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Aide à l’Église en détresse.

 

Projet de la semaine – des Bibles de l’enfant à Pakistan

04.05.2016 in ACN Canada, ACN International, Adapted by Amanda Bridget Griffin, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., PROJETS AED, Projets pastorale

20120109_010 PAKISTAN KARACHIPakistan
5 000 Bibles de l’enfant en langue ourdou

Au Pakistan, les chrétiens sont discriminés à bien des égards, ils subissent des pressions et sont défavorisés. La plupart d’entre eux font partie des classes sociales les plus basses, et il leur est difficile de progresser dans la société. Beaucoup d’entre eux sont balayeurs de rues ou domestiques.

Ils veulent que leurs enfants vivent mieux, mais cela est rendu difficile parce que les musulmans sont en général favorisés, et qu’à égalité de formation, leurs chances de réussite sont meilleures. D’autre part pour les chrétiens, envoyer leurs enfants à l’école représente un grand sacrifice. Les mères et même les sœurs aînées doivent souvent aller travailler pour payer les frais de scolarité.

En général, les familles ont beaucoup d’enfants, et ceux-ci sont considérés comme un don de Dieu et un espoir pour l’avenir. Les parents sont fiers d’avoir bien éduqué leurs enfants, mais la plupart d’entre eux ne savent ni lire ni écrire. C’est pourquoi ils peinent à aider leurs enfants.

De plus, si les enfants chrétiens vont dans une école publique, ils se retrouvent dans un environnement islamique qui les presse de renoncer à leur foi. Afin de pouvoir s’enraciner profondément dans leur foi, la plupart d’entre eux vont dans l’une des nombreuses écoles du dimanche de leurs paroisses.

Ils y grandissent dans la foi de l’Église, ils y prient et ils y chantent ensemble. Ils apprennent aussi à mieux connaître la Bonne Nouvelle, et donnent des représentations de théâtre portant sur des récits de la Bible. Cela permet non seulement d’embellir les fêtes, mais aussi d’enseigner ces récits bibliques aux adultes, dont beaucoup ne peuvent même pas lire la Bible.

Les Sœurs de Saint Paul qui se consacrent à l’apoChild's Biblestolat des médias et travaillent également au Pakistan depuis 1965 publient de la littérature religieuse et du matériel catéchétique. Actuellement, elles voudraient publier une Bible pour enfants contenant de petites prières en plus des récits bibliques. Cette Bible est censée être utilisée dans les écoles du dimanche et pour l’instruction religieuse des écoles confessionnelles de l’Église.

« Si les enfants connaissent leur foi, les parents ont moins peur de les envoyer à l’école publique », disent les religieuses. En effet, le risque est alors plus faible qu’ils se laissent détourner de leur foi.

Aide à l’Église en Détresse prend en charge l’impression de 5 000 exemplaires, à hauteur de 9 425 $ CAN.


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Entrevues Alep : « À Pâques, nos enfants reçoivent des cercueils »

29.04.2016 in #callitgenocide, Adaptation Mario Bard, Oliver Maksan, Syrie
Suffering Aleppo - smoking and burning cars in the street The pictures shows the desastrous effects of the ongoing fighting in Aleppo. The Pictures were sent by a Syrian Sister (who works there with the help of ACN) as example for the bombings in Aleppo. She took it from different facebook sources – copyright and sources not clear: The pictures are JUST FOR ILLUSTRATION OF THE STORY – NOT FOR PRESS

La souffrance à Alep – Crédit photo: Facebook

Alep, Syrie

Entrevues : « À Pâques, nos enfants reçoivent des cercueils »

Les combats ont repris à Alep – « Si cette situation persiste, encore plus de chrétiens partiront », craint Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen d’Alep

 Dans l’ancienne métropole économique d’Alep, en Syrie, les combats entre le gouvernement et l’opposition ont repris, comme le rapportent des représentants ecclésiastiques catholiques dans un entretien avec Aide à l’Église en Détresse.

 

 

 

« Depuis la semaine dernière, les combats se sont à nouveau massivement renforcés. Surtout depuis samedi, c’est très grave. La situation de la population est catastrophique. Il y a tant de morts et de blessés. J’espère que l’escalade de la violence va cesser, mais c’est déjà très grave. Si les combats continuent comme cela, encore plus de chrétiens quitteront Alep », estime Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen de la ville, dans un entretien accordé mardi à l’organisme international de charité catholique.

Il ajoute : « Avant la guerre, Alep comptait plus de 150 000 chrétiens de différentes confessions. Aujourd’hui, environ deux tiers d’entre eux sont des déplacés dans leur propre pays ou se sont réfugiés à l’étranger, par exemple au Liban, mais aussi dans les pays occidentaux ».

Ceux qui restent sont surtout les personnes âgées et les pauvres. L’archevêque affirme « C’est d’eux que nous nous occupons maintenant, et notamment grâce au soutien d’AED. Mais, leur situation est inquiétante à tout point de vue. La pauvreté et un mauvais approvisionnement marquent profondément le quotidien. »

Par ailleurs, Mgr Audo a déclaré que pour les groupes de rebelles du front Al-Nosra, dominés par les djihadistes – et qui contrôlent encore certaines zones d’Alep –, il importe de semer la peur et la terreur par des fusillades et des bombardements. « Ce sont des groupes financés par l’étranger. Ils ne viennent pas de Syrie. Chez nous, les relations entre les chrétiens et les musulmans étaient bonnes, et le sont toujours. Naturellement, le fanatisme existait déjà auparavant. Mais, en général, les relations étaient bonnes. Nous autres chrétiens étions reconnus. À Alep, il en est toujours ainsi. Ça s’est même encore amélioré. En effet, les musulmans nous respectent à cause de notre travail caritatif et du soutien dont ils bénéficient. J’espère de tout cœur qu’après cette guerre, nous aurons une Syrie où tous sans exception jouiront des pleins droits et de l’égalité. »

Suffering Aleppo - schoolbag and textbook of one of the little victims The pictures shows the desastrous effects of the ongoing fighting in Aleppo. The Pictures were sent by a Syrian Sister (who works there with the help of ACN) as example for the bombings in Aleppo. She took it from different facebook sources – copyright and sources not clear: The pictures are JUST FOR ILLUSTRATION OF THE STORY – NOT FOR PRESS

Souffrance à  Alep – sac d’école d’un enfant victime des vilences.  Crédit photo: Facebook

Cessez-le-feu : « nous nous sommes trompés »

Interviewée par AED, Sœur Annie Demerjian rapporte également que les combats à Alep ont empiré. « Lundi, c’était très grave. 17 personnes sont mortes sous les coups de feu, dont six enfants. Il y avait beaucoup de chrétiens parmi eux », déplore la religieuse, qui persévère depuis des années dans cette ville divisée entre le gouvernement syrien et l’opposition.

« Les blessés viennent s’ajouter aux morts. L’une des femmes qui m’aident a été choquée en voyant un transport de personnes grièvement blessées. De plus, tant de magasins, de maisons et de voitures ont été détruits à cause des bombardements. Nous espérions tant que le cessez-le-feu des dernières semaines marque le début de la fin de cette guerre. Nous étions vraiment pleins d’espoir. Mais, nous nous sommes trompés. Il y a longtemps que cela n’a pas été aussi grave qu’aujourd’hui. Des centaines de bombes et d’obus ont été tirés. La dernière fois que nous avions des combats de cette violence, c’était à Pâques 2015. » Tout comme les autres habitants, les chrétiens qui sont toujours à Alep sont désespérés et épuisés.

ACN-20160428-39863« Après tant d’années de guerre, les gens n’en peuvent tout simplement plus. Ils ont l’impression que tout recommence! Cela les rend tristes et furieux. Un père m’a demandé de prier pour ses enfants afin qu’ils rentrent sains et saufs à la maison. Je ne sais pas si on peut s’imaginer l’effroi que ces gens peuvent endurer. Et pas seulement depuis hier. Je crois que nous, ici à Alep, sommes les plus touchés par la guerre en Syrie. Et nous n’arrivons simplement pas à comprendre pourquoi des innocents doivent endurer tant de souffrances. »

Cadeau de Pâques orthodoxes : un cercueil…

Selon Sœur Annie, les chrétiens orthodoxes d’Alep appréhendent l’approche de leur fête de Pâques, dimanche prochain. « Un chrétien orthodoxe m’a dit récemment que dans le monde entier, les enfants recevaient des cadeaux à Pâques. Mais, à Alep, ils reçoivent des cercueils. N’est-ce pas infiniment triste d’entendre cela? » Avec insistance, la religieuse a invité à la prière pour la population opprimée par la guerre en Syrie. « Je vous en supplie, priez pour nous. Dieu est notre dernier soutien. »

Le Père franciscain Ibrahim Alsabagh parle également de violents combats à Alep. « Les bombardements ont recommencé. Récemment, une roquette est tombée dans notre zone d’Azizieh, une maison a été détruite, d’autres endommagées.

Syria, Aleppo, February 2016 SYRIA / ALEP-LAT 15/00031 Extraordinary help for the Christian families (electricity): Fr. Ibrahim Alsabagh

Père Ibrahim Alsabagh

Dans certaines zones, comme Midan par exemple, la situation était extrêmement critique. Les ouvriers employés dans notre monastère sont venus au travail les yeux rougis, morts de fatigue, parce qu’ils n’ont pas dormi de la nuit », assure le franciscain qui œuvre à Alep. « La hausse du dollar se poursuit, tandis que les gens ont de plus en plus de difficultés à gagner un peu d’argent pour acheter de quoi manger. Pour nous, c’est une course sans fin, car la totalité du travail humanitaire nous retombe sur les épaules, alors que nous sommes vraiment bien organisés et que beaucoup de bénévoles et de collaborateurs nous apportent leur aide. Mais, chaque jour, de plus en plus de gens frappent au portail de notre monastère, mais il y a aussi beaucoup de familles et de gens qui rendent grâce au Seigneur de la présence des frères franciscains, parce que nous sommes restés à Alep pour aider ces gens désespérés. »

AED soutient les chrétiens d’Alep depuis des années. À travers nos partenaires, les Églises locales, cette aide soutient notamment des programmes visant à donner des vêtements, de la nourriture et des médicaments, auxquels viennent s’ajouter des subventions de logements et d’études. Par ailleurs, AED apporte son soutien aux chrétiens de Syrie et d’Irak obligés de fuir la guerre et la terreur, et qui cherchent refuge dans d’autres régions de leur propre pays ou dans les pays avoisinants.

 

Par Oliver Maksan, AED International 
Adaptation : Mario Bard, AED Canada

 


 

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Communiqué : colloque sur les chrétiens victimes de génocide

19.04.2016 in Adaptation Mario Bard, Aide à l'Église en détresse., liberté religieuse, Mario Bard, Moyen-Orient, Persécution, Voyager avec l'AED

Colloque sur la persécution des chrétiens à Montréal

Participation d’Aide à l’Église en Détresse Canada

« De notre côté, nous estimons que les chrétiens de Syrie et d’Irak subissent un génocide lent, mais certain », déclare Marie-Claude Lalonde, directrice du bureau canadien de l’organisme international de charité catholique Aide à l’Église en Détresse (AED).

 

À l’invitation de l’organisme Solidarité International Trinitaire, elle fera partie d’un panel réunissant Sami Aoun, géopolitologue, et Mgr Jean-Clément Jeanbart, archevêque grec catholique melkite d’Alep en Syrie, et animé par le journaliste Pierre Maisonneuve. Le thème dont ils discuteront : « Les chrétiens dans le monde sont-ils victimes d’un génocide? »

 

Le panel, qui se déroulera le samedi matin 23 avril à 9 h, ouvrira le colloque du même nom, qui aura lieu du 22 au 24 avril, au Grand Séminaire de Montréal, 2065 rue Sherbrooke Ouest.

 

« La question est large », estime la directrice qui est en poste depuis 15 ans. « Quand on parle de génocide, il faut être extrêmement prudent quant aux genres de situations que l’on veut qualifier. Si on parle de ce qui se passe en Irak et en Syrie, il est clair que l’État islamique (ÉI) fait tout pour éliminer la présence chrétienne et d’autres minorités religieuses. »

 

Le Canada : toujours en attente

 

« Pour parler de génocide, nous nous référons toujours à la définition qu’en donne le droit international », indique-t-elle, « C’est-à-dire : comme un acte “commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux”. L’État islamique (ÉI) est coupable de génocides, selon le Parlement européen et le Secrétariat d’État américain. Maintenant la question demeure : à quand une reconnaissance par le gouvernement du Canada? »

Partie de l'affiche annonçant le Colloque.

Partie de l’affiche annonçant le Colloque.

 

En février dernier, Mme Lalonde a fait parvenir une lettre au premier ministre Justin Trudeau et au ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, demandant que le gouvernement canadien reconnaisse que ce qui se passe en Syrie et en Irak est un génocide contre les chrétiens et les minorités religieuses.

 

Aide à l’Église en Détresse (AED), organisme international de charité catholique, travaille depuis plus de 60 ans afin de conscientiser la population au sort des chrétiens persécutés et à la question de la liberté religieuse. À tous les deux ans, le rapport Persécutés et oubliés? dresse un portrait de la situation des chrétiens dans le monde, alors que – également publié tous les deux ans —, le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde englobe toutes les traditions religieuses.

 

Le Colloque Les chrétiens dans le monde sont-ils victimes d’un génocide? se tiendra du vendredi 22 avril 16 h, au dimanche 24 avril midi. Traduction simultanée, contribution volontaire. Grand Séminaire de Montréal : 2065 rue Sherbrooke Ouest, métro Guy-Concordia.


 

Délégation catholique-orthodoxe : en Syrie

14.04.2016 in #callitgenocide, AED, Aide à l'Église en détresse., Liban, Moyen-Orient, PAIX, Persécution, Prière, Projets pastorale, Russie, Syrie, Témoignage

Syrie 08 Avril 2016
Al-Qaryatayn quelques jours après la libération de la ville des mains de l’État islamique. 

Russie/Syrie

Délégation catholique-orthodoxe :
une « réaction concrète à la rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou »

ACN Middle East specialist, Father Halemba in front of St Elian Church (Syriac Orthodox) in Ql-Qaryateyn

 Le père Halemba devant l’église Elian (orthodoxe) 

Peter Humeniuk, expert de la Russie auprès de l’œuvre internationale de charité catholique Aide à l’Église en Détresse  a désigné le voyage d’une délégation catholique-orthodoxe au Liban et en Syrie comme une « réaction concrète » à la déclaration commune signée par Leurs Saintetés le pape François et le patriarche russe orthodoxe Cyrille.

Peter Humeniuk a expliqué l’objectif du voyage était de suivre ce que François et Cyrille : « ont dénoncé d’une seule voix : la persécution des chrétiens et la situation dramatique des chrétiens du Moyen-Orient. » D’ailleurs, « c’était l’une des raisons de leur rencontre historique en février de cette année », a rappelé Humeniuk. « L’Église catholique et l’Église russe orthodoxe de Russie ont suivi le message de leurs primats et ont entrepris des mesures afin de réagir en commun à la souffrance des chrétiens du Moyen-Orient. »

Selwanos Boutros Al-Nemeh (left) and His Holiness Moran Mor Ignatius Aphrem II

Selwanos Boutros Al-Nemeh (gauche) et Moran Mor Ignatius Aphrem II

La semaine dernière, plusieurs personnes participaient à cette délégation. Mgr Paolo Pezzi, président de la conférence épiscopale catholique de Russie, l’hiéromoine Stefan Igumnov, secrétaire pour le dialogue interchrétien du département des affaires ecclésiastiques extérieures du Patriarcat de Moscou, le Père Andrzej Halemba, expert du Moyen-Orient auprès d’AED, ainsi que Peter Humeniuk y ont rencontré des représentants de différentes confessions chrétiennes pour donner « un signal de solidarité » et pour « évaluer les possibilités de mesures de soutien communes ».

De très grands besoins

Au Moyen-Orient, la rencontre en février entre le pape et le patriarche de Moscou a été accueillie de manière « très positive » et « avec une grande attention ». L’entrevue des deux primats y a été considérée comme un « signal fort que les confessions chrétiennes devaient s’exprimer d’une seule voix et faire face à la situation engendrée par la souffrance, la guerre et la persécution. »

Durant ce voyage, il a été décidé de domaines concrets de coopération entre les différentes Églises chrétiennes du Moyen-Orient, comportant notamment la documentation des lieux saints détruits par la guerre en Syrie, afin d’évaluer les dommages, ainsi que la collecte de témoignages sur le martyre de chrétiens syriens dans le but de les sauvegarder pour la postérité. Par ailleurs, il a été envisagé d’entreprendre une action commune au bénéfice des enfants. Le voyage de la délégation catholique orthodoxe était une première étape, et il est prévu que « d’autres suivront ».

Peter Humeniuk a souligné : « Maintes fois, nous avons entendu dire au cours de ce voyage que, pour de nombreux chrétiens du Moyen-Orient, l’essentiel était que leurs évêques restent auprès d’eux, et que la remise en état des salles et édifices religieux ayant été détruits – et où se déroule la vie spirituelle des communautés –, leur tenait plus à cœur que la reconstruction de leurs propres maisons d’habitation. Le troupeau veut se rassembler autour de ses bergers. Cela m’a beaucoup impressionné. Il est évident que la reconstruction des bâtiments exige tant de moyens financiers, qu’ils ne pourront pas être mobilisés à court terme. Mais nous réfléchissons déjà à l’avenir. »

Aide à l’Église en Détresse avait organisé ce voyage, car la Fondation Pontificale est très active au Moyen-Orient et s’engage simultanément depuis 25 ans en faveur du dialogue entre l’Église catholique et l’Église russe orthodoxe.

La délégation s’est rendue à Beyrouth et à Damas, ainsi que dans la plaine de la Bekaa, à la frontière entre la Syrie et le Liban, où de très nombreux Syriens déplacés ont trouvé refuge. Quelques familles de réfugiés vivant à Zahlé, au Liban, ont dépeint leurs destins à la délégation.

 Russia Syria 1

 

Parmi les représentants des Églises que la délégation a rencontrées, se trouvaient au Liban S.E. le cardinal Bechara Boutros Raï, patriarche maronite, et l’archevêque Mgr Gabriele Caccia, nonce apostolique au Liban. En Syrie, la délégation a respectivement rencontré un représentant du patriarcat grec orthodoxe d’Antioche et du patriarcat melkite grec catholique d’Antioche et de tout l’Orient, puisque les deux patriarches eux-mêmes étaient en voyage à ce moment.

Par ailleurs, la délégation a rencontré S. B. Ignace Éphrem II Karim, patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, l’archevêque Mgr Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie ainsi que de nombreux autres évêque.

 

Article: ACN International
Adaptation : Mario Bard ACN Canada


 

Communiqué : « Nous ne voulons pas vivre sous la domination islamique »

12.04.2016 in Adaptation Mario Bard, Oliver Maksan, Syrie

© Wassim Farkouh

Scène de la destruction à Homs 

Syrie

« Nous ne voulons pas vivre sous la domination islamique »

ACN-20160219-36888

Ignace Éphrem II Karim

Sa Béatitude le patriarche syriaque orthodoxe Ignace Éphrem II Karim a visité la ville d’Al-Qaryataïne, libérée de l’État islamique. Il s’est montré choqué par l’ampleur des ravages.

Après avoir visité la ville syrienne d’Al-Qaryataïne, récemment libérée du joug de l’État islamique (ÉI), Sa Béatitude le patriarche syriaque orthodoxe Ignace Éphrem II Karim éprouve des sentiments mélangés.

Dans un entretien accordé à l’organisme international de charité catholique Aide à l’Église en Détresse, le primat de l’Église syriaque orthodoxe, dont la résidence est à Damas, a déclaré vendredi qu’il se réjouit que la milice terroriste ait été chassée de cette ville habitée par des musulmans et des chrétiens. L’ÉI avait envahi Al-Qaryataïne au mois d’août 2015. « C’est certainement une évolution encourageante. Mais, les habitants qui s’étaient enfuis pleurent parfois en voyant ce qu’est devenue leur ville. En tant que berger, il m’est particulièrement douloureux de voir ces larmes. »

Selon le patriarche, l’infrastructure a été gravement endommagée. « Lorsque je me suis rendu dans la ville vendredi avec nos frères catholiques, j’ai été choqué par l’ampleur des ravages. Lors des combats, beaucoup de maisons ont été entièrement détruites ou très gravement endommagées. Les objets d’ameublement et d’aménagement ont été volés », affirme le chef de l’Église syriaque orthodoxe. « C’était particulièrement douloureux de voir que l’ÉI a délibérément profané les églises. Le monastère syriaque catholique de Saint-Élie autant que notre église syriaque catholique ont été volontairement profanés. Notre église a même été encore plus gravement détruite que le monastère. »

Le patriarche a souligné que sa visite effectuée vendredi conjointement avec les catholiques est un signal important. « Par les temps actuels, nous autres chrétiens devons unir nos ressources. L’ÉI veut tous nous tuer, quelle que soit l’Église à laquelle se rattache un chrétien », ajoute Mgr Ignace Éphrem.

Une haine difficile à surmonter

« L’objectif de ma visite était surtout de donner de l’espoir aux gens. Je leur ai dit de remercier Dieu pour leur vie. Les maisons et les églises peuvent être reconstruites. Mais pas une vie perdue. En tant qu’Église, nous n’en resterons pas aux seuls mots, mais ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider la population avec les travaux de reconstruction. L’essentiel, c’est la foi que Dieu est avec nous. Notre aide vient au nom du Dieu vivant. »

Le patriarche a toutefois concédé que dans ce genre de situation, il est difficile de témoigner de la foi chrétienne et de pardonner à ses ennemis. « Dans ce genre de circonstances, il n’est pas facile de surmonter la haine et de prier Dieu d’accorder le don du pardon. Cela va durer un certain temps jusqu’à ce que les gens en soient capables. C’est humain et c’est compréhensible. Mais, nous ne pourrons pas écarter la disposition à pardonner. C’est un fondement essentiel de la vie chrétienne. »

Une réconciliation possible

Dans ce contexte, le patriarche a souligné que les Syriens avaient beaucoup d’expérience dans la cohabitation des religions. « En Syrie, la guerre n’existait pas entre chrétiens et musulmans. Nous sommes aujourd’hui en présence de terroristes, majoritairement étrangers, qui viennent ici pour combattre dans le djihad. Certes, il existe entre-temps aussi des Syriens qui se sont ralliés à l’idéologie djihadiste. Mais ses idées viennent de l’extérieur, surtout d’Arabie Saoudite et du wahhabisme de ce pays. »

Le patriarche « ne considère pas que la réconciliation entre les Syriens de différentes confessions soit le problème. Cette réconciliation est possible. Car de fait, malgré maintes difficultés, également avant la guerre, nous avons vécu ensemble dans la paix en Syrie. C’était la Syrie que nous connaissions. »

Quant aux efforts menés par les Nations unies pour générer une solution politique au conflit, grâce à des négociations entre le gouvernement syrien et l’opposition, le patriarche estime : « Si nous autres Syriens pouvions régler les affaires entre nous, je pense qu’il n’y aurait pas de problème. Mais nous ne sommes pas naïfs. Les difficultés d’une solution politique au conflit résident dans le fait que des intérêts, autant régionaux qu’internationaux, se heurtent en Syrie. C’est ce qui rend les choses aussi compliquées. »

« Aidez-nous à pouvoir rester ici »

Sa Béatitude Ignace Éphrem II Karim se montre sceptique quant aux représentants de l’opposition syrienne qui négocient avec le gouvernement syrien à Genève. « Bien entendu, j’espère que ces négociations aboutiront. Mais l’opposition là-bas n’a pas beaucoup d’adhérents ici même, en Syrie. En outre, elle compte beaucoup d’islamistes. Ni nous, les chrétiens, ni d’autres ne voulons vivre sous la domination islamique. »

Le patriarche ajoute aussi qu’environ 40 pour cent des chrétiens de Syrie ont quitté leur patrie pour fuir dans les pays voisins ou en Occident. « Je ne me fais pas d’illusions. La plupart d’entre eux ne reviendront pas. Si ça continue comme ça, nous, les chrétiens, disparaîtrons de Syrie, comme nous avons presque entièrement disparu de Turquie et d’Irak. » C’est la raison pour laquelle le patriarche rejette une immigration des chrétiens encouragée par l’Occident.

« La meilleure voie pour nous soutenir, c’est de nous aider à pouvoir rester ici, dans notre patrie. Émigrer en Occident n’est pas une solution. Ce n’est pas une bonne expérience que d’être un réfugié en Europe. Sur le plan culturel, on est déraciné. Ce n’est bon ni pour les réfugiés ni pour les sociétés qui les accueillent. »

Le patriarche explique qu’il existe des lieux de refuge sûrs pour la population, en Syrie et tout autant que dans les pays voisins. « Pour l’Europe, ce serait beaucoup moins cher d’aider nos gens à rester en Syrie ou à vivre provisoirement au Liban ou ailleurs. Toutefois, il est important d’appuyer les projets de l’Église sur place. Nous sommes très reconnaissants à Aide à l’Église en Détresse d’opter pour cette voie et d’aider la population sur place. J’espère que plus d’organisations suivront cet exemple. »

 

Article d’Oliver Maksan, ACN International
Adaptation : Mario Bard ACN Canada


 

Reportage : « Les fruits de votre amour nous consolent »

07.04.2016 in ACN Canada, Adaptation Mario Bard, Aide à l'Église en détresse., Non classifié(e), Oliver Maksan

Syrie

Reportage : « Les fruits de votre amour nous consolent »

Father Ibrahim

Père Ibrahim

Malgré le cessez-le-feu, la vie des chrétiens d’Alep reste compliquée. Aide à l’Église en Détresse soutient maintenant un projet destiné à améliorer le quotidien de la population.

En mars, le conflit en Syrie est entré dans sa sixième année. Pour la première fois, le cessez-le-feu et les négociations de Genève entre les belligérants laissent poindre un espoir ténu, que la mort de centaines de milliers de personnes pourrait prendre fin. Toutefois, il n’y a pas de véritable sécurité, ni de paix pour la population. Par exemple Alep, théâtre de violents combats. Le Père Ibrahim, un franciscain qui travaille dans la paroisse catholique romaine de cette ville – ancien poumon économique –, en a récemment parlé dans un entretien avec AED.

« Même si l’on parle beaucoup du cessez-le-feu actuellement, le bombardement des parties d’Alep sous contrôle de l’armée régulière a recommencé dernièrement. Ce sont exactement les quartiers où vivent les chrétiens. » Mais, le Père Ibrahim ne perd pas courage. « Remercions le Seigneur des choses positives qui surviennent, et espérons que le cessez-le-feu, respecté par au moins une partie des milices et des groupes armés, persiste. »

Mais même si les armes se taisaient complètement, le quotidien de la population resterait très difficile. « La situation de nos familles à Alep s’explique simplement. Parmi toutes les familles dans des villes de Syrie, celles d’Alep vivent dans les circonstances les plus pénibles », explique le franciscain, et continue en avançant le calcul suivant : « Selon un récent recensement, chaque famille d’Alep a besoin de 17 000 livres syriennes, l’équivalent d’un peu plus de 100 dollars canadiens. C’est le strict minimum pour payer l’essentiel, donc l’électricité, l’eau et le gaz. »

Mais, cette somme n’est pas accessible à tous. « Sur nos 600 familles, plus de 250 vivent dans la pauvreté absolue, avec des revenus mensuels inférieurs à 25 000 livres syriennes (150 dollars canadiens). » Selon le Père Ibrahim, ces familles sont incapables d’acheter suffisamment de nourriture comme l’exigerait la dignité de tout être humain. Et, dans de nombreux cas, les conséquences sont catastrophiques. « Ces dernières semaines, quinze de nos paroissiens ont dû être hospitalisés pour avoir une transfusion de sang, parce qu’ils étaient en danger de mort à cause de la malnutrition et de ses conséquences. »

 

ACN-20160212-36337

L’électricité : pour éduquer

Le Père Ibrahim assure que peu de gens échappent à la détresse. « Selon nos données, parmi les 600 familles de notre communauté latine, il n’y en a que cinq qui sont vraiment fortunées, tandis que les autres vivent à la limite de la pauvreté. Quant à ceux qui étaient jadis aisés, la plupart d’entre eux se sont appauvris durant les cinq années de guerre et demandent maintenant ouvertement de l’aide. » Les années de détresse ont laissé des traces profondes. « C’est impressionnant de voir des gens qui étaient des industriels et qui bénéficiaient de revenus à hauteur de plusieurs centaines de milliers de dollars, maintenant frappés par la pauvreté. Ils ont perdu leurs bureaux et leurs entreprises avec toutes les machines. Il ne leur reste plus que leurs dettes auprès des banques, qu’ils ne peuvent même pas régler. »

D’autres problèmes d’approvisionnement viennent s’ajouter à la malnutrition. « L’électricité compte parmi nos problèmes majeurs. Les maisons ne sont alimentées que grâce aux groupes électrogènes d’entreprises privées, qui vendent les “ampères” à des prix prohibitifs », déplore-t-il. « Il faut au moins deux ampères à une famille ou une personne seule pour faire fonctionner, ne serait-ce que deux ou trois lampes, ou une télévision, ou une radio. Deux ampères ne suffisent même pas pour faire tourner une laveuse ou une pompe, dans les moments exceptionnels où nous avons de l’eau… Deux ampères correspondent à la consommation minimum d’un pauvre ou d’une famille pauvre. » Lorsque la quantité est inférieure, assure le Père Ibrahim, on reste dans l’obscurité. « Nous avons fréquemment observé que cette situation a généré de nombreux troubles psychologiques et le désespoir de beaucoup de gens. »

Le déficit d’électricité touche particulièrement les familles avec des enfants. « Une famille avec des enfants en âge scolaire, au primaire, au secondaire ou bien à l’université, ne peut pas vivre sans électricité, puisque les enfants ne peuvent pas faire leurs devoirs ou étudier [le soir]. Voilà pourquoi nous avons pensé aider les familles pauvres qui sont restées ici, parce qu’elles sont attachées à leur pays ou parce que, par manque d’argent, elles ne peuvent fuir. Nous voulons les aider à vivre dignement. »

Pour cela, le Père Ibrahim a créé le Projet deux ampères pour chaque famille. « C’est notre contribution pour financer les dépenses minimales d’une famille. C’est une aide qui a aussi une valeur psychologique et qui exprime la solidarité. »

 

ACN-20160212-36326

Grâce aux dons provenant de différents pays, l’AED a soutenu le projet pour les chrétiens d’Alep.

Dès à présent, le Père Ibrahim est reconnaissant aux bienfaiteurs d’AED. « Même si les attaques aux tirs de roquettes nous effraient, rendent nos cœurs lourds et tristes, les fruits de votre amour nous consolent. Au nom des chrétiens d’Alep, et particulièrement au nom de la paroisse latine et des Franciscains d’Alep, je vous transmets nos meilleurs vœux pour une sainte voie de la conversion au père riche en miséricorde. »

 

Par Oliver Maksan, ACN International
Adaptation par Mario Bard, ACN Canada

Projet de la semaine: vite, un endroit pour les familles et les jeunes!

30.03.2016 in Adaptation Mario Bard, Aide à l'Église en détresse., Catéchèse, Construction, PROJETS AED, Slovaquie, Voyager avec l'AED

Slovaquie

Pour les jeunes et les familles :
un centre, ça presse! 

 

La paroisse Saint-Stéphane, à Kamenica nad Cirochou, compte 2 600 fidèles. La paroisse se situe dans l’est du pays, à seulement 35 km de la frontière ukrainienne. La région est économiquement plus faible que les autres parties du pays, et le chômage y est élevé. Beaucoup d’enfants se retrouvent avec un seul de leurs parents parce que leur père ou leur mère doivent aller chercher du travail dans une autre partie du pays, ou même à l’étranger, afin de nourrir la famille. Cette situation est un gros problème, et les familles en souffrent.

 

À cela s’ajoutent trois communautés de Roms qui vivent sur le territoire de la paroisse. Dans l’ensemble, la prise en charge pastorale et sociale des membres de l’ethnie des Roms est aussi un défi majeur pour l’Église catholique en Slovaquie.

 

Ce sont deux des raisons pour lesquelles le Père Peter Sepesi se concentre surtout sur la pastorale de la jeunesse et des familles. Il organise des rencontres d’enfants et de jeunes, ainsi que de nombreuses activités pastorales et sociales. Mais il y a un gros problème, parce que la paroisse ne dispose pas d’installations appropriées pour ces événements. C’est pourquoi le sous-sol du presbytère a été aménagé il y a quelques années.

De jeunes communiants en Slovaquie.

De jeunes communiants en Slovaquie.

 

Par contre, les deux pièces sont loin d’être idéales, parce les plafonds y sont bas et qu’elles sont mal éclairées, mal aérées et froides. Malgré tout, ces pièces sont utilisées tous les jours, car c’est là qu’ont lieu les rencontres de jeunes et d’enfants, les réunions de servants de messe, les cours pour les confirmands, les répétitions de la chorale, les cours d’évangélisation et encore bien d’autres choses.

 

S’il y a trop de participants, la réunion doit être transférée à la cantine de l’école; mais alors, la paroisse doit chaque fois se coordonner avec l’école! De plus, le camp d’été pour enfants, que la paroisse organise chaque année en plantant des tentes dans le jardin, rencontre aussi des difficultés dans la mesure où il est difficile, surtout par mauvais temps, de trouver des solutions de rechange au programme.

 

La paroisse aimerait donc construire sur son terrain un bâtiment supplémentaire
qui disposerait d’une salle pour 60 personnes en plus d’autres locaux.
À l’avenir, c’est là que les activités de la paroisse devraient avoir lieu.
Le Père Sepesi, curé, nous a demandé de l’aide pour la construction de ce Centre pastoral.
Nous avons promis l’équivalent de 72 500 dollars canadiens.

 


 

Reportage AED: Vendredi Saint plus que Pâques

24.03.2016 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Mario Bard, Moyen-Orient, Oliver Maksan, Terre Sainte, Voyager avec l'AED

Jérusalem, Terre Sainte

« Nous nous identifions plus au Vendredi saint qu’à Pâques »

 

Le jour du dimanche des Rameaux, Jérusalem appartient aux chrétiens. En chantant et en priant, un rameau de palmier ou d’olivier à la main, des milliers d’habitants de Jérusalem et des visiteurs venus du monde entier descendent du Mont des Oliviers pour se rendre dans la Vieille Ville de Jérusalem et recevoir la bénédiction du Patriarche latin.

 

Au grand mécontentement des automobilistes, la police israélienne bloque la circulation afin que la procession, longue de plusieurs kilomètres, puisse défiler sans encombre. Dans le quartier chrétien de la Vieille Ville ainsi qu’aux alentours, la fête durera encore longtemps après la procession. La circulation des tramways doit être aussi interrompue provisoirement pour que la parade des groupes de scouts chrétiens puisse passer avec leurs cornemuses.

 

C’est ainsi que les chrétiens palestiniens, autant en Israël qu’en Palestine – ils ne sont qu’une petite minorité –, veulent célébrer l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem. Par contre, c’est également une manière de dire aux juifs et aux musulmans : « Nous existons encore – même si en Israël, nous ne représentons qu’à peine 2 % de la population, et en Palestine, encore moins. »

 

Des délais trop courts

 

Toutefois, la joie est réfrénée cette année. La vague de violence qui ébranle la Terre sainte depuis l’automne a laissé des traces.

Bishop Fouad Twal leads the procession on Palms Sunday 2016.

Mgr Fouad Twal, Patriarche Latin de Jérusalem, en procession, dimanche des Rameaux 2016

À cause de cette situation, beaucoup moins de pèlerins étrangers se sont rendus en Terre sainte, et la procession est donc beaucoup plus petite que d’habitude. Un représentant de la police israélienne indiquait à Aide à l’Église en Détresse (AED) que le cortège qui, l’année dernière, se composait de 30 000 personnes, n’en compte peut-être même pas la moitié cette année. Mais, le plus déterminant, c’est aussi que les chrétiens de Cisjordanie en soient absents.

 

« L’année dernière, nous sommes venus à Bethléem avec sept autobus. Cette année, il n’y en avait que trois », raconte un catholique nommé Johnny, originaire de la ville natale de Jésus, Bethléem. Contrairement aux années précédentes, aucun chrétien n’est venu de villes de Cisjordanie comme Naplouse ou Jénine. Selon lui, c’est parce que les autorités israéliennes n’ont commencé que très tard cette année à délivrer des autorisations d’entrée à Jérusalem. « Nous n’avons appris que vendredi que nous pourrions venir ici dimanche. Pour beaucoup, le délai était beaucoup trop court ».

 

Mais, selon lui, la principale raison est tout autre. « Les gens craignent de venir à Jérusalem. Ils ont peur qu’il leur arrive quelque chose. Nous entendons sans cesse parler de Palestiniens qui sont abattus ici. » En effet, depuis l’automne, plus de 180 Palestiniens sont morts en Terre sainte lors d’affrontements avec les forces de l’ordre israéliennes. Beaucoup d’entre eux ont été tués parce qu’ils avaient attaqué des Israéliens, non seulement des soldats, mais aussi des civils. Ces actes ont été commis à coups de couteau, de ciseaux ou d’armes à feu. Plus de trente Juifs ont trouvé la mort. En évoquant leurs morts, les Israéliens les désignent comme des victimes du terrorisme et affirment leur droit à l’autodéfense. Quant aux Palestiniens, la plupart d’entre eux considèrent leurs morts comme des combattants résistants ayant été exécutés par les Israéliens sans jugement préalable. Deux points de vue absolument inconciliables. Ce qui fait augmenter la haine et la méfiance des deux côtés.

 

« L’Église s’oppose à toute forme de violence, qu’elle soit exercée par les Palestiniens ou par les soldats israéliens. Cependant, le fait qu’ils portent des uniformes ne justifie pas tous leurs actes. Nous sommes pour la justice. Il ne suffit simplement pas de dire : finissons-en avec la violence. Tant que l’injustice régnera, il n’y aura pas de paix », assure le Père Jamal Khader, recteur du séminaire du Patriarcat latin de Beit Jala, une ville voisine de Bethléem.

 

Jérusalem doit être une ville inclusive

 

Considérant le petit nombre de visiteurs qui se sont rendus cette année à la procession du dimanche des Rameaux, il explique dans un entretien accordé à l’AED que cela ne le surprend pas. « Je peux comprendre que les chrétiens palestiniens n’aient pas envie de venir à Jérusalem –, et cela, alors que c’est Pâques et que nous la célébrons traditionnellement à Jérusalem. »

La ville de Jérusalem

La ville de Jérusalem

 

Selon ce prêtre, tout aurait commencé vers la fin des années 1990 avec les points de contrôle. « Les gens étaient souvent obligés de patienter pendant des heures. Ensuite, ils parvenaient au Mur et attendaient leur permis. Avant, j’allais à Jérusalem pour y manger une glace. Aujourd’hui, j’évite autant que possible de venir ici. Je ne veux pas devoir traverser les points de contrôle. Et plus d’une personne a ressenti la même chose. » Le Père Khader croit que ce qui importe pour Israël, c’est de décourager les Palestiniens de se rendre à Jérusalem.

 

« L’autorisation d’entrer n’est pas accordée à chacun à l’occasion des grandes fêtes. Parfois, seuls les parents l’obtiennent, mais pas les enfants. Dans ce cas, évidemment, tout le monde reste à la maison. Parfois, chacun obtient une autorisation, mais les gens sont renvoyés quand même pour une raison ou pour une autre. Ça ne peut pas fonctionner comme ça. Jérusalem doit rester une ville ouverte. Elle appartient à tous, aux Juifs, aux chrétiens, aux musulmans. Elle ne pourra jamais être une ville exclusive. Sinon, il n’y aura jamais de paix. »

 

Le Père Khader dit que la situation politique marque aussi la manière dont les chrétiens palestiniens célèbrent la fête de Pâques. « Nous autres chrétiens de Palestine nous identifions plus avec le Vendredi saint avec la fête de Pâques. En tant que Palestiniens, nous nous sentons très proches des souffrances du Christ. En voyant souffrir Jésus-Christ, nous voyons nos propres souffrances. Les Évangiles de la Passion ne racontent pas seulement l’histoire de Jésus, mais aussi la nôtre. Cela ne signifie pas que nous ne croyons pas à la résurrection et à l’espérance qui lui est rattachée. Mais nous n’en sommes pas encore arrivés à ce point. »

 

Entrevues par Oliver Maksan
Adaptation française: Mario Bard, AED Canada


 

Entrevue : meurtre de quatre religieuses au Yémen

16.03.2016 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Arabie Saoudite, Entrevue, Moyen-Orient, Oliver Maksan, Religieuses, Voyager avec l'AED, Yemen

ACN-20140124-04605 YemenYémen

« Elles distribuaient du pain et ont pris des coups de feu »

L’indifférence du monde après l’assassinat de quatre religieuses au Yémen

 

 

 

 

 

 

 

Montréal/Königstein – L’Église catholique de la péninsule arabique déplore l’indifférence de l’opinion publique après l’assassinat des religieuses au Yémen. Quatre religieuses de la congrégation de Bienheureuse Mère Teresa – canonisée le 4 septembre prochain! – vouées aux soins des personnes âgées et handicapées, ainsi que 12 de leurs collaborateurs ont été assassinés début mars à Aden, probablement par des extrémistes islamistes. Depuis, un religieux originaire d’Inde est porté disparu.

 

Dans un entretien accordé à Aide à l’Église en Détresse (AED), Mgr Camillo Ballin, évêque responsable du nord de cette région, a affirmé que ni les médias ni la politique n’avaient témoigné du moindre intérêt concernant cet acte. « Personne n’a bougé. Cela n’intéresse personne quand c’est le christianisme qui est attaqué. C’est comme pour Jésus. Ils l’ont tous abandonné. C’est exactement ce qui arrive maintenant à l’Église. » Mgr Ballin, responsable du vicariat apostolique d’Arabie septentrionale, dont le siège se situe au Bahreïn, estime qu’un musulman normal ne peut pas approuver un tel massacre.

 

L’évêque d’origine italienne a souligné que les quatre sœurs de la Congrégation de Mère Teresa avaient été assassinées par haine de la foi chrétienne. « On peut donc clairement les considérer comme des martyres. » Selon Mgr Ballin, l’assassinat des quatre sœurs vient rejoindre celui de trois consœurs de la même congrégation, qui avaient été assassinées en 1998 au Yémen. « La Congrégation de Mère Teresa a maintenant au Yémen sept sœurs qui, je le pense, peuvent être clairement considérées comme martyres. »

 

Elle donne du pain à tous, comme le Christ

 

Pour cet évêque, le martyre des religieuses exprime la vitalité de la Congrégation des Missionnaires de la charité, fondée par la Bienheureuse Mère Teresa, et qui sera canonisée le 4 septembre prochain. « Le martyre de ces religieuses nous confirme que leur communauté continue d’être proche de Jésus. En effet, celui qui se rapproche de Jésus-Christ est toujours lié à Sa souffrance et à Sa mort, suivies de Sa résurrection. » En ce sens, les chrétiens de la région sont appelés à témoigner de leur foi en Jésus, en souffrant de la violence, a poursuivi Mgr Ballin.

La voie des chrétiens est celle de Jésus-Christ, cela signifie la voie de la Croix, de la mort et de la résurrection, continue Mgr Ballin.

« Ces sœurs donnent du pain aux musulmans âgés et handicapés qui vivent dans leur institution. En contrepartie, elles ont pris des coups de feu. Mais Dieu n’est pas absent. Il voit tout et sait ce qu’Il fait. En vérité, les fanatiques qui ont commis ce crime abominable ont déclaré à la face du monde entier que ces sœurs étaient toutes proches de Jésus-Christ. Tellement proches qu’elles ont partagé Sa mort et ont également été tuées. »

Toutefois, la mort des sœurs n’est pas la fin, tout comme la mort de Jésus n’a pas été Sa fin. « Après Sa mort, il y a eu Sa résurrection », a déclaré l’évêque. « Il est en de même pour ces religieuses. Leur sacrifice n’a pas seulement eu lieu pour leur propre résurrection, mais aussi pour leur congrégation et pour ceux qu’elles servaient, pour le Yémen et pour leurs assassins. » Dieu seul est capable d’entrer dans les cœurs de ces fanatiques inhumains. « Je suis persuadé que le sacrifice des sœurs est aussi précieux pour ces cœurs de pierre qui continuent de répandre la haine et le mal. »

 

Actuellement, le Yémen est le théâtre d’un conflit sanglant sur fond de rivalités religieuses et claniques. Selon des informations des Nations unies, plus de 2,4 millions de personnes sont déplacées dans le pays même à cause des combats. Depuis mars 2015, l’Arabie saoudite, pays voisin du Yémen, intervient dans ce conflit aux côtés du gouvernement yéménite acculé par les rebelles Houthis. Des groupements djihadistes sont également actifs dans ce pays, en particulier dans le sud. En décembre, des djihadistes avaient fait exploser une église catholique.

 

Article: Oliver Maksan, ACN International
Adaptation: Mario Bard, AED Canada

 


 

Projet de la semaine: une maison pour la miséricorde

16.03.2016 in Adaptation Mario Bard, Aide à l'Église en détresse., Année de la Miséricorde, Centrafrique, Construction, Mario Bard, PROJETS AED, Voyager avec l'AED

République centrafricaine

 

Rénovation et agrandissement de l’église paroissiale de Bozoum

 

La paroisse Saint-Michel de Bozoum est l’une des plus anciennes paroisses du pays. En 1927, c’est le premier poste missionnaire à avoir été fondé à l’extérieur de l’actuelle capitale, Bangui. Elle est devenue célèbre grâce à l’engagement courageux du Père carme italien Aurelio Gazzera.

 

Ce prêtre aujourd’hui âgé de 53 ans était déjà une légende il y a une dizaine d’années. En 2007, il a en effet réussi à mettre un terme au fléau des « Zaraguinas », des bandits qui pillaient, enlevaient les enfants, extorquaient des rançons et maintenaient la population dans la peur et la terreur. Sans arme, il est allé chez ces bandits qui étaient lourdement armés et les a convaincus de revenir à une vie normale avec leurs familles, à s’améliorer et à laisser les gens vivre en paix. « Ma seule arme était la prière », dit-il. Après quelques mois, les gens ont à nouveau pu vivre en paix et les enfants retourner à l’école. Les enfants des villages de la région chantent encore aujourd’hui une chanson à son sujet : « Merci na Aurelio na Nzapa ti lo » – « Nous remercions Aurelio et son Dieu d’avoir mis à bas aux armes des bandits ».

Une célébration dans l'église de Bozoum, en RCA. Besoins de réparation et agrandissement sont au programme, et l'AED compte bien soutenir le père Aurelio dans son projet.

Une célébration dans l’église de Bozoum, en RCA. Besoins de réparation et agrandissement sont au programme, et l’AED compte bien soutenir le père Aurelio dans son projet.

 

Mais mondialement, Bozoum s’est surtout fait connaître pendant la guerre sanglante des années 2013 et 2014, quand le Père Aurelio a réussi à empêcher un massacre dans sa ville. Grâce à ses infatigables négociations de paix menées avec tous les groupes armés et entre les différents groupes ethniques, il a sauvé des centaines de vies. De nombreux médias du monde entier ont écrit à propos de l’engagement courageux de ce prêtre qui, avec ce geste et à plusieurs reprises, a failli payer de sa propre vie. « Même s’ils me tuent, je ne meurs pas », est sa devise.

 

Lors de ces négociations, il a été frappé par les rebelles, sa voiture a été mitraillée, et une foule de musulmans en colère l’a presque lynché. Quand des pierres sont tombées sur sa voiture et que des gens en colère ont pointé des armes sur lui, le Père Aurelio a prié le Rosaire. Le prêtre a pris l’Évangile au pied de la lettre : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent! »

Non à la vengeance, oui à la générosité

Immédiatement après cet incident, il s’est mis en route avec quelques bénévoles de la paroisse pour fournir, à ses propres frais, de l’eau potable, du riz et des médicaments aux musulmans qui s’étaient tous retranchés dans un espace confiné pour se protéger des actes de vengeance. Par contre, il voulait surtout les consoler, indique le missionnaire.
« Il s’agissait des mêmes personnes qui m’avaient menacé et avaient brisé les vitres de ma voiture avec des pierres. Ils n’étaient plus que des enfants, des femmes et des hommes apeurés et dans le besoin », nous a-t-il raconté.

 

Il a même réussi à pousser les fidèles de sa paroisse à pratiquer une charité active envers les musulmans. Prudemment, le prêtre a d’abord tenté de demander aux gens d’apporter de l’argent et de la nourriture à l’église pour aider les musulmans. « Je n’ai pas fait trop de pression, parce que je sais que les plaies sont encore ouvertes. Beaucoup ont perdu un membre de leur famille, d’autres ont des parents qui ont été torturés, certains ont été dévalisés et ils ont tous dû passer plusieurs semaines loin de chez eux, et tout cela à cause des rebelles de la Séléka – à prédominance musulmane – et des musulmans ».

Mais à la fin, le Père Aurelio a été submergé par leur générosité : « Habituellement, lors de la collecte qui a lieu une fois par mois pour les pauvres, les fidèles apportent de la nourriture pour les orphelins et un peu d’argent (entre 20 et 30 dollars). Ce dimanche-là, les chrétiens m’ont touché : ils ont apporté énormément de nourriture et ont recueilli plus de 100 dollars! » C’est beaucoup d’argent dans un pays où sévit une misère extrême*. Il ajoute avec émotion : « Les fidèles ont été capables de faire plus pour leurs anciens ennemis que ce qu’ils font habituellement pour leurs frères et sœurs pauvres de la paroisse ».


Un lieu plus grand pour la miséricorde

 

Le Père Aurelio sait que le plus important est de briser la terrible spirale de haine et de vengeance, et après la guerre, de reconstruire non seulement les maisons détruites, mais aussi et surtout les cœurs et les consciences des gens. C’est l’occasion, spécialement en cette année de la miséricorde. D’ailleurs, le Pape François a commencé l’Année Sainte par anticipation. Le 29 novembre 2015, il a ouvert la Porte Sainte de la cathédrale de Bangui au cours de son voyage en République centrafricaine; il a voulu faire tout spécialement ressentir cette charité, dans ce pays déchiré par la haine et la violence. Dans son discours, il a proclamé Bangui « capitale spirituelle du monde ».

Le Père Aurelio veut annoncer à tous ce message de la Miséricorde de Dieu. Il porte la prêtrise jusqu’au fond de son âme. « Si je donne à manger à quelqu’un qui a faim, c’est déjà quelque chose. Mais, si je peux lui donner la vraie nourriture, à savoir le Christ, alors je lui donne tout. » Sa paroisse est florissante, plus de 100 personnes s’y font baptiser chaque année et des vocations religieuses sont aussi issues de cette paroisse. De plus, l’église est pleine à chaque messe. Par contre, alors que tout cela est l’occasion de se réjouir, cette situation pose également un joyeux problème : l’église est devenue trop petite!

De plus, achevée dans les années 60, la bâtisse est maintenant endommagée et fissurée jusque dans ses fondations. Ces dommages doivent être réparés. Le Père Aurelio voudrait en profiter pour agrandir l’église afin que davantage de fidèles puissent y trouver place.

Aide à l’Église en Détresse à décider de soutenir le projet
de ce bâtisseur de paix et de miséricorde,
avec un montant de 58 000 dollars canadiens.
Puisse l’église paroissiale de Bozoum
devenir un lieu de rencontre du père
de la parabole de l’Enfant prodigue,
pour encore plus de fidèles.

*2e pays le plus pauvre au monde selon le FMI.

 

Les vocations fleurissent à Bozoum.

Les vocations fleurissent à Bozoum.