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Suffering Aleppo - smoking and burning cars in the street The pictures shows the desastrous effects of the ongoing fighting in Aleppo. The Pictures were sent by a Syrian Sister (who works there with the help of ACN) as example for the bombings in Aleppo. She took it from different facebook sources – copyright and sources not clear: The pictures are JUST FOR ILLUSTRATION OF THE STORY – NOT FOR PRESS
La souffrance à Alep – Crédit photo: Facebook

Alep, Syrie

Entrevues : « À Pâques, nos enfants reçoivent des cercueils »

Les combats ont repris à Alep – « Si cette situation persiste, encore plus de chrétiens partiront », craint Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen d’Alep

 Dans l’ancienne métropole économique d’Alep, en Syrie, les combats entre le gouvernement et l’opposition ont repris, comme le rapportent des représentants ecclésiastiques catholiques dans un entretien avec Aide à l’Église en Détresse.

 

 

 

« Depuis la semaine dernière, les combats se sont à nouveau massivement renforcés. Surtout depuis samedi, c’est très grave. La situation de la population est catastrophique. Il y a tant de morts et de blessés. J’espère que l’escalade de la violence va cesser, mais c’est déjà très grave. Si les combats continuent comme cela, encore plus de chrétiens quitteront Alep », estime Mgr Antoine Audo, archevêque chaldéen de la ville, dans un entretien accordé mardi à l’organisme international de charité catholique.

Il ajoute : « Avant la guerre, Alep comptait plus de 150 000 chrétiens de différentes confessions. Aujourd’hui, environ deux tiers d’entre eux sont des déplacés dans leur propre pays ou se sont réfugiés à l’étranger, par exemple au Liban, mais aussi dans les pays occidentaux ».

Ceux qui restent sont surtout les personnes âgées et les pauvres. L’archevêque affirme « C’est d’eux que nous nous occupons maintenant, et notamment grâce au soutien d’AED. Mais, leur situation est inquiétante à tout point de vue. La pauvreté et un mauvais approvisionnement marquent profondément le quotidien. »

Par ailleurs, Mgr Audo a déclaré que pour les groupes de rebelles du front Al-Nosra, dominés par les djihadistes – et qui contrôlent encore certaines zones d’Alep –, il importe de semer la peur et la terreur par des fusillades et des bombardements. « Ce sont des groupes financés par l’étranger. Ils ne viennent pas de Syrie. Chez nous, les relations entre les chrétiens et les musulmans étaient bonnes, et le sont toujours. Naturellement, le fanatisme existait déjà auparavant. Mais, en général, les relations étaient bonnes. Nous autres chrétiens étions reconnus. À Alep, il en est toujours ainsi. Ça s’est même encore amélioré. En effet, les musulmans nous respectent à cause de notre travail caritatif et du soutien dont ils bénéficient. J’espère de tout cœur qu’après cette guerre, nous aurons une Syrie où tous sans exception jouiront des pleins droits et de l’égalité. »

Suffering Aleppo - schoolbag and textbook of one of the little victims The pictures shows the desastrous effects of the ongoing fighting in Aleppo. The Pictures were sent by a Syrian Sister (who works there with the help of ACN) as example for the bombings in Aleppo. She took it from different facebook sources – copyright and sources not clear: The pictures are JUST FOR ILLUSTRATION OF THE STORY – NOT FOR PRESS
Souffrance à  Alep – sac d’école d’un enfant victime des vilences.  Crédit photo: Facebook

Cessez-le-feu : « nous nous sommes trompés »

Interviewée par AED, Sœur Annie Demerjian rapporte également que les combats à Alep ont empiré. « Lundi, c’était très grave. 17 personnes sont mortes sous les coups de feu, dont six enfants. Il y avait beaucoup de chrétiens parmi eux », déplore la religieuse, qui persévère depuis des années dans cette ville divisée entre le gouvernement syrien et l’opposition.

« Les blessés viennent s’ajouter aux morts. L’une des femmes qui m’aident a été choquée en voyant un transport de personnes grièvement blessées. De plus, tant de magasins, de maisons et de voitures ont été détruits à cause des bombardements. Nous espérions tant que le cessez-le-feu des dernières semaines marque le début de la fin de cette guerre. Nous étions vraiment pleins d’espoir. Mais, nous nous sommes trompés. Il y a longtemps que cela n’a pas été aussi grave qu’aujourd’hui. Des centaines de bombes et d’obus ont été tirés. La dernière fois que nous avions des combats de cette violence, c’était à Pâques 2015. » Tout comme les autres habitants, les chrétiens qui sont toujours à Alep sont désespérés et épuisés.

ACN-20160428-39863« Après tant d’années de guerre, les gens n’en peuvent tout simplement plus. Ils ont l’impression que tout recommence! Cela les rend tristes et furieux. Un père m’a demandé de prier pour ses enfants afin qu’ils rentrent sains et saufs à la maison. Je ne sais pas si on peut s’imaginer l’effroi que ces gens peuvent endurer. Et pas seulement depuis hier. Je crois que nous, ici à Alep, sommes les plus touchés par la guerre en Syrie. Et nous n’arrivons simplement pas à comprendre pourquoi des innocents doivent endurer tant de souffrances. »

Cadeau de Pâques orthodoxes : un cercueil…

Selon Sœur Annie, les chrétiens orthodoxes d’Alep appréhendent l’approche de leur fête de Pâques, dimanche prochain. « Un chrétien orthodoxe m’a dit récemment que dans le monde entier, les enfants recevaient des cadeaux à Pâques. Mais, à Alep, ils reçoivent des cercueils. N’est-ce pas infiniment triste d’entendre cela? » Avec insistance, la religieuse a invité à la prière pour la population opprimée par la guerre en Syrie. « Je vous en supplie, priez pour nous. Dieu est notre dernier soutien. »

Le Père franciscain Ibrahim Alsabagh parle également de violents combats à Alep. « Les bombardements ont recommencé. Récemment, une roquette est tombée dans notre zone d’Azizieh, une maison a été détruite, d’autres endommagées.

Syria, Aleppo, February 2016 SYRIA / ALEP-LAT 15/00031 Extraordinary help for the Christian families (electricity): Fr. Ibrahim Alsabagh
Père Ibrahim Alsabagh

Dans certaines zones, comme Midan par exemple, la situation était extrêmement critique. Les ouvriers employés dans notre monastère sont venus au travail les yeux rougis, morts de fatigue, parce qu’ils n’ont pas dormi de la nuit », assure le franciscain qui œuvre à Alep. « La hausse du dollar se poursuit, tandis que les gens ont de plus en plus de difficultés à gagner un peu d’argent pour acheter de quoi manger. Pour nous, c’est une course sans fin, car la totalité du travail humanitaire nous retombe sur les épaules, alors que nous sommes vraiment bien organisés et que beaucoup de bénévoles et de collaborateurs nous apportent leur aide. Mais, chaque jour, de plus en plus de gens frappent au portail de notre monastère, mais il y a aussi beaucoup de familles et de gens qui rendent grâce au Seigneur de la présence des frères franciscains, parce que nous sommes restés à Alep pour aider ces gens désespérés. »

AED soutient les chrétiens d’Alep depuis des années. À travers nos partenaires, les Églises locales, cette aide soutient notamment des programmes visant à donner des vêtements, de la nourriture et des médicaments, auxquels viennent s’ajouter des subventions de logements et d’études. Par ailleurs, AED apporte son soutien aux chrétiens de Syrie et d’Irak obligés de fuir la guerre et la terreur, et qui cherchent refuge dans d’autres régions de leur propre pays ou dans les pays avoisinants.

 

Par Oliver Maksan, AED International 
Adaptation : Mario Bard, AED Canada

 


 

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