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Burkina Faso
Aucun arrêt du terrorisme en temps de pandémie

Par Maria Lozano, AED International
Adaptation française : Mario Bard, AED-Canada
Publié sur le web le 19 mai, 2020

Au Burkina Faso, la menace terroriste qui touche plus particulièrement cinq régions du nord et de l’est du Burkina Faso est «éclipsée par la pandémie de la Covid-19», ont affirmé plusieurs sources locales consultées par l’œuvre internationale de charité Aide à l’Église en Détresse (AED). Pour les populations directement touchées par les attaques terroristes, le coronavirus est «un malheur dans le malheur», selon ces mêmes sources.

Les personnes interrogées dans les diocèses de Dori, Kaya et Fada N’Gourma, tous gravement affectés par les conséquences du terrorisme, s’accordent à dire que « la gravité de la situation est la même, voire pire par endroits » qu’avant la pandémie, avec près d’un million de personnes déplacées et l’absence totale de réponse des autorités nationales et internationales.

Dans les départements de Bourzanga (région du centre-nord) et Djibo (région du Sahel), les attaques sont quotidiennes. Selon des sources, des zones entières sont isolées, non pas à cause du confinement dû à la pandémie, mais en raison de l’insécurité complète dont elles souffrent. Les quelques villages encore peuplés abritent des milliers de déplacés internes, mais sont de plus en plus séparés du reste du pays.

Abriter des milliers de réfugiés sous attaque

Cela concerne notamment la ville de Djibo, bloquée par des terroristes depuis la mi-janvier 2020. Comme l’ont décrit les sources consultées par l’œuvre de charité pontificale, « il n’y a pas de transport, pas d’approvisionnement, pas de possibilité d’entrer ou de sortir, il y a pénurie d’eau, de carburant, de nourriture, il y a des coupures d’électricité, etc. ».

Selon le Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR), près de 150 000 déplacés internes vivent à Djibo, la capitale provinciale. Une autre ville subissant le blocus serait Arbinda, qui abrite 60 000 personnes déplacées internes. Ces deux localités sont les dernières enclaves de vie dans la province, et le seul rempart de protection pour beaucoup de personnes face à l’occupation terroriste.

Un prêtre déplacé du diocèse de Kaya, dans la région du centre-nord, a raconté à l’AED une situation similaire : « Les villages sont presque déserts, ils ont perdu leur rythme de vie, bien qu’il y ait encore des signes d’espérance. Dans ma paroisse, où beaucoup de gens ont cherché refuge, il y a des problèmes liés aux besoins fondamentaux. Le problème crucial reste l’eau. Il est très difficile d’obtenir ce précieux liquide, et cela oblige les femmes, avec tous les risques que cela comporte, à retourner dans les villages voisins abandonnés, qui sont menacés par les terroristes, afin de tenter d’en obtenir et de transporter cette eau avec des tricycles ».

Toujours à Kaya, il y a d’importantes communautés, comme à Namisgma et Dablo, qui sont coupées des villes qui les approvisionnaient jusqu’à présent. Et après des attaques répétées, les terroristes se sont installés dans le gros village de Pensa, détachant de facto cette ville du reste du territoire.

Appel au gouvernement national et à la communauté internationale

Selon les personnes qui se sont confiées à l’AED, les autorités locales et nationales partagent le drame que vit la population, mais la plupart du temps, leurs efforts sont vite anéantis faute de moyens conséquents. Beaucoup regrettent qu’à l’extérieur du pays, l’ampleur de la tragédie ne soit pas comprise : « Sur les 75 villages de ma paroisse, il n’y en a plus que dix encore habité. Tout le monde est parti. Compte tenu de l’abandon de certains villages, une grande partie du territoire se retrouve aux mains des terroristes, échappant au contrôle de l’État », souligne un prêtre du diocèse de Kaya, qui a également dû fuir à cause des menaces à l’encontre de sa paroisse.

Bien qu’il y ait une présence de troupes étrangères, principalement françaises, de nombreux Burkinabés sont sceptiques et se plaignent de ne voir aucun résultat. Ils critiquent également le fait que si l’armée nationale disposait des mêmes conditions de transport et d’armement que les forces étrangères, elle pourrait être plus efficace.

En général, la plupart des Burkinabés se sentent impuissants face à ce malheur,
« d’autant plus qu’en ce moment, l’accent est mis sur la pandémie de Coronavirus, oubliant que le terrorisme fait aussi des victimes, encore plus que le Covid-19 », déplore le prêtre.

Nombreux sont ceux qui appellent les autorités à faire preuve de la même détermination et du même sérieux en ce qui concerne l’amélioration de la situation des déplacés internes à l’intérieur du pays et la lutte contre le terrorisme, qu’en ce qui concerne la lutte contre la pandémie. « Les deux dangers sont réels. Nous sommes coincés au milieu. Et il est très difficile de savoir ce qu’il y a de pire. En tous cas, les conséquences sont les mêmes. Ils créent tous deux des situations de mort » – déclare avec affliction un autre partenaire de la Fondation AED, de la région de Fada N’Gourma, qui vient de recevoir une aide pour construire un mur de sécurité dans sa paroisse, après avoir subi de violentes incursions.

Depuis près de cinq ans, le Burkina Faso est frappé par une vague de terrorisme sans précédent. En février 2020, une délégation de la l’oeuvre de charité, AED, s’est rendue dans le pays pour évaluer les problèmes vécus par les chrétiens dans le nord du pays et réitérer la solidarité de l’Église universelle. Selon les données recueillies par l’AED au cours de la visite, le nombre de déplacés internes s’élève à près d’un million de personnes.

Depuis 2019, plus de 1 000 personnes — chrétiens, adeptes de la religion traditionnelle, musulmans et militaires — ont été tuées. Treize prêtres et 193 coordonnateurs pastoraux ont dû quitter leurs zones d’intervention pastorale pour trouver refuge dans des paroisses encore sûres. Il faut préciser enfin qu’au moins huit paroisses sont fermées et sept communautés religieuses de différentes congrégations ont dû fuir vers des endroits plus sûrs.

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