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Argentine – Les périls auxquels sont confrontés les policiers et la formation qui les prépare (2e et dernière partie)

Pour lire la première partie : Argentine – Le policier, d’abord serviteur de la vie(1re partie de 2)

Ces derniers temps, la grave crise économique et sociale qui touche de nombreux pays, combinée aux inégalités sociales existantes, a engendré une grave fragmentation de la société. Tous ces facteurs ont une répercussion directe sur le travail des forces de l’ordre qui, dans divers pays, sont aussi violemment critiquées pour leurs méthodes.

María Lozano, journaliste de l’œuvre de charité pontificale Aide à l’Église en Détresse (AED international), a interviewé le Père Nicolás Daniel Julián, aumônier principal de la police de la province de Córdoba en Argentine. Dans cette entrevue en deux parties, nous entendrons ce pionnier dans son travailleur d’apostolat pastoral auprès des agents des forces de l’ordre et face aux grands défis de leur profession.

Archidiocèse de Córdoba, 2 février.2020. Le P. Daniel Julián (à gauche)
et un autre aumônier de la Police de la Province de Córdoba.

Voici la deuxième d’une entrevue en deux parties : 

Vous avez mentionné quelques-uns des dangers qui peuvent menacer les forces de sécurité en général et la police en particulier. L’un de ces dangers est l’abus de pouvoir. Comment transmettez-vous cette vocation à accomplir un service, et non pas à abuser du pouvoir ?

Nous parlons de « servir », et jamais de « se servir ». Finalement, il est question de ce qu’a dit Jésus-Christ : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». C’est le cas des policiers. Quand il n’y a pas d’amour et de conviction, il est facile d’être un simple fonctionnaire public ; il est très facile pour un policier de succomber à toutes sortes de tentations, car il a l’autorité, il a une arme et le pouvoir de décider de la vie et de la liberté d’autrui. Dans notre travail d’accompagnement, nous travaillons beaucoup sur la formation, la formation intellectuelle, la formation professionnelle, mais nous mettons aussi beaucoup l’accent sur l’accompagnement spirituel. L’acquisition d’une conviction ferme est essentielle ; aucun protocole, aucune législation ne peut suffire lorsque votre propre vie est en danger. Qui prendrait une balle dans la tête pour un million de dollars ? On dirait qu’il est fou. Un policier ne s’attaque pas au crime pour l’argent, pour remplir un ordre ou une loi. Seul celui qui a une ferme conviction n’hésitera pas à servir, s’il le faut, au prix de sa vie.

Rencontre avec le Père Daniel Julián, d’autres aumôniers, des agents pastoraux et d’autres représentants de la police avec Ulrich Kny, Chef de projets de l’AED pour l’Amérique latine Février 2020.

Un policier est constamment confronté au mal, à la violence, à la corruption, au vol, au trafic d’êtres humains et aux drogues. Face à tant de fléaux, comment parvient-il à ne pas rester bloqué dans une perception négative du monde ?

Ce n’est pas facile pour les policiers. Ils sont très attentifs à voir ce que le commun des mortels ne voit pas, ils le découvrent très facilement. Un prêtre voit tout sous l’angle de la foi et, comme on le dit, il voit à travers les yeux de l’Église. Un journaliste considère une chose selon son propre point de vue, selon sa profession. Un policier la considère également selon sa profession. Ils sont très exposés à la contamination de ce qu’ils ont à gérer, aux eaux troubles, à l’obscurité, au mauvais côté de la société. La spiritualité et la famille les aident. Elles les soutiennent, car cette charge émotionnelle est un fardeau psychologique très lourd à porter en raison de leurs horaires de travail et des tensions inhérentes au métier.

Vous dites donc que la famille est très importante pour les forces de l’ordre et de sécurité ?

À mon avis, c’est le grand bouclier de protection dont ils disposent : leur famille, car ils veulent rentrer intègres à la maison, « sans souillure ». Un jour, un policier m’a dit : « J’enquête après des incendies et je dois alors parfois examiner des cadavres. Le travail terminé, je remets mes vêtements civils et je rentre à la maison. J’embrasse mon fils et, comme si de rien n’était, je dois l’aider à faire ses devoirs. Ce n’est pas facile. ».

Un pompier est assis calmement, triant son équipement, faisant son entraînement, lorsque l’alarme se déclenche. En 45 secondes, il revêt son uniforme de pompier et en une minute, il est déjà sur la route. Ce type de tension psychologique exige non seulement une formation technique et professionnelle, mais aussi un équilibre émotionnel et spirituel. Dans ce domaine, nous avons obtenu de bons résultats. Notre tâche est de les soutenir, car pour nous, c’est une défaite quand un mauvais policier fait la une des journaux ou se suicide.

Ulrich Kny, (à gauche), chef de projets de l’AED pour l’Amérique latine Février 2020 et le père Daniel.

Votre action pastorale s’étend également aux familles. Quelle est la nature de votre apostolat pour les familles des policiers ? Sur quoi porte-t-il ?
La pastorale est compliquée, mais magnifique. En effet, le policier est très déraciné. Il passe un tiers de sa vie en uniforme… Il commence son activité à une certaine heure et ne sait pas quand il pourra retourner auprès de sa famille. Il passe beaucoup de temps loin de chez lui. Les horaires de travail sont difficiles. Souvent, un policier n’est pas en mesure de partager la vie sociale ordinaire ou les moments importants des membres de sa famille. De plus, l’Argentine connaît des difficultés économiques. Cela les oblige à travailler plus longtemps et à passer moins de temps à la maison. Nous tentons de les former à ne pas négliger ce qui compte tant pour eux. Un jour, j’ai vu un policier toucher l’image de la Vierge à l’entrée du poste de police et je lui ai demandé : « Que lui dites-vous ? » Il m’a répondu : « Seigneur, occupe-toi des miens, car je dois m’occuper des autres. » Formidable ! Nous l’avons intégrée dans la prière du policier.

Pour en savoir plus sur la situation en Argentine, lisez le rapport 2021 d’AED sur la liberté religieuse dans le monde. https://acninternational.org/religiousfreedomreport/fr/reports/ar/

Pour lire la première partie :

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