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Maria Lozano

 

Récit de l’AED – pape François en Bulgarie

16.05.2019 in ACN International, Bulgarie, Maria Lozano

Au début du mois de mai, le dimanche matin cinq mai, Sa Sainteté le pape François a entamé son 29e voyage à l’étranger et atterri en Bulgarie. Au cours de ce séjour de deux jours, le pape s’est rendu à Sofia et à Rakowski. Les médias ont principalement mis l’accent sur les questions politiques et sociales telles que la migration ou la pauvreté. Mais le chef de l’Église catholique est aussi un pasteur et il a entrepris ce voyage en Bulgarie pour visiter des gens simples et pour renforcer cette minorité catholique.

Par Maria Lozano – ACN-International

« Pour moi, il est important que nos catholiques gagnent en assurance. C’était une rencontre chaleureuse dans la foi. Je crois que pour le pape également, il était important de voir la force de notre foi », explique le père salésien Martin Jílek de Stara Sagora en Bulgarie centrale. Cette ville est située à 230 km de la capitale, Sofia.

Les Bulgares s’identifient fortement à la foi chrétienne ; cependant, 80% d’entre eux appartiennent à l’Église orthodoxe, suivis des musulmans qui représentent environ un dixième de la population. Les catholiques, quant à eux, constituent une petite minorité. « Malgré tout, il régnait ici une grande euphorie. Selon les résultats d’un sondage effectué avant la visite pontificale, 54% de la population approuvent le pape et sa mission », affirme le missionnaire.

Pour beaucoup, l’attitude de l’Eglise orthodoxe, qui avait écrit dans une déclaration qu’elle ne voulait pas participer à une prière commune avec le Saint-Père, a assombri la joie des jours précédents. Cependant, le Père Jílek est persuadé « que cela ne reflète pas l’opinion de tous les orthodoxes. Les Bulgares sont des gens ouverts et tolérants. » Malgré tout, il faut être patient. L’œcuménisme n’a pas encore pris racine. « Sur le plan personnel, nous avons de bonnes relations avec des prêtres orthodoxes. En outre, presque deux millions de Bulgares vivent à l’étranger et connaissent l’Église catholique, en particulier en Europe occidentale. Normalement, notre expérience est très positive. »

Jean XXIII : le « pape bulgare »

Beaucoup de gens à l’étranger ont été surpris par le choix de la devise « Paix sur la terre » parce qu’actuellement la Bulgarie n’est pas connue en Occident pour la violence, comme d’autres pays des Balkans, ou pour la guerre, comme en Ukraine. Le Père Jílek explique les raisons qui sous-tendent le choix de la devise : « Paix sur la terre était l’intitulé de l’encyclique ‘Pacem in terris’, écrite par Sa Sainteté le pape Jean XXIII. Il était nonce en Bulgarie de 1925 à 1935. C’est pourquoi nous disons qu’il était un pape ‘bulgare’ ».

La devise montre plutôt que la Bulgarie peut être un modèle pour d’autres, depuis de longues années, toutes les religions et cultures y cohabitant dans la paix. Il existe également de nos jours diverses minorités en Bulgarie. Les Roms* constituent la plus grande d’entre elles. Leur proportion augmente et les tensions sont de plus en plus fortes. « Par exemple, depuis trois ans déjà, 40% des enfants de première année en Bulgarie sont des enfants Roms. Bien évidemment, il s’agit là d’un chiffre considérable et d’un grand défi. Il faut chercher des voies pour une bonne éducation. Il n’y a pas de solution rapide. Seuls les hommes politiques radicaux proposent des solutions rapides. » Il est bon de réfléchir à cette devise car « la paix est toujours possible, mais il faut s’efforcer tous les jours de la préserver. Si nous pensons que la paix va de soi, nous risquons de la perdre », souligne le prêtre d’origine tchèque, qui s’occupe d’adolescents et d’enfants des quartiers pauvres, et notamment d’enfants Roms.

Là où Dieu s’exprime

Ceux-ci ont également éprouvé une grande joie lors de la visite pontificale. « Au début, beaucoup d’enfants ont demandé innocemment si le pape se rendrait également dans notre ville de Stara Zagora. C’était très sympathique. » Venus de la paroisse du Père Jílek, une centaine de fidèles sont allés à Sofia, tandis que quarante personnes se sont rendues à Rakowski, avec, parmi elles, une vingtaine de garçons des quartiers Roms. « C’était, bien sûr, une bonne occasion d’évangélisation ». On pourrait dire que presque tous les Bulgares – y compris les Roms – sont croyants. « Parfois, il s’agit certes de superstitions, voilà pourquoi ils ont besoin d’un soutien fort sur la voie de la foi, mais la base est bien présente. »

Malheureusement, aucun enfant de Stara Zagora n’a participé à la cérémonie de la première communion dans l’église du Sacré-Cœur à Rakowski. « Nous avons un groupe composé de dix adolescents et de jeunes familles, qui sont en train de se préparer, mais ils ne sont pas encore vraiment prêts et nous ne voulions pas seulement avoir une fête avec de belles photos », déclare le prêtre.  L’immense joie était au rendez-vous malgré tout, car à Sofia, « des adolescents ont pu apporter leur aide durant la messe comme volontaires. » Tous les participants sont rentrés chez eux pleins d’enthousiasme. « Le pape nous a également fait une surprise. Après la messe, il s’est rendu de manière inattendue auprès des jeunes et a prononcé quelques phrases. Les jeunes avaient appelé le pape à très haute voix et c’est alors qu’il s’est rendu auprès d’eux et leur a dit qu’il était important de créer le silence en son propre cœur pour pouvoir écouter, car en effet, c’est là que Dieu s’exprime. Mais maintenant, ils pouvaient continuer à faire beaucoup de bruit. »

PopeSpeakingtotheYoung-Impromptu

Le Père Martin tient à remercier les bienfaiteurs de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) pour leur soutien dans un grand projet : la construction d’une nouvelle église et d’un centre de formation. « En particulier pour les enfants Roms, mais aussi pour tous les Bulgares ». Dans deux ans, il aimerait ouvrir une école primaire. « Nous sommes très reconnaissants de pouvoir ressentir l’Église en tant qu’Église universelle. Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’une aide financière, mais aussi d’un soutien spirituel. Et qui sait, peut-être qu’un beau jour, nous enverrons des prêtres et des religieuses bulgares comme missionnaires dans le monde. C’est la dynamique du Saint Esprit. »

*Roms ou romanichels, également nommés gitans, bohémiens, tziganes ou bien manouches. Il est estimé qu’ils sont 14 millions dans le monde dont huit à dix millions en Europe.

 

Mozambique AED-Nouvelles Le pape François est attendu en septembre !

03.04.2019 in ACN International, AFRIQUE, Maria Lozano, Mozambique

Mozambique AED-Nouvelles
Le pape François est attendu en septembre !
Montréal, 2 avril 2019 – C’est mercredi dernier le 27 mars que le bureau de presse du Saint-Siège a annoncé les dates de la visite du pape François au Mozambique : du 4 au 10 septembre 2019. Le Saint-Père visitera non seulement ce pays qui vient d’être frappé brutalement par le cyclone Idai, mais aussi Madagascar et l’île Maurice, qui se situent à proximité.

L’Église du Mozambique attend la visite papale avec beaucoup d’impatience. Monseigneur Adriano Langa, évêque du diocèse d’Inhambane, dans le sud du Mozambique, a expliqué à la l’Aide à l’Église en Détresse (AED) qu’en septembre 2018, le président de la République du Mozambique s’est rendu au Vatican et a invité le pape François à visiter son pays, réitérant ainsi une invitation que les évêques lui avaient déjà lancée. Le pape avait répondu : « oui, si ma santé est bonne ».
Ce sera la deuxième fois qu’un pape se rend au Mozambique, après la visite historique de saint Jean-Paul II en 1988. « Nous sommes tous prêts à [organiser] et aussi à préparer les fidèles. C’est notre souhait. Qui ne voudrait pas que le pape vienne dans son pays ? », a déclaré Mgr Langa.
Pour sa part, Mgr Claudio Dalla Zuanna, archevêque de Beira – ville du centre-est du pays qui a énormément souffert du cyclone Idai – a rapidement transmis la nouvelle à ses fidèles, dans un communiqué que l’AED a également reçu : « Aujourd’hui, 27 mars, nous avons reçu la bonne nouvelle de la visite du pape François dans notre pays en septembre prochain. Bien que la visite ait déjà été planifiée avant le passage du cyclone, beaucoup de gens se demandent maintenant si le pape viendra nous rendre visite à Beira pour nous réconforter. Nous espérons que cela se produira ».

Martyrs de Guiúa
Le rêve de nombreux Mozambicains est que l’ordre du jour pontifical comprenne un déplacement au centre catéchétique de Guiúa. Cela semble toutefois peu probable, parce qu’il se trouve dans le diocèse d’Inhambane, très éloigné de la capitale Maputo, point central de la visite du pape François. Le centre catéchétique raconte l’histoire du martyre de plus d’une vingtaine de catéchistes mozambicains, victimes de l’un des épisodes les plus violents de la guerre civile.

« L’étape diocésaine du processus de béatification vient de s’achever en mars », explique Mgr Langa, soulignant que Guiúa constitue une référence dans la vie chrétienne du pays. « Guiúa dispose d’un sanctuaire consacré à Marie, Reine des martyrs, qui est un mémorial du souvenir de cet événement dramatique du massacre des catéchistes, et un lieu de pèlerinage », explique le prélat. Des milliers de personnes s’y rendent chaque année, démontrant ainsi l’énorme dévotion du peuple mozambicain à la Vierge. « Nous demandons à Marie de porter ses enfants dans ses bras devant l’autel ». L’attente d’une rapide reconnaissance par le Saint-Siège du martyre des catéchistes de Guiúa « est très grande ».

Merci beaucoup à l’AED !
Malgré les séquelles de la guerre, de la violence et la catastrophe naturelle récente qui a ravagé le pays, le Mozambique et son Église continuent de faire preuve d’une grande vitalité, et le diocèse d’Inhambane en est un exemple. « Il y a des vocations dans notre séminaire. Pour la première fois depuis son ouverture, nous comptons 30 futurs prêtres. Nous n’en avons jamais eu autant auparavant. Malheureusement, la maison dans laquelle ils sont logés était une maison paroissiale comptant très peu de chambres ».
La volonté d’améliorer la structure physique du séminaire d’Inhambane est l’une des raisons qui ont conduit le prélat à rendre visite au siège international de l’Aide à l’Église en Détresse. Il s’agit d’un projet concret qui peut devenir réalité grâce à la générosité des bienfaiteurs de l’organisme international de charité et dont Mgr Langa a déjà fait l’expérience dans le passé à travers différents projets d’aide : « Je suis venu dire merci à tous les bienfaiteurs qui donnent vie à cette Fondation, et qui nous donnent vie à nous aussi. De fait, il y a beaucoup de projets que nous réalisons et beaucoup de moyens dont nous bénéficions, tels que des véhicules que nous utilisons dans le diocèse, qui viennent de l’AED. Tout cela a été possible grâce à votre œuvre qui nous aide à annoncer l’Évangile. Aide à l’Église en Détresse nous a donné des jambes, nous a donné des bras, nous a donné des yeux et nous a donné une bouche pour proclamer l’Évangile. Merci beaucoup ! ».

Maroc – Entretien AED L’Église y est « bonne Samaritaine ! »

29.03.2019 in ACN International, AFRIQUE, Maria Lozano, Maria Lozano, Morocco

Maroc
Entretien de l'AED
L'Église est une "bonne Samaritaine"

Apprenons à mieux connaître le pays où le Pape François se rendra fin mars

À l’occasion d’une émission télévisée produite par Aide à l’Église en Détresse (AED), María Lozano a interviewé Mgr Cristóbal López Romero, évêque de Rabat. Salésien de Don Bosco, Mgr López Romero raconte ce que cela signifie de vivre et de travailler dans cet État d’Afrique du Nord.

L’universalité de l’Église catholique est visible en de nombreux endroits où le christianisme est minoritaire, par exemple au Maroc, un pays qui compte 37 millions d’habitants, avec 99,9% de musulmans et seulement 0,08% de catholiques.

Là-bas, une Église petite en nombre, mais grande dans ses activités assume son travail pastoral pour les fidèles catholiques. Mais surtout, elle s’engage en faveur de la frange la plus défavorisée de la population marocaine et des milliers de jeunes d’Afrique subsaharienne qui traversent le désert à la recherche d’un avenir dans une Europe qu’ils idéalisent. C’est là, à la lisière entre l’Afrique et l’Europe, que se rendra Sa Sainteté le pape François les 30 et 31 mars sur invitation du roi Mohamed VI et des évêques du pays qui l’ont convié à Rabat et à Casablanca.

 « L’Église catholique existe bien au Maroc », affirme l’évêque dans un élan de fierté tout au début de l’entretien. « C’est une Église vivante et jeune, riche en grâces et empreinte du désir fervent de témoigner. » Ce pays du Maghreb a deux cathédrales, dont l’une se trouve à Tanger, et l’autre à Rabat. La première date de l’époque du protectorat espagnol, la seconde de celle du protectorat français. L’évêque poursuit dans sa narration : « Dans nos églises, il y a plus de personnes jeunes que de personnes âgées, plus d’hommes que de femmes et plus de Noirs que de Blancs. » Au Maroc, l’Église se compose principalement de fidèles étrangers originaires de plus de cent pays différents. Ils travaillent généralement dans des entreprises qui ont des succursales au Maroc.

Par ailleurs, nombre d’entre eux sont originaires de pays subsahariens, comme le Congo, le Sénégal ou la Côte d’Ivoire. Ces chrétiens viennent au Maroc pour y faire des études et trouvent dans l’Église catholique le « cocon spirituel » qu’ils recherchent. Les religieux catholiques qui travaillent dans le pays viennent également de plus de quarante nations différentes. À ce sujet, Mgr López Romero explique « qu’être catholique signifie être universel ». Cette universalité implique que les êtres humains laissent de côté leurs particularités individuelles et se concentrent sur leurs points communs : « Nous nous focalisons sur ce qui est important, ce qui est essentiel. Les différences nous enrichissent, nous nous ouvrons les uns aux autres, et nous percevons les différences comme autant de chances, et non comme des problèmes. »

L’Église est une « bonne Samaritaine »

Questionné sur les raisons pour lesquelles les jeunes gens fuient l’Afrique, Mgr López Romero explique que la majorité des jeunes migrants sont principalement motivés par des raisons économiques. Ils fuient la pauvreté et le chômage, mais beaucoup d’entre eux fuient également la guerre, les combats, les persécutions ou les catastrophes naturelles. Selon l’évêque de Rabat, le problème de la migration des Africains sera difficile à résoudre tant que, « en Europe, on continuera à jeter à la poubelle 30% des denrées alimentaires produites et de vivre dans l’abondance et le luxe » tout en exigeant en même temps que ceux « qui vivent dans la misère se soumettent à leur sort sans rien entreprendre », et tant que la société ne prendra pas conscience de ce comportement. « L’Europe qui protège ses frontières pour ne pas devoir partager ce qui appartient à tous et que l’Europe s’est appropriée, ce qui relève d’un comportement peu chrétien, et même inhumain », s’indigne le religieux. Il rappelle aussi les paroles du Pape François : « Le capitalisme tue ». « Au lieu d’apporter de l’aide, nous devrions payer pour les matières premières que nous exploitons. Faisons le nécessaire pour que les groupes multinationaux payent leurs dettes fiscales ». Il demande que l’Afrique ne soit pas aidée « par des miettes, mais par la justice et des plans de développement ». « Sans amour, nous ne sommes rien, et sans justice, nous sommes encore moins. »

L’évêque revient sur son sujet précédent et poursuit : « Le jeune Marocain est emprisonné dans son propre pays ». En raison de sa situation géographique, le Maroc souffre du fait qu’il n’y a pas de sortie réaliste du pays. Au sud, il y a l’immense désert du Sahara, à l’ouest, l’Océan Atlantique, à l’est, l’Algérie – et la frontière de ce pays est fermée à cause de la guerre. Quant au nord, il y a l’Europe. « Beaucoup de jeunes gens marocains demandent en désignant l’Espagne : Pourquoi peuvent-ils venir ici, et moi je n’ai pas le droit d’y aller ? »

La liberté de culte existe-t-elle au Maroc ?

C’est une vraie question à laquelle sera confronté le Pape François lors de son voyage. Comme le constatait l’AED dans son édition 2018 du Rapport sur la liberté religieuse dans le monde, le Royaume du Maroc est un État musulman souverain en vertu de sa Constitution. L’article 3 de la Constitution marocaine stipule que « L’Islam est la religion de l’État, qui garantit à tous le libre exercice des cultes. »

Cependant, la Constitution elle-même interdit aux partis politiques d’apporter des modifications législatives ou constitutionnelles contraires à l’islam. En ce qui concerne la liberté de culte, le Parlement européen reconnaît que celle-ci est certes ancrée dans la Constitution marocaine, mais que « les chrétiens et surtout les musulmans qui se sont convertis au christianisme font face à de nombreuses formes de discrimination et ne sont pas autorisés à mettre les pieds dans une église. » En vertu du Code pénal marocain, il est interdit aux non-musulmans de convertir des musulmans ou « d’ébranler leur foi ». La distribution de publications religieuses non islamiques est également soumise à des restrictions de la part des autorités.

 

Par Mónica Zorita et Maria Lozano, ACN-International. Révision française au Canada : Mario Bard, AED-Canada.

29 mars 2019

Burkina Faso – Situation alarmante pour les chrétiens – AED-Informations

22.02.2019 in AFRIQUE, Maria Lozano

Burkina Faso
Situation alarmante pour les chrétiens

Chapelles fermées, communautés abandonnées : les chrétiens du Burkina Faso de plus en plus effrayés 

« Le véhicule revenait d’une réunion au Togo quand, quelques kilomètres après avoir franchi la frontière, il est tombé dans une embuscade de terroristes qui venait de tuer quatre policiers et brûler un poste de douane. Les hommes armés ont arrêté le véhicule, ils ont fait descendre ses passagers, mis le prêtre de côté et lui ont tiré une balle dans la tête ». C’est ainsi que le Père Jacob Lompo, économe du diocèse de Fada N’Gourma, raconte à l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) l’assassinat du missionnaire Antonio Cesar Fernandez.

Maria Lozano, ACN-International

Les événements se sont déroulés vendredi 15 février, alors que le prêtre espagnol de 72 ans revenait au Burkina Faso avec deux autres prêtres salésiens – qui sont sortis indemnes de l’attaque.

« C’est la première fois que quelque chose de semblable se produit dans la région. On n’avait jamais rien vécu de tel. Mais il est vrai que dernièrement, on avait constaté des mouvements inquiétants de groupes de terroristes », a déclaré une autre source proche de l’Église locale préférant rester anonyme pour des raisons de sécurité. « Il y a des zones limitrophes du diocèse de Tenkodogo, comme Fada N’Gourma, où les messes ne peuvent plus être célébrées en raison des pressions et du harcèlement exercés dans certains villages ».

Le Père Lompo confirme cette situation à l’AED en précisant que « plusieurs communautés et chapelles ont dû fermer parce que des groupes djihadistes sont passés dans des villages en menaçant les habitants pour qu’ils se convertissent à l’Islam »

600 écoles et collèges fermés de force

Le meurtre du Père est un épisode de plus dans la chaîne tragique des événements qui affectent le pays. « Beaucoup de chrétiens effrayés ont fui. Le curé a dû aller à la recherche de catéchistes intimidés pour les transférer dans des lieux plus sûrs. Une congrégation de religieuses a dû elle aussi être déplacée parce que les sœurs avaient peur », dit le Père Lompo.

Cette situation menaçante touche principalement le nord, l’est et la région du Sahel, où, selon le Père Lompo, « 600 écoles et collèges publics ont dû être fermés à cause des menaces terroristes ».

« Les nouvelles les plus terribles de ces derniers mois provenaient du diocèse de Fada N’Gourma, surtout à la frontière nigérienne, où l’insécurité est grande, en particulier dans la zone de la jungle. La récente attaque et l’assassinat du Père Antonio Cesar dans le sud, plus près de la frontière avec le Ghana et le Togo, sont vraiment préoccupants », explique Rafael D’Aqui, chef de projet de l’AED pour le Burkina Faso.

« Si l’on observe du point de vue géographique le problème de l’insécurité et de la radicalisation qui existait à la frontière avec le Mali, il s’est propagé vers l’est, à la frontière avec le Niger, et l’année dernière il a également atteint le sud-est du pays – par exemple les zones proches de Pama, où nous avons été informés de la radicalisation islamique et de l’insécurité frappant la communauté chrétienne. Mais le meurtre du prêtre salésien le 15 février a eu lieu à 130 km de là. Il semble que les terroristes soient en train d’encercler les frontières du Burkina Faso. C’est quelque chose de nouveau et vraiment alarmant », explique Rafael D’Aqui.

« Le meurtre d’un religieux qui avait donné sa vie pour aider au développement du pays et travailler avec les jeunes et qui aimait ce pays où le travail social de l’Église catholique dans l’éducation et la santé est important pour tous, pas seulement pour les chrétiens, est particulièrement choquant. J’en souffre beaucoup. Cette attaque n’affecte pas une seule personne, mais l’ensemble du pays », déclare le responsable de l’AED qui s’est récemment rendu en visite au Burkina Faso pour voir les projets d’aide de l’œuvre pontificale. Il conclut en appelant à prier : « il faut demander la paix et la fin de cette situation qui génère une psychose nuisible au pays ».

Pakistan – Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde – AED-Informations

16.02.2019 in ACN International, Adaptation Mario Bard, Asie, Chrétiens Catholique, Informations, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, liberté religieuse, Maria Lozano, Pakistan, Par Marta Petrosillo, Persécution, Voyagez avec AED

Pakistan : « Mon mari est innocent ! »

La Colony Jospeh. En mars 2013, plus de 3000 personnes ont détruit près de 300 maisons et deux églises. Elles étaient en colère après l’accusation de blasphème contre Sawan Masih.

 Les nombreux cas « Asia Bibi » ignorés du monde

Au Pakistan, 224 chrétiens ont été victimes de la loi contre le blasphème depuis son adoption en 1986. C’est ce qu’a déclaré Cecil Shane Chaudhry, directeur exécutif de la Commission nationale Justice et Paix du Pakistan (NCJP), à une délégation de l’Aide à l’Église en Détresse en visite au Pakistan.

Par Marta Petrosillo et Maria Lozano, ACN-International 

Alors qu’’Asia Bibi, une mère chrétienne accusée de blasphème, a définitivement été libérée le 29 janvier, une étude de la commission présentée à l’AED indique qu’il y aurait actuellement 25 cas de chrétiens qui souffrent encore en prison. Et 23 chrétiens ont également été tués pour blasphème entre 1990 et 2017.

Les deux paragraphes B et C de l’article 295 du Code pénal pakistanais constituent la Loi contre le blasphème. Le paragraphe 295B stipule la peine d’emprisonnement à perpétuité pour ceux qui diffament le Coran ; en vertu de l’article 295C, la peine de mort sanctionne toute profanation du nom du prophète Mahomet.

« Pour les fondamentalistes, la loi contre le blasphème constitue une arme puissante afin d’exercer le pouvoir, utilisée au dépend des minorités, et elle est souvent utilisée à des fins de vengeance personnelle » explique Cecil Chaudhry. « Et lorsque c’est un chrétien qui est accusé, les conséquences concernent l’ensemble de la communauté. »

Cecil Chaudhry, Directeur de la Commission nationale pour la justice et la paix du Pakistan. 

C’est exactement ce qui s’est passé en mars 2013 dans le quartier chrétien Joseph Colony à Lahore. Le jeune chrétien Sawan Masih avait été accusé d’avoir offensé le prophète Mahomet. « Après la prière du vendredi 9 mars, une foule en furie composée de 3 000 musulmans a incendié et brûlé tout le quartier, détruisant presque 300 habitations et deux églises », raconte le Père Emmanuel Yousaf, président du NCJP à la délégation de l’AED lors de sa visite du quartier. Entre-temps, grâce à l’aide du gouvernement, le quartier a pu être reconstruit et restitué aux chrétiens.

Alors que les 83 meneurs de l’incendie criminel ont tous été acquittés et remis en liberté, Sawan Masih a été condamné à la peine de mort en 2014 et attend toujours son audience e

n appel. « Les audiences sont sans cesse repoussées à plus tard », déclare l’avocat Me Tahir Bashir. « La dernière audience avait été fixée au 28 janvier, mais le juge n’est simplement pas venu. Maintenant, la prochaine audience est prévue le 27 février. »

Comme dans l’affaire Asia Bibi, nombreuses sont les irrégularités dans le cas de Sawan Masih. Les accusations portées contre lui ont été faites par un de ses amis musulmans, Shahid Imran, suite à une dispute entre les deux hommes. Ce n’est que deux jours plus tard que deux témoins ont comparu, qui n’étaient même pas présents au moment de la prétendue offense envers Mahomet. « Les accusations contre Sawan Masih sont instrumentalisées », affirme le Père Yousaf  à l’AED. « En vérité, il s’agit d’évincer les chrétiens de ce quartier très prisé de la ville, apprécié parce qu’il est à proximité des aciéries. »

Des membres de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP), créée en 1985 par la Conférence des évêques catholiques du Pakistan. Elle fournit des services dans le domaine de la défense des droits de l’homme. Depuis 1990, la Commission défend les cas de blasphème contre les musulmans, les chrétiens et les hindous et fait campagne pour l’abolition des lois sur le blasphème. L’équipe de la Commission nationale pour la justice et la paix (NCJP).

Entre-temps, Sobia, l’épouse de Sawan Masih, élève ses trois enfants toute seule. « Je ne sais pas pourquoi ils accusent mon mari », dit-elle à l’AED. « Tout ce que je sais, c’est que l’homme qui a porté plainte contre lui était de l’un de ses amis, avec lequel il s’était disputé. Sawan est innocent ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Cameroun – L’Église continue à parler malgré les menaces – AED-Entrevue

15.02.2019 in ACN International, AED Canada, AFRIQUE, Afrique, By Thomas Oswald, Cameroun, Cameroun, Entrevue AED, Maria Lozano, Mario Bard, Voyagez avec AED

Cameroun 

La parole de l’Église n’est pas la bienvenue

Les zones anglophones du Cameroun sont continuellement secouées par le conflit qui oppose les groupes séparatistes anglophones au gouvernement central francophone. Dans ce contexte de lutte fratricide, l’Église tente de renouer le dialogue entre les parties. Mgr Emmanuel Abbo, 49 ans, évêque de Ngaoundéré, francophone, et Mgr Michael Bibi, évêque auxiliaire de Bamenda, anglophone, témoignent de la situation de leur pays. Aide à l’Église en Détresse (AED) s’est entretenue avec eux. Propos recueillis par Thomas Oswald.

Photo plus haut : séminariste tué le 4 octobre dernier Akiata Gerard Anjiangwe sans aucun autre motif que celui de faire peur à l’Église et de la taire dans son désir d’aide à pacifier le pays.

*** 

Mgr Emmanuel Abbo: « Les nouvelles ne sont pas rassurantes ».

AED : Peut-on parler de « guerre civile » dans les zones anglophones ?

Mgr Michael Bibi : Les élections du mois d’octobre 2018 auraient dû permettre aux populations de cette région de s’exprimer par la voie démocratique. Dans les faits, les choses sont plus compliquées, car il y a un très grand nombre de déplacés internes, et que très peu de Camerounais ont pu effectivement voter. Les conditions ne sont malheureusement pas réunies pour un exercice démocratique apaisé. Or, c’est pourtant par le dialogue franc, inclusif, que nous pourrons sortir de cette crise. Pour le moment, on n’entend que les autorités religieuses !

Mgr Emmanuel Abbo : Je ne suis pas sur place, mais les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas rassurantes. Nous recevons vraiment des informations très variées donc on ne peut pas se prononcer objectivement.

 

AED : À plusieurs reprises, l’Église camerounaise a tiré la sonnette d’alarme pour avertir de la situation des clercs, prêtres et religieux, qui se situent dans ces zones anglophones. Quel rôle peut-elle jouer ? 

Mgr Michael Bibi : L’Église est en première ligne. Un prêtre et un séminariste ont été abattus en région anglophone. Concernant ce dernier, ce fut une véritable exécution, mise en scène devant son église, en présence des paroissiens. Et ces deux cas ne sont malheureusement pas isolés. Je reçois des nouvelles inquiétantes de beaucoup de religieux qui se font tirer dessus, kidnapper et rançonner. J’ai moi-même été arrêté, mais ils m’ont relâché quelques heures après.

Je peux témoigner que le clergé qui demeure en zone anglophone est particulièrement menacé. Pourtant, nous parlons vrai : nous disons la vérité ! Nous disons aux jeunes de rester à l’école et de ne pas rejoindre les milices, que cela ne mène à rien, et les milices nous accusent de faire le jeu du gouvernement. Nous dénonçons aussi l’action de l’armée gouvernementale, nous demandons à ce que la région soit démilitarisée, et du coup nous sommes catalogués comme prorebelles par les autorités ! Notre parole de vérité n’est pas la bienvenue dans ce conflit fratricide. La vérité c’est que les deux camps tuent, et ne font qu’ajouter de la violence à la violence.

Mgr Emmanuel Abbo : L’Église apporte une contribution pour la résolution des conflits et pour le maintien de la paix. La conférence épiscopale prend des initiatives, mais nous préférons opérer en silence pour approcher les parties en conflit et trouver des solutions adaptées, car la médiatisation risque de nuire à la réussite de ces initiatives.

 

AED : Comment se porte l’Église dans votre pays ?

Mgr Michael Bibi : Grâce à Dieu, la foi des Camerounais est puissante. La messe dominicale est suivie avec ferveur, et nous avons des vocations sacerdotales. Il faudrait à présent que nos dirigeants soient, eux aussi, illuminés par cette foi.

Mgr Michael Bibi: « Or, c’est pourtant par le dialogue franc, que nous pourrons sortir de cette crise. »

Mgr Emmanuel Abbo : Mon diocèse a été évangélisé il y a à peine soixante ans. Les Oblats de Marie Immaculée, d’origine française, sont arrivés dans les années 50. Trois éléments donnent à espérer. Les prêtres de mon diocèse sont très jeunes, très dynamiques, avec qui j’entretiens une excellente collaboration ; nous avons une présence religieuse qui partage nos préoccupations pastorales et, malgré la pauvreté ambiante, nous avons des fidèles qui sont prêts à faire ce dont ils sont capables pour que notre Église aille de l’avant.

 

Nous rencontrons des défis énormes. Sur le plan pastoral, le diocèse ne dispose pas de suffisamment de prêtres – j’ai donc fait appel à des prêtres fidei donum – et nous n’avons pas assez de ressources humaines et matérielles. Sur le plan social, nous souhaitons reconstruire nos écoles et centres de soins, en dur. Sur le plan du développement, nous souhaitons accompagner notre population, très pauvre, en organisant des associations, ou des coopératives. Une des priorités du plan pastoral est la construction d’un centre pastoral diocésain, destiné à abriter les formations que nous souhaitons organiser pour former nos 343 catéchistes et 57 prêtres.

 

AED : Que souhaitez-vous dire à nos bienfaiteurs ?

Mgr Michael Bibi : Nous avons besoin des prières de l’Aide à l’Église en Détresse. Nous avons aussi besoin d’une aide concrète pour les victimes du conflit de la région anglophone, conformément à la parole de Jésus : « J’avais faim, vous m’avez nourri, j’étais nu, vous m’avez vêtu ».

Mgr Emmanuel Abbo : Je veux leur dire merci pour leur générosité, ils nous sont d’un grand soutien dans nos diocèses, particulièrement au Cameroun, car l’AED nous soutient beaucoup dans nos projets pastoraux. Soyez encore plus généreux, car nos soucis et nos préoccupations sont croissants.

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Une belle nouvelle de l’AED pour un autre évêque, Mgr Georges Nkuo: 

Ayant été informé de notre décision de financer différents projets dans son diocèse de Kumbo, Mgr George Nkuo nous écrit un message de remerciement :

« Vous avez attribué des bourses pour nos 110 grands séminaristes, pour notre bureau responsable de la pastorale des familles, pour les novices des Sœurs Tertiaires et pour les Frères de Saint-Martin de Porres. Je tiens à vous remercier sincèrement de votre aimable considération.

Ces subventions arrivent à un moment où l’Église de notre province ecclésiale traverse une période très difficile et où notre revenu local a été sérieusement affecté à cause de la guerre qui sévit dans nos régions. Aussi, vous pouvez imaginer le soulagement que votre aide a apporté à nos diverses communautés.
Je m’empresse d’écrire en leur nom pour vous dire « Merci ! ».

Encore une fois merci et que Dieu continue à vous bénir, vous et nos bienfaiteurs.

+George »


 

Philippines – L’Église de Jolo combat les forces du mal – Aide à l’Église en Détresse

11.02.2019 in ACN International, adaptation : Mario Bard, AED Canada, Asie, Entrevue AED, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Maria Lozano, Maria Lozano, Mario Bard, Philippines, Voyagez avec AED

Philippines

L’Église de Jolo combat les forces du mal

« Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser».


Une petite ville isolée militairement. Une guerre totale qui se déroule dans la municipalité voisine contre des extrémistes violents. Des familles endeuillées après avoir enterré leurs morts et des blessés en train de se rétablir dans différents hôpitaux, dont certains d’entre eux ont dû être amputés. Et une Église locale, celle du vicariat apostolique de Jolo, qui fait tout son possible pour insuffler de l’espérance à la minorité chrétienne, tandis que les musulmans rassemblent leurs membres pour manifester leur fermeté et redire leur solidarité avec la minorité chrétienne. Le tout, dans un climat de peur et de douleur.

Le plafond suspendu de la cathédrale a été endommagé par la force de l’explosion.

C’est le bilan dressé par la délégation de l’Aide à l’Église en Détresse-Philippines, venue en visite dans la capitale de l’île de Jolo, cette ville appauvrie de la province de Sulu. L’AED a voulu exprimer sa solidarité aux victimes, neuf jours après le double attentat à la bombe dans la cathédrale Notre-Dame du Carmel [27 janvier] dont le bilan final est de 23 morts et de 112 personnes blessées.

Découragement

La nouvelle de l’arrestation des auteurs présumés ne parvient pas à remonter le moral des habitants. Ainsi, le rassemblement préparé pour rendre hommage aux victimes n’a réussi, malgré sa bonne organisation et le haut niveau de sécurité, qu’à rassembler une petite partie de ceux à qui il était destiné, beaucoup de gens ayant préféré rester à la maison. Certaines familles pensent sérieusement quitter Jolo pour toujours, car les attentats sont « la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». Leur résistance est à bout, après des années de menaces, d’enlèvements, de meurtres et de harcèlement, perpétrés par ce qu’ils appellent « les forces du mal ».

Les « forces du mal », ce sont des extrémistes musulmans, la plupart d’entre eux partisans d’Abou Sayyaf, qui terrorisent les minorités chrétiennes depuis des années. Parmi leurs crimes, il y a l’assassinat de Mgr Benjamin de Jésus en février 1997 dans la cathédrale, celui de deux autres prêtres, le Père Clarétain Roel Gallardo, enlevé, torturé et assassiné en 2002, et le Père Rey Roda, Oblat de Marie Immaculée (OMI), en 2008. Les victimes de la violence ne sont pas seulement des chrétiens ; les terroristes enlèvent aussi des musulmans dans l’intention d’obtenir des rançons pour financer leurs actions.

Des sources interrogées par l’AED désignent comme auteurs du dernier attentat perpétré au siège du Vicariat apostolique de Jolo, des membres d’une faction d’Abu Sayyaf, composée de narcotrafiquants: Ajang Ajang.

Toutefois, le message de l’armée, du gouvernement local, des chefs traditionnels, ou des partenaires laïcs auxquels l’AED rend visite est toujours le même : « la persécution n’est pas commise par des musulmans, mais par une petite minorité d’extrémistes violents ».

Chrétiens et musulmans : rester unis face à la violence

« Aucune balle ou bombe ne peut détruire la relation harmonieuse entre musulmans et chrétiens à Jolo », a déclaré le Père Romeo Saniel, OMI, qui vit sur l’île depuis 18 ans et qui a été nommé administrateur apostolique du Vicariat apostolique de Jolo il y a quelques semaines. En tant que pasteur d’une petite minorité (1% d’une population totale de 120 000 habitants), il est vénéré et admiré par le peuple pour son engagement à assurer une éducation de qualité et un avenir à la jeune génération des Tausugs (groupe ethnique local de Sulu), et pour son courage et sa détermination à toucher le cœur des anciens combattants du Front islamique de Libération Mora.

« La seule façon de parvenir à une paix durable est que les musulmans et les chrétiens restent unis. Nous ne permettrons pas à cette tragédie de nous diviser et de nous isoler du reste du pays », a déclaré Datu Sakul Tan, considéré comme l’homme le plus influent de tout Jolo, patriarche d’un puissant clan politique. L’homme a étudié dans une école catholique et est convaincu de l’importance et de la qualité de l’éducation offerte par l’Église aux habitants.

Le directeur de l’AED-Philippines Jonathan Luciano et le vicaire apostolique Père Romeo Saniel, Oblat de Marie Immaculée (OMI).

Les besoins sont clairement formulés par le clergé et les laïcs. Et même si les forces armées philippines tentent d’éliminer le groupe Abou Sayyaf par la force, tout le monde s’accorde à reconnaître que cela ne peut garantir la paix, car ceux qui meurent seront simplement remplacés par la jeune génération.

Trouver des solutions contre l’extrémisme

Le Père Saniel et Datu Sakul Tan convient qu’il est nécessaire à long terme d’offrir aux jeunes des programmes de prévention de l’extrémisme violent par le biais de l’éducation formelle, de campagnes de sensibilisation, du développement du sport et de la création d’emplois permettant aux jeunes d’assurer leurs moyens de subsistance.

D’autre part, le Père Jeff Nadua, OMI, recteur de la cathédrale, souligne la nécessité de renforcer tout d’abord la communauté chrétienne, avant de réparer la cathédrale. « Nous devons aider nos chrétiens à se remettre de ce traumatisme et à voir tout cela dans la perspective de la foi. Ensuite, nous pourrons concentrer nos énergies sur la reconstruction de la cathédrale qui est gravement endommagée par le double attentat ».

Le directeur national de l’AED aux Philippines, Jonathan Luciano, a effectué une visite de solidarité au vicariat apostolique de Jolo les 4 et 5 février 2019. Il a visité la cathédrale Notre-Dame du Carmel, gravement endommagée, et a parlé avec l’administrateur apostolique, le Père Romeo Saniel, OMI, ainsi qu’avec quelques proches des victimes.

Texte : Frère Reynaldo Bardino et Maria Lozano.

 


 

Venezuela – Appel à prier pour le pays ce dimanche 10 février!

08.02.2019 in ACN Canada, ACN International, Adaptation Mario Bard, Amérique du Sud, Maria Lozano, Prière, Venezuela, Voyagez avec AED

Venezuela

Appel à prier le dimanche 10 février

Dans un communiqué conjoint publié le lundi 4 février, la Conférence épiscopale vénézuélienne, la Conférence des religieux et religieuses et le Conseil national des laïcs du Venezuela se déclarent soucieux « d’éviter de plus grandes souffrances au peuple », tout en espérant un changement dans le cours politique et démocratique que vit le Venezuela.

Photo : María Alejandra Mora (SoyMAM)

« Avec détermination et espoir », ils aspirent à la recherche « d’un changement politique par le biais d’un processus de transition pacifique et transparent, conduisant à des élections libres et légitimes pour reprendre le cours démocratique et parvenir au rétablissement de l’État de droit, à la reconstruction du tissu social, à la relance d’une production économique, au rétablissement de la morale et à l’unité de tous les Vénézuéliens.» Les auteurs du communiqué indiquent aussi : « C’est une situation difficile qui s’inscrit dans l’histoire du Venezuela et que le peuple vénézuélien, le clergé vénézuélien et la communauté internationale vivent avec beaucoup d’espoir et, en même temps, avec une grande inquiétude.»

Les présidents des trois instances religieuses les plus représentatives de l’Église catholique du pays dénoncent dans le communiqué « la répression croissante pour des raisons politiques, la violation des droits de l’homme et les détentions arbitraires et sélectives » et insistent pour que cette transition se fasse de manière pacifique et en accord avec la Constitution nationale.

Ils saluent le travail de tous ceux qui, malgré les risques, défendent et promeuvent les droits de l’homme en temps de crise et les encouragent à continuer à s’occuper des «   victimes qui souffrent d’injustice ». Ils indiquent également : « Nous demandons le respect et la sécurité personnelle et juridique de ceux qui exercent ce service digne au Venezuela. » Ils rappellent ainsi que l’Eglise catholique s’est engagée envers la population la plus touchée, « agissant selon les principes d’indépendance, d’impartialité et d’humanité » et qu’elle demande « les autorisations nécessaires pour bénéficier de l’aide humanitaire afin d’atténuer l’impact de la crise sur les personnes les plus vulnérables. Nous – Caritas Venezuela et les diverses institutions d’assistance sociale de l’Église agissant sur tout le territoire national, nous nous engageons à continuer le service que nous avons rendu avec équité, inclusion, transparence et efficacité. »

Le communiqué se termine en appelant à prier le dimanche 10 février dans « toutes les églises, maisons et communautés, demandant au Seigneur de nous accorder la paix, la réconciliation, la liberté, la santé spirituelle et corporelle ».

Une situation sans précédent

La situation politique actuelle au Venezuela est la conséquence des élections présidentielles de mai 2018 qui, selon la version officielle du gouvernement, ont été remportées par Nicolás Maduro, mais qui ont été qualifiées d’élections illégitimes par la plupart des pays de la communauté internationale, dont l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, l’Espagne et les États-Unis, car elles ont fait l’objet de diverses irrégularités. Ainsi, selon ce constat, le Président Maduro, à la fin de son mandat précédent le 10 janvier, est devenu illégitime et non reconnu comme Président de la République.

En conséquence et selon la constitution vénézuélienne, le président de l’Assemblée nationale du pays, en l’occurrence Juan Gerardo Guaidó, est devenu président responsable du Venezuela. Ainsi, le 11 janvier 2019, Guaidó a annoncé qu’il assumait l’article 233 de la Constitution pour convoquer de nouvelles élections nationales et le 23 janvier, il a prêté serment comme Président responsable du Venezuela.

 

Dimanche 10 février, merci de prier pour un dénouement pacifique de la crise au Venezuela.


 

Fidji : « Dieu a entendu le cri de mon peuple »

05.10.2018 in Adaptation Mario Bard, Fidji, Maria Lozano

Fidji 

« Dieu a entendu le cri de mon peuple »

Entretien avec Mgr Peter Loy Chong, archevêque de Suva

 

L’archipel des Fidji, un pays d’Océanie situé dans l’océan Pacifique sud, est une destination prisée des plongeurs et des touristes, surtout venus d’Australie, des États-Unis et de Nouvelle-Zélande. Suva, capitale de l’archipel, est également le centre commercial et politique des îles Fidji. Cependant, peu de gens réalisent que certaines zones de ce paradis terrestre risquent de disparaître pour toujours. En août dernier, Mgr Peter Loy Chong, archevêque de Suva, a visité l’oeuvre pontificale internationale Aide à l’Église en Détresse (AED). Maria Lozano s’est entretenue avec lui au sujet des îles Fidji, à propos des conséquences du changement climatique sur son pays et de la souffrance du peuple fidjien.

 

Irène Eschmann, responsable de projets pour plusieurs pays d’Asie et d’Océanie, en compagnie de Mgr Peter Loy Chong, archevêque du diocèse de Suva aux Îles Fidji, lors d’une visite au siège international de l’organisme.

Vous avez participé à une conférence qui s’est tenue à Rome à l’occasion du troisième anniversaire de l’encyclique Laudato Si’ qui aborde, entre autres, le problème du changement climatique. Pourquoi avez-vous été invité à participer à cette réunion, et la ville de Suva est-elle affectée par ce phénomène?

Absolument. Le niveau des océans augmente chaque année et l’île disparaît. Il s’agit de nos maisons ; dans cinquante ans, beaucoup d’entre elles seront submergées. Ce n’est pas juste une question de statistiques ; nous pouvons le constater de nos propres yeux. Avant, sur notre île, tout le monde essayait de construire sa maison près de l’eau. C’était considéré comme un signe de développement. Les personnes vivant près de la mer se considéraient comme plus civilisées que les habitants des montagnes. Mon grand-père lui-même a construit sa maison à seulement 50 mètres du rivage. L’air était bon et il était facile d’y pêcher. Mais maintenant, de nombreuses maisons doivent être reconstruites dans les hauteurs, plus près des collines, car la mer approche dangereusement.

 

Mais ces changements sont-ils simplement sporadiques ? Ne concernent-ils que quelques personnes, ou les effets du changement climatique impactent-ils toutes les îles Fidji ?

Ce n’est pas seulement un événement aléatoire. Au contraire, dans les années à venir, les habitants de 34 localités côtières des Fidji seront confrontés à des bouleversements qui vont les contraindre à déplacer leurs habitations, en raison de l’élévation du niveau des eaux du Pacifique. Le gouvernement des Fidji a identifié ces localités qui, dans les cinq à dix prochaines années, sont menacées par les effets des effets des changements. Un village de la province de Bua a déjà été déplacé à Yadua, et il est prévu de déplacer bientôt le village de Tavea.

Le 20 mai dernier, une célébration eucharistique tenue au Stade national a lancé l’année synodale de l’Église catholique dans l’archipel. Le thème du Synode est « Se brancher en Jésus. »

Beaucoup de gens ne croient pas que la situation soit aussi grave, y compris au sein de l’Église catholique, malgré tout l’engagement du Saint-Père à ce sujet. Que leur rétorqueriez-vous ?

Il y a quelque temps, je rédigeais une déclaration élaborée par la conférence épiscopale des évêques du Pacifique. Le premier projet indiquait que le « Pacifique était un océan d’opportunités ». J’ai corrigé cette affirmation en indiquant que la mer représentait la vie des peuples insulaires. La mer fournit de la nourriture, pas seulement des opportunités. La première ébauche mentionnait également que nous devions apprendre à vivre avec les aspects négatifs du changement climatique. C’est une déclaration faible. Les habitants des îles du Pacifique souffrent des effets du changement climatique. Le changement climatique est une question de survie. Comment vais-je dire à mon peuple qu’il doit « apprendre à vivre avec cela » ?

 

Le 20 mai 2018, une célébration eucharistique tenue dans le stade national ouvre une année synodale pour l’Église des Îles Fidji, dont le thème est « Se brancher en Jésus ».

En tout cas, certaines personnes ont encore du mal à comprendre quel est le rôle de l’Église dans ce domaine. N’est-ce pas plutôt un problème économique et politique ?

J’estime qu’il y a deux aspects où l’Église joue un rôle important. Premièrement, il s’agit d’un problème qui affecte le cœur même de notre vie et de notre foi, en l’occurrence, la création, qui est un cadeau, mais en même temps une responsabilité que Dieu nous a confiée. Et nous devons nous demander si notre manière d’assumer cette responsabilité est la bonne ou non.

Deuxièmement, et cela m’affecte beaucoup plus directement en tant que pasteur de mes fidèles, comment puis-je consoler, accompagner la souffrance que je perçois dans mon peuple ? Leurs cris, leur douleur me font penser aux psaumes Premier Testament et à la façon dont ils invoquent Dieu à entendre le cri de Son peuple. Par exemple, dans le psaume 12 (13), où nous prions « Jusqu’à quand, Seigneur, m’oublieras-tu sans cesse ? Jusqu’à quand me cacheras-tu ta face? ». Notre foi nous enseigne à transformer nos souffrances et nos angoisses en prières, pour que Dieu entende le cri de mon peuple.

Voilà pourquoi il ne s’agit pas simplement d’une question extérieure, économique ou politique. C’est une question de respect pour Dieu et pour Sa création et pour soulager la douleur de ceux qui souffrent.

 

Sa Sainteté le pape François a parlé d’une « conversion écologique ». Comment concevriez-vous cette notion ? Elle peut sembler un peu abstraite…

Le Saint-Père parle de conversion et je crois que cela nous concerne tous, tant au niveau international que national. Nos îles sont dévastées, nos rivières polluées, nos arbres abattus. Le résultat est que les poissons disparaissent de nos côtes. Maintenant, les poissons se déplacent de plusieurs kilomètres et cela se répercute sur le mode de vie des gens ordinaires, car il leur faut à présent des bateaux pour sortir en mer et pêcher, ce qui coûte de l’argent. Tout cela signifie que les femmes, par exemple, ne peuvent plus aller pêcher comme auparavant. Avant, elles pêchaient pour leurs propres besoins depuis le rivage, mais maintenant, il n’y a plus de poisson dans ces zones. En d’autres termes, la conversion dont nous parlons doit avoir lieu à l’échelon local. Mais en plus, une conversion des cœurs s’impose tout autant. La conversion écologique ne se déroule pas de manière isolée, la conversion doit aussi être quelque chose d’intérieur, qui survient au cœur de chaque individu. Il doit y avoir un rapprochement avec Dieu, le respect de Sa création, un esprit de solidarité et de générosité envers tous ceux qui, même s’ils sont géographiquement éloignés, restent nos frères en Dieu et souffrent terriblement. Mon peuple pleure ; qui va sécher ses larmes ?

 

Pour vous-même, quel a été le moment le plus émouvant que vous ayez vécu lors de la conférence à Rome ?

Pour moi, l’un des moments les plus émouvants a été la lecture faite par une jeune femme, une poétesse, d’un poème sur la manière de raconter à ses enfants ce qui se passe sur son île, sur ce que nous allons dire à ceux qui viendront après nous. Qu’est-ce que cette mère va expliquer à son fils dans cinquante ans ? Cela m’a ému car, alors qu’elle lisait le poème, elle s’en est trouvée tellement affectée que, juste alors qu’elle lisait un verset commençant par les mots « ma foi… », il lui a été impossible de poursuivre sa lecture, et elle a répété plusieurs fois « ma foi » », « ma foi », dans une tentative de continuer avec le poème… Mais elle n’y est pas parvenue. En mon for intérieur, j’ai pensé que c’était assez providentiel – cela signifiait que nous devons nous-mêmes terminer ce poème, nous devons compléter la phrase : « ma foi… ». Quelle réponse ma foi me donne-t-elle face à cette angoisse, à cette souffrance ?

Les Îles Fidji : ici, les personnes qui fréquentent le Centre de méditation chrétienne Nazareth. L’AED a réalisé des projets en lien avec ce centre.

L’Océanie, à laquelle appartiennent les îles Fidji, comprend plus de 7 500 îles très peu peuplées ou non peuplées réparties sur une superficie d’environ 70 millions de kilomètres carrés. L’Église considère que la région, avec son très grand nombre de peuples indigènes, est unique. L’annonce de la foi parmi les petites communautés jeunes, isolées, culturellement et linguistiquement diverses est une tâche difficile et enrichissante.  L’oeuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse a soutenu des projets en Océanie avec plus de 7,5  millions d’euros au cours des dix dernières années.

 

Nigeria : « Il y a un plan pour l’islamisation des régions chrétiennes ».

25.05.2018 in Adaptation Mario Bard, AED, AED Canada, Aide à l'Église en détresse., Maria Lozano, Nigéria, Persécution

Nigeria

« Il y a un plan pour l’islamisation des régions chrétiennes ».

 

« Il y a un programme clair, un plan pour islamiser toutes les régions à prédominance chrétienne dans la zone du centre du Nigeria appelée “Middle Belt” », estime Mgr Wilfred Chikpa Anagbe, évêque du diocèse de Makurdi, au Nigeria. C’est dans ce diocèse, situé dans l’État de Benue, que se trouve la paroisse Saint Ignace d’Ukpor-Mbalom qui a été attaquée le 24 avril dernier. « Deux de mes prêtres ont été tués, le Père Joseph Gor et le Père Felix Tyolaha, avec au moins 17 fidèles. Ils célébraient la messe à six heures du matin ». Parmi les victimes se trouvaient une catéchiste et la présidente du conseil paroissial, « toutes deux mères de famille », ainsi que le directeur de la seule école secondaire du village.

Au cours de l’entretien qu’il a accordé à l’Aide à l’Église en Détresse, Mgr Anagbe a indiqué que le nombre de victimes n’était pas encore définitif, car certaines familles de fidèles sont également portées disparues.

Il ne s’agit pas d’un événement isolé : depuis le début de cette année, plus de 100 personnes sont mortes dans des attaques similaires. « Onze paroisses du diocèse ont été touchées », raconte l’évêque, « et il y a eu de nombreuses attaques dans tout l’État de Benue, où 99% de la population est chrétienne. En janvier, le gouvernement a enterré 72 cadavres dans une fosse commune. »

 

Islamiser une région : qui finance ?

Les attaques ont été perpétrées par des bergers musulmans de tendance islamiste qui font partie du groupe ethnique peul. « Cette fois, nous ne parlons pas de Boko Haram, même si, dans le passé, certains bergers ont eu des relations avec ce groupe terroriste, et que les deux groupes partagent la même intention d’islamiser toute la région ». Face à tant de violence, l’un des aspects les plus préoccupants pour l’évêque est l’inaction totale du gouvernement, en particulier du gouvernement fédéral. « Quand les attaques sont perpétrées, il n’y a jamais d’agents de police ni de militaires. Sans compter que les Peuls vivent traditionnellement principalement dans la forêt et n’ont pas les moyens de se procurer des armes aussi sophistiquées. Qui les finance ? »

 

Nigeria, Mars 2017
Sur la route de Kaduna à Jos

La violence a poussé un grand nombre de personnes hors de leurs maisons, plus de 100 000 personnes se répartissant sur quatre camps au sein du diocèse de Makurdi. « L’Église aide la population, mais le gouvernement ne fournit aucune aide ».

La zone où a eu lieu la dernière attaque est complètement abandonnée à son sort. La paroisse de Mbalom a été fondée en 2015. « Il n’y avait rien, il n’y avait ni écoles ni hôpitaux. Nous les avons construits surtout grâce à l’engagement du père Joseph et du père Felix. Ces prêtres étaient vraiment très actifs et dévoués à la communauté ».

Face à tant de souffrances, les chrétiens nigérians ne perdent pas espoir, mais ont besoin du soutien de la communauté internationale. L’Église catholique du Nigeria a organisé une marche qui doit s’est tenue le 22 mai pour protester contre la poursuite des massacres de chrétiens par les pasteurs peuls. « Je vous demande de prier pour nous et de devenir porte-parole des souffrances de notre communauté. Pour notre défense, nous devons élever la voix. Le Nigeria fait partie des Nations unies et nous ne pouvons pas être abandonnés et isolés du monde ».