leurs besoins. Peu à peu, j’ai appris à mieux connaître la vie des prêtres, et j’ai pris conscience que Dieu m’appelait à être comme eux, à servir Dieu et la communauté. Au séminaire, nous assurions des activités pastorales et je me suis notamment rendu dans des villages chrétiens. J’ai vu que la vie y était très difficile, et je me suis dit : « Leur vie est très dure. Je serais incapable de vivre ainsi. Ma vie n’est certes pas simple, moi aussi, j’ai des difficultés. Mais ces hommes et ces femmes ont encore plus de problèmes. Si j’étais prêtre, je pourrais aider mon prochain, et apporter l’espoir à ces gens. »

AED – Parmi tout ce que vous avez appris, qu’est-ce qui vous semble le plus important ?

Mgr Arshad – La foi des gens simples m’a renforcé dans ma propre foi. J’ai appris à aimer l’Église à travers l’amour des gens qui demandent notre présence, notre aide, nos conseils. Je suis très heureux d’être prêtre. Tous les jours, j’en remercie Dieu. Les gens simples en particulier m’ont appris que Dieu représente une aide essentielle, et qu’en Lui, il y a toujours de l’espoir.

AED – Comment se présente l’avenir de l’Église au Pakistan ?

Mgr Arshad – L’Église catholique mise sur la formation des prêtres. Nous avons besoin de prêtres, de religieux et religieuses ayant bénéficié d’une bonne formation. Par ailleurs, notre communauté doit pouvoir accéder à l’enseignement. Si les chrétiens reçoivent une éducation et une bonne formation, l’image de notre communauté changera. Nous tâchons aussi de parvenir à ce qu’il y ait de meilleures familles chrétiennes, où les époux font preuve d’estime et d’amour l’un envers l’autre, où les parents veillent à l’éducation de leurs enfants. L’aide que nous percevons de la part de l’AED dans ces domaines est absolument indispensable pour cela.

AED – Quelle est la situation des vocations au sacerdoce et à la vie consacrée ?

Mgr Arshad – Grâce à Dieu, il y a non seulement des vocations à la prêtrise, mais aussi à la vie consacrée, en particulier dans les petits villages comportant une majorité chrétienne. Dans mon évêché, nous avons actuellement 35 candidats au sacerdoce. Et puis, à côté de la cathédrale, il y a la maison de formation sacerdotale des Dominicaines, qui compte vingt novices.

 AED – Quelles sont les principaux besoins de l’Église au Pakistan ?

Mgr Arshad – Comme je l’évoquais, l’éducation est particulièrement importante. Beaucoup de gens ne peuvent pas poursuivre leurs études à cause du manque d’écoles et du manque de ressources. Dans les écoles chrétiennes, la plupart des élèves sont des musulmans. Les portes de nos établissements scolaires sont ouvertes à tous. Mais nous avons besoin de plus d’écoles. Jadis, l’Église jouissait de beaucoup de considération et d’un grand prestige en raison de ses établissements scolaires. Aujourd’hui, à cause de la forte croissance démographique et urbaine, nos établissements doivent faire face à d’autres défis. Par ailleurs, nous avions ici beaucoup de missionnaires étrangers. À présent, l’Église pakistanaise se transforme de plus en plus en une Église locale. Nous bénéficions donc de moins de soutien extérieur et nous avons de gros problèmes de financement qui compromettent la poursuite de notre mission.

AED : Un aperçu de la persécution et de la loi sur le blasphème au Pakistan

04.12.2018 in Actualités, Adaptation Mario Bard, Asie, Pakistan, Par Amanda Griffin, Persécution

Des chrétiens qui habitent ‘7 lanes’ un quartier de Gulshan Iqbal, a été victime de violence des extrémistes Musulman déplacé dans le quartier de leur terre tribal sur la frontière du Pakistan. La communauté chrétienne a construit des murs pour bloquer l’accès à 7 ruelles pour assurer leur sécurité après les violences et les meurtres.

Un aperçu de la persécution et de la loi sur le blasphème au Pakistan

Le Pakistan est un pays où la minorité chrétienne est victime d’une terrible persécution et de discrimination à cause de sa foi.

La « loi sur le blasphème », adoptée au Pakistan en 1986, est l’un des outils de discrimination utilisés contre les chrétiens et les autres minorités. En principe, elle protège toutes les religions contre les attaques, mais prévoit des sanctions sévères et draconiennes pour les attaques et les blasphèmes perpétrés contre l’Islam, ainsi que pour les 1 300 personnes qui ont été accusées de transgresser les lois sur le blasphème depuis leur entrée en vigueur. Un simple soupçon ou une déclaration suffit pour emprisonner un individu et le fardeau de la preuve repose sur l’accusé (e) à qui incombe la responsabilité de prouver son innocence. À ce jour, personne n’a encore été trouvé coupable de blasphème, condamné à mort ou exécuté. L’irréparable a cependant bien failli être commis dans un cas important ayant attiré l’attention du monde entier et qui mettait en cause une femme nommée Asia Bibi.

 

Asia Bibi, chrétienne, mère de cinq enfants  

Madame Bibi, une simple chrétienne habitant un petit village, menait une vie sans histoire auprès de ses cinq enfants. Elle n’avait jamais quitté son patelin auparavant, même pour se rendre dans la capitale d’Islamabad. Un jour, un simple geste de sa part bouleversa sa vie; il entraîna des accusations de blasphème à son endroit, lesquelles furent suivies par l’attaque d’une foule contre elle et sa jeune fille. Elles furent battues, puis madame Bibi fut arrêtée. En tant que femme et chrétienne, elle n’a jouit d’aucune crédibilité devant le système de justice pakistanais et fut reconnue coupable de blasphème, condamnée à mort et gardée en isolement dans des conditions atroces pendant près de 10 ans.

Jusqu’à tout récemment.

Le 31 octobre 2018, après que l’appel pour renverser sa peine de mort soit repoussé plusieurs fois – les juges étant réticents à entendre la cause (on pense par crainte de représailles). Elle a été finalement, et joyeusement pour sa famille et ceux qui l’ont soutenue à travers le monde, acquittée du crime et reconnue non coupable.
Mais elle ne pouvait pas être libérée de prison, ni même laissée pour être avec sa famille, car des manifestants ont demandé de la mettre à mort pour son crime, lors d’émeutes et de troubles qui s’ensuivirent dans le pays.

 

Eisham Ashiq, fille de 19 ans d’ Asia Bibi, & Ashiq Masih, le mari d’Asia Bibi de passage a l’AED au Royaume Uni en octobre dernier

Malheureusement, même si elle est maintenant sortie de prison, elle n’a pas pu encore rejoindre sa famille, car des émeutes et un désordre civil demandant qu’elle soit mise à mort pour son crime ont été déclenchés dans le pays. Et même avec l’arrestation récente des leaders de ces manifestations, sa vie est toujours en danger.

 

Comme à d’autres moments dans l’histoire récente du Pakistan, cette réaction en masse pour maintenir la condamnation à mort, démontre toute la gravité de la situation dans laquelle les chrétiens du Pakistan se trouvent. Par le passé, et lors du procès d’Asia Bibi, d’autres personnes courageuses se sont exprimées en faveur de la liberté et pour les droits des minorités. Plusieurs d’entre elles furent ensuite forcées de se taire et d’autres furent même assassinées. Cela nous rappelle le cas d’un brave chrétien nommé Shahbaz Bhatti.

 

Shahbaz Bhatti, chrétien et ministre fédéral aux affaires des minorités

Sa poursuite courageuse vers la réalisation de son rêve de liberté et d’égalité religieuses pour tous l’a mené à être nommé ministre fédéral aux affaires des minorités en 2008. Dans un court laps de temps, il a réussi à présenter une loi garantissant aux minorités un partage de cinq pour cent des postes publics, dont ceux au parlement. Il s’est personnellement impliqué au cœur d’enjeux difficiles affectant les gens ordinaires et qui touchent particulièrement la communauté chrétienne minoritaire, qui compte pour deux pour cent de la population. Il s’est fait le porte-parole de ceux et celles qui n’ont pas de voix, dont Asia Bibi. Sa critique ouverte du mauvais usage de la loi sur le blasphème a entraîné un nombre grandissant de menaces et, bien que conscient du danger imminent, il a fait preuve d’un grand courage en refusant de renier son engagement à aider les minorités religieuses victimes de discrimination.

 

La cimetière à Gojra, dans le diocèse de Faisalabad – tombe de Shahbaz Bhatti – au Pakistan 2011.  Photo: Magdalena Wolnik

Deux ans avant sa mort, dans un livre qui est par la suite devenu son testament spirituel, Bhatti écrivait : « Mon corps humain est blessé, mais ces blessures ne sont pas physiques. Ce sont des blessures de crainte, de deuil, de peine et de douleur pour les chrétiens persécutés du Pakistan, des chrétiens dans le besoin et opprimés. Les gens dans le besoin sont notre famille et en tant que famille, nous partageons leurs peines, leurs deuils et leurs souffrances, comme ils partagent les nôtres. »  Je suis profondément convaincue que ces mots demeurent tout aussi pertinents aujourd’hui, pour moi comme pour nous tous.

Aujourd’hui cardinal, l’archevêque Joseph Coutts de Karachi a dit de lui qu’il était « un homme avec un rêve et une vision d’espoir afin que les gens de fois différentes puissent vivre ici tous ensemble ».

 

Salmaan Taseer, gouverneur du Punjab

Un autre brave homme assassiné pour s’être opposé à la loi sur le blasphème. Le 4 janvier 2011, Salmaan Taseer, gouverneur du Punjab, fut assassiné à Islamabad par son garde du corps, qui n’était pas d’accord avec l’opposition de Taseer à la loi sur le blasphème du Pakistan.

 

Pakistan, en mai 2017 – Des femmes et des enfants pendant la messe au Cathédrale du Sacré  coeur à Lahore. 

L’enlèvement et le viol des femmes comme outil de persécution

L’enlèvement de femmes issues de minorités, un autre outil qui, selon le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde récemment publié par Aide à l’Église en Détresse Internationale*, est employé pour discriminer et persécuter les chrétiens, et surtout les chrétiennes, est aussi en augmentation en 2018. Il arrive souvent que les autorités affirment aux parents que leur fille s’est convertie et mariée de son propre gré. Plusieurs familles ne rapportent pas le crime ou retirent leur plainte au tribunal à cause de menaces proférées à l’endroit d’autres femmes et filles de la famille.

 

Ces enlèvements font partie d’un modèle plus large de violence sexuelle à l’égard des femmes issues de minorités religieuses. Étant plus impuissantes que les musulmanes devant la loi, elles deviennent une cible facile, car les violeurs savent que des poursuites judiciaires sont improbables. Si une femme ne peut pas prouver une relation sexuelle contre son gré, elle peut être accusée d’adultère et être arrêtée, flagellée ou même lapidée à mort. Pour cette raison, plusieurs femmes ont peur de rapporter des actes de violence sexuelle commis contre elles ou leurs proches.

 

L’appel à la prière de M. Bhatti pour la liberté de religion et l’égalité, en plus de celui de plusieurs autres braves âmes, a finalement fait une différence pour Asia Bibi et sa famille, qui n’ont jamais cessé de la défendre, de se battre et de prier pour elle. Ils sont aujourd’hui réunis, mais demeurent dans l’attente d’une invitation d’un pays sécuritaire, comme le Canada.

 

Pakistan, mai 2017 – La colonie de Saint Joseph. Trouvé dans un quartier majoritairement chrétien à Lahore, ou une foule enragé a mis en feu des douzaines de maisons après des accusations de blasphème contre un homme chrétien en mars 2013. Il semble que l’homme a été faussement accusé de blasphème. 

Pour en savoir plus sur la situation volatile et de plus en plus dangereuse des chrétiens du Pakistan, le Code pénal pakistanais et les lois sur le blasphème introduites en 1986, veuillez consulter le Rapport 2018 sur la liberté religieuse dans son entièreté sur le site web international en faisant une recherche par pays : Pakistan. Le rapport est accompagné de nombreuses données sur le sujet.

Texte: Amanda Griffin, AED Canada  Traduction : Julie Bourbeau
Sources : AED CANADA, Rapport 2016 et 2018 de l’AED sur la liberté religieuse, The Catholic Register et divers articles de presse de l’AED
*Autres sources : Human Rights Council of Pakistan et le Movement for Solidarity and Peace in Pakistan

Pakistan : Asia Bibi s’inquiète pour sa famille

30.11.2018 in Adaptation Mario Bard, Asie, liberté religieuse, Pakistan, Par Marta Petrosillo

Pakistan

Asia Bibi s’inquiète pour sa famille

« Nous avons peur ! » C’est ce qu’a déclaré Joseph Nadeem, l’homme qui s’occupe de la famille d’Asia Bibi, lors d’un court entretien avec l’Aide à l’Église en Détresse. « Ces derniers jours, les islamistes ont tiré sur la porte d’entrée de notre maison. Nous espérons être bientôt en sécurité, et peut-être déjà à Rome pour Noël. »

 

Eisham Ashiq, 19 ans, fille d’Asia Bibi.

« Nous sommes constamment menacés et, à plus d’une occasion, j’ai été suivi ». Telle est la situation dramatique de la famille d’Asia Bibi, décrite à l’Aide à l’Église en Détresse par Joseph Nadeem. Depuis la condamnation de la femme chrétienne pour blasphème, il a pris soin de ses filles. Asia et son mari étant presque analphabètes, c’est aussi lui qui les a aidés avec les avocats et qui a accompagné Ashiq, son mari et sa fille la plus jeune, Eisham, dans leurs voyages à l’étranger afin qu’ils témoignent de la situation d’Asia Bibi.

Aujourd’hui, Joseph Nadeem et sa famille sont également en danger et vivent avec les filles d’Asia Bibi. « Dès qu’Asia a été acquittée, nous avons dû fuir – elle et son mari sont dans un endroit sûr protégés par le gouvernement. Mais nous, ne pouvions pas être avec eux ». Depuis lors, la famille Nadeem et les deux filles d’Asia ont dû changer de logement à quatre reprises. « Les islamistes nous traquent, et chaque fois que nous nous rendons compte que nous sommes en danger, nous fuyons immédiatement. Nous ne pouvons même pas aller acheter à manger. Je ne sors que la nuit, le visage couvert ».

 

Elle parle tous les jours à ses filles

Asia est consciente de la difficulté de la situation. « Je l’ai rencontrée lors de sa libération et depuis, nous parlons au téléphone avec elle chaque jour. Elle est très inquiète pour ses filles ». Pour Esha et Eisham, il est encore impossible de serrer leur mère dans leurs bras. Au moins, par téléphone, elles ont pu retrouver un minimum de relations au quotidien. « Je n’oublierai jamais leur premier appel téléphonique – ajoute Nadeem – Esha et Eisham ont pleuré de joie pendant des heures. Asia est impatiente de les retrouver et espère quitter bientôt le pays avec elles et son mari ».
Bien que son cauchemar ne soit pas encore fini, Asia Bibi fait preuve d’une foi et d’une force extraordinaires. « C’est une femme incroyable ! Elle a conservé une foi inébranlable et une confiance infinie dans le Seigneur. Cela peut paraître étrange, mais c’est elle qui nous soutient en ces temps difficiles. Elle nous invite à ne pas nous décourager et dit que, par rapport à ce qu’elle a traversé jusqu’à présent, ce n’est qu’un bref moment qui passera vite ».

Pakistan : un homme assis dans un quartier chrétien de Multan, ville où Asia Bibi a été emprisonnée.

Joseph Nadeem et les filles d’Asia sont bien conscients du flux d’informations et de l’intérêt suscité dans le monde entier par le cas d’Asia, et ils ont eu l’occasion d’en parler avec Asia elle-même. « L’attention et la solidarité internationales nous réconfortent. Eisham a été émue en voyant son message vidéo projeté à Venise illuminée en rouge. Nous tous, y compris Asia, sommes reconnaissants envers ceux qui élèvent la voix pour dénoncer notre situation ».
« Nous espérons que, bientôt, nous allons pouvoir quitter le Pakistan pour vivre dans un endroit sûr. Aide à l’Église en Détresse a été le premier organisme à nous offrir l’hospitalité et nous espérons que nos deux familles pourront passer ce Noël à Rome, avec vous ».

Propos recueillis par Marta Petrosillo, AED-Italie

Nouvelles de l’AED: PAKISTAN – Asia Bibi et ses proches : près de 10 années de souffrance

19.10.2018 in adaptation : Mario Bard, Asie, liberté religieuse, Pakistan, Persécution

Pakistan

Asia Bibi et ses proches : près de 10 années de souffrance

 

La fille aînée d’Asia Bibi, 19 ans, invitée par le bureau britannique de l’AED. « Nous sommes ici pour témoigner qu’elle a été faussement accusée du crime de blasphème. »

Neuf ans. C’est le nombre d’années qu’Asia Bibi a passé en détention puis dans le couloir de la mort, pour un soi-disant blasphème – ce qu’elle a toujours nié. C’est aussi l’âge qu’avait sa fille, Eisham, quand elle a vu une foule en colère battre sa mère, en juin 2009. L’AED l’a rencontrée samedi 13 octobre, à Londres, accompagnée de son père, Ashiq Masih.

 

« Nous avons vu Asia Bibi lundi 1er octobre, avant de venir au Royaume-Uni. Elle va bien, physiquement et spirituellement […]. Accusée de blasphème, elle souffre, sa famille souffre, depuis bientôt 10 ans. Mais par la grâce de Dieu, elle sera libérée très bientôt », a confié son époux, Ashiq Masih à l’AED, samedi 13 octobre, à Londres.

 

Invités au Royaume-Uni par le bureau britannique de l’AED, Ashiq et Eisham Masih ont accepté de venir partager l’histoire de leur épouse et mère. « Asia Bibi est en prison depuis presque 10 ans maintenant, rappelle Ashiq. C’est terrible pour un époux, pour un enfant. Nous sommes actuellement ici pour témoigner, pour porter la voix d’Asia Bibi, accusée à tort d’avoir blasphémé. Elle m’a chargé de vous demander de vous souvenir d’elle, dans vos prières, pour qu’elle soit libérée très rapidement. » Accusée d’avoir « insulté » le prophète Mahomet lors d’une altercation avec deux femmes musulmanes de son village qui avaient refusé de boire de l’eau dans un verre qu’elle venait d’utiliser, Asia Bibi est la première femme à avoir été condamnée à mort au titre de la loi anti-blasphème au Pakistan.

 

Royaume-Unis, Octobre 2018, Entrevue avec Eisham Ashiq fille d’Asia Bibi) et Ashiq Masih (mari d’Asia Bibi).

Une fidélité inébranlable

Alors que la Cour suprême, dernier espoir judiciaire d’Asia Bibi, a indiqué le lundi 8 octobre « réserver sa décision pour le moment », les proches d’Asia Bibi se montrent, veulent se montrer résolument optimistes. « Nous croyons que les juges de la Cour Suprême vont se prononcer en faveur d’Asia Bibi », affirment-ils. Une conviction qui repose sur un solide dossier juridique et sur l’espérance bouleversante de cette famille qui confie « tir [er] sa force du Seigneur Jésus-Christ, qui écoute ceux qui souffrent ».

 

Les raisons de désespérer seraient pourtant nombreuses pour cette famille obligée de vivre cachée, en République islamique du Pakistan, où le blasphème constitue un sujet extrêmement sensible. De simples allégations s’y terminent régulièrement par des lynchages et les chrétiens, minorité persécutée, sont fréquemment visés.

 

Depuis lundi 8 octobre, les fondamentalistes exigent de la Cour suprême l’exécution de la sentence prononcée en première et seconde instance à l’encontre d’Asia Bibi : la mort, par pendaison. Sur les réseaux sociaux, c’est un déchaînement de violence : « Si vous libérez Asia Bibi, préparez-vous à d’autres Mumtaz Qatris », peut-on lire. De sinistre mémoire, Mumtaz Qadri, pendu en 2016, avait assassiné Salman Taseer, gouverneur du Pendjab, le 4 janvier 2011, car celui-ci avait publiquement pris la défense d’Asia Bibi et critiqué la loi anti-blasphème. Introduite au Pakistan par les Britanniques, lorsque l’Empire britannique des Indes s’étendait à l’actuel Pakistan, cette législation controversée punit le blasphème de la peine de mort depuis 1986, mesure ajoutée sous la dictature du général Zia-ul-Haq (1977-1988).

 

« Nous ne pourrons pas rester au Pakistan »

 

Lucide, Ashiq reconnaît d’ailleurs que « Tout le monde a peur, tout le monde fait l’objet de menaces. Les partisans d’Asia Bibi, ses avocats, ses juges ». Pourtant, on le sent fier de vivre au Pakistan, parmi les musulmans, qui représentent près de 96% de la population. D’ailleurs, « ceux-ci ne sont pas tous favorables à l’exécution d’Asia Bibi, affirme-t-il. Nombreux sont ceux qui pensent que nous sommes en détresse. Mais les extrémistes, les organisations fondamentalistes sont eux aussi nombreux. » Nombreux, et extrêmement vindicatifs, comme le souligne le père Emmanuel Yousaf, président de la Commission Justice et Paix de la conférence épiscopale pakistanaise.

 

Aussi, c’est à contrecœur qu’Ashiq reconnaît que sa famille ne pourra pas rester au Pakistan. Et s’il ne révèle pas le lieu de leur exil, il fait à nouveau confiance à la providence. « Dieu prendra soin d’Asia Bibi et de sa famille ; il nous fournira un lieu paisible, qu’Il aura choisi ». Un lieu paisible d’où sa fille, Eisham, entend bien poursuivre des études en droit, afin de devenir avocate. Et venir ainsi en aide aux plus démunis, accusés de blasphème.

 

Article de Pierre Macqueron, AED-France

Actualités AED : Pakistan L’espoir renaît pour Asia Bibi

11.10.2018 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED Canada, Pakistan, Par John Pontifex et John Newton, persécution, Voyager avec l'AED

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L’espoir renaît pour Asia Bibi

Montréal – 10 octobre 2018 – Au Pakistan, l’espoir renaît pour Asia Bibi. Cette chrétienne de confession catholique se bat contre une condamnation à la peine de mort qui fait suite à des événements survenus en 2009. Sa famille pense que la Cour Suprême du pays pourrait annoncer son acquittement dans les prochains jours, voire, les prochaines heures. Ce lundi 8 octobre, la Cour a reporté son jugement d’une ultime audience en appel qui concerne la condamnation pour blasphème.

Depuis le Royaume uni où il est l’invité de l’organisme international de charité Aide à l’Église en Détresse (AED) – et s’exprimant au nom du mari d’Asia Bibi, Ashiq Masih, et de sa fille, Eisham Ashiq – le Père Emmanuel Yousaf a confirmé cette information.

Selon lui, et dans de nombreux cas similaires vécus dans le passé, « le verdict a toujours été positif ». Il a déclaré : « Nous allons devoir attendre quelques jours, mais nous sommes convaincus que les choses iront bien ». Asia Bibi, une catholique mère de cinq enfants, est devenue en 2010 la première femme au Pakistan à être condamnée à mort pour blasphème.

Pendant l’audition finale lundi, une manifestation a eu lieu devant la Cour Suprême. Les protestataires ont demandé que la peine de mort soit maintenue, mais à la fin de la procédure, le verdict était encore attendu.

Le Père Yousaf a déclaré : « Il n’y a pas de décision – nous sommes dans l’expectative – mais si Dieu le veut, tout sera bientôt terminé et [Asia Bibi] sera de retour chez elle avec sa famille ». Tout au long de la procédure, Asia Bibi a insisté sur le fait qu’elle n’avait pas insulté le prophète musulman Mohammed, ce qui est passible de la peine de mort conformément à l’article 295 C du Code pénal pakistanais.

Renouvelant les appels à la prière pour la libération d’Asia Bibi, le Père Yousaf a déclaré : « Cela fait déjà 10 ans que nous prions pour notre sœur Asia, et j’ai confiance dans le fait que nos prières seront entendues et que le jugement sera en faveur d’Asia, de sa famille et de toute la communauté chrétienne pakistanaise ».

Il a ajouté : « Le jugement peut être rendu demain. Il peut arriver après deux ou trois jours, mais je suis sûr qu’il sera favorable. Toute personne qui croit que la loi sur le blasphème n’a pas été bien utilisée doit prier pour la libération d’Asia Bibi, quelle que soit sa religion ».

En 2017, Aide à l’Église en Détresse a soutenu 63 projets pour les activités pastorales de l’Église catholique locale pour un montant total de 1,222,768 $.