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by Tobias Lehner

 

Entrevue AED – COVID-19 : créativité et confiance en Dieu pour contrer la crise

25.05.2020 in adaptation : Mario Bard, by Tobias Lehner, COVID19, PROJETS AED

Entrevue AED – COVID-19
créativité et confiance en Dieu pour contrer la crise

Propos recueillis par Tobias Lehner, AED International
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 25 mai, 2020

 

L’AED soutient le travail de l’Église face à la pandémie de Coronavirus

Le coronavirus n’est pas seulement un problème médical, social et économique. C’est aussi un problème pastoral. Depuis le déclenchement de la pandémie, l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED) a reçu de nombreux témoignages de solidarité de la part de ses partenaires de projets à travers le monde, mais elle a également été informée des besoins croissants et de l’engagement héroïque des prêtres et des religieux dans la lutte contre la COVID-19. En réponse, l’œuvre a lancé un programme spécial pour soutenir cet engagement. Tobias Lehner s’est entretenu avec Regina Lynch, directrice des projets de l’AED, à propos de l’aide actuelle et de l’engagement de l’Église dans le cadre de la crise du Coronavirus.

 

Regina Lynch, directrice des projets de l’AED Photo: Ilona Budzbon

Quels sont les besoins les plus urgents que vos partenaires de projet vous indiquent en cette période de pandémie?

Nos partenaires de projet en Afrique, en Asie, en Amérique latine et en Europe centrale et orientale nous parlent beaucoup de besoins médicaux que des effets des restrictions sur la vie quotidienne de l’Église. Nous devons savoir que dans la plupart des pays où l’Aide à l’Église en Détresse soutient l’Église locale, les gouvernements ont appliqué les mêmes restrictions qu’ici, dans nos pays donateurs. Cela signifie qu’il n’y a pas de messes publiques, pas de rassemblements publics, que les écoles sont fermées et que de plus en plus de personnes ont des difficultés pour gagner leur vie. Et ce dans des pays où, la plupart du temps, les chrétiens sont minoritaires — parfois persécutés — et appartiennent en majorité aux classes les plus pauvres de la société. Dans beaucoup de nos pays partenaires, la quête pendant la messe dominicale est ce qui garantit la survie de la paroisse. D’ailleurs, cette quête en argent est souvent remplacée par des poulets, des légumes, du riz, etc. Elle permet au prêtre de manger, qu’il puisse payer les religieuses qui sont au service de la paroisse. Il peut aussi, par exemple, acheter de l’essence pour sa moto afin de rendre visite aux malades, ou même avoir une petite somme pour aider les plus pauvres de ses paroissiens.

 

Quels sont les projets sur lesquels se concentre l’AED en ce temps de crise?

En tant qu’œuvre de bienfaisance pastorale, l’AED veut aider l’Église locale à mener à bien sa mission première qui consiste à porter l’Amour et la Parole de Dieu au peuple, et veiller à ce qu’elle ne soit pas entravée dans cette mission par un manque de moyens financiers. Cela signifie que nous fournissons des aides de subsistance aux prêtres et aux religieuses, tant actives que contemplatives. Nous avons aussi continué à aider les séminaires, car dans de nombreux cas les séminaristes sont confinés et le recteur n’a aucun moyen de s’occuper d’eux. Par exemple, au grand séminaire de Goma, en République Démocratique du Congo (RDC), le recteur nous a envoyé un SOS, car il ne pouvait plus compter sur la population locale pour l’aider à nourrir les séminaristes.

Nous fournissons non seulement des fonds pour l’achat de masques et d’autres vêtements de protection aux prêtres, religieuses et séminaristes, par exemple au Chili ou en Ukraine, où ils continuent de rendre visite à leurs paroissiens, en particulier aux malades ou aux mourants. Enfin, pour que la messe et le message de l’Évangile puissent parvenir aux fidèles chez eux par le biais de la télévision ou la radio, nous avons financé les équipements techniques nécessaires.

En Syrie, les chrétiens luttaient déjà pour survivre après neuf ans de guerre, nous lançons un programme spécial pour permettre à chaque famille d’acheter de la nourriture et des articles sanitaires de protection contre la pandémie. Au Pakistan, un autre pays où les chrétiens sont victimes de discrimination et parfois de persécution en raison de leur foi, nous travaillons à un programme d’aide après avoir entendu de l’Église que les chrétiens ne recevaient pas d’aide d’urgence de la part du gouvernement.

 

 

L’AED a lancé un programme d’urgence afin que les prêtres et les religieuses puissent faire face aux défis de la pandémie de Covid-19. Qu’avez-vous fait jusqu’à présent et quelles sont les prochaines étapes?

Depuis le mois de mars, grâce à la générosité de nos bienfaiteurs, nous avons réussi à envoyer plus de 385 000 offrandes de messe (5 250 millions de dollars) à plus de 10 500 prêtres. Plus de la moitié d’entre elles ont été versées à l’Église en Afrique, le continent où l’Église et les vocations sacerdotales continuent de croître, mais où l’Église est confrontée au défi d’une forme de plus en plus agressive d’Islam, à des conflits et des catastrophes naturelles. Jusqu’à présent, nous avons promis plus de 1,2 million de dollars d’aide de subsistance aux religieuses de toutes les parties du monde, et d’autres demandes continuent d’affluer.

Cela a toujours été une préoccupation forte en particulier en ce qui concerne notre aide à l’Europe centrale et orientale et à l’Amérique latine, où les religieuses non seulement enseignent le catéchisme ou préparent les fidèles aux sacrements dans les régions isolées de Sibérie ou des Andes, mais où elles s’occupent aussi des orphelins, des personnes âgées abandonnées ou des jeunes filles obligées de se prostituer. L’un des effets de la crise de la COVID-19 est que nous recevons pour la première fois des demandes d’aide en provenance de diocèses qui, jusqu’à présent, se débrouillaient sans notre aide. Un exemple est le diocèse de Kamianets-Podilskyï en Ukraine, où normalement la paroisse rémunère les religieuses. Compte tenu de l’absence de messe dominicale et de la pauvreté croissante des fidèles, l’évêque ne peut plus donner aux religieuses ce dont elles ont besoin pour survivre.

Qu’en est-il de l’aide en Asie, point de départ de la pandémie de Coronavirus?

L’archevêque de Chittagong au Bangladesh nous a envoyé un appel urgent pour les religieuses qui travaillent dans son archidiocèse. Les écoles, foyers et dispensaires étant fermés, il n’y a plus de revenus pour payer les sœurs. Même avant la crise, les faibles contributions que les fidèles pouvaient leur accorder pour leur subsistance étaient insuffisantes, mais maintenant la situation est devenue dramatique.

À Mymensingh, les religieuses de la Sainte-Croix et l’évêque utilisent tout l’argent disponible pour aider la population qui souffre. Elles ont besoin de vivre et c’est là que l’AED peut aider. En temps normal, les Sœurs de la Sainte-Croix, comme beaucoup de religieuses dans les pays en développement, enseignent l’Évangile et transmettent également aux gens les compétences dont ils ont besoin afin de sortir de la pauvreté.

 

Dès le début, l’AED s’est consacré non seulement aux communautés apostoliques, mais aussi aux contemplatives. Quelle est leur situation?

Nous ne devons pas oublier les religieuses contemplatives qui ont répondu avec enthousiasme à notre campagne de prière au début de la pandémie de Covid-19, mais qui dépendent aussi de la générosité des fidèles et de leurs propres petites initiatives qui génèrent des revenus pour survivre. Par exemple en Bolivie, les Carmélites de Santa Cruz, peinaient déjà à survivre, notamment grâce à la production d’hosties pour la messe, mais étant donné les restrictions actuelles, il n’y a pas de demande d’hosties, et l’archidiocèse de Santa Cruz fait donc appel à l’AED pour aider les religieuses à traverser cette période difficile.

Nous prévoyons continuer ces projets de soutien aux prêtres et aux religieuses au cours des prochains mois, car même si, dans certains pays, les messes publiques commencent à reprendre, la situation économique va s’aggraver et notre aide sera plus que jamais nécessaire. Dans d’autres pays, la pandémie fait toujours rage.

 

Quels projets répondants à la crise de la COVID-19 vous ont particulièrement impressionnés?

Il est très difficile de sélectionner un projet. Au Congo, il y a les prêtres du diocèse de Dolisie, qui partagent les allocations de nos intentions de messe avec leurs paroissiens pauvres. Je suis également impressionnée par le dévouement de tant de religieuses qui continuent de travailler en prenant des risques pour elles-mêmes. Les Hermanas Sociales, à Cuba, en sont un exemple. Tout en respectant les restrictions mises en place, elles trouvent toujours un moyen de poursuivre leur travail pastoral et leur prise en charge des personnes âgées vivant seules, ainsi que leur travail social auprès des sans-abri. Il y a les séminaristes du grand séminaire Saint-Pierre et Saint-Paul au Burkina Faso, dont les familles sont devenues des déplacées à cause des attaques terroristes. Ils viennent de perdre l’un de leurs formateurs à cause du coronavirus, et quatre de leurs camarades sont malades. Nous les avons aidés, eux et leurs familles, et nous soutenons maintenant un programme visant à protéger les autres contre le Covid-19. Nous devons aussi reconnaître la créativité de l’Église.

Au Kosovo, dès le début de la crise, Mgr Dode Gjergji, évêque du pays, s’est rendu compte qu’il devait essayer de garder le lien avec ses fidèles malgré l’interdiction des messes publiques, et il nous a demandé de financer du matériel de diffusion de la messe dominicale depuis la co-cathédrale Mère Teresa à Pristina. C’est bien volontiers que nous lui en avons offert, et tout récemment, il nous a dit que lors d’une messe diffusée en ligne en albanais, plus de 50 000 personnes s’étaient connectées. C’est là que l’on voit qu’il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des médias. En Afrique, où nous soutenons les différentes initiatives de Radio Maria, l’Église encourage les familles catholiques à devenir une « Église domestique » en cette période de la COVID-19, et à prier encore plus intensément ensemble.

L’AED est une Œuvre pastorale de bienfaisance : dans la vie publique, l’accent est mis sur les secteurs humanitaire et médical. Comment concilier la réponse de l’AED avec ces besoins?

Bien qu’une réponse médicale — et dans de nombreux pays aussi humanitaires — soit absolument nécessaire pour répondre à la crise, c’est d’abord et avant tout la responsabilité des autorités civiles locales. Mais nous savons qu’elle fait défaut dans de nombreux pays où l’AED intervient, et que ce sont des ONG et l’Église qui font ce travail à leur place.

Cependant, alors que le ministère de la charité ou de la diaconie est l’un des ministères de l’Église, la mission pastorale, le soin de l’âme, est première et en cette période de crise, le peuple a plus que jamais besoin de l’Église. Les gens ont peur et n’ont aucune certitude quant à l’avenir. L’Église réconforte et apporte une aide spirituelle et matérielle non seulement à son propre peuple, mais aussi au monde. Nous venons d’accorder une aide de subsistance à quatre religieuses dominicaines âgées et malades à Subotica, en Serbie. Leur supérieure nous a écrit : « Les gens de Subotica sont reconnaissants pour la présence des religieuses, parce qu’elles sont le signe de l’amour de Dieu pour le peuple, le signe de la vie éternelle ».

 

Soyons unis et continuons de donner pour soutenir l’Église en Détresse !

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

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Soudan du Sud : accomplir une mission extraordinaire en dépit de tout.

29.10.2019 in ACN International, Actualités, AFRIQUE, by Tobias Lehner, Persécution, Soudan du Sud, Soudan du Sud, Voyagez avec AED

Soudan du Sud

Mission extraordinaire au milieu de la persécution, de la pauvreté et de la guerre


L’Église catholique célèbre actuellement le Mois missionnaire extraordinaire, et ce jusqu’à jeudi. L’œuvre missionnaire de l’Église est souvent menée dans des conditions difficiles, telles que la persécution, la pauvreté et la guerre.

C’est également le cas au Soudan du Sud. La guerre civile qui a éclaté en 2013, deux ans seulement après la création du pays, a laissé sur les routes des centaines de millions de personnes et fait des centaines de milliers de morts. Et, malgré le cessez-le-feu signé en juin 2018, le pays demeure dans un grand état de désolation. C’est du moins ce que déclare le Père Boniface Isenge, du diocèse de Rumbek — centre du pays —, lors de sa visite au siège de l’œuvre pontificale de l’Aide à l’Église en Détresse.

Comme l’explique père Boniface, environ 38 pour cent des plus de 13 millions de Sud-Soudanais sont chrétiens. Son diocèse compte quelque 180 000 catholiques. En ce moment, il est bon de noter que plusieurs personnes considèrent que l’Église catholique est la seule institution du pays qui fonctionne.

Ce membre de la congrégation du Saint-Esprit a tout d’abord passé huit ans dans le pays voisin, l’Éthiopie, alors qu’il était jeune prêtre, avant de décider de s’installer au Soudan du Sud en 2013 : « Après l’indépendance du pays, mon ordre a lancé un appel aux prêtres et missionnaires volontaires pour œuvrer ici. Je souhaitais faire quelque chose de nouveau et j’étais prêt pour cette nouvelle mission », se souvient Père Boniface. À ses yeux, il est de son devoir de ramener la paix dans cette région déchirée par la guerre.

 

Soif d’éducation

Peu de temps après son arrivée, l’ecclésiastique s’est rendu compte que ses fidèles avaient soif d’éducation. « Les écoles sont parfois très éloignées les unes des autres au Soudan du Sud », déplore-t-il. « Elles sont en sureffectif et les enseignants font généralement la classe à une soixantaine d’élèves, avec parfois jusqu’à une centaine de personnes dans la même salle. » Selon les autorités, environ les trois quarts des habitants du Soudan du Sud de plus de 15 ans sont analphabètes. Le curé n’a pas tardé à s’en rendre compte : « L’instruction est essentielle pour faire disparaître les tensions récurrentes au sein de la population. L’instruction est la clé de la paix ! »

Outre son travail pastoral, Père Boniface s’attache à convaincre les parents de l’importance de l’instruction pour leurs enfants, non seulement parce que celle-ci leur permet d’avoir de meilleures opportunités que la génération précédente, et ce, malgré les conditions difficiles et les problèmes qui règnent dans le pays, mais aussi parce qu’elle consolide l’indépendance. « Il faut savoir que 17 pour cent des mariages dans ce pays sont conclus avec des filles mineures. C’est malheureusement encore une pratique courante », explique-t-il.

Le Soudan du Sud a beau être le troisième pays le plus pauvre au monde, les prix y sont relativement élevés. « Pour beaucoup, même les denrées les plus élémentaires sont inabordables et ces personnes ont besoin d’aide et d’assistance pour survivre. » De nombreuses maladies telles que la malaria viennent peser encore davantage sur le pays.

L’espoir, en dépit de l’adversité

Malgré tous ces problèmes, père Boniface est confiant : « Je remercie du fond du cœur tous ceux et toutes celles qui nous soutiennent et qui sont réunis avec nous dans la prière. J’ai espoir qu’à l’avenir, les habitants pourront bien vivre au Soudan du Sud. »

 

Rien que depuis 2015, l’œuvre pontificale de l’Aide à l’Église en Détresse a soutenu l’Église du Soudan du Sud grâce à un montant de plus de 5,1 millions de dollars, notamment pour la reconstruction d’églises et d’établissements pastoraux, la formation des prêtres et des intentions de messe.