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ACN Canada

 

Égypte — cinq ans déjà Hommage aux 21 martyrs Copte-orthodoxes

14.02.2020 in Adaptation Mario Bard, Égypte, Persécution

 

Égypte — cinq ans déjà
Hommage aux 21 martyrs Copte-orthodoxes

Collaboration spéciale : Engy Magdy
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web vendredi le 14 février, 2020

 

Icone des 21 martyres

Le sanctuaire consacré aux 21 chrétiens décapités par le groupe État islamique (ÉI) sur une plage de Libye en février 2015 va inaugurer ce 15 février une exposition pour souligner le cinquième anniversaire de leur mort. Vingt d’entre eux étaient des chrétiens égyptiens Coptes-orthodoxes, et la 21e victime était un chrétien du Ghana. Ils ont tous été déclarés martyrs de la foi et de la patrie par l’Église copte orthodoxe.

 

L’exposition raconte l’histoire de ces martyrs depuis leur enlèvement jusqu’au retour de leurs corps dans le village d’Al-Aour, dans la province égyptienne de Minya, où se trouve le sanctuaire. Les visiteurs pourront voir les combinaisons orange qu’ils portaient lorsqu’ils ont été décapités, les instruments avec lesquels ils ont été capturés, le sable sur lequel leur sang a été versé et les cercueils qui ont été spécialement conçus pour eux.

 

Dans un entretien accordé à l’œuvre internationale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED), la mère de deux frères qui faisaient partie des 21 martyrs — Samuel, âgé de 22 ans, et Beshoy, 24 ans —, a déclaré : « Je suis une mère de martyrs, et je suis fière d’eux. Au ciel, ils intercèdent pour moi et pour leur père. » Elle a ajouté qu’elle priait pour les disciples de l’État islamique et demandait à Dieu « de leur donner la lumière et d’ouvrir leurs yeux sur la vérité et le bien ».

 

La mère de deux frères qui faisaient partie des 21 martyrs — Samuel, âgé de 22 ans, et Beshoy, 24 ans

 

« Nos martyrs priaient avant de mourir »

Avant la publication de la vidéo de l’ÉI montrant « le meurtre de mes frères et de leurs compagnons, notre famille et toute l’église de notre village d’Al-Aour avaient passé 45 jours à prier pour eux, depuis que nous avions appris leur enlèvement », a déclaré Basheer, frère de Samuel et Beshoy.

 

Il a ajouté que, comme l’indique la vidéo : « Dieu a parlé à travers eux lorsqu’ils ont invoqué Ô Jésus ». Nos martyrs priaient avant de mourir, et il est évident qu’ils invoquaient Jésus. C’est un réconfort pour nous, et cela nous rend fiers d’eux. Les vingt et une victimes ont eu la chance d’être martyres pour le Christ, et notre communauté se sent honorée d’avoir la garde de leurs corps », a déclaré Basheer.

 

« Mes parents se sont sentis soulagés quand ils ont su avec certitude que leurs enfants étaient restés fermes dans leur foi en Jésus-Christ. Cela nous a soulagés et réconfortés. Mes frères nous ont donné du courage face à la persécution. Nous n’avons plus peur et ne sommes plus inquiets », a-t-il ajouté.

 

Miracles attribués aux martyrs

 

« L’Église copte a une longue histoire de martyre et a traversé de nombreuses périodes de persécution tout au long de son histoire », a déclaré le Père Abu Fanus Unan qui travaille au sanctuaire qui se trouve dans l’église récemment construite en l’honneur des Martyrs de la Foi et de la Patrie. Le prêtre a déclaré à l’AED : « Nous sommes fiers du sang de ces martyrs qui ont refusé d’abjurer leur foi chrétienne ». L’Église copte rend hommage à de nombreux martyrs qui sont morts au cours des siècles passés, mais le prêtre a souligné l’impact puissant du témoignage des « martyrs contemporains qui ont refusé d’abjurer le nom de Jésus-Christ. Leur exemple affermit notre foi ».

 

Le sanctuaire prépare également la publication d’un livre recensant les miracles attribués à l’intercession de ces martyrs. « Il y a beaucoup de miracles qui leur sont attribués dans le village. Ainsi, une femme atteinte d’un cancer a guéri après avoir prié au sanctuaire », a déclaré le Père Abu Fanus, ajoutant que de nombreuses personnes ont été baptisées et sont devenues chrétiennes grâce à l’exemple des 21 martyrs. « L’Église copte survit grâce au sang de ses enfants », a dit le prêtre.

 

La dépouille du Ghanéen Matthew Ayariga se trouve toujours en Libye, mais l’ambassadeur de Libye en Égypte a promis que son corps serait transféré en Égypte une fois que la situation politique dans son pays serait stabilisée.

 

Croix des coptes, Luxor, Égypte

Nigeria : le gouvernement ne fait pas assez pour protéger les chrétiens

11.02.2020 in Adaptation Mario Bard, Nigeria

Nigeria
Le gouvernement n’en fait pas assez pour protéger les chrétiens
Entrevue avec le président de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria.

Propos recueillis par Marta Petrosillo et Maria Lozano, ACN International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web le 11 février, 2020

Le Nigeria est un pays unique au monde. Sa population se répartit presque à égalité entre chrétiens et musulmans. De plus, un cinquième de la population africaine vit au Nigeria. Une crise qui ne serait pas traitée avec détermination au Nigeria finirait par affecter le reste de l’Afrique.

Mgr Augustine Obiora Akubeze, archevêque catholique de Benin City et président de la Conférence épiscopale catholique du Nigeria, s’est entretenu avec l’Aide à l’Église en Détresse (AED) à propos des graves problèmes politiques qui découlent de la situation actuelle d’insécurité que connaît le pays, en raison des atrocités commises non seulement par le groupe terroriste Boko Haram, mais aussi par d’autres groupes radicaux comme les groupes peuls.

 


 

 

AED : Comment décririez-vous la situation actuelle des chrétiens au Nigeria?

Je ne sais pas si je serai en mesure de vous transmettre une image fidèle du Nigeria dans le cadre d’un seul entretien. Je vais essayer de le faire, sachant que cela reste difficile, en raison des contraintes de temps et de la complexité du Nigeria.

La situation actuelle au Nigeria est le reflet d’une tension inutile, injustifiée et auto-infligée. Nous sommes confrontés à une nation politiquement polarisée. Malheureusement, certains de nos dirigeants politiques ont été et restent responsables de décisions, déclarations et nominations qui amènent certains Nigérians de certaines régions à remettre sans cesse en question l’unité du pays.

 

Nous vivons dans un Nigeria où la Constitution reconnaît le principe fédéraliste, ce qui signifie que tous les secteurs du pays doivent être représentés dans l’administration des institutions fédérales. Ce principe a été institué de sorte que tous les Nigérians se sentent les bienvenus et sachent que le Nigeria appartient à tous. Cependant, face à l’énorme défi d’une grande insécurité — si grande qu’elle est sans précédent au Nigeria, si l’on excepte la période de la guerre civile — l’actuel gouvernement fédéral nigérian a décidé d’adopter une approche très suspecte en ce qui concerne les nominations à des postes critiques. Ainsi, pratiquement tous les chefs militaires qui conseillent le président appartiennent au même groupe ethnique des haoussas peuls. Or, 95 % d’entre eux sont musulmans, et cela dans un pays où environ 50 % de la population est chrétienne. Donc, l’autorité qui gère la sécurité de toute une population est dirigée par un seul groupe ethnique et religieux, dans une nation multireligieuse et multiethnique !

 

Nous, membres de la Conférence épiscopale catholique du Nigeria, nous sommes prononcés à plusieurs reprises contre cette attitude du gouvernement fédéral. En outre, nous avons rencontré le président et avons exprimé notre insatisfaction totale à l’égard de cette manière de procéder du gouvernement.

 

AED : Il existe des problèmes de sécurité dans le pays depuis des années. Boko Haram menace le Nigeria depuis une décennie. Peut-on dire qu’il est blessé, mais qu’il n’est pas vaincu?

Ça fait de nombreuses années que Boko Haram s’attaque aux Nigérians. Ce groupe terroriste, qui a prêté serment d’allégeance à l’État islamique, opère dans le nord-est du Nigeria, mais a également mené des attaques à Abuja, la capitale fédérale. Boko Haram poursuit l’idéologie religieuse extrémiste de transformer le Nigeria en une République islamique. D’une part, il rejette tout ce qui est occidental, et d’autre part, le groupe utilise des armes et des munitions occidentales pour attaquer des Nigérians innocents, tant musulmans que chrétiens. Ils se concentrent actuellement sur le meurtre et l’enlèvement de chrétiens. La réponse du gouvernement a été largement insatisfaisante pour la plupart des Nigérians. En ce moment même, Leah Sharibu, une femme enlevée par Boko Haram, est toujours retenue captive. Il y a quelques semaines, le président de la branche locale de l’Association chrétienne du Nigeria a été décapité par Boko Haram. Le révérend Lawan Andima avait 58 ans, était marié et père de neuf enfants. Ila été tué simplement parce qu’il était chrétien.

 

Pensez-vous que le gouvernement n’en fasse pas assez pour protéger les chrétiens?

Le président nigérian a récemment déclaré qu’il était choqué par les meurtres incessants de Nigérians, pour la plupart chrétiens. Beaucoup de Nigérians se demandent s’il vit dans un univers parallèle : comment peut-il être surpris aujourd’hui, alors que certains d’entre nous ont été témoins d’enterrements de masse de chrétiens assassinés par Boko Haram ?  Il est certain que le gouvernement n’en fait pas assez pour protéger les chrétiens, ni même les musulmans. Il y a quelques jours, l’Assemblée nationale a proposé à l’unanimité que le Président change les chefs de l’armée, parce qu’ils ne protègent pas la vie des Nigérians. Le bras législatif du gouvernement se compose principalement de membres du parti au pouvoir ; cela reflète donc le mécontentement des Nigérians à l’égard du niveau d’incompétence manifesté par le gouvernement dans la protection des vies et des biens. À la Conférence épiscopale catholique nigériane, nous avons déjà déclaré dans un communiqué qu’un gouvernement incapable de se conformer à l’obligation constitutionnelle de protéger les vies et les biens perd progressivement sa légitimité.

 

AED : En plus de Boko Haram, nous assistons à de plus en plus d’attaques commises contre les chrétiens par d’autres groupes radicaux comme les groupes de Peuls. Comment cela affecte-t-il la situation des chrétiens au Nigeria?

Dans le passé, les problèmes graves de sécurité se limitaient à une zone précise, le nord-est du Nigeria, mais maintenant il y a de l’insécurité partout. Aujourd’hui, des personnes sont enlevées contre rançon dans toutes les régions du Nigeria. Il y a de nombreux cas d’affrontements entre bergers et paysans : les bergers sont principalement des musulmans peuls du nord, tout comme le président. L’audace avec laquelle ils se déplacent dans tout le Nigeria à la recherche d’herbe pour nourrir leur bétail est sans précédent. Il y a trop de cas dans toutes les régions du pays où ces bergers envahissent des terres agricoles. Ils le font avec des armes, y compris des armes à feu. Ces éleveurs, déjà qualifiés comme étant un groupe terroriste par la communauté internationale, agissent en toute impunité. La quasi-absence de poursuites pénales contre ces hommes alimente encore la conviction qu’ils sont soutenus par le gouvernement fédéral. Je dois admettre que je n’ai pas de preuves concluantes me permettant d’affirmer que ce groupe est soutenu par le gouvernement, mais en ne faisant rien et face à l’absence apparente de volonté ou de motivation pour mettre un terme à l’augmentation de ces crimes, il est difficile de convaincre les Nigérians qu’il n’y a aucun lien entre les nominations unilatérales de chefs militaires et l’absence de poursuite des auteurs de ces crimes contre l’humanité et de meurtres qui ciblent manifestement les chrétiens.

La justice et la paix vont toujours de pair, et quiconque veut une paix véritable doit promouvoir la justice. Pour que la paix et la sécurité règnent au Nigeria, il doit y avoir une justice politique, religieuse, ethnique, économique et judiciaire pour chaque Nigérian.

 

 

Nous avons récemment été choqués par l’enlèvement de séminaristes et le meurtre de l’un d’eux, Michael Nnadi à Kaduna. Nous savons que les trois autres ont été libérés. Pouvez-vous nous parler de leur état de santé?

Nous avons reçu cette nouvelle avec beaucoup de tristesse. Malheureusement, cet enlèvement de séminaristes a eu lieu en même temps que d’autres enlèvements de prêtres et de religieux par le même groupe de personnes qui terrorisent les Nigérians. Trop de prêtres et de religieux ont récemment été enlevés. Les séminaristes qui ont été libérés, comme je l’ai appris, reçoivent actuellement des soins. Quant à l’état de santé des séminaristes, je n’en sais pas plus, mais d’après ce qui nous a été relaté par d’anciens captifs, il ne fait aucun doute qu’ils ont été soumis à une grande détresse et qu’ils sont profondément traumatisés. Nous sommes abattus et attristés par le meurtre de Michael Nnadi. Le fait de savoir qu’il était orphelin rend la situation encore plus pénible. Que son âme et celles de tous ceux qui sont morts aux mains de ces criminels reposent en paix.

 

AED : Comment assurer la sécurité des lieux de culte ou d’autres lieux tels que les séminaires, les couvents et les monastères?

Toutes les institutions tentent d’assurer la sécurité dans leurs lieux de culte. Selon des rapports locaux, les chefs religieux répondent aux besoins de leurs fidèles. Il y a des églises qui sollicitent les services de la police nigériane pour le culte du dimanche et qui doivent payer pour la sécurité qui leur est fournie. Il y a aussi ceux qui embauchent du personnel de firme de sécurité privée, et dans certains cas, les fidèles eux-mêmes se portent volontaires pour s’occuper de la sécurité, cela dépend de la région. À l’heure actuelle, la situation n’est pas homogène en ce qui concerne les mesures de sécurité pour les lieux de culte et les séminaires. Mais la plupart des agences de sécurité privées recrutées n’ont pas les ressources nécessaires pour faire face au niveau de menace que représentent les bergers peuls et Boko Haram.

 

AED : Y a-t-il quelque chose que nous pouvons faire pour vous aider dans ce domaine?

Tout d’abord, je tiens à vous remercier pour l’intérêt constant que votre œuvre porte au sort des personnes qui souffrent et, en particulier, à la situation des pauvres au Nigeria. Votre soutien a été d’une grande aide pour de nombreux Nigérians, en particulier nos frères et sœurs des diocèses du nord.

 

Je crois que les nations et médias occidentaux pourraient être d’une grande aide en informant à propos des atrocités qui se produisent au Nigeria. Le nombre de meurtres est tout simplement terrifiant. Peut-être qu’avec une couverture importante des médias occidentaux, le gouvernement nigérian se sentirait sous pression et agirait. De plus, les gouvernements des nations de l’Union européenne et d’Amérique se verraient probablement contraints moralement de chercher les moyens de protéger la vie des chrétiens et des autres nigérians qui sont constamment attaqués par Boko Haram et les bergers peuls.

 

Entretien de l’AED – La minorité chrétienne en Turquie subit à nouveau des pressions

10.02.2020 in Adaptation Mario Bard, Turquie, Voyager avec l'AED
Photo: Abbé Aho Bilecen du monastère Mor Yakub d’Karno, Tur Abdin/Turquie

Turquie

 «Les chrétiens perdent tous leurs biens»

Entrevue par Tobias Lehner, ACN International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada
Mise en ligne le 10 février, 2020

 

La minorité chrétienne en Turquie subit à nouveau des pressions. Durant la première moitié du mois de janvier, le Père Sefer Aho Bileçen, un abbé syriaque orthodoxe, et deux autres fidèles chrétiens ont été arrêtés dans le Tur Abdin, un massif montagneux situé au sud-est de la Turquie. Quelques jours plus tard, les prisonniers ont été libérés, mais d’autres chrétiens ont été arrêtés. Le Tur Abdin était considéré comme un haut lieu du christianisme. Volker Niggewöhner, de l’œuvre pontificale internationale Aide à l’Église en Détresse (AED), s’est entretenu de la situation avec le Père Slawomir Dadas, président de l’Initiative de l’Orient chrétien (Initiative Christlicher Orient) à Linz, en Autriche.

 


Dr. Slawomir Dadas, priest and chairman of "Initiative Christlicher Orient" ("Initiative for Christian Orient"), Austria

Dr. Slawomir Dadas

AED : Vous disposez d’excellents contacts au Tur Abdin. Comment vont les trois chrétiens qui ont été arrêtés, puis remis en liberté?

Slawomir Dadas : Étant donné les circonstances, ils vont relativement bien — malgré toute l’insécurité qui règne malgré tout. Les personnes arrêtées sont l’abbé du monastère syriaque orthodoxe Mor Yakub d’Karno et deux maires. L’abbé est resté quatre jours en garde à vue. L’un des maires a été libéré au bout de deux jours, et l’autre, le lendemain de son arrestation.

 

AED : Pourquoi les trois hommes avaient-ils été arrêtés?

D’après des informations, un transfuge kurde, combattant du PKK, serait passé du côté de l’armée turque. Il aurait affirmé qu’il y a quelques années, l’abbé et les autres personnes avaient donné de la nourriture à plusieurs combattants du PKK. Cette action est automatiquement considérée comme un soutien au terrorisme, et c’est la raison pour laquelle ils ont été arrêtés. Cependant, personne n’a jamais vu les comptes rendus officiels de la déclaration de cet ancien combattant.

 

AED : Cela semble indiquer une grande nervosité auprès des services de sécurité…

Les gens du Tur Abdin me disent : malheureusement, cela arrive régulièrement au bout de quelques années. Dans leur propre pays, les chrétiens sentent qu’ils ne sont pas les bienvenus et ils ne cessent de les harceler. Mais il est quand même assez extrême que l’abbé soit resté emprisonné quatre jours. Nous avons également entendu dire qu’un couple chrétien avait également été arrêté. Cette fois-ci, il s’agirait d’une histoire de litiges à propos d’une propriété.

 

AED : Le Tur Abdin n’est pas très loin des frontières de la Syrie et de l’Irak. Dans quelle mesure la région était-elle et est-elle encore concernée par les affrontements qui s’y déroulent?

Pendant la guerre d’Irak, beaucoup de réfugiés sont arrivés au Tur Abdin. Mais les camps de réfugiés qui s’y trouvent sont aujourd’hui quasiment vides. Les réfugiés ont poursuivi leur route ou ont simplement été relocalisés.

 

Mosqué Bleu

Quasi-disparition en 50 ans

 

AED : Vous avez évoqué les harcèlements que subissent les chrétiens. Est-ce que la situation en Turquie a globalement changé ces dernières années?

Dans le Tur Abdin en particulier, le problème majeur est que les gens n’y voient presque plus d’avenir pour eux. Il y a une cinquantaine d’années, il paraît qu’il y avait encore 50 000 chrétiens dans cette région. Lorsque je m’y suis rendu dernièrement, il n’était plus question que de 2 500 chrétiens.

 

AED : La Turquie est un grand pays. Est-ce qu’un chrétien vivra mieux à Istanbul qu’au Tur Abdin?

Oui. J’ai l’impression que les chrétiens d’Istanbul jouissent de plus de libertés. Au Tur Abdin, c’est plus problématique parce que la région est considérée comme une région chrétienne. C’est mal perçu dans un pays musulman comme la Turquie. Mais j’ai également constaté que lorsque les monastères de Tur Abdin sont visités par des touristes, cela suscite également l’intérêt des musulmans. Ils admirent la culture et l’histoire des monastères. D’ailleurs, dans le domaine culturel, on observe déjà un petit changement d’appréciation du côté des musulmans. Mais sur le plan sociopolitique, on ne remarque pas de changement.

 

AED : Dans les années 1980, il y avait déjà une grande vague d’émigration du Tur Abdin. À l’époque, c’était à cause des combats entre le PKK kurde et le gouvernement turc. Craignez-vous un mouvement similaire si la situation militaire s’aggrave à nouveau?

Au Tur Abdin, les gens disent que la situation militaire les inquiète moins que la situation économique. La zone est pratiquement abandonnée par le gouvernement. L’aide ne lui parvient qu’à travers les dons provenant d’organisations ou de personnes ayant émigré. Sans cela, les gens ne survivraient pas. Lors de mon voyage dans cette région, nous avons visité de nombreux villages. Jadis, 200 à 300 familles habitaient-là : c’était majoritairement des chrétiens. Aujourd’hui, il n’y en a plus que deux ou trois. Dans la plupart des cas, ce sont des personnes qui vivaient auparavant en Allemagne ou dans d’autres pays d’Europe occidentale, et qui y sont retournées pour y prendre leur retraite. Ces gens y sont en quelque sorte les gardiens de l’héritage culturel et de la foi.

 

AED : À votre avis, le retour à l’Islam, dans un pays qui a connu le laïcisme établi par Atatürk le 1er novembre 1922, peut-il se poursuivre en Turquie et cela pourrait-il être dû au processus d’éloignement entre l’Union européenne et la Turquie?

J’ai l’impression que cet éloignement n’a pas toujours été voulu. Cependant, cette évolution a beaucoup renforcé certains concitoyens musulmans. Par exemple, quelques villages chrétiens ont été occupés par la population musulmane. Les habitations de chrétiens vivant à l’étranger ont été reprises par des musulmans. Leur restitution est très difficile. C’est exactement ce qui se passe au Tur Abdin : les gens ont l’impression qu’on les « exproprie », car il n’existe aucune base juridique justifiant cette façon d’agir. Ils perdent tous leurs biens sans véritable fondement juridique. Ils perdent tout ce qu’ils ont pu acquérir par leur travail au fil de l’histoire.

 

 

Projet de la semaine AED : Brésil Former de jeunes séminaristes en Amazonie

05.02.2020 in Adaptation Mario Bard, Formation, PROJETS AED, Voyager avec l'AED

Projet de la semaine AED —

Formation de 27 futurs prêtres en Amazonie

Publié sur le web le 5 février, 2020

 

Dans le diocèse de Rio Branco dans l’ouest du Brésil, 27 jeunes hommes se préparent à être au service de Dieu et des hommes en étant prêtres. La vie qui les attend ne sera pas facile, en particulier à cause de la grandeur du diocèse qui couvre une superficie de 104 000 kilomètres carrés,ce qui est nettement plus grand que de nombreux pays européens. De plus, le diocèse est situé en grande partie dans la jungle. Les distances sont immenses, et de nombreux endroits ne peuvent être atteints que par une voie navigable.

 

Leur vocation est certainement aussi le fruit des décennies d’efforts inlassables du missionnaire italien Paolino Baldassarri, qui à l’âge de presque 90 ans entreprenait encore de longs voyages sur son petit bateau dans des contrées désertiques pour rendre visite aux fidèles. Mais comme il ne savait pas nager, il devait toujours porter un gilet de sauvetage et un casque de moto. En outre, même âgé, il continuait encore à pratiquer la médecine et à traiter d’innombrables patients.

 

Lorsqu’il est arrivé dans la région il y a près d’un demi-siècle, il a failli être victime du paludisme au cours de la première semaine. Ill a miraculeusement survécu, et peu de temps après, il a commencé à se rendre dans les villages de la jungle avec un simple canot. De nombreuses familles s’étaient éloignées de la foi catholique en raison du manque de prêtres. Le missionnaire les a ramenées à la foi. Il est mort en 2016 en odeur de sainteté.

 

Aujourd’hui, la foi des gens est à nouveau en danger car les 40 prêtres qui s’occupent des quelque 450000 fidèles de cette vaste région accidentée ne peuvent que rarement se rendre dans bon nombre de ces villages reculés. Pendant ce temps, les sectes se propagent rapidement parce qu’elles forment leur personnel rapidement, disposent de ressources financières et promettent des miracles aux gens.

 

Les 27 futurs prêtres sont une grande source d’espérance pour l’Église dans le diocèse de Rio Branco. Cette année encore, L’Aide à l’Église en Détresse (AED) D soutiendra leur formation, à hauteur de 15 600 dollars.

 

 

 

https://secure.acn-canada.org/fr/appuyer-aed/

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Nouvelles de l’AED – Cameroun Boko Haram : la bête de l’apocalypse

27.01.2020 in Adaptation Mario Bard, AFRIQUE, Cameroun, International Catholic Charity Aid to the Church in Need, Maria Lozano

Cameroun


Boko Haram : la bête de l’apocalypse
«Pas un jour ne passe sans incursions dans les villages camerounais à la frontière avec le Nigeria»

Propos recueillis par Maria Lozano, ACN International
Adaptation — AED Canada par Mario Bard

Publié sur le web le 27 janvier, 2020

 

«Boko Haram est comme la bête de l’Apocalypse qui, même si on lui coupe la tête, semble en avoir une autre qui repousse», déclare Mgr Bruno Ateba, évêque du diocèse de Maroua-Mokolo, dans le nord du Cameroun, lors d’un entretien avec l’œuvre pontificale de charité, Aide à l’Église en Détresse (AED).

 

Le gouvernement nigérian avait annoncé que le groupe terroriste — né au Nigeria en 2002 et radicalisé en 2009 — avait été vaincu fin 2015. Cependant, selon les informations recueillies par la Fondation AED, tout semble indiquer que son territoire d’action se soit simplement recentré sur les zones rurales du Nigeria, et étendu aux zones frontalières du Cameroun et du lac Tchad. « Dans les villages de l’État de Borno, au Nigeria, et dans toute la zone frontalière du Cameroun, il ne se passe pas un jour sans que soient annoncées des attaques et incursions de terroristes. Les enlèvements et les exécutions de paysans ont instauré un règne de peur et de psychose au sein de la population », explique Mgr Ateba.

Après Noël, une vidéo montrant la décapitation de onze personnes au Nigeria a été rendue publique. Elle a été revendiquée par l’État islamique en Afrique de l’Ouest, l’une des deux factions issues de la division de Boko Haram en 2016. À peu près au même moment, Mgr Barthélemy Yaouda Hourgo, évêque de Yaouga au Cameroun, originaire d’un village proche de la frontière avec le Nigeria, a écrit à la fondation : « Mon village natal de Blablim n’existe plus ! Les terroristes ont tué un jeune homme de ma famille, ils ont saccagé tout le village ainsi que ma maison natale. Tout le monde, à l’exception des personnes âgées et des malades, a dû fuir vers Mora, à 17 km de là. La récolte du coton ne pourra pas être effectuée. Actuellement, les températures sont très basses là-bas. Priez pour tous ceux qui doivent dormir en plein air à cette époque de l’année ».

 

Le terrorisme ou le crime organisé?

Destructions, pillages, vols et enlèvements sont les signes du passage des terroristes. Selon les autorités militaires nigérianes, le groupe djihadiste islamique aurait perdu son pouvoir et se serait divisé en groupes criminels organisés. Le lieutenant-général Tukur Yusufu Buratai, chef d’état-major de l’armée nigériane, signalait en septembre 2019 : « Les membres de ces groupes ont un mode de fonctionnement purement criminel, dans le but d’en tirer des gains personnels. Il est de notoriété publique que ces criminels ne prétendent plus défendre une autre cause que la recherche de biens matériels, ce qui se manifeste par des meurtres et la terreur infligée à d’infortunées populations ». Il a également encouragé les Nigérians à ne pas « glorifier ces criminels, en ne les appelant pas par un autre nom que celui de criminels, violeurs, kidnappeurs, voleurs armés ou assassins ».

Il est vrai que, selon les données du Nigeria Security Tracker, si plus de 36 000 personnes sont mortes du conflit depuis 2012 — en prenant en compte les civils, les forces armées et les terroristes —, le nombre de victimes a fortement diminué par rapport aux chiffres épouvantables atteints en 2014 et 2015, selon la même source.

Ce résultat positif est dû en partie au travail de forces militaires multinationales, incluant les armées du Nigeria, du Cameroun, du Niger et du Tchad. Selon l’organisation indépendante International Crisis Group, plus de 7 000 militaires ont été déployés au Cameroun lors de deux grandes opérations militaires, mobilisant des unités du Bataillon d’intervention rapide (BIR), l’élite de l’armée.

 

La bête réapparaît avec une violence renouvelée

Cependant, bien que les forces armées aient efficacement évité les attaques conventionnelles de Boko Haram ces dernières années, elles n’ont pas réussi à éradiquer le mouvement et une nouvelle génération de militants semble menacer à nouveau. « La pauvreté et l’insécurité dans les zones rurales, ainsi que le manque de perspectives pour les jeunes en font des cibles faciles à manipuler pour les djihadistes », confirme Mgr Ateba.

Selon les données de Human Rights Watch, le conflit entre les forces gouvernementales et Boko Haram a déplacé plus de 270 000 personnes dans le pays depuis 2014. Le groupe armé islamiste Boko Haram aurait mené plus de 100 attaques au Cameroun en 2019, tuant plus de 100 civils. « Au moment où l’on croyait que la bête Boko Haram avait été complètement décapitée, l’horreur a refait surface dans le nord du Cameroun. Dans mon diocèse, il y a eu 13 attaques au cours des quatre dernières semaines. Une église a été incendiée le jour de l’épiphanie. Nous enquêtons, mais tout indique qu’il s’agissait d’un acte terroriste », explique l’évêque. (23.01.2020)

 

 

Nigeria : Réflexion spirituelle sur les dernières attaques terroristes. 

23.01.2020 in Adaptation Mario Bard, Nigeria, persécution

 

Nigeria

«Les ténèbres peuvent se développer, mais elles ne triomphent jamais.»
Réflexion spirituelle sur les dernières attaques terroristes. 

 

Propos recueillis par Tobore Ovuorie
Adaptation : Mario Bard, AED Canada
Publié sur le the web le 23 janvier, 2020

La Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique (PAOEI) a publié le 26 décembre 2019 une vidéo de ses combattants décapitant 10 otages chrétiens aux yeux bandés. Puis, une autre vidéo est apparue le jour de Noël, montrant un onzième otage être abattu.

 

Les noms des victimes n’ont pas été divulgués, mais une vidéo plus ancienne de la PAOEI a révélé qu’elles provenaient des États de Borno et Yobe (Nigeria). La terreur pratiquée par la PAOEI et Boko Haram a profondément marqué les Nigérians, en particulier les chrétiens du pays, qui ont subi un nouveau choc à l’annonce de la décapitation, le 26 décembre, des membres d’un cortège nuptial à Gwoza, dans l’État de Borno.

 

 

L’Aide à l’Église en Détresse a parlé de ces assassinats avec le Père Panachy Longinus Ogbede, prêtre catholique de l’église de la Visitation, à Lagos, au Nigeria. Voici une réflexion spirituelle sur ces événements.

 

« Nous ne devons jamais accepter la violence. Elle ne fait pas partie de notre culture. Les Nigérians traditionnels sont connus pour aimer la discussion ; nos ancêtres nous ont appris que la devise “œil pour un œil, dent pour dent” laissait tout le monde aveugle et édenté. Il y aura toujours des façons meilleures et plus efficaces d’exprimer nos griefs.

 

Cependant, beaucoup de gens pensent autrement. Ils tireraient avantage d’une relation plus forte avec Dieu, conduisant à des relations plus positives avec les autres êtres humains. C’est ainsi que l’être humain devient sacré à nos yeux. Nous sommes en train de perdre rapidement notre sens du sacré, ainsi que notre sens de la communauté. L’égoïsme et le relativisme se sont glissés partout, et nous avons oublié qu’il y a encore des vérités objectives. Il n’est pas juste de tuer ses frères et sœurs. Il n’est pas juste de se comporter cruellement. J’implore Boko Haram et la PAOEI de reconsidérer leurs moyens d’action.

 

 

Petite fille à la messe du Dimanche à Sainte-Rita, Kaduna

Rester et vivre libres

 

La vérité est que les chrétiens ne peuvent pas quitter leur patrie. Où émigrerions-nous ? Et pour combien de temps ? Nous sommes des étrangers où que nous allions. Nous ne sommes en sécurité que sur les terres de nos parents. Nous devons apprendre à être tolérants et forts ; nous devons rester et vivre libres.

 

Les Écritures nous ont prédit des temps difficiles, mais les temps difficiles ne durent pas. Les gens solides durent. La vie est remplie de hauts et de bas qui sont souvent le résultat de l’égoïsme humain. Et il y aura toujours un Judas parmi les disciples. Il y aura toujours un enfant qui s’égare, qui prend un chemin alors que tous les autres prennent un autre chemin. Et quand cela arrive, on voit que cela marche rarement.

 

C’est lorsque les choses changent que nous trouvons des occasions de croissance. Et pour réaliser cette croissance, nous devons accepter l’instabilité, l’imperfection et l’incertitude. La vie est un mystère et exige que nous soyons en formation permanente. Il y a de la lumière au bout du tunnel, mais nous devons traverser ce tunnel avant de l’atteindre, ou même de la voir.

 

Les premiers apôtres ont également été persécutés. Mais le Christ n’a jamais abandonné son Église. Sans Lui, nous serions tous partis. Les ténèbres peuvent prospérer, mais elles ne triomphent jamais ».

 

 

Entretien de l’AED – Chrétiens et musulmans unis pour protester au Liban

22.01.2020 in Adaptation Mario Bard, Adaptation Mario Bard, Irak

Liban

Chrétiens et musulmans unis pour protester

La crise politique et économique est liée à la vague migratoire en provenance des pays voisins

Propos recueillis par Maria Lozano, ACN International
Adaptation française : Mario Bard, AED Canada
Publié le 22 janvier, 2020

Le Liban est l’un des 40 plus petits pays au monde, mais il abrite la plus grande proportion de réfugiés par habitant. En raison de sa proximité avec Israël et la Syrie, des milliers de palestiniens et de syriens ont cherché refuge dans ce pays qui, malgré une guerre cruelle dans les années 1990, est l’un des plus démocratiques du Proche-Orient. La présence de plus d’un million de réfugiés a placé un lourd fardeau sur les épaules du gouvernement, et a conduit à une aggravation de la crise politique et économique que le pays subit. L’archevêque melkite gréco-catholique de Furzol, Zahlé et la Bekaa, Mgr Issam John Darwish, évoque dans un entretien avec Maria Lozano, de l’œuvre pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED), les manifestations qui ont lieu dans tout le pays depuis le 17 octobre 2019, ainsi que l’immigration et ses conséquences.

 

 

L’archevêque grec melkite Issam John Darwish, éparchie de Zahle, Furzol et de la Bekaa.


AED : Quelle est la position de l’Église en ce qui concerne les manifestations qui ont lieu au Liban ? Et quelles sont les principales demandes du peuple ?

Ici, les manifestations ont un arrière-plan strictement économique. Les religions n’ont rien à voir avec elles. Les chrétiens pratiquent leur religion normalement, sans aucun problème. Le principal élément déclencheur des manifestations a été que le gouvernement a envisagé d’imposer des taxes supplémentaires aux citoyens. Aujourd’hui, la majorité des personnes qui prennent part aux manifestations n’ont plus confiance dans le gouvernement. Leurs principales revendications sont un gouvernement de spécialistes pour sauver le pays, la transparence des comptes en banque des politiciens, et la récupération de l’argent pillé.

AED : Qui sont les manifestants ? S’agit-il surtout de jeunes comme dans les autres pays où des manifestations sociales ont lieu ? Pensez-vous que les gens ont une réelle chance d’être entendus ?

En fait, tout le monde proteste. Les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les chrétiens et les musulmans, les étudiants et les parents, et les manifestations n’ont pas toutes lieu au même endroit. Il y a des manifestations dans toutes les régions du Liban, même à Zahlé.

Les gens font de leur mieux pour se faire entendre. Les politiciens font des discours et leur promettent qu’ils sont prêts à faire des changements, mais le peuple semble avoir perdu toute confiance en eux. Ils les appellent à démissionner.

Le programme humanitaire de la Table de Saint-Jean le Miséricordieux, pour les réfugiés syriens et autres personnes dans le besoin de la région de Zahle et de la Bekaa.

AED : Pensez-vous que ces événements auront un impact positif sur l’unité du pays ?

Ces événements sont certainement quelque chose qui n’était jamais arrivé au Liban auparavant. Les chrétiens et les musulmans de toutes les régions du Liban ont les mêmes exigences. Les gens sont unis derrière des demandes vitales telles que le rejet de la fiscalité [actuelle], la demande d’une assurance maladie, les besoins en électricité, les plaintes concernant la corruption et la très mauvaise situation économique dans laquelle ils vivent. Ces manifestations n’ont pas d’arrière-plan politique. Les gens demandent à tous les politiciens de démissionner.

 

AED : Tous les chefs religieux ont apporté leur soutien au peuple, à l’exception des chiites. Pourquoi ?

En fait, je n’ai pas de réponse à cette question. Il pourrait y avoir une raison politique, ou peut-être ont-ils peur que si le gouvernement démissionne, nous soyons confrontés à un effondrement économique dramatique. Et c’est ce dont certains politiciens et chefs religieux ont peur.

Families with Archbishop John Darwish at St John the Merciful Table, Zahle, Lebanon, providing meals to displaced families

Mgr John Darwish avec des familles à l’organisme de la Tablée de Saint-Jean le Miséricordieux. Une oeuvre qui soutient les familles déplacées de sa région.

Comment les manifestations affectent-elles la vie quotidienne dans votre région ?

Jusqu’à présent, les gens ont obtenu le nécessaire. Mais si les manifestations durent plus longtemps sans aucune solution de la part du gouvernement, nous pourrions faire face à de plus gros problèmes. La plupart des routes sont fermées chaque matin par les manifestants. À cause de cela, beaucoup de gens ne peuvent pas atteindre leur lieu de travail.

 

AED : C’est le Liban qui accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant dans le monde. L’Église de Zahlé s’occupe-t-elle aussi des réfugiés ?

Huit ans après le début de la crise syrienne, on estime qu’il y a plus d’1,5 million de réfugiés syriens, en plus d’un grand nombre de réfugiés palestiniens. Et on ne voit pas la fin de cette situation. Notre archidiocèse melkite gréco-catholique de Zahlé et de la Bekaa a joué un rôle de premier plan dans l’aide aux syriens déplacés. Nous les avons soutenus et aidés depuis le début de leur déplacement au Liban jusqu’à aujourd’hui, en particulier les réfugiés chrétiens qui étaient et sont encore invisibles pour toutes les communautés européennes et internationales, parce qu’ils vivent dans des camps. Ils continuent donc d’être négligés en ce qui concerne l’aide et les soutiens. Le nombre de familles chrétiennes déplacées était de plus de 2000, dont 800 dans notre région.

 

AED : Il s’agit d’un nombre immense de réfugiés par rapport à la faible population du Liban. Est-ce que cela a des répercussions au Liban ? La crise actuelle dans le pays est-elle liée à la crise des réfugiés ?

Eh bien, la présence des réfugiés a une incidence sur la situation économique au Liban. Le Liban est un petit pays avec de nombreux problèmes politiques et économiques. Leur présence a été source de fardeaux supplémentaires pour le gouvernement. Le taux de chômage a augmenté. Aujourd’hui, les libanais et les syriens ont du mal à trouver un emploi. La situation économique est très mauvaise, le gouvernement a essayé de résoudre le problème en soumettant les citoyens libanais à des impôts supplémentaires, et c’est là la principale cause du lancement des manifestations.

Célébration de la Journée des migrants et des réfugiés, soulignée le 29 septembre dernier. « Jésus est mon Rocher » est écrit sur la pierre tenue par Mgr John Darwish.

AED : La situation en Irak et en Syrie s’est améliorée. C’est de là-bas que viennent la plupart des réfugiés. Ont-ils commencé à rentrer chez eux ?

Une petite minorité est retournée dans son pays d’origine. La majorité des réfugiés émigrent vers l’Europe ou le Canada, à la recherche d’un avenir meilleur. À Zahlé, beaucoup d’entre eux sont partis sans rien nous dire, parce qu’ils savent que nous ne sommes pas en faveur de leur émigration. Les autres familles sont toujours ici à Zahlé, et nous en prenons soin.

 

AED : En quoi consiste l’aide de l’AED ?

L’Aide à l’Église en Détresse aide les réfugiés en leur donnant la possibilité d’avoir un repas chaud tous les jours à la « Table de Saint Jean le Miséricordieux », mais aussi par l’aide humanitaire, y compris la distribution de colis alimentaires, trousses d’hygiène, couches, mazout pour le chauffage, par l’aide au paiement des loyers, des frais de scolarité et l’assistance médicale.

Cette aide est très importante pour les réfugiés, d’autant plus que le Liban connaît une crise économique et un taux de chômage élevé. Les libanais eux-mêmes souffrent de cette grave situation économique depuis longtemps, et c’est la principale cause qui a déclenché le soulèvement et les manifestations de rue.

Nouvelles de l’AED spéciale : Déclaration de l’archevêque d’Erbil, Kurdistan Irak

09.01.2020 in Par Amanda Griffin

Irak

Un archevêque irakien en appelle à la retenue, à la sagesse et à la paix

Par Amanda Griffin, AED Canada
Traduction, Mario Bard, AED Canada
Publié sur le web, le 9 janvier, 2020

 

Une attaque aux missiles balistiques par l’Iran, mercredi 8 janvier au petit matin, contre des bases militaires américaines situées en Irak, laisse la population irakienne, et sa minorité chrétienne en particulier, au cœur d’un lieu où deux super puissances — l’Iran et les États-Unis — s’affrontent. Cette riposte de l’Iran, une représailles à l’attaque d’un drone américain contre un général iranien de haut rang le 31 décembre dernier, inquiète au plus haut point les fidèles Irakiens.

 

Quelques heures après la riposte iranienne, l’archevêque chaldéen d’Erbil, Mgr Bashar Warda, s’est fait l’écho des propos du patriarche chaldéen, le cardinal Louis Sako. Ce dernier avait précédemment prononcé une homélie se référant à l’attaque mortelle au drone, laquelle a de nouveau exacerbé les tensions dans la région. Les deux dirigeants de l’Église chaldéenne ont appelé toutes les parties à exercer de la retenue et de la sagesse, et demander à la communauté internationale d’intervenir afin d’« atténuer les tensions. »

 

Selon le site web français de VaticanNews, le patriarche Sako a déclaré : « Le peuple irakien est en état de choc », déplore le cardinal Sako, regrettant que son pays ait été transformé en une « arène » où Américains et Iraniens peuvent « régler leurs comptes ». L’Irak « n’est plus une patrie souveraine », affirme-t-il avant d’appeler « toutes les parties concernées à faire preuve de retenue, de sagesse, à agir raisonnablement et à s’asseoir à la table du dialogue. »

 

Voici la déclaration de Mgr Bashar Warda, telle que traduite par le bureau canadien de l’Aide à l’Église en Détresse.

 


Déclaration de l’archevêque d’Erbil, Kurdistan Irak

 

Mercredi 8 janvier 2020

 

Les présentes tensions entre les deux puissances ne doivent pas s’intensifier. L’Irak a souffert, [contraint à] des guerres « par procuration » depuis des décennies ; elles ont déchiré notre pays.

 

Nous sommes des gens d’espérance et courageux. Depuis la défaite du groupe État islamique en mai 2017 par les forces de la coalition, notre archidiocèse a travaillé avec les dirigeants d’autres Églises, des agences chrétiennes, des agences humanitaires, des gouvernements et des organisations non gouvernementales pour aider à rebâtir nos communautés fracturées à Mossoul et dans la plaine de Ninive. Cela a été une route très difficile de collecter des fonds et obtenir le soutien de la communauté internationale pour nous aider à retrouver concrètement ce que nous avons perdu depuis août 2014.

 

Les présentes tensions menacent des communautés très fragiles qui sont fatiguées de la guerre et de ses conséquences tragiques. Ils ont déjà beaucoup trop souffert et ne peuvent plus faire face à un avenir incertain. Ils ont besoin de certitude, de réconfort, d’espérance, et de croire que l’Irak, peut être un pays pacifique plutôt que d’être des victimes et des dommages collatéraux sans fin.

 

En tant que dirigeants d’Église, nous allons toujours suivre la voie tracée par Dieu en cherchant la paix, la réconciliation, le dialogue, et non le conflit. Sa Béatitude le cardinal Louis Sako, Patriarche des Chaldéens, a exprimé très justement les peurs et les angoisses des gens, et l’espoir qu’ils ont d’être épargnés des dégâts et de la tragédie de la guerre. Nous sommes unis à son appel à prudemment rechercher un dialogue civilisé et à prier pour la paix.

 

Nous en souhaitons l’action urgente de la communauté internationale afin qu’elle utilise son influence pour atténuer les tensions. Notre prière est pour la paix et que le résultat du dialogue aboutisse à quelque chose de juste et de pacifique.

 


 

Aide à l’Église en Détresse (AED) soutient les chrétiens en Irak depuis de nombreuses années, spécialement depuis les attaques du groupe État islamique (Daech) en août 2014, qui les ont forcés à fuir leur terre ancestrale. Beaucoup ont trouvé refuge à Erbil et dans le village temporaire nommé Werenfried et construit pour eux par l’Église, le tout soutenu par l’AED.

L’AED s’est également engagé à aider les chrétiens irakiens de retour à la maison en participant à un « Plan Marshall » afin de reconstruire les communautés et les églises de la plaine de Ninive. Il est estimé qu’il n’y aurait plus qu’environ 250 000 chrétiens encore présents dans le pays.

Projet de la semaine de l’AED : République Démocratique du Congo

09.01.2020 in ACN Canada, Adaptation Mario Bard, Formation, Pastorale familiale, PROJETS AED

Projet de la semaine de l’AED :  Démocratique du Congo

Deux ans de soutien pour la formation de 10 catéchistes


En République Démocratique du Congo, comme dans presque tous les pays africains d’ailleurs, les catéchistes ont un rôle important à jouer dans l’annonce de la foi. Dans le diocèse de Lolo situé dans le nord du pays, la vie ecclésiale s’arrêterait complètement si les catéchistes ne vivaient pas dans les villages et ne se rassemblaient pas avec tous les autres croyants afin de prier et faire la catéchèse.

 

Dans ce diocèse, les paroisses s’étendent sur de vastes zones et comptent de nombreux villages, dont certains sont difficiles d’accès. Les rares prêtres qui se trouvent dans cette région doivent parfois marcher pendant des heures, sans compter les éléments de la nature – ruisseaux d’un demi-mètre de profondeur à traverser! –, afin d’aller à la rencontre des paroissiens. Ils ne peuvent donc pas se rendre dans les villages aussi souvent que nécessaire. C’est dire toute l’importance des catéchistes!

 

Formés pendant deux ans

Dans le diocèse de Lolo se trouve un centre catéchétique afin que les catéchistes puissent être bien formés pour ce service si précieux à la vie diocésaine. Ils peuvent également y recevoir une formation complémentaire. La formation des catéchistes dure deux ans. Comme en général ceux-ci ont une famille, épouse et enfants viennent avec eux. Un hébergement est alors fourni aux familles.

Pendant la formation des pères, les enfants vont à l’école et c’est le diocèse qui paie pour les frais de scolarité, le matériel didactique et les uniformes scolaires. Les épouses des futurs catéchistes suivent également différents cours, tels que des cours de couture, d’économie domestique, de lecture et d’écriture, ainsi que de Bible et de morale. Quant à eux, les futurs catéchistes reçoivent une formation théorique ainsi qu’une formation pratique en matière de pastorale et de proclamation de la foi.

L’évêque du diocèse, Mgr Jean Bertin Nadonye Ndongo, a particulièrement à cœur la formation des catéchistes. Il affirme d’ailleurs que l’amélioration de leur formation a donné au diocèse un « nouvel élan » et constitue une « source d’inspiration ». Cependant, le besoin de catéchistes bien formés demeure élevé. Il nous demande donc de l’aide pour offrir une formation à dix catéchistes et leurs familles. Nous avons promis 19 500 $.

Communiqué Campagne de Noël et Mercredi rouge

13.12.2019 in ACN Canada, AED-Canada, Mercredi Rouge
Photo: Chorale chaldéenne, cathédrale St. Michael, Toronto : célébration du Mercredi Rouge
(Courtoisie : Michael Swan/The Catholic Register)

Communiqué Campagne de Noël et Mercredi rouge