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Nouvelles de l’AED : Inde et liberté religieuse

04.10.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Inde, liberté religieuse

Inde et liberté religieuse

«Nous ne baisserons pas les bras dans notre lutte pour l’égalité, la justice et la fraternité».

Texte par Matthias Böhnke. ACN International
Adaptation par Mario Bard pour le bureau canadien

« Pour les chrétiens de notre diocèse, les circonstances de la vie sont difficiles », explique à l’Aide à l’Église en Détresse Mgr Stephen Antony, évêque de Tuticorin, diocèse situé au sud de l’Inde. « Pour pouvoir pratiquer notre foi, nous sommes soumis à de plus en plus de restrictions », indique également l’évêque âgé de 67 ans, qui était en visite ad limina à Rome avec 53 autres évêques indiens.

 

L’évêque affirme que le gouvernement indien s’efforce de transformer cet immense pays marqué par l’hindouisme en une nation unie, n’ayant qu’une seule langue et un seul point de vue politique. Il s’agit là d’un projet ambitieux, difficile sinon impossible à réaliser dans un pays multiple comportant 29 États fédéraux et qui, avec 1,37 milliard d’habitants, constitue le deuxième pays le plus peuplé du monde. Sur le plan démographique, l’Inde pourrait dès l’an prochain dépasser la Chine, actuellement première au classement.

 

Politiques favorisant les plus riches

Les élections parlementaires qui se sont déroulées cette année et ont été remportées haut la main — avec un résultat étonnamment élevé par le parti nationaliste BJP (Bharatiya Janata Party) du gouvernement du premier ministre Narendra Modi, ont encore exacerbé la situation : « Les circonstances dans lesquelles nous vivons actuellement ne sont pas particulièrement encourageantes. Le gouvernement prend de nombreuses décisions hâtives, de sorte que certaines choses deviennent imprévisibles. La politique ne se déploie plus qu’en faveur des gens riches dans la population. Les pauvres en pâtissent », déplore l’évêque.

 

Projet soutenu pas l’AED : moyen de transport pour le travail pastoral et social des religieuses de Saint-Charles Borromée, au couvent Saint-Charles, province de l’Est, Vilathikulam, Tutcorin District.

Environ 450 000 catholiques vivent dans le diocèse de Tuticorin, ce qui correspond à environ 17 pour cent de la population. Les attaques ciblées contre des fidèles et des groupes de pèlerins rendent la situation de plus en plus difficile. Mais elle empire surtout pour les hôpitaux et les plus de 200 établissements scolaires gérés par l’Église. Il y a un taux de chômage élevé non seulement chez les enseignants, mais aussi chez de nombreux petits paysans et ouvriers industriels à cause de l’absence de soutien de la part du gouvernement. L’évêque explique très clairement que dans cette région, beaucoup de gens sont tellement désespérés qu’ils ne voient aucune autre issue que de se suicider.

 

Néanmoins, en particulier après sa visite auprès du pape François à Rome, il perçoit un signe d’espoir : « Nous ne baisserons pas les bras dans notre lutte pour l’égalité, la justice et la fraternité », assure Mgr Stephen Antony et ajoute : « Nous espérons que bientôt, il régnera à nouveau plus de tolérance entre les hindous et les chrétiens et que la propension à la violence diminuera dans le pays. Je suis profondément reconnaissant à l’AED et à tous les bienfaiteurs qui ne cessent de nous soutenir dans tous les domaines de la pastorale en nous apportant le nécessaire et qui nous accompagnent par leurs prières. »

Histoire de succès de l’AED : Biélorussie

25.09.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Biélorussie, PROJETS AED, Transport, Voyager avec l'AED

Histoire de succès de l’AED… en Biélorussie
Se déplacer : essentiel pour un curé !

Cette semaine, notre histoire se déroule en Biélorussie. D’abord, on apprend que dans ce pays de près de 10 millions d’habitants, le pourcentage de catholiques est d’un peu moins de 8 %, alors que celui des orthodoxes et de près de 50 %.

Dans ce contexte, il est intéressant de constater que de nouvelles paroisses catholiques continuent à voir le jour. Ainsi, l’une d’entre elle a été fondée en 2017 dans la banlieue de Grodno, ville de 370 000 habitants. Elle est consacrée à Saint Jean-Paul II et compte de nombreuses jeunes familles avec enfants, car un grand nombre de jeunes viennent s’installer en ville. Ils y trouvent du travail et ils veulent également garantir à leurs enfants une meilleure éducation qu’à la campagne. C’est pourquoi le nombre de fidèles augmente dans les villes. Dans cette nouvelle paroisse, les édifices servant au culte, le presbytère, ceux pour la catéchèse ou tout autres types d’activités paroissiales sont en chantier ou encore dessinés sur des plans. La catéchèse est donc organisée dans les appartements ou les maisons des fidèles. La messe est célébrée en plein air, sur le terrain où l’église doit être construite.

Un curé floué !

Le curé de la paroisse, le Père Henryk Jablonski, vit encore dans un studio, dans un immeuble situé à dix kilomètres du chantier de construction. Il est toujours en déplacement – pour se rendre sur le chantier, sur les lieux de la catéchèse, et à l’hôpital où il visite régulièrement les malades. Pour son travail, il est essentiel qu’il ait une voiture. À vrai dire, il en avait acheté une d’occasion, mais elle lui a été confisquée par les autorités; le propriétaire précédent avait falsifié les documents. Et puis, l’argent avait déjà disparu : il n’avait donc plus de voiture.

Nos bienfaiteurs ont fait un don de 15 000 dollars pour que le Père Jablonski puisse acheter une voiture pour son travail. Il est heureux et reconnaissant, ravi de sa nouvelle voiture, et remercie tous ceux qui l’ont aidé !

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Entretien AED : L’Irak, cinq ans après son invasion par l’État Islamique 

07.08.2019 in ACN-International, AED, Aide à l'Église en détresse.

Entretien AED 

L’ultime bataille : Irak, cinq ans après son invasion par l’État Islamique 

Que reste-t-il du christianisme en Irak, cinq ans après son invasion par l’État Islamique ?

Le 6 août 2014, les unités de l’État Islamique (EI) ont conquis et détruit les implantations chrétiennes de la plaine de Ninive, au nord de Mossoul. Quelque 120 000 chrétiens ont dû fuir en n’emportant que ce qu’ils avaient sur eux. Beaucoup d’entre eux ont trouvé refuge autour de la ville kurde d’Erbil. Au cours des trois années qui ont suivi, l’archevêque catholique chaldéen d’Erbil, Mgr Bashar Matti Warda, a été l’un des piliers de la communauté, permettant qu’elle subsiste jusqu’en octobre 2016, lorsque les forces irakiennes et leurs alliés ont pu reprendre les territoires et que des dizaines de milliers de chrétiens déplacés sont retournés dans les ruines de leurs villes natales. D’autres ont décidé de rester à Erbil ou de quitter le pays. Aide à l’Église en Détresse (AED), en collaboration avec les Églises locales, soutient fortement la reconstruction. Cinq ans après l’invasion de Ninive, Mgr Bashar Matti Warda, témoin de premier plan de tous ces événements historiques, a accordé un entretien à l’oeuvre pontifical AED à propos des conséquences pour les chrétiens d’Irak mais aussi pour le Proche-Orient et les pays occidentaux.

 

Par Maria Lozano, ACN International
Adapté par Amanda Griffin pour le bureau Canadien de l’AED
Publié sur le web 7 août, 2019

Ces cinq années ont été un calvaire. Avec le recul, avez-vous tiré des leçons de tout ce que vous avez vécu ?

Quand un peuple n’a plus rien à perdre, dans un certain sens, c’est très libérateur, et c’est sur cette base claire de courage renouvelé que je peux maintenant parler au nom de mon peuple et dire la vérité. Mais je tiens à préciser que nous sommes un peuple qui a enduré la persécution avec patience et foi pendant 1 400 ans et qui fait maintenant face à une lutte pour sa survie, notre ultime bataille en Irak. La cause la plus immédiate est l’attaque menée par l’État Islamique (EI), qui a entraîné le déplacement de plus de 125 000 chrétiens de leurs terres ancestrales et nous a laissés, en une seule nuit, sans abri, sans travail ni aucun bien, sans églises ni couvents, sans la possibilité de participer à l’une des choses normales de la vie qui donnent de la dignité : les visites familiales, les célébrations de mariages et de naissances, les deuils. Nos oppresseurs ont confisqué notre présent tout en essayant d’effacer notre histoire et de détruire notre avenir. Il s’agit d’une situation exceptionnelle, mais non isolée, qui s’inscrit dans le cycle récurrent de la violence au Proche-Orient depuis plus de 1 400 ans.

Donc, en fait, l’invasion par l’EI n’était que le sommet de l’iceberg ?

À chaque cycle successif, le nombre de chrétiens a diminué, jusqu’à ce que nous soyons désormais en danger d’extinction. Quel que soit le point de vue adopté, l’extinction se rapproche, et qui peut dire quand elle se produira ? Allons-nous disparaitre à cause d’une catastrophe naturelle ou d’une lente émigration ? Les attaques de l’EI étaient-elles inattendues et nous ont-elles pris par surprise ? C’est ce que diront les médias. Ou peut-être la vérité surgira-t-elle après notre disparition, à savoir que nous avons été constamment et régulièrement éliminés au cours des 1 400 dernières années par un système de croyances qui favorise des cycles réguliers et récurrents de violence contre nous, comme le génocide ottoman de 1916-1922.

Mais au cours de ces 1 400 ans d’oppression des chrétiens, y a-t-il eu des périodes de tolérance musulmane comme alternative à la violence et à la persécution ?

On ne peut nier l’existence de périodes de tolérance relative. Sous Al Rashid a été fondée à Bagdad la Maison de la Sagesse, la grande bibliothèque. Ce fut un temps de prospérité relative où l’érudition chrétienne et juive était valorisée, et où l’épanouissement des sciences, des mathématiques et de la médecine fut rendu possible grâce aux érudits chrétiens nestoriens qui ont traduit des textes grecs, déjà anciens au 9ème siècle. Nos ancêtres chrétiens ont partagé avec les arabes musulmans une profonde tradition de pensée et de philosophie, et ont maintenu avec eux un dialogue respectueux depuis le 8ème siècle. L’âge d’or arabe, comme l’historien Philip Jenkins l’a souligné, s’est construit sur la base de l’érudition chaldéenne et syriaque, une érudition chrétienne. L’imposition de la charia a signifié le déclin de ce grand transfert du savoir et la fin de l’âge d’or de la culture arabe. Un style de dialogue scolastique s’était développé, et cela n’avait pu se produire que parce qu’une succession de califes avait toléré les minorités. Au fur et à mesure que la tolérance prenait fin, la culture et la richesse qui en étaient issues disparaissaient.

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La tolérance est-elle donc la clé du développement des peuples ?

Exactement. Mais ces moments de tolérance ont été une expérience à sens unique : les dirigeants islamiques décident, à leur discrétion et selon leur bon vouloir, si et dans quelle mesure les chrétiens et les autres non-musulmans doivent être tolérés. Ce n’est pas et n’a jamais été une question d’égalité. Fondamentalement, aux yeux de l’Islam, les chrétiens ne sont pas égaux aux musulmans. Nous ne devons pas être traités sur un pied d’égalité, nous ne devons être que tolérés ou non tolérés, en fonction de l’intensité de l’esprit djihadiste du moment. Oui, la racine de tout cela est l’enseignement du djihad, qui est la justification des actes de violence.

Les chrétiens irakiens retournent dans leurs villages. La situation s’améliore-t-elle ? À quoi ressemble la vie des chrétiens et des autres minorités ?

Il y a encore des groupes extrémistes, de plus en plus nombreux, qui prétendent que tuer des chrétiens et des yézidis contribue à répandre l’Islam. En adhérant strictement aux enseignements coraniques, ils prescrivent le statut de dhimmi (citoyenneté de seconde classe) aux minorités, permettant la confiscation des biens et l’application du djizia, la taxe islamique. Mais ce n’est pas tout. Si vous étiez chrétiens en Irak ou ailleurs au Proche-Orient, vous n’accepteriez jamais un seul instant le poids qui nous écrase et que nous subissons depuis des siècles. Selon la Constitution de mon pays, nous sommes des citoyens de rang inférieur, nous sommes à la merci de ceux qui se proclament supérieurs à nous. Notre humanité ne nous procure aucun droit.

Dans les pays occidentaux, vous êtes égaux devant la loi. Ce principe fondamental de la vie européenne et américaine est le fondement de l’ordre civil chrétien, selon lequel nous sommes tous les enfants d’un Dieu aimant, créés à son image et à sa ressemblance, qui nous donne à chacun la dignité et nous exhorte au respect mutuel. La sécurité civile naît d’une vision du monde qui valorise chaque être humain non pas en raison de sa position ou de sa fonction, mais simplement parce qu’il est un être humain. Cette vision des choses a été le grand don de la tradition judéo-chrétienne. Reconstruire la société civile, c’est la reconstruire pour tous. Chacun occupe une place, et chacun a la possibilité de s’épanouir.

La vérité est qu’il y a une crise fondamentale au sein de l’Islam lui-même, et si cette crise n’est pas reconnue, traitée et résolue, alors il ne peut y avoir d’avenir pour la société civile au Proche-Orient, ni même nulle part où l’Islam l’emporte sur la nation.

 

Certains disent que la brutalité et la violence de l’EI ont également changé le monde islamique. Qu’en pensez-vous ?

Il est clair que l’EI a choqué la conscience mondiale et a également choqué la conscience des pays à majorité musulmane. La question est maintenant de savoir si l’Islam continuera ou non une trajectoire politique dans laquelle la charia est la base du droit civil, et où presque tous les aspects de la vie sont circonscrits à la religion, ou si un mouvement plus civique et tolérant va se développer.

La défaite de l’EI ne s’est pas accompagnée de la défaite de l’idée du rétablissement du califat. Cette idée a refait surface et est maintenant fermement ancrée dans les esprits dans tout le monde musulman. Et cette idée du califat porte dans son sillage toutes les structures formelles historiques d’inégalité et de discrimination à l’encontre des non-musulmans. Et à cet égard, je ne parle pas seulement de l’Irak. Nous voyons des dirigeants d’autres pays du Proche-Orient agir clairement d’une manière compatible avec la restauration du califat.

Comment pensez-vous que l’Occident va réagir face à cela ?

C’est une question cruciale, et les minorités religieuses du Proche-Orient aimeraient en connaître la réponse. L’Occident va-t-il continuer à tolérer cette persécution organisée et sans fin contre nous ? Lorsque la prochaine vague de violence commencera à nous frapper, est-ce que quelqu’un dans vos universités organisera des manifestations et portera des pancartes qui disent : « Nous sommes tous chrétiens » ? Et oui, je parle de la « prochaine vague de violence », parce qu’il s’agira tout simplement du résultat naturel d’un système de gouvernement qui prêche l’inégalité et justifie la persécution. L’équation n’est pas compliquée. Il est enseigné à un groupe qu’il est supérieur aux autres et qu’il a le droit de traiter les autres comme des êtres inférieurs, en fonction de leur foi et de leurs pratiques religieuses. Cet enseignement conduit inévitablement à la violence contre les « inférieurs » qui refusent de changer de foi. Cela résume l’histoire des chrétiens au Proche-Orient de ces 1 400 dernières années.

Mais quelle pourrait être la solution ? Comment construire un avenir meilleur ?

Le changement se produira à la suite d’un travail conscient au sein du monde musulman lui-même. Nous en voyons peut-être un début de commencement en Égypte, en Jordanie, en Asie, et même en Arabie Saoudite. Il reste certainement à voir s’il y a une réelle sincérité dans tout cela.

 

Le christianisme a-t-il une mission prophétique au Proche-Orient ?

Mon rôle est missionnaire : témoigner quotidiennement des enseignements du Christ, montrer la vérité du Christ et donner l’exemple vivant à nos voisins musulmans d’un chemin vers un monde de pardon, d’humilité, d’amour et de paix. Afin qu’il n’y ait pas de confusion, je ne suis pas en train de parler de conversion. Je parle plutôt de la vérité fondamentale du pardon que les chrétiens d’Irak peuvent partager, et que nous pouvons partager à partir d’une position de clarté morale historiquement unique. Nous pardonnons à ceux qui nous assassinent, qui nous torturent, qui nous violent, qui cherchent à détruire tout ce qui a à voir avec nous. Nous leur pardonnons. Au nom du Christ, nous leur pardonnons. Et c’est ce que nous disons à nos voisins musulmans : apprenez cela de nous. Laissez-nous vous aider à guérir. Vos blessures sont aussi profondes que les nôtres. Nous le savons. Nous prions pour votre guérison. Guérissons ensemble notre pays blessé et torturé.

Et qu’en est-il de notre société laïque en Occident ? À votre avis, quel est notre rôle ?

Nous vous demandons de considérer notre situation honnêtement, telle qu’elle est réellement, et non pas selon les interprétations d’un relativisme historique qui réduit, ou plutôt insulte, la réalité de notre souffrance, nous privant ainsi même de la dignité de notre persévérance dans la foi. Le but ultime de la lutte est de comprendre la nature de la bataille menée. Pour ce faire, vous devrez vous demander : combien de temps une société modérée et décente peut-elle survivre sans l’influence des institutions chrétiennes ? Combien de temps la tradition peut-elle durer après la mort de la foi ?  Comment le vide sera-t-il comblé ? Le rôle que les communautés chrétiennes jouent ou ont joué dans les sociétés islamiques a été négligé, de même que le fait qu’un tel rôle soit un élément important de la formation de la société civile dans la majeure partie du monde. Il faut le souligner parce que la situation en Irak a malheureusement été mal comprise par les dirigeants occidentaux. Il n’y a aucune raison de croire qu’ils comprendront mieux les mêmes signes et les mêmes présages dans leur propre pays. Pensez-vous que vous soyez loin du chaos irakien ? Laissez-moi vous dire que vous n’êtes qu’à six heures d’avion.

En parlant de dirigeants, quel devrait être le rôle des politiciens ?

Nous les appelons à unir leurs efforts pour assurer l’égalité de traitement pour toutes les minorités en Irak et ailleurs. Nous prions également pour que les politiciens aient l’humilité de reconnaître que leurs théories ont été presque universellement erronées, basées sur des appréciations fondamentalement fausses du peuple irakien et de sa situation. En raison de ces politiques malavisées, conçues dans le confort et la sécurité imputables à l’éloignement géographique, et abordées par les médias comme des questions intellectuelles partisanes, des centaines de milliers de personnes innocentes sont mortes.  Tout un pays a été détruit et laissé à la merci des chacals. Toute cette horreur a commencé au niveau politique, c’est pourquoi nous demandons à ceux d’entre vous qui continuent d’avoir accès à l’élaboration des politiques de votre pays de se rappeler tous les jours que vos choix politiques et ceux de vos alliés ont comme conséquence la vie ou la mort. S’il vous plaît, soyez humbles et assurez-vous de bien comprendre les gens que vous condamnez. Comprendre ce qui s’est passé en Irak implique d’être honnête quant à la nature et au but de l’ordre civil chrétien. Cela signifie être honnête quant à la nature et au but des lois islamiques. Cela signifie être honnête quant à ce qui se passe quand ils se rencontrent tous deux dans un seul endroit. Je comprends bien que ce soit un sujet difficile à aborder lorsqu’on vit dans le confort d’un pays pacifique, mais pour les chrétiens irakiens, ce n’est pas une question abstraite.

 

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Peut-être la question la plus douloureuse : Faisons-nous face à la fin du christianisme en Irak ?

C’est possible, admettons-le. Avant 2003, nous étions près d’un million et demi de fidèles : six pourcents de la population irakienne. Aujourd’hui, peut-être ne sommes-nous que 250 000, peut-être moins, et ceux d’entre nous qui restent doivent être prêts au martyre.

En fin de compte, tout le monde fait face à un moment de vérité. Permettra-t-on qu’un peuple pacifique et innocent soit persécuté et éliminé à cause de sa foi ? Et, parce qu’il ne veut pas dire la vérité aux persécuteurs, le monde sera-t-il complice de notre élimination ? Le monde doit comprendre qu’alors que nous sommes en danger d’extinction, nous ne resterons pas en silence. À partir de maintenant, nous dirons la vérité et vivrons la vérité, pleinement donnés à notre témoignage et à notre mission chrétienne, de sorte que si jamais nous disparaissions, personne ne puisse dire : comment cela a-t-il pu arriver ? Les chrétiens sont un peuple d’espérance. Mais le fait d’être confrontés à notre fin nous apporte aussi la clarté, et avec elle, le courage de dire enfin la vérité. L’espoir de rester dans notre antique patrie dépend maintenant de notre capacité et de celle de nos oppresseurs — et du monde entier — d’admettre ces vérités. La violence et la discrimination à l’égard des innocents doivent cesser. Ceux qui les prêchent doivent s’arrêter. Nous, chrétiens d’Irak, qui avons fait face à 1 400 ans de persécution, de violence et de génocide, sommes prêts à élever la voix et à témoigner face à nos oppresseurs et au monde, quelles que soient les conséquences.

Projet de la semaine AED – Bosnie-Herzégovine – Construction

05.06.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Bosnie, Construction, Europe de l'Est, PROJETS AED

Projet de la semaine AED – Bosnie-Herzégovine – Construction

Texte par ACN International
Adapté par Mario Bard 
Publié sur le web,  5 juin, 2019

Le Centre de pastorale jeunesse Saint-Jean-Paul II : un succès éclatant !

En 2015, un Centre de pastorale jeunesse a été inauguré à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine. Il est ouvert à tous les groupes ethniques du pays. Il a été consacré à Saint Jean-Paul II, qui avait la jeunesse particulièrement à cœur et qui a su lui redonner de l’élan, par exemple grâce aux Journées mondiales de la Jeunesse.

 

Le Centre est un succès éclatant : chaque année, 10 000 jeunes de 10 ans et plus prennent part aux rencontres, sessions de formation et activités de loisir à caractère pastoral. Les mots d’ordre sont : « Rencontre – réconciliation – construire la paix et l’avenir ensemble ». Le Centre dispose de 20 employés à temps plein qui, avec 300 bénévoles environ, accomplissent les nombreuses activités pastorales. Aide à l’Église en Détresse a soutenu la création du centre à hauteur d’environ 750 000 dollars.

Une Église fragile

Les jeunes qui sont impliqués dans le centre Saint-Jean-Paul II sont souvent aussi très actifs dans leurs paroisses. Ils démontrent ainsi que, dans ce pays, il est possible de vivre ensemble pacifiquement, de trouver du travail, fonder une famille et construire sa vie. L’objectif est également de promouvoir la coexistence des différents groupes ethniques et religieux, afin de construire des ponts pour un avenir pacifique. Pour que l’avenir soit meilleur, c’est le travail auprès de la jeunesse qui est important. Celui-ci assure aussi la survie de l’Église.

De 1992 à 1995, pendant la guerre de Bosnie, la moitié des 500 000 Croates catholiques ont été expulsés ou ont émigré. Encore aujourd’hui, environ 10 000 personnes en moyenne, dont beaucoup de catholiques, quittent le pays chaque année parce qu’ils sont désavantagés sur le marché du travail, dans les écoles et dans la vie sociale ; ils n’ont aucune perspective d’avenir. Par contre, les jeunes qui sont profondément enracinés dans leur paroisse restent et croient en l’avenir.

Comme les capacités du Centre de Sarajevo sont trop faibles par rapport à la demande, un autre centre a été ouvert dans le nord du pays. Il dispose de possibilités d’hébergement pour dix personnes et de nombreuses activités y sont organisées, telles que des séminaires pour les responsables de groupes de jeunes, des initiatives interreligieuses et œcuméniques et bien plus encore. Sur son terrain, il y a aussi une ferme avec des animaux et un verger où les jeunes trouvent du travail. Le Centre fonctionne déjà, mais les dernières réparations n’ont pas encore été effectuées, par exemple dans les salles de bains et les toilettes. 

Par ailleurs, les responsables veulent construire un amphithéâtre extérieur. Aide à l’Église en Détresse voudrait fournir une aide de 30 000 dollars afin que de soutenir la continuité des travaux.

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AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

03.06.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Amérique du Sud, Venezuela, Voyager avec l'AED

AED-Entrevue – Au Venezuela, lueurs d’espoir au milieu de la crise

Entrevue et texte par Maria Lozano, ACN International
Adapté par Mario Bard 
Publié sur le web, 3 juin, 2019

Crise au Venezuela : « Une petite lueur d’espoir »

Au Venezuela, il semble qu’un premier pas vers le changement ait été franchi grâce aux premiers entretiens qui se sont déroulés à Oslo, en Norvège entre du 25 au 29 mai, précédés de contacts faits à la mi-mai.

Avec la collaboration du gouvernement de ce pays neutre, ces contacts constituent une première tentative pour résoudre la crise. Il s’agit « d’entretiens exploratoires » entre des représentants du gouvernement de Nicolás Maduro et des représentants de l’opposition, comme l’explique le Père José Virtuoso, recteur de l’Université catholique Andrés Bello à Caracas (Venezuela). Cela fait apparaître « une petite lueur d’espoir » explique le prêtre jésuite dans un entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse (AED).

 


Êtes-vous optimiste quant aux pourparlers d’Oslo ?

Oui. Nous savions que des rencontres informelles s’étaient déjà déroulées entre l’opposition et le gouvernement de Nicolás Maduro. Il s’agissait plutôt d’entretiens exploratoires – sans aucun engagement. Cette fois-ci, les contacts à Oslo impliquent l’engagement « officiel » d’un gouvernement, en l’occurrence celui de la Norvège. C’est un premier aspect positif. Le deuxième aspect positif est que cela démontre que le gouvernement du président Nicolás Maduro et celui du président Juan Guaidó sont ouverts pour chercher des possibilités d’entente. Il ne faut exclure aucune possibilité permettant de sortir de la crise vénézuélienne.

 

Ces entretiens se situent encore dans une phase très précoce. Est-ce qu’il y a Déjà des mesures concrètes qui en résultent ?

Il n’y a encore rien de concret et la manière de procéder n’a même pas encore été déterminée. Jusqu’à présent, il s’agit d’étapes exploratoires. Toutes les parties présentes – autant le gouvernement norvégien que le gouvernement Maduro ainsi que le président Guaidó – ont évoqué un processus exploratoire. En aucun cas nous ne pouvons parler d’un processus de dialogue ou de négociation. Nous sommes encore dans un processus de recherche de solutions.

 

Est-ce que ces tentatives de rapprochement sont en lien avec l’action de Juan Guaidó qui, le 30 avril dernier, a appelé l’armée à le soutenir ?

Je pense que depuis le 30 avril, nous sommes clairement dans une impasse : ni le gouvernement Maduro – qui souhaite écraser ses ennemis – ni le président par intérim Guaidó – qui veut mettre un terme à l’usurpation du pouvoir – n’ont bougé. Pour sortir de cette impasse qui est devenue manifeste le 30 avril dernier, nous devons chercher d’autres issues, nous devons explorer d’autres possibilités.

Quelle est l’attitude adoptée par l’Église ? Il y a presque deux ans, l’Église a participé à des tentatives de dialogue. Mais, se sentant instrumentalisée, elle s’est retirée…

Les tentatives précédentes, que ce soit les entretiens auxquels le Vatican a participé au début ou plus tard avec le processus entre le gouvernement et l’opposition à Saint-Domingue, ont échoué. Je pense que ces rencontres n’étaient pas bien préparées et ont été mal développées. Considérons l’exemple de la Colombie : là-bas, les entretiens et les accords entre le gouvernement colombien et les FARC reposaient sur un processus très long et très bien préparé, qui n’a été entamé qu’au moment où il existait déjà une véritable volonté de négociation. Au Venezuela, cette volonté n’existe pas encore véritablement. Elle doit d’abord être construite et renforcée. Il ne faut pas aller trop vite, parce que le processus pourrait être abandonné. Je pense que c’est ce qui s’est passé lors des tentatives précédentes. Nous devons essayer de trouver une voie stable pour parvenir à un accord éventuel. C’est pourquoi je dis que ce sera un processus lent et difficile. Mais je pense qu’au final, les Vénézuéliens le veulent.

Comparer aux tentatives antérieures, croyez-vous que cette fois sera différente, parce que Nicolás Maduro a compris que ça ne pouvait pas continuer ainsi ?

Je pense que, non seulement l’opposition, mais tous les Vénézuéliens ont des doutes considérables et surveillent avec défiance les avancées de ces processus. Le gouvernement reste déterminé à ne pas reconnaître l’opposition et la possibilité d’un accord. Pour cette raison, nous continuons d’entrevoir les choses avec un certain scepticisme. Mais d’une manière ou d’une autre, nous nous engageons sur cette voie. Comme il y a là une petite lueur d’espoir, nous devons essayer de l’entretenir afin qu’elle ne s’éteigne pas, mais qu’au contraire, elle devienne encore plus claire. Par ailleurs, l’ONU soutient ce processus, les pays du groupe de Lima le voient positivement ainsi que les pays de l’Union européenne. Je crois que la communauté internationale, y compris les États-Unis qui ont adopté une position plus dure, s’accorde pour dire qu’une solution sans violence est préférable à une solution violente. Et c’est évidemment la position de l’Église : faciliter, soutenir, créer les conditions d’une solution pacifique au conflit vénézuélien.

Évoquons maintenant la situation de la population. Les médias du monde entier ont parlé des coupures d’électricité durant plusieurs jours sur l’ensemble du Venezuela. Qu’en est-il actuellement de cette situation ainsi que du ravitaillement en denrées alimentaires dans le pays ?

L’approvisionnement énergétique s’est normalisé dans les grandes villes, en particulier dans le centre du pays, comme à Caracas et dans d’autres villes importantes du centre. En revanche, dans les régions frontalières, c’est un véritable drame. Dans l’État du Zulia, à la frontière de la Colombie, la situation est déplorable. C’est l’État le plus peuplé, comptant la deuxième plus grande ville du pays, mais l’alimentation électrique y reste toujours très irrégulière. La situation est similaire dans les deux États frontaliers de Táchira et de Mérida, à l’ouest du pays, où vit une très grande partie de la population. Ainsi, ce problème s’est résolu dans certaines parties du pays et dans d’autres, c’est toujours le même drame. C’est terrible !

 

Nicolás Maduro a maintenant permis à la Croix-Rouge d’entrer pour fournir de l’aide humanitaire. Est-ce que c’est une solution ?

En réalité, l’aide humanitaire est fortement réduite. Ainsi, certaines fournitures médicales et des groupes électrogènes ont été livrés à des hôpitaux, ce qui est une bonne chose. Mais, on a l’impression que beaucoup de pays aimeraient coopérer de manière plus active en envoyant à la population du matériel médical, des médicaments et des denrées alimentaires, mais qu’on ne leur en donne pas la possibilité.

En qualité de recteur de l’université, vous êtes particulièrement préoccupé par la question de l’éducation. Comment se présente la situation dans ce domaine ?

Je suis très inquiet à cause du système éducatif qui se détériore au Venezuela. Les enfants et les jeunes ne peuvent venir régulièrement en classe à cause des problèmes de transport ou d’alimentation. Tous nos établissements scolaires, nos lycées et nos universités souffrent des terribles conséquences de l’émigration des enseignants et des professeurs. Étudier au Venezuela devient presque un exploit.

 

 

Il y a presque deux ans que nous parlons de la situation au Venezuela. Le moment pourrait arriver où les gens diront : « Eh bien, on ne peut rien faire ! » Comment ne pas perdre courage ?

Le Venezuela a un besoin urgent de l’aide du monde entier. Après la Deuxième Guerre mondiale ainsi que dans les terribles années 1950, durant les années de la reconstruction, beaucoup d’Européens sont venus s’établir au Venezuela. Je suis moi-même fils d’un immigrant européen, d’un Italien venu de Sicile. Beaucoup de Vénézuéliens sont des enfants ou des petits-enfants d’immigrants qui ont beaucoup apporté au pays. L’Europe devrait rendre le soutien que le Venezuela lui a donné à d’autres époques. Il s’agit là d’un soutien solidaire et d’un soutien économique qui peuvent être fournis de nombreuses façons. Je voudrais encourager à persévérer dans ce soutien, car il engendre un sentiment de solidarité très important.

AED-Nouvelles : l’appel du patriarche chaldéen Sako pour que les droits des minorités soient garantis en Irak

27.05.2019 in adaptation : Mario Bard, AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Irak, Moyen-Orient, persécution

 Irak

Une « discrimination constante et l’incertitude » poussent les chrétiens à quitter l’Irak

 

Le chef de l’Église chaldéenne interpelle le gouvernement irakien à mettre en place et à faire respecter les lois « qui garantissent aux chrétiens et aux autres minorités religieuses… la pleine citoyenneté et la liberté de pratiquer leurs religions sans équivoques ».

Montréal, le 24 mai 2019 – « L’absence de mesures sérieuses » pour protéger les droits des religions minoritaires dans le pays, estime le cardinal Louis Raphaël Sako dans une déclaration dont Aide à l’Église en Détresse (AED) a obtenu copie, « poussera le reste des chrétiens et les minorités à choisir l’émigration ».

Les chrétiens et les minorités « ont joué un rôle important en enrichissant la diversité culturelle, sociale et économique de l’Irak, en faisant de précieuses contributions à l’éducation, à la santé, à l’administration publique et aux services sociaux », estime le cardinal. Sans eux, l’Irak deviendrait « un pays uniformisé [qui] pourrait s’isoler du monde et [qui] pourrait engendrer une sorte de radicalisme [et] de fanatisme ethnique et sectaire ».

 

Dans sa déclaration, le patriarche Sako énumère un certain nombre de facteurs qui poussent les chrétiens et les autres minorités à quitter le pays. Il s’agit notamment de la « fragilité de la situation en matière de sécurité » et de la « faiblesse institutionnelle de l’Irak en matière de justice », de l’incapacité de l’État à protéger les non-musulmans contre la discrimination dans les domaines de « l’éducation, l’emploi et la vie sociale », ainsi qu’au niveau politique. Le cardinal déplore que des chrétiens exceptionnellement compétents au niveau professionnel se voient refuser des postes, uniquement à cause de leur foi. Ce sont « la qualification et la compétence », insiste le cardinal, et non la religion d’un individu, qui devraient être des « critères d’embauche ».

 

Les chrétiens privés de sièges au parlement 

De plus, le patriarche fait observer que les chrétiens sont privés de leur quota légitime de cinq sièges au Parlement irakien. Il en appelle à la mise en place d’un « droit civil pour tous les Irakiens », plutôt qu’à la soumission des chrétiens et des autres minorités religieuses « à un Tribunal islamique en ce qui concerne les questions spirituelles, religieuses, de mariages, de successions, etc. ».

Le patriarche Sako propose également un certain nombre de « mesures concrètes » supplémentaires pour lutter contre « les injustices et la discrimination » subies par les minorités religieuses. Il appelle les dirigeants irakiens et les « pouvoirs politiques » à combattre « l’extrémisme religieux qui fait usage de la violence » et à prendre des mesures pour « désarmer les milices, assurer la sécurité et la stabilité, lutter contre l’extrémisme, la discrimination, le terrorisme et la corruption ».

Dans sa déclaration, le cardinal insiste pour que les dirigeants politiques irakiens promeuvent des « valeurs de citoyenneté » au soutien du bien commun, en s’inspirant des « principes de liberté, de dignité, de démocratie, de justice sociale et de véritable relation entre tous les citoyens irakiens, indépendamment de leurs affiliations religieuse, culturelle et ethnique ». De telles politiques apporteront aux minorités religieuses irakiennes une « coexistence harmonieuse avec les musulmans ».

Enfin, le patriarche appelle à l’adoption de lois qui contribuent à créer « de bonnes conditions qui garantissent aux chrétiens et aux autres minorités religieuses… la pleine citoyenneté et la liberté de pratiquer leurs religions sans équivoques, de préserver leur patrimoine, les monuments archéologiques et historiques comme une partie intégrante de la civilisation irakienne, afin de leur permettre de continuer à vivre dignement ».

Par Joop Koopman pour ACN-International
et Mario Bard, AED-Canada
Publié lundi le 27 mai, 2019

 

Communiqué AED – Aide à l’Église en Détresse Internationale reçoit le prix Path to Peace Award 2019

24.05.2019 in ACN Canada, Adaptation Mario Bard, AED États Unis, PAIX, Par Joop Koopman, persécution

Aide à l’Église en Détresse,       « cheffe de file » mondiale et
« voix » pour les chrétiens persécutés

NYC/Montréal, 23 mai 2019 – Mgr Bernardito Auza, observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies et président de la Fondation Path to Peace, a salué Aide à l’Église en Détresse (AED), lauréate du Prix Path to Peace 2019, comme étant « l’organisation qui est cheffe de file dans le monde concernant la persécution dont sont victimes les chrétiens dans le monde – [elle met des mots sur ce phénomène] – et chose encore plus importante, [c’est une organisation] qui répond par l’action ».

 

Par Joop Koopman, AED-USA et Mario Bard, AED-Canada
Publié sur le web le 24 mai, 2019

S’exprimant le 22 mai 2019 lors du gala annuel de remise des prix de la fondation Path to Peace, à l’Hôtel Pierre de New York, Mgr Auza a déclaré que la fondation à voulu honorer l’AED « comme étant une voix criant dans le désert, un écho aux voix des chrétiens appelant au secours ». L’archevêque a déclaré que les rapports bisannuels de l’AED – Persécutés et oubliés et Liberté religieuse dans le monde – sont « les meilleurs rapports qui existent, chacun détaillant respectivement : les ravages de la
christianophobie ainsi que la situation de la liberté religieuse dans 196 pays.

« On ne saurait trop insister sur l’importance de l’information fournie par ces rapports », a déclaré l’archevêque, même si l’AED rend « un service encore plus grand par tout son travail sur le terrain ». Mgr Auza – qui en tant que jeune prêtre originaire des Philippines a reçu une bourse de l’AED lui permettant d’étudier à Rome – a souligné en particulier le travail de l’AED dans la plaine de Ninive en Irak, où l’organisation
« dirige ce que l’on a appelé un plan Marshall pour la reconstruction des maisons, institutions, églises ainsi que la reconstruction de la vie des familles chrétiennes, en réponse à la destruction du groupe État islamique ».

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Erbil, Irak, décembre 2014 : grâce à l’AED, ces enfants et leurs familles déplacés
à cause de la barbarie du groupe État islamique retrouvent une vie stable. Et le sourire !

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Irak, début 2017 : les chrétiens de la plaine de Ninive retrouvent leurs églises et nombre d’objets sacrés profanés. Sur la photo, une statue de Notre-Dame de la paix dont la tête a été coupée et que quelqu’un a tirée au niveau de la position du cœur : signes de haine envers les chrétiens.

Être une voix, grâce aux bienfaiteurs

Thomas Heine-Geldern, président de l’AED Internationale, a déclaré que cet honneur revient à tous
« ces chrétiens qui, du seul fait de leur foi, sont persécutés, opprimés, discriminés ou réduits au silence. Ce soir, en leur prêtant ma voix, j’espère que leur martyr sera un peu moins silencieux. »

Il a ajouté : « Notre travail ne serait pas possible sans le soutien indéfectible de nos bienfaiteurs dans le monde entier. Nous existons grâce à leur extraordinaire soutien moral et financier et nous devons garder à l’esprit que c’est souvent l’obole de la veuve qui nous aide. Nous nous appuyons sur nos bienfaiteurs pour construire des ponts de foi, d’espérance et de charité pour soutenir l’Église persécutée. »

L’AED a été fondée en 1947 par un jeune prêtre et chanoine Prémontré néerlandais, le Père Werenfried van Straaten (1913 -2003), afin de répondre aux besoins des réfugiés et des personnes déplacées dans l’Allemagne de l’après-guerre. Aujourd’hui, l’AED est une œuvre de charité pontificale qui, avec plus de 5 000 projets en moyenne à travers le monde chaque année, soutient les chrétiens persécutés et en détresse.

Ces projets sont dédiés à la construction d’églises et de chapelles, à la formation de séminaristes, religieux, religieuses et catéchistes laïcs, à l’aide d’urgence et à procurer des moyens de transport mis au service de l’Église.

L’an dernier, les bienfaiteurs de l’AED ont donné plus de 150 millions de dollars. Depuis 2011, l’AED a alloué aux chrétiens syriens et irakiens menacés par le groupe État islamique et d’autres groupes islamistes plus de 105 millions de dollars permettant ainsi d’assurer la survie du christianisme dans cette région.

Chrétiens persécutés : devant l’ONU grâce à l’AED

 

« La liberté religieuse est un droit de l’homme fondamental », a déclaré Thomas Heine-Geldern. Il est de la responsabilité de toutes les nations et des ONG internationales de protéger le droit à la liberté religieuse de chaque individu. Nous ne devons pas renoncer à la lutte pour la pleine réalisation de ce droit humain fondamental, indissociable de la dignité de tout être humain. »

En conclusion, il a ajouté que « nous avons tous l’obligation de répondre et de manifester notre solidarité avec les communautés chrétiennes persécutées. Et notre travail n’est pas le plus difficile. Des hommes et des femmes courageux – des évêques, des prêtres, des religieuses et des laïques bénévoles – se tiennent aux côtés des fidèles en première ligne, confrontés à la persécution, à la haine et à la violence. Serviteurs ultimes de la paix, ils restent auprès de leur peuple. Je leur offre aussi ce prix Path to Peace 2019. »

La Fondation Path to Peace soutient divers aspects du travail de la Mission permanente du Saint-Siège auprès de l’ONU. Elle finance également des projets humanitaires dans différents pays en développement. Parmi les précédents lauréats du Prix Path to Peace figurent le Cardinal Mario Zenari, nonce apostolique en Syrie, le prince Henri de Luxembourg et la Reine Sofia d’Espagne.

Dans son allocution, Mgr Auza a déclaré que « la Mission du Saint-Siège n’aurait pas été en mesure de faire ce qu’elle a essayé de faire pour la défense des chrétiens aux Nations unies sans la collaboration efficace et constante de l’AED-USA ».

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Mgr Bernadito Auza et M. Thomas Heine-Geldern, lors de la soirée de gala le 22 mai dernier à NYC.

L’AED au Canada

 

Au Canada, le bureau national de l’Aide à l’Église en Détresse est situé à Montréal depuis plus de 30 ans. Celui-ci sensibilise, récolte des fonds et organise diverses activités, dont depuis cinq ans à Montréal, une messe pour les chrétiens persécutés, présidée par l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine. Et, pour une deuxième année consécutive, le bureau national canadien coordonnera le Mercredi rouge, prévu le 20 novembre prochain. Des activités de sensibilisation sont déjà confirmées ou en cours de l’être à Montréal, Toronto et Calgary, entre autres. Pour plus d’information ou bien pour participer, téléphonez au 1-800-585-6333, poste 226.

Sri Lanka : Un crime contre l’humanité

23.04.2019 in AED, Aide à l'Église en détresse., Par Joop Koopman, Par Paulo Aido, persécution, Sri Lanka

SRI LANKA 

Les attentats à la bombe contre des églises le dimanche de Pâques sont « un crime contre l’humanité », déclare l’évêque de Chilaw à Aide à l’Église en Détresse.

Texte par Joop Koopman et Paulo Aido, AED International
Révision française au Canada : Marie-Claude Lalonde pour AED Canada
Mise en ligne : 23 avril 2019

Au moins 290 morts et plus de 450 blessés. C’est le bilan encore provisoire des attentats terroristes d’hier matin, commis contre des églises et des hôtels au Sri Lanka. Pour l’évêque de Chilaw, Mgr Devsritha Valence Mendis, il est difficile de comprendre la vague de violence qui a secoué le pays, le dimanche de Pâques. Le prélat a même parlé de « tragédie » et de « violence à l’état pur ».

Dans une déclaration faite à la Fondation pontificale AED peu après les attentats, Mgr Valence Mendis a expliqué que « tout le pays est en état de choc, et surpris par cette attaque brutale contre des innocents ». Et il a ajouté : « C’est quelque chose qui ne peut se comprendre ou s’expliquer. C’est de la violence à l’état pur. C’est une tragédie ».

Trois églises ont été la cible des terroristes lors des célébrations du matin du dimanche de Pâques. Les explosions, tout comme celles qui ont eu lieu dans certains hôtels, se sont produites dans un laps de temps relativement court, incitant les autorités à conclure qu’il s’agissait d’une attaque bien coordonnée.

Les églises touchées – l’église de Sion à Batticaloa, l’église Saint Antoine à Kochchikade (très populaire dans le pays et visitée chaque année par des milliers de personnes) et l’église Saint Sébastien à Negombo – étaient remplies de fidèles célébrant le dimanche de la Résurrection.

Pour l’évêque de Chilaw, il ne fait aucun doute que les auteurs des attentats ont tenté d’atteindre le plus grand nombre possible de personnes. « Dans les trois églises, les messes du matin étaient en train d’être célébrées, et elles étaient toutes remplies de fidèles », explique le prélat au téléphone.

La violence des attentats a surpris tout le pays. « Ces attaques étaient totalement inattendues, car nous vivions des temps paisibles, surtout ces sept, huit dernières années », déclare Mgr Valence Mendis, ajoutant que « les gens pleurent leurs proches ».

En raison des attaques, « les églises ont suspendu leurs offices liturgiques », tandis que dans tout le pays règne « un état d’alerte général ». Il est maintenant nécessaire de s’occuper de la sécurité de la population. « Il a été demandé aux gens de se disperser et de ne pas se rassembler en groupes, afin d’éviter de nouvelles catastrophes ».

Dans ses déclarations à la Fondation pontificale AED, l’évêque de Chilaw a qualifié l’ensemble des attentats commis au Sri Lanka – au total, huit bombes ont explosé – de « crime contre l’humanité », et a exprimé en ce moment si difficile la solidarité des chrétiens de son pays avec tous ceux qui, « partout dans le monde, souffrent pour l’amour de la foi ».

Les attentats au Sri Lanka ont été immédiatement condamnés au niveau international, tant par l’Inde que par le Pakistan, pays voisins, que par les principaux dirigeants européens, le Président des États-Unis et le Saint-Père.

Le Pape François a affirmé qu’il avait reçu « la nouvelle avec tristesse et douleur » et a exprimé sa « proximité affectueuse à la communauté chrétienne, atteinte alors qu’elle était rassemblée dans la prière, et à toutes les victimes d’une violence aussi cruelle ». Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a également condamné les attentats et a exprimé l’espoir que les agresseurs soient « promptement traduits en justice ».

Au Sri Lanka, un pays majoritairement bouddhiste, le Christianisme est une religion minoritaire représentant à peine 9 pour cent de la population du pays. Les catholiques sont environ 7 pour cent de la population. Cependant, ce pourcentage est plus élevé dans certaines régions, comme la capitale Colombo ou la zone de la côte occidentale.

Malgré la tragédie qui a frappé le Sri Lanka, l’évêque de Chilaw a indiqué à la Fondation AED qu’il était nécessaire de « faire face à cette situation avec foi et courage ». Une foi et un courage que tous doivent partager, d’autant plus que parmi les morts et les blessés, il y a des fidèles de différentes religions. Mgr Valence Mendis remercie les bienfaiteurs et les amis de l’Aide à l’Église en Détresse de leur sollicitude et les assure de ses prières : « Merci de votre sollicitude et de votre solidarité ».

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

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Projet de la semaine de l’AED : Aide aux personnes traumatisées et réfugiées aux Philippines

17.04.2019 in Adaptation Mario Bard, AED, Marawi, Philippines, PROJETS AED

Philippines – Succès de l’AED

Aide aux personnes traumatisées et réfugiées de Marawi  

Aux Philippines, environ 80 pour cent de la population est catholique. Cependant, un nombre relativement important de musulmans vit dans le sud de l’archipel de Mindanao. Les groupes terroristes islamistes veulent y établir l’État islamique de Mindanao.

En mai 2017, plusieurs centaines de militants islamistes ont totalement détruit la ville de Marawi, un centre important de la foi musulmane dans ce pays. Ils ont tué des gens, gravement endommagé la cathédrale catholique Sainte-Marie et pris de nombreuses personnes en otage. La plupart des otages étaient chrétiens. Les terroristes voulaient aussi prendre en otage l’évêque de Marawi, Mgr Edwin de la Peña, qui  cependant, n’était pas dans le centre-ville à ce moment-là. Ils ont donc capturé le vicaire général, Teresito Suganob, ainsi que d’autres fidèles. Enfin, parmi les otages, se trouvaient aussi des personnes de confessions musulmanes, accusées de collaborer avec les chrétiens.   Les djihadistes ont imposé leur violence à Marawi pendant cinq mois.  La ville a finalement été libérée lors d’une intervention musclée de l’armée, les bombardements causant d’importants dégâts. Des dizaines de milliers d’habitants ont fui la ville. La plupart vivent encore dans des tentes ou sont restés chez des parents. Lors du conflit, Aide à l’Église en Détresse  (AED) a fourni une aide d’urgence aux réfugiés.

Guérir les traumatismes

 

Il s’agit désormais d’accompagner les personnes traumatisées. L’AED soutient donc un projet diocésain d’assistance à 200 hommes, femmes et enfants ayant été retenus en captivité pendant des mois et qui ont subi des souffrances physiques et psychologiques. Parmi les victimes se trouvent des femmes et parfois de très jeunes filles, qui ont été violées. Les soins gérés dans le cadre de ce projet diocésain sont offerts aux chrétiens ainsi qu’aux musulmans. Grâce à l’aide de nos bienfaiteurs, ce projet a été soutenu à hauteur de 22 500 dollars.   Une autre initiative de l’Église locale est le projet « Jeunesse pour la Paix (Youth for Peace) ». 184 étudiants chrétiens et musulmans visitent des camps de réfugiés où continuent de vivre des dizaines de milliers de personnes ayant fui la ville. Les étudiants aident les réfugiés indépendamment de leur appartenance religieuse. Ils veulent ainsi témoigner du fait que la coexistence pacifique sera à nouveau possible après les terribles événements de 2017. Pour l’évêque de Marawi, Mgr Edwin de la Peña, le dialogue et la reconstruction d’une coexistence pacifique entre chrétiens et musulmans sont prioritaires. L’AED a soutenu ce projet à hauteur de 90 000 dollars.

Nicaragua : une Église aux côtés de son peuple

16.04.2019 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, AED, Aide à l'Église en détresse., Nicaragua, PAIX, Voyager avec l'AED

Nicaragua : une Église aux côtés de son peuple

« Nous portons un petit bout de la Croix du Christ. Nous ne pourrions pas la porter en entier. Il nous y aide ».

Par Ines San Martin, ACN-International Révision canadienne-française : Mario Bard Mise en ligne : 16 avril 2019

Le Nicaragua est aujourd’hui un pays coincé entre deux identités : d’une part une nation dirigée par un gouvernement qui représente à bien des égards un long passé dictatorial, à l’image de la dynastie des Somoza qui gouverna le pays pendant près de six décennies au cours du 20e siècle.

D’autre part, c’est aussi un pays dont la population a exprimé son exaspération. Un pays qui est sorti de sa léthargie et qui veut aller de l’avant, avec une Église catholique dirigée par dix évêques qui n’ont pas peur de guider leurs ouailles et d’être cette Église « en sortie » que demande le pape François, qui ouvre les portes des cathédrales pour être littéralement un « hôpital de campagne ». Sans drapeaux politiques et sans faire de distinction dans l’attention portée aux blessés, l’Église soutient ceux qui souffrent et nourrit les affamés tant physiquement que spirituellement.

« Vous êtes venus à un moment compliqué… où les gens souffrent beaucoup, parce qu’ils ont peur de sortir dans la rue », a déclaré un prêtre du diocèse de Matagalpa – qui pour des raisons de sécurité, préfère rester anonyme – à une délégation de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), venue en visite dans le pays à la fin du mois de novembre pour manifester sa solidarité, compte tenu de la situation que traverse le pays.

 

Population sous tension

Malgré les affiches municipales qui parlent d’une Matagalpa « chrétienne, socialiste et solidaire », la tension est palpable, avec des policiers et des forces paramilitaires dans les rues pour dissuader la population civile de manifester, en grande partie pacifiquement. Ces manifestations ont commencé en avril 2018, mais dans le cas de Matagalpa, les forces de l’État ont même interdit à un groupe de femmes d’honorer la mémoire de leurs enfants tués lors de la guerre civile, alors que ça fait près de 20 ans qu’elles mènent cette marche.

« Je suis l’un des chanceux; beaucoup de prêtres ont dû fuir », dit-il. « Mais on ne peut pas rester les bras croisés quand des gens font irruption dans l’église pendant la messe parce qu’on essaie de les tuer. En effet, les militaires et les policiers ne leur jetaient pas des bonbons. Ils tiraient sur eux pour les tuer, en visant la tête, le cou et la poitrine ».

« L’Évangile nous enseigne que nous devons ouvrir les portes à ceux qui sont persécutés, et c’est ce que nous avons fait. Nos églises sont devenues des refuges, et non des maisons de planification, comme le gouvernement le prétend ».

Et le prêtre sait de quoi il parle : le 15 mai 2018, dans une voiture du diocèse surnommée « l’ambulance », il a sauvé 19 manifestants blessés qui avaient été touchés par des balles d’AK-47. Sur ordre du régime, les hôpitaux publics n’ont pas été autorisés à aider les blessés, en grande partie des étudiants.

« Ces jours-là, les gens assis sur les bancs de nos églises n’écoutaient pas l’Évangile, ils le vivaient », dit-il avec émotion.

L’Église défend le droit de manifester pacifiquement

Depuis septembre, et avec l’aide d’organismes internationaux, l’Église diocésaine a ouvert cinq bureaux pastoraux de Droits de l’homme, où elle vient en aide aux familles qui ont perdu des enfants pendant les manifestations, ainsi qu’aux personnes qui sont aujourd’hui persécutées pour avoir manifesté. Une cinquantaine de personnes sont actuellement emprisonnées sans procès équitable, et il y a des centaines de « disparus », tandis que 30.000 personnes se sont exilées au Costa Rica, et autant dans d’autres pays.

« Nous avons été accusés de cacher des armes, ce que nous n’avons jamais fait », déclare le prêtre. « Notre seule arme, c’était Jésus dans l’Eucharistie ».

Le nombre de personnes qui dépendent aujourd’hui de l’Église pour leur survie a triplé depuis le mois d’avril.

« Nous portons un petit bout de la Croix du Christ », dit-il. « Nous ne pourrions pas la porter en entier. Il nous y aide ».

La situation des évêques et de nombreux religieux au Nicaragua n’est pas simple. Leur attitude qui a consisté à ouvrir les portes des églises pour s’occuper des blessés, tant des étudiants que des policiers, ainsi que leur volonté de collaborer à un processus de dialogue national qui a échoué, a conduit à ce que beaucoup d’entre eux soient qualifiés par le parti au pouvoir de « putschistes » et de « terroristes ».

L’un d’eux est le Cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua, la capitale du pays. En dépit des difficultés, il n’a perdu ni son sourire ni sa foi.

Et, malgré son sourire, Mgr Brenes ne peut cacher son inquiétude pour l’avenir du Nicaragua, un pays qui a connu suffisamment de révolutions pour savoir que nombre des grandes idées qui convainquent les masses, tôt ou tard, finissent par être brisées par les abus de pouvoir d’une minorité.

La dernière révolution a commencé le 18 avril, même si beaucoup de Nicaraguayens s’accordent à dire que ça n’a été rien de plus que « l’étincelle qui a déclenché un feu qui couvait depuis longtemps ».

« L’Église accompagne le processus de dialogue mis en place après les manifestations, mais comme un service rendu au pays », affirme Mgr Brenes. « Ce qui nous intéresse, ce n’est pas le pouvoir, mais accompagner les efforts sans en attendre autre chose que le bien de la patrie. Lorsque les affrontements entre les forces nationales et les manifestants ont eu lieu, nous avons protégé tout le monde ».

Plus d’une fois, le cardinal a dû servir de médiateur entre le gouvernement et les manifestants, tant pour secourir les policiers qui avaient été enlevés, que pour que demander aux militaires qu’ils cessent de tirer sur les étudiants.

« Nous ne leur avons jamais demandé à quel camp ils appartenaient, nous avons simplement aidé tous ceux qui nous demandaient de l’aide », a-t-il dit, reconnaissant toutefois qu’ils auraient pu dénoncer l’usage de la violence par certains manifestants.

« À un moment, les deux parties ont fait preuve de violence, mais le gouvernement a fait un usage disproportionné de la violence », déclare-t-il. « La police antiémeute avait des fusils, tandis que les jeunes avaient des lance-pierres et des explosifs fait maison ».

Prier le Rosaire pour la paix

Le défi consiste maintenant à œuvrer à la réconciliation nationale, ce qui pourra prendre des générations, c’est pourquoi il ne s’attend pas à en être témoin. « Mais nous devons en jeter les bases ».

Malgré le défi, Mgr Brenes décide de s’accrocher à sa foi au lieu de perdre espoir, en étant de plus en plus convaincu du prophétisme de la phrase prononcée par le Pape Pie X qui a dit : « Donnez-moi une armée qui prie le rosaire tous les jours et nous changerons le monde ».

« Moi, je prie tous les jours. Le premier mystère pour le Nicaragua, le second pour la conversion du gouvernement, le troisième pour les mères qui ont perdu leurs enfants ou dont les enfants sont en prison, le quatrième pour les prisonniers politiques, et le cinquième pour le clergé ».

« Si nous croyons que la foi peut déplacer des montagnes, la prière du chapelet peut convertir les cœurs à la vraie réconciliation, guérir les cœurs blessés et chercher le bien de tous », dit Mgr Brenes. « Pouvez-vous prier pour le Nicaragua? »