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Afrique

 

COVID 19 — NIGER  Vivra-t-on un nouvel épisode « Charlie Hebdo » ?  

11.05.2020 in Adaptation Mario Bard, Afrique, Niger

COVID 19 — NIGER
Vivra-t-on un nouvel épisode «Charlie Hebdo»?  

Par Maria Lozano, AED International
Adaptation française : Mario Bard, AED-Canada
Publié sur le web le 11 mai, 2020

La COVID-19 devenu un phénomène mondial. Et, tandis que des gens luttent contre cette maladie dans les hôpitaux et les laboratoires, des problèmes sociaux sont exacerbés par cette nouvelle situation. Au Niger, et bien que les autorités politiques et administratives aient pris des mesures rapides pour empêcher le Coronavirus de se répandre, la mise en application de ces mesures n’est pas respectée par tous les groupes.

 

Le 12 avril, l’État a interdit les prières et les réunions dans les mosquées et les églises. Avant même que cette décision ne soit prise, la Conférence épiscopale catholique du Burkina-Niger avait conseillé aux diocèses de suspendre les messes publiques dominicales et quotidiennes, ainsi que les réunions de prière dans les paroisses, ou tout autre rassemblement. Et ce, afin d’éviter la contagion.

Au Niger, 96 % de la population est musulmane. Certains groupes de cette tradition dirigés par des imams extrémistes ne se montrent pas aussi coopératifs. Des sources locales proches de l’Église ont informé l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qu’en plus de troubles dans la capitale Niamey, il y en a également à Meyahi, un village non loin de Maradi, deuxième plus grande ville du Niger. Une partie de la population y est sortie manifester après l’interdiction des prières du vendredi. Elle a pillé les locaux de l’administration et mis le feu à l’école et à l’université locales.

Dans la région de Zinder, une autre source locale — qui préfère garder l’anonymat pour des raisons de sécurité —, a confirmé à l’AED les réactions négatives de groupes de musulmans radicaux dans la région sud-est du pays : « Ils ont provoqué des émeutes, d’abord à 15 kilomètres de Zinder, puis dans la ville de Zinder elle-même. Heureusement, pour éviter que les tragiques événements de janvier 2015 ne se répètent, les autorités ont rapidement réagi et ont appelé quelques policiers de Maradi pour renforcer la sécurité de la ville et de la mission catholique. L’odeur des pneus brûlés et des gaz lacrymogènes s’est répandue dans la ville. Mais il n’est rien arrivé à la mission ».

Tous ces incidents créent une grande peur parmi la petite communauté chrétienne qui se souvient encore des événements d’il y a cinq ans, lorsque plus de 45 églises chrétiennes ont été attaquées et incendiées dans tout le pays, en réaction à la publication de caricatures de Mahomet dans le magazine français Charlie Hebdo.

Malgré tout, Mgr Ambroise Ouédraogo, évêque de Maradi, ne pense pas que cela puisse se reproduire : « La situation liée au Coronavirus est différente de celle de Charlie Hebdo, parce que ce n’est pas un conflit religieux ou politique ! En 2015, l’opposition politique cherchait un moyen de créer un soulèvement afin de renverser le gouvernement de l’époque, et l’Église était le bouc émissaire. Mais je pense qu’avec le Coronavirus, ils n’oseront pas s’attaquer aux chrétiens de cette manière ». Malgré sa confiance dans le gouvernement, il met en garde : « Il faut toutefois rester vigilant, les réactions des fondamentalistes musulmans extrêmes sont imprévisibles. Je suis confiant dans le fait qu’ils n’iront pas aussi loin ! »

Le gouvernorat de Maradi et les autorités politiques, administratives, religieuses et traditionnelles se rencontrent une fois par semaine dans les locaux du gouvernorat pour discuter de la pandémie. Selon le prélat, « les fonctionnaires de l’État font des efforts louables pour tenter de réduire les dommages causés par le coronavirus, à travers des campagnes d’information et de sensibilisation sur l’épidémie, les mesures d’hygiène à prendre, et surtout, l’importance d’éviter les grandes assemblées et réunions ». Cependant, cela s’avère extrêmement difficile, « parce que les marchés sont essentiels à la survie quotidienne et rassemblent des foules, ce qui facilite la contagion ».

« Il est également difficile de contrôler la frontière avec le Nigeria, compte tenu de sa longueur. L’État n’a pas les moyens de mettre en place des dispensaires pour détecter le coronavirus chez ceux qui passent la frontière », ajoute le prélat.

Un travail spécial de sensibilisation est en cours auprès des groupes musulmans les plus obstinés, afin qu’ils comprennent la raison des directives mises en œuvre dans le but de sauver des vies humaines, explique l’une des sources à l’AED.

En date du 11 mai, le pays avait 821 cas positifs, dont 46 décès et 624 guérisons. Mais les experts s’accordent à dire que ces chiffres doivent être pris sous toutes réserves, étant donné que les systèmes de santé ne disposent pas de tous les moyens adéquats pour évaluer le nombre de personnes infectées par le Covid-19.

Une nouvelle Pentecôte «post Coronavirus»

Au niveau ecclésial et pastoral, Mgr Ambroise Ouédraogo commence déjà à réfléchir à « l’après Coronavirus ». Compte tenu du confinement vécu par les églises et communautés chrétiennes au Niger depuis le 19 mars, les chrétiens prient chez eux, en famille. « Cette période d’enfermement aura inévitablement des répercussions sur la vie et la foi de nos chrétiens, positivement ou négativement. Il y aura un avant et un après ! Pour certains, l’absence de célébration eucharistique renforcera une forte soif de Dieu et d’unité avec leur communauté. Pour les chrétiens tièdes, ça pourrait être la fin ».

Mais sur ce point aussi, le berger de ce petit troupeau respire l’optimisme : « Préparons-nous à la fête de la Pentecôte, à la naissance d’une Église plus renouvelée, charismatique et ouverte au monde ! Osons nous laisser emporter par le souffle de l’Esprit saint qui veut faire de nous des femmes et hommes nouveaux, pour un monde nouveau d’amour, de paix, de justice et de pardon !

Pandémie COVID 19 – Appel d’un prêtre africain, au monde et à l’AED

27.03.2020 in ACN Feature, AED Portugal, Afrique

Pandémie COVID-19

«N’abandonnez pas l’Afrique»


Appel du père Gaetán Kabasha au monde et à l’Aide à l’Église en Détresse (AED)

«N’abandonnez pas l’Afrique, demeurez très attentifs et quand cette situation complexe surviendra dans nos pays, soyez prêts à nous soutenir», a demandé le père Gaetán Kabasha concernant l’évolution dramatique que la pandémie de COVID-19 pourrait avoir sur le continent de plus d’un milliard d’habitants.

Par AED Portugal
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada
Mise en ligne le 27 mars 2020

Le prêtre a fait parvenir une vidéo au bureau portugais de l’AED en appelant à la solidarité avec les victimes de la pandémie. Ordonné prêtre en République centrafricaine et vivant présentement à Madrid — l’un des épicentres de la crise actuelle —, l’homme originaire du Rwanda est aumônier à l’hôpital San Carlos de Madrid. Il accompagne  en ce moment même des patients atteints de la COVID-19.  « C’est vraiment une expérience très compliquée, il y a beaucoup de patients et beaucoup de stress. »

 « Si la pandémie ne peut être contrôlée dans des pays qui ont beaucoup de moyens économiques et dans le domaine de la santé, je ne sais pas comment cela peut être contrôlé si cela rejoint l’Afrique. »

Cette expérience lui permet aussi de dresser une comparaison avec ce qui pourrait arriver à court terme en Afrique. Il ne cache pas son inquiétude. « En tant qu’africain, je suis aussi inquiet à propos de nos pays, car si la pandémie ne peut être contrôlée dans des pays qui ont beaucoup de moyens économiques et dans le domaine de la santé, je ne sais pas comment cela peut être contrôlé si cela rejoint l’Afrique. »

Avec les statistiques qui sont revues presque chaque heure, il est difficile de comprendre l’ampleur de cette pandémie en Afrique qui compte plus de mille cas confirmés dans environ 40 pays. Mais, le père Gaetán estime que cette statistique est peut-être illusoire.

« Il est vrai qu’il n’y a que quelques cas et que nous pouvons encore les contrôler, mais comme nous l’avons vu ici en Europe, tout est parti avec un cas et petit à petit cela a grossi, se multipliant jusqu’à ce que ce soit hors de contrôle », explique l’aumônier. « Il est important que les pays africains agissent avant que la situation ne devienne trop difficile, car vraiment, ce virus qui est transmis de manière incroyable peut causer une catastrophe dans les pays africains. Je pense aux banlieues dans les grandes capitales et villes de l’Afrique ».

 

Un continent en danger

Le père Gaetán, qui était au Portugal en novembre dernier à l’invitation du bureau national de l’AED, sait comme peu ce que la souffrance, la persécution et la vie dans les camps de réfugiés signifient. En 1994, à l’âge de 22 ans et alors qu’il est séminariste, il fuit son Rwanda natal en plein génocide pour se retrouver dans un camp de réfugiés en République Démocratique du Congo (RDC). Finalement, il sera accueilli en République centrafricaine où il terminera ses études et sera ordonné prêtre.

Aujourd’hui, sa connaissance de la réalité sur le terrain lui permet de regarder vers le continent africain et de conclure que la lutte au coronavirus sera extrêmement difficile. Il explique : « Parce qu’il est dit que les gens doivent s’isoler et [qu’en Afrique], il y a des gens qui n’ont nulle part où s’isoler. Il y a des milliers de personnes qui vivent dans la rue, qui vivent au jour le jour et qui obtiennent quelque chose à manger en sortant dans la rue. Si les autorités décident de les isoler, ces milliers de personnes ne sauront pas où elles pourront s’isoler et, si elle trouve un endroit, elles seront incapables de survivre. »

Face à cette réalité effrayante, il y a l’espoir que les scientifiques soient capables de trouver une solution à cette pandémie avant qu’elle ne frappe le continent africain. « Nous prions beaucoup pour que la situation que nous observons en Espagne et qui survient en Italie et qui peut survenir dans d’autres pays d’Europe n’atteigne pas l’Afrique avant que le remède ne soit découvert. »

Partout dans le monde, les membres de l’Église catholique sont actifs afin de réconforter les personnes touchées par la pandémie. Dans de nombreux pays, des religieuses sont infirmières, gèrent des dispensaires, des maisons de retraite et d’autres institutions de santé. Les aider dans cette crise, c’est soutenir la présence de l’Église auprès des malades, de leurs familles et des personnes les plus faibles dans la société. L’Aide à l’Église en Détresse va continuer à soutenir l’Église envers et contre tout.

Merci de continuer, comme vous le pouvez, à les soutenir : 

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

Récit de l’AED — Sénégal Souvenirs et vision de trois évêques

12.03.2020 in Adaptation Mario Bard, AED Canada, AED-Canada, Afrique, Robert Lalonde, Sénégal

Récit de l’AED — Sénégal
Souvenirs et vision de trois évêques

Texte écrit par Robert Lalonde en collaboration spéciale avec l’AED Canada
Publié sur le web le 12 mars, 2020

En voyage au Sénégal, Robert Lalonde, collaborateur régulier de l’Aide à l’Église en Détresse, s’est entretenu avec trois évêques qui se sont succédé dans le diocèse de Kaolack, de 1974 à 2020. Riches de 46 ans d’épiscopat dans ce diocèse, Mgr Martin Boucar Tine, actuel pasteur du diocèse, Mgr Benjamin Ndiaye, actuel archevêque de Dakar et pasteur de Kaolack de 2001 à 2015 et Mgr Théodore Adrien Sarr, cardinal à la retraite et pasteur du même diocèse de 1974 à 2001 ont partagé leurs expériences eu égard à ce diocèse, mais aussi leur vision de l’Église sénégalaise.  

 

Mgr Théodore Adrien Sarr

«Au bout du compte, c’est Dieu qui décide» 

Créé en 1965, le diocèse de Kaolack est situé au centre-ouest du Sénégal. Parmi ses deux millions d’habitants, il compte 17 000 catholiques et 200 catéchumènes. Le nombre de fidèles est en croissance constante depuis 1860, année de l’arrivée des premiers missionnaires.

 

En 1974, Mgr Sarr prend la relève, en continuité avec le travail missionnaire accompli. Son épiscopat est voué à l’approfondissement de la foi et au développement des œuvres sociales, pour une Église diocésaine « au service de tout homme et de tout l’homme », indique-t-il. En 2001, son successeur, Mgr Ndiaye consolide tout ce qui concerne le domaine de la foi par, entre autres, le biais du renforcement de la pastorale de proximité avec l’installation de nouvelles communautés religieuses et l’organisation d’un congrès eucharistique et marial.

 

«Je me suis fait tout à tous» 1 Corinthiens 9,22

Ces premières années de labeurs ont établi une pastorale diocésaine dans 18 paroisses réparties dans quatre doyennés1   Il convient de noter que certaines structures soutiennent l’œuvre d’évangélisation des paroisses, en assurant les objectifs humanitaire et spirituel poursuivis par l’Église sénégalaise.

 

D’abord, en termes d’humanitaire, la Direction des Œuvres est la plaque tournante de l’apostolat des laïcs. Elle accueille périodiquement plusieurs organisations dont l’Union diocésaine des femmes catholiques, la Jeunesse ouvrière catholique, la Jeunesse étudiante catholique, le Mouvement des adultes ruraux catholiques et quelques autres.

 

Elle coordonne également le Royaume de l’Enfance, né d’une initiative pastorale de Mgr Ndiaye. Ce centre diocésain vise à offrir aux enfants, dont plusieurs issus de la rue, un cadre sain pour qu’ils s’épanouissent et se développent, dans le respect de leurs facultés. La pastorale sociale est aussi animée par l’Association des Postes de Santé catholiques, un centre d’enfants handicapés administré par les sœurs de la Communauté de la Providence de Lisieux, l’Association pour la Promotion de la Femme et la Direction de l’Enseignement catholique. L’Église a toujours porté une attention particulière à cette association, convaincue que l’éducation est le socle de la sociabilisation de l’homme.

 

 

Vient ensuite le « pôle spirituel » diocésain qui s’appelle « Keur Mariama ». Celui-ci est constitué de plusieurs structures qui ne cessent de prendre de l’ampleur. À travers ces dernières, nous voyons quatre réalités d’église qui donnent vie à Keur Mariama, selon le charisme de chacune et dans le cadre d’une collaboration dictée par les besoins des diverses missions pastorales. On retrouve donc les Missionnaires du Sacré-Cœur au Sanctuaire, les prêtres diocésains à la formation au sacerdoce au séminaire de propédeutique Saint-Paul, les frères carmes dans la formation spirituelle et l’animation pastorale, pour terminer avec les religieuses carmélites missionnaires thérésiennes pour le dispensaire et la promotion féminine.

 

Le Sanctuaire Notre-Dame du Sacré-Cœur est un lieu de pèlerinage et de ressourcement avec Marie qui accueille chaque année le pèlerinage des enfants pour l’Épiphanie et le pèlerinage marial diocésain en mai. En janvier dernier, on y a accueilli la première édition du pèlerinage des catéchistes du Sénégal : ils étaient environ 4 500 à répondre à l’appel !

 

L’engagement que démontrent la mise en place de ces structures, en assurant des objectifs également humanitaires, et la proximité qu’ont les laïcs envers les différentes institutions de l’Église démontrent l’importance qu’accorde le clergé aux projets qui touchent non seulement les catholiques, mais aussi la société civile.

 

À cet égard, les trois évêques rappellent à l’unisson que, lorsque vient le temps de justifier le fait que l’Église est engagée dans des projets qui touchent non seulement les catholiques, mais aussi la société civile, les trois évêques rappellent à l’unisson les paroles du Christ quand Il jugera les hommes sur leur amour pour les malheureux : « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli; j’étais nu, et vous m’avez habillé; j’étais malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi!» Matthieu 25, 35-36

 

Mgr Benjamin Ndiaye

Le prochain n’est-il pas le lieu de vérification de l’incarnation et de l’enracinement de la charité ? Tout souriant, Mgr Ndiaye raconte qu’il dit parfois aux chrétiens qui l’entourent que « la charité est le passeport pour entrer au ciel ». Or, comme la foi sans les œuvres est une foi morte, c’est souvent à travers les défis à relever que l’on peut mesurer l’intensité de cette foi. Mais quels sont ces défis ?

 

Des défis à relever

« Comme la progression démographique est plutôt importante et qu’elle se reflète dans la physionomie de notre communauté, le premier défi à relever, soutient Mgr Ndiaye, est celui de construire des lieux de cultes et même de créer de nouvelles paroisses. Or, par nous-mêmes, nous sommes malheureusement incapables d’y répondre. »

 

 

Le second est celui de la jeunesse qui manque de perspectives d’avenir : « Même si certains ont obtenu une formation, ils n’arrivent pas forcément à trouver du travail », explique encore l’archevêque de Dakar. « Le chrétien sénégalais est un homme de devoir, mais il ne se bat pas dans l’arène pour occuper sa place. Parfois, je me demande s’il ne prêche pas une fausse conception de l’humilité. Jésus nous demande de l’ambition. Ne nous a-t-il pas donné des talents à mettre en valeur ? Je m’interroge sur la stratégie à employer pour débloquer cette situation. Il y a certes une catéchèse à transmettre sur l’engagement pour mieux prendre en charge sa vie. »

 

 

L’archevêque a tenu à exprimer sa reconnaissance envers les bienfaiteurs de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) en rappelant certains projets pour lesquels le diocèse a été soutenu : la formation de prêtres, un véhicule pour une paroisse et plus récemment des intentions de messe qui permettent de prendre en charge les prêtres qui sont dans la brousse.

 

Mgr Martin Boucar Tine

« Mais vous savez, malgré toutes nos expectatives et avec l’expérience que j’ai vécue dans le diocèse de Kaolack qu’on a bâti avec peu de moyens, il y a des gens qui m’ont aidé tout au long de mon épiscopat. Cela a l’avantage de démontrer qu’au bout du compte, c’est Dieu qui décide de le faire de toute façon, et à Sa façon. »

 

De son côté, l’évêque actuel, Mgr Tine, après avoir d’abord manifesté sa gratitude auprès des bienfaiteurs de l’AED pour les livrets sur le Rosaire obtenu en fin d’année, a ensuite conclu en ces termes : «Maintenant âgé de 55 ans, le diocèse a atteint une certaine maturité et avec l’aide des piliers qui m’entourent, nous poursuivrons notre mission de serviteurs à la suite du Christ.»

 

1.Un doyenné est une circonscription administrative qui regroupe plusieurs paroisses.

 

 

Entrevue AED – République démocratique du Congo

06.06.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Afrique, Formation religieuse, Formation religieux, Intentions de messe, PROJETS AED, République démocratique du Congo, Violences, Voyagez avec AED
Entrevue AED – République démocratique du Congo

Christine du Coudray

 « Ce que l’AED propose, aucune autre organisation ne le propose. »


De retour de la République démocratique du Congo (RDC) où elle a visité les diocèses du Kasaï, Christine du Coudray, responsable des projets de l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse pour ce pays, dresse un bilan de la situation dans cette région et livre ses impressions.

 
Propos recueillis par Maria Lozano, AED-International, proposés au Canada par Mario Bard, AED-Canada
Publié sur le web le 6 juin, 2019

Pourriez-vous nous décrire la situation générale du pays ?

C’est la première fois que je visitais la région du Kasaï dans cet immense pays qu’est la RDC, grand comme quatre fois la France. Alors que l’on marche sur une terre où l’on trouve des richesses de toutes sortes – diamant, minerai, or, pétrole, etc. – les infrastructures sont délabrées. Cette région que j’ai sillonnée pendant deux semaines est particulièrement isolée, certaines localités sont enclavées. Dans l’ensemble du pays, l’état des routes, quand il y en a, est catastrophique, mais j’ai vraiment trouvé que cette zone en particulier était dans un état de désolation complet. Historiquement, la région a été privilégiée du temps de Léopold II, roi des Belges, et fondateur de l’État indépendant du Congo en 1885. Il en avait fait sa vitrine et avait octroyé des centaines d’hectares à l’Église catholique qu’il voulait voir s’y implanter. Les Scheutistes, notamment, viendront nombreux, et c’est ainsi que l’on voit dans chaque diocèse les restes de bâtiments construits par ces missionnaires. Comme un retour de bâton, la région a été punie après l’indépendance sous le règne de Mobutu et depuis lors, elle souffre d’un manque d’investissement et est abandonnée à son sort. Les structures se désagrègent. La région du Kivu, frontalière du Rwanda, que je connais mieux, vit des conflits plus cruels, mais bénéficie de structures plus nombreuses.

La situation que vous décrivez semble assez désespérée. Comment vivent les personnes que vous avez rencontrées sur place ?

 Ce qui me frappe, c’est la situation d’abandon d’une part, et d’autre part, des habitants qui déploient une énergie incroyable pour s’en sortir. Je pense à ces jeunes gens qui partent parfois du lac Tanganyika, tout à l’est de la RDC, en poussant leur vélo sur lequel ils ont accroché un fardeau de près de cinq cents kilos de marchandises qu’ils vont vendre à l’autre bout du pays. Ils marchent ainsi pendant des jours et des nuits sur des chemins défoncés en s’entraidant. J’ai rencontré un de ces jeunes qui m’a expliqué qu’il avait acheté avec ses économies une bicyclette flambant neuve pour devenir bayanda – c’est ainsi que s’appellent ces forçats de la route – et qu’il allait devoir encore économiser pour changer ses rayons et pouvoir porter des charges plus lourdes encore.

Après des années à la tête du pays, Joseph Kabila ne s’est finalement pas représenté aux élections de décembre dernier sous la pression d’une forte contestation, notamment de la part de l’Église. Comment est perçu ce changement par les autorités catholiques en RDC ?

 Il y a eu au sein de la conférence épiscopale de RDC des discussions assez animées et cette institution, qui avait déployé des milliers d’observateurs dans les bureaux de vote, a finalement publié un communiqué estimant que l’élection de Félix Tshisekedi, le nouveau président, ne correspondait pas à la « vérité des urnes ». En clair, ils se félicitent de la transition politique, mais estiment que le vainqueur proclamé n’était pas forcément celui qui avait recueilli le plus de voix selon leurs observations. Mais ce qu’il faut retenir avant tout, c’est que ce changement à la tête de l’État est historique et que cette transition s’est faite presque sans violence. En janvier, tout le monde pensait qu’à l’annonce des résultats par la commission électorale, il y aurait une explosion de violence et les observateurs continuent à être surpris. Cela étant, Joseph Kabila est encore bien présent dans le jeu politique et cette « trêve » est fragile.

Quelle est la situation de l’Église catholique dans le pays et dans cette région ?

 Dans cette région du Kasaï se trouvent huit diocèses, mais pour l’instant seulement sept évêques puisque le diocèse de Kabinda est en transition. Sur ces 8 diocèses, trois sont à mon sens particulièrement sinistrés : ceux de Kabinda, de Mweka et de Kole. Au-delà de ses problématiques internes, l’Église doit pallier les manques de l’État et se trouve au premier plan dans toutes les affaires de la cité : social, politique, développement, etc. Par exemple, la ville de Kabinda souffre d’un problème d’érosion terrible – elle risque littéralement de s’effondrer – et c’est le diocèse qui est à la manœuvre pour tenter de résoudre ce problème.

Qu’est-ce qui vous a impressionné dans ce voyage ?

 D’une part, le fait qu’une région diamantifère puisse être autant en détresse, d’autre part, l’engagement de plusieurs prêtres qui font un travail exceptionnel. Je pense à l’abbé Apollinaire Cibaka et à l’association Ditunga qu’il a fondée et qui fait un travail impressionnant : 62 écoles construites, 4 orphelinats, 4 centres de santé dont l’un avec bloc opératoire et assistance régulière de médecins espagnols, la pastorale auprès des enfants albinos pour qu’ils soient reconnus à part entière, auprès des enfants délaissés ou dans la rue, auprès des mères célibataires programmes pour la promotion des femmes, construction d’un mur d’enceinte autour de la prison pour que les prisonniers ne soient pas confinés 24 h/24 dans un bâtiment sans lumière, protection de l’environnement, plantation de 30 000 arbres…. Nous avons financé les études de doctorat de l’Abbé Apollinaire en Espagne et, à son retour, lui avons permis d’ouvrir une radio qui fait autorité dans le milieu. Malgré l’enclavement, malgré les difficultés, le courage et l’énergie des habitants sont édifiants. C’est pourquoi une telle visite est vraiment importante.

Quel a été le moment le plus difficile ?

 J’ai été bouleversée d’apprendre que, quelques heures après notre passage, le Philosophat de Kabwe a été attaqué et vandalisé, signe de la fragilité de l’Église locale.

En quoi consiste l’aide de l’AED en RDC ?

 Compte tenu de leurs nombreuses attentes, nous sommes en lien étroit avec les évêques pour discuter avec eux de leurs projets et considérer leurs priorités à la mesure de nos moyens. L’important est qu’après notre visite, nous puissions apporter rapidement notre aide. Nous concentrons notre aide sur la formation spirituelle des prêtres et leurs conditions de vie, la formation des religieuses et des catéchistes, l’enseignement de Saint Jean Paul II pour la famille.

Quelle est l’aide de l’AED aux prêtres et aux séminaristes?

 Nous voulons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que cette Église ait de saints prêtres. Un évêque m’a dit une fois : « Ce que l’AED propose, Christine, aucune autre organisation ne le propose. »  D’un séminaire à l’autre, les structures sont très disparates. Ainsi, au Philosophat de Kabwe, il n’y a ni toilettes ni douches, et la fosse septique est bouchée. Difficile de les laisser dans de telles conditions. Les séminaristes ne mangent de la viande qu’une fois par trimestre.

Pour la formation des futurs prêtres, qui est vraiment une des priorités de l’AED, nous pensons qu’elle passe par la formation des équipes enseignantes dans les séminaires. Ainsi nous envoyons des équipes complètes en formation pour cinq semaines à Rome chaque été. Outre le fait qu’ils peuvent vivre une expérience d’Église universelle avec des formateurs venant du monde entier, ils apprennent là à vivre, travailler et prier ensemble. Les témoignages de satisfaction et de renouveau spirituel sont saisissants.

Concernant les conditions de vie, nous donnons des voitures qui permettent à l’Église locale d’aller jusqu’aux confins de son diocèse. Parfois, pourtant, seule une moto permet d’aller plus loin quand ce n’est pas à pied. Nous aidons aussi les prêtres par des offrandes de Messe et contribuons à la rénovation de leurs presbytères souvent « en lambeaux », qu’ils osent à peine nous montrer.

 

Vous avez également mentionné le soutien aux religieuses. Comment cette aide s’est-elle concrétisée?

 Nous sommes aussi très attentifs aux besoins des religieuses et particulièrement des contemplatives qui jouent un rôle majeur pour la croissance de l’Église par leur présence et leur prière. J’ai rendu visite aux communautés de Clarisses contemplatives à Mbuji-Mayi et Kabinda. De fondation française, hier soutenues par la congrégation mère, les Clarisses de Mbujimayi, sont aujourd’hui totalement dépendantes d’elles-mêmes. La subsistance quotidienne n’est pas facile à assurer pour 40 religieuses, y compris les novices et les postulantes : jardin potager, élevage de porcs, volailles, atelier de fabrication d’hosties, mais aussi une maison d’accueil, lieu de silence et de prière ouvert à tous. Le monastère est éloigné de la ville de Mbujimayi, des religieuses peuvent avoir besoin de soins à l’hôpital. De plus, des achats sont toujours nécessaires pour les besoins de la communauté. Pour cela il leur faut un véhicule 4×4 que nous aimerions leur offrir.

 

L’AED a-t-elle un projet lié aux différentes guerres internes qui affectent le pays?

Depuis 2016, la région du Kasaï a été le théâtre de violences tribales d’une rare cruauté. Les ethnologues eux-mêmes restent perplexes quant à ce déchaînement de brutalité, mêlant la politique aux croyances fétichistes. Le mouvement Kamwina Nsapu aurait fait entre 4 000 et 23 000 victimes et provoqué le déplacement de 1 4 millions de personnes. Le conflit a soudainement pris fin avec l’élection du nouveau président en janvier 2019, enfant de la région. Mais les séquelles sont immenses, visibles et invisibles. Visibles quand les structures du diocèse de Luebo deviennent la cible : évêché incendié, maison des religieuses du Cœur Immaculé de Marie et cathédrale brûlées après avoir été pillées, presbytère détruit, noviciat et propédeutique calcinés, bâtiments officiels saccagés, personnes égorgées… Depuis juin 2017, l’évêque est réfugié dans la paroisse de Ndeseka. Nous avons promis de l’aider à reconstruire son évêché ainsi que la maison des sœurs, dont le rôle est si important auprès des populations traumatisées.

Séquelles également invisibles dans les cœurs, mais qui nécessitent un programme de réinsertion de longue haleine pour des personnes de tous âges. Je pense à ces  enfants de 7 ans qui, sous l’effet de la drogue, et alors qu’ils venaient de servir la messe, ont décapité des personnes !!!

Au lendemain d’événements d’une violence à ce jour « inexpliquée », l’Église catholique est appelée aujourd’hui à reconsidérer sa pastorale pour une évangélisation en profondeur, pour que le Christ règne dans les cœurs grâce à une rencontre personnelle et approfondie. La mission de l’AED est d’accompagner cette nouvelle évangélisation.

Projet de la semaine AED : Projet de transport en RDC

22.05.2019 in ACN Canada, ACN International, Adaptation Mario Bard, AED-Canada, Afrique, Congo, Motorisation, PROJETS AED

République Démocratique du Congo (RDC)

Réparation un outil essentiel pour voyager sur le fleuve Congo

Le diocèse de Lisala est l’un des plus anciens et représente – avec une superficie de plus de 67 600 kilomètres carrés –, l’un des plus grands diocèses de République Démocratique du Congo. Il se situe dans le nord du pays et est sillonné par le fleuve Congo et plusieurs de ses bras.

Les voies navigables sont très importantes pour la vie de l’Église. En fait, on peut dire que le bateau appelé Magnificat est un moyen de transport vital pour la pastorale. Cependant, il a été gravement endommagé en septembre 2018 alors qu’il voguait vers Kinshasa, surpris par une tempête à un endroit où il ne pouvait pas faire escale. La tempête a projeté le bateau contre un arbre qui dépassait au-dessus de l’eau. Il a été éventré et a presque complètement coulé. Les gens qui étaient à bord ont réussi à se sauver, mais les dégâts matériels étant importants. Un prêtre et d’autres personnes ont dû se rendre en pirogue jusqu’au lieu de l’accident. 

Besoin d’expertise

Après des tentatives de réparation, il est vite devenu clair que cela serait beaucoup plus difficile qu’initialement prévu. Il faut plus de matériel et de compétences techniques, deux moteurs sont défectueux en plus d’une expertise technique pour réparer les brèches.

Pour que ce bateau missionnaire essentiel à la pastorale soit rapidement remis en service, nous avons promis une aide de 13 200 dollars.

Cameroun – L’Église continue à parler malgré les menaces – AED-Entrevue

15.02.2019 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, By Thomas Oswald, Cameroun, Cameroun, Entrevue AED, Maria Lozano, Mario Bard, Voyagez avec AED

Cameroun 

La parole de l’Église n’est pas la bienvenue

Les zones anglophones du Cameroun sont continuellement secouées par le conflit qui oppose les groupes séparatistes anglophones au gouvernement central francophone. Dans ce contexte de lutte fratricide, l’Église tente de renouer le dialogue entre les parties. Mgr Emmanuel Abbo, 49 ans, évêque de Ngaoundéré, francophone, et Mgr Michael Bibi, évêque auxiliaire de Bamenda, anglophone, témoignent de la situation de leur pays. Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est entretenue avec eux. Propos recueillis par Thomas Oswald.

Photo plus haut : séminariste tué le 4 octobre dernier Akiata Gerard Anjiangwe sans aucun autre motif que celui de faire peur à l’Église et de la taire dans son désir d’aide à pacifier le pays.

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Mgr Emmanuel Abbo: « Les nouvelles ne sont pas rassurantes ».

AED : Peut-on parler de « guerre civile » dans les zones anglophones ?

Mgr Michael Bibi : Les élections du mois d’octobre 2018 auraient dû permettre aux populations de cette région de s’exprimer par la voie démocratique. Dans les faits, les choses sont plus compliquées, car il y a un très grand nombre de déplacés internes, et que très peu de Camerounais ont pu effectivement voter. Les conditions ne sont malheureusement pas réunies pour un exercice démocratique apaisé. Or, c’est pourtant par le dialogue franc, inclusif, que nous pourrons sortir de cette crise. Pour le moment, on n’entend que les autorités religieuses !

Mgr Emmanuel Abbo : Je ne suis pas sur place, mais les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas rassurantes. Nous recevons vraiment des informations très variées donc on ne peut pas se prononcer objectivement.

 

AED : À plusieurs reprises, l’Église camerounaise a tiré la sonnette d’alarme pour avertir de la situation des clercs, prêtres et religieux, qui se situent dans ces zones anglophones. Quel rôle peut-elle jouer ? 

Mgr Michael Bibi : L’Église est en première ligne. Un prêtre et un séminariste ont été abattus en région anglophone. Concernant ce dernier, ce fut une véritable exécution, mise en scène devant son église, en présence des paroissiens. Et ces deux cas ne sont malheureusement pas isolés. Je reçois des nouvelles inquiétantes de beaucoup de religieux qui se font tirer dessus, kidnapper et rançonner. J’ai moi-même été arrêté, mais ils m’ont relâché quelques heures après.

Je peux témoigner que le clergé qui demeure en zone anglophone est particulièrement menacé. Pourtant, nous parlons vrai : nous disons la vérité ! Nous disons aux jeunes de rester à l’école et de ne pas rejoindre les milices, que cela ne mène à rien, et les milices nous accusent de faire le jeu du gouvernement. Nous dénonçons aussi l’action de l’armée gouvernementale, nous demandons à ce que la région soit démilitarisée, et du coup nous sommes catalogués comme prorebelles par les autorités ! Notre parole de vérité n’est pas la bienvenue dans ce conflit fratricide. La vérité c’est que les deux camps tuent, et ne font qu’ajouter de la violence à la violence.

Mgr Emmanuel Abbo : L’Église apporte une contribution pour la résolution des conflits et pour le maintien de la paix. La conférence épiscopale prend des initiatives, mais nous préférons opérer en silence pour approcher les parties en conflit et trouver des solutions adaptées, car la médiatisation risque de nuire à la réussite de ces initiatives.

 

AED : Comment se porte l’Église dans votre pays ?

Mgr Michael Bibi : Grâce à Dieu, la foi des Camerounais est puissante. La messe dominicale est suivie avec ferveur, et nous avons des vocations sacerdotales. Il faudrait à présent que nos dirigeants soient, eux aussi, illuminés par cette foi.

Mgr Michael Bibi: « Or, c’est pourtant par le dialogue franc, que nous pourrons sortir de cette crise. »

Mgr Emmanuel Abbo : Mon diocèse a été évangélisé il y a à peine soixante ans. Les Oblats de Marie Immaculée, d’origine française, sont arrivés dans les années 50. Trois éléments donnent à espérer. Les prêtres de mon diocèse sont très jeunes, très dynamiques, avec qui j’entretiens une excellente collaboration ; nous avons une présence religieuse qui partage nos préoccupations pastorales et, malgré la pauvreté ambiante, nous avons des fidèles qui sont prêts à faire ce dont ils sont capables pour que notre Église aille de l’avant.

 

Nous rencontrons des défis énormes. Sur le plan pastoral, le diocèse ne dispose pas de suffisamment de prêtres – j’ai donc fait appel à des prêtres fidei donum – et nous n’avons pas assez de ressources humaines et matérielles. Sur le plan social, nous souhaitons reconstruire nos écoles et centres de soins, en dur. Sur le plan du développement, nous souhaitons accompagner notre population, très pauvre, en organisant des associations, ou des coopératives. Une des priorités du plan pastoral est la construction d’un centre pastoral diocésain, destiné à abriter les formations que nous souhaitons organiser pour former nos 343 catéchistes et 57 prêtres.

 

AED : Que souhaitez-vous dire à nos bienfaiteurs ?

Mgr Michael Bibi : Nous avons besoin des prières de l’Aide à l’Église en Détresse. Nous avons aussi besoin d’une aide concrète pour les victimes du conflit de la région anglophone, conformément à la parole de Jésus : « J’avais faim, vous m’avez nourri, j’étais nu, vous m’avez vêtu ».

Mgr Emmanuel Abbo : Je veux leur dire merci pour leur générosité, ils nous sont d’un grand soutien dans nos diocèses, particulièrement au Cameroun, car l’AED nous soutient beaucoup dans nos projets pastoraux. Soyez encore plus généreux, car nos soucis et nos préoccupations sont croissants.

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Une belle nouvelle de l’AED pour un autre évêque, Mgr Georges Nkuo: 

Ayant été informé de notre décision de financer différents projets dans son diocèse de Kumbo, Mgr George Nkuo nous écrit un message de remerciement :

« Vous avez attribué des bourses pour nos 110 grands séminaristes, pour notre bureau responsable de la pastorale des familles, pour les novices des Sœurs Tertiaires et pour les Frères de Saint-Martin de Porres. Je tiens à vous remercier sincèrement de votre aimable considération.

Ces subventions arrivent à un moment où l’Église de notre province ecclésiale traverse une période très difficile et où notre revenu local a été sérieusement affecté à cause de la guerre qui sévit dans nos régions. Aussi, vous pouvez imaginer le soulagement que votre aide a apporté à nos diverses communautés.
Je m’empresse d’écrire en leur nom pour vous dire « Merci ! ».

Encore une fois merci et que Dieu continue à vous bénir, vous et nos bienfaiteurs.

+George »


 

Nigeria :  « N’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

29.06.2018 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Marta Petrosillo, Martyrs, Nigéria, Persécution, prêtres

Nigeria

 « N’attendez pas qu’un génocide ait eu lieu
pour intervenir ! »

Ne faites pas comme au Rwanda

 « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ». C’est ce qu’à déclaré il y a quelques jours à l’Aide à l’Église en Détresse (AED) Mgr Amove Avenya, évêque de Gboko, un diocèse qui se situe dans l’État à majorité chrétienne de Benue.

Cet appel est déjà le neuvième provenant d’un évêque de la région centrale du Nigeria surnommée Middle Belt (ceinture du milieu), pour dénoncer les tensions préoccupantes qui existent avec les bergers islamistes peuls. Ces derniers jours, ils ont à nouveau attaqué la région de Jos – capitale de l’État de Plateau – où plus de 100 personnes sont mortes.

Il y a toujours eu des conflits, car cela fait des siècles que le bétail des bergers peuls vient paître dans la région nigériane de la Middle Belt, et que les paysans locaux – pour la plupart des chrétiens – se plaignent que leurs récoltes sont sans cesse endommagées par les troupeaux.

Le 22 mai dernier, des milliers de personnes ont manifesté contre un phénomène qui s’apparente à l’élimination préparée des chrétiens de la Middle Belt du Nigeria.

 

 

492 personnes tuées en six mois

Autrefois, ce problème était plutôt de nature économique ou ethnique. Mais celui-ci commence à se transformer également en un conflit religieux. Selon les données officielles, il y a eu 492 victimes dans l’État de Benue depuis le début de l’année. Mgr Avenya ajoute : « Ce sont des criminels et des terroristes. Ils ne font pas la même chose dans les territoires à majorité musulmane. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’un acte de purification ethnique contre les chrétiens ».

Mgr Peter Iornzuul Adoboh, évêque de Katsina Ala (État de Benue), ainsi que Mgr Matthew Ishaya Audu, évêque de Lafia (capitale de l’État de Nassarawa), pensent aussi qu’il existe un objectif clair d’islamisation de la « Middle Belt ». Et les bergers peuls font partie de ce plan. « Ils veulent nuire aux chrétiens », explique Mgr Audu, « et le gouvernement ne fait rien pour les arrêter, parce que le président Buhari fait également partie du groupe ethnique des Peuls ».

Ces doutes quant à une possible protection du gouvernement sont apparus non seulement parce que la police fédérale ne fait rien pour s’attaquer au problème, mais parce que les éleveurs peuls disposent désormais d’armes de plus en plus sophistiquées. « Il fut un temps où ces bergers n’étaient armés que de bâtons », explique Mgr Avenya, « mais maintenant ils ont des fusils AK 47. Ces armes sont trop coûteuses pour qu’ils puissent se les payer. Qui les fournit ? De plus, dans cette région il y a des points de contrôle tous les deux kilomètres. Comment est-il possible que ces hommes armés, avec leurs troupeaux, deviennent invisibles ? »

Le 22 mai dernier, tous les diocèses du Nigeria se sont joints à une manifestation pour demander au gouvernement de protéger les chrétiens. « Nos fidèles sont assassinés ou sont contraints de se déplacer continuellement à cause de la violence », ont affirmé les évêques de Lafia et Katsina Ala. « En occident, on continue de considérer le problème des bergers peuls comme une affaire interne. Ne faites pas la même chose qu’avec le Rwanda, n’attendez pas que le génocide ait eu lieu pour intervenir ! »

Mgr William Amove Avenya, évêque de Gboko. « Ne faites pas la même erreur que pour le génocide au Rwanda. Il a eu lieu au vu et au su de tous, mais personne ne l’a arrêté. Et nous savons comment ça s’est terminé ».