fbpx
X
Faire un don

Afghanistan – Sombre avenir pour la liberté religieuse

Déclaration du président du conseil exécutif de l’Aide à l’Église en Détresse internationale (ACN/AED)

*Au Canada, nous publions cette déclaration alors que de nombreuses sources d’informations indiquent qu’une explosion s’est produite tout près de l’Aéroport de Kaboul. On parle d’au moins 70 personnes tuées et plus d’une cinquantaine de blessés. Le groupe État islamique (ÉI) a revendiqué l’attentat.
Merci de continuer à prier pour le peuple afghan.

Le 19 août dernier, à l’occasion du 102e anniversaire de l’indépendance du pays vis-à-vis de la domination britannique, Zabihullah Mujahid, porte-parole des talibans, a proclamé l’Afghanistan «Émirat islamique d’Afghanistan» sur son compte Twitter officiel.

Thomas Heine-Geldern, président du conseil exécutif de l’œuvre pontificale internationale Aide à l’Église en Détresse (AED), a fait part de ses profondes inquiétudes quant à la prise de pouvoir et au changement de nom du pays.

Thomas Hein-Geldern, Berlin, avril 2021, lors de la présentation du Rapport sur la liberté religieuse. Malheureusement, notre analyse ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir.

Sous le régime de l’ancien Émirat d’Afghanistan (1996-2001), les taliban avaient imposé une version stricte de la charia dans tout le pays. Nous pouvons nous attendre à ce que l’islam sunnite devienne la religion officielle, à ce que la charia soit à nouveau imposée, et à ce que les libertés durement gagnées au cours des 20 dernières années dans le domaine des droits de l’homme, dont une relative liberté religieuse, soient révoquées.

L’AED avait déjà prédit la détérioration de la situation dans son plus récent Rapport sur la liberté religieuse, publié en avril 2021. Tout au long des 22 années d’existence de ce rapport, l’Afghanistan a toujours figuré parmi les pays qui violent le plus ce droit fondamental. C’est surtout au cours des trois dernières années que le rapport a mis en lumière les attaques répétées et flagrantes à l’encontre des lieux de culte, des chefs religieux et des fidèles.

Malheureusement, notre analyse ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir. Tous ceux qui n’épousent pas les vues islamistes extrêmes des taliban sont en danger, y compris les sunnites modérés. Les chiites (10 %), la petite communauté chrétienne et toutes les autres minorités religieuses, déjà menacées, subiront une oppression encore plus grande. C’est un énorme revers pour tous les droits de l’homme et en particulier pour la liberté religieuse dans le pays.

Un certain nombre de pays ont, hélas, rapidement exprimé leur sympathie pour le nouvel Émirat. Cela ne va pas seulement légitimer les taliban, mais aussi encourager les régimes autoritaires du monde entier, en particulier dans la région, en provoquant des violations croissantes des libertés religieuses dans leurs propres pays. La reconnaissance internationale des taliban agira également comme un aimant pour les plus petits groupes islamiques radicaux, créant une nouvelle constellation de factions terroristes religieuses qui pourraient supplanter des formations historiques telles qu’Al-Qaïda et l’État islamique (ÉI). Entre autres, nous sommes préoccupés par le Pakistan, la Palestine et la province d’Idlib en Syrie. La situation des chrétiens et des autres communautés religieuses minoritaires qui y souffrent déjà de discrimination va encore se détériorer.

Le contenu des pourparlers qui ont lieu à Doha depuis 2020 entre les taliban et l’Occident, et entre les taliban et le gouvernement afghan reste relativement secret. Nous ne sommes donc pas en mesure de faire une estimation plus précise de ce que les accords conclus signifieront pour les Afghans qui n’adhèrent pas à la vision islamiste extrême des taliban.

Il reste d’innombrables questions diplomatiques épineuses. La fuite inattendue et volontaire du président Ashraf Ghani crée des difficultés éthiques et morales pour l’Occident, car les pays participants aux pourparlers avec les taliban ont déclaré il y a quelques semaines qu’ils ne reconnaîtraient jamais un régime ayant pris le pouvoir par la force. En l’absence de canaux officiels, les taliban répondront-ils aux revendications en matière de droits de l’homme? Le fait que la plupart des ambassades occidentales ferment et que les observateurs internationaux partent, comme ils l’ont fait en Syrie en 2011, n’est pas de bon augure.

Aide à l’Église en Détresse (ACN/AED) encourage la communauté internationale à faire entendre sa voix en faveur de la protection des droits de l’homme pour tous les citoyens afghans, d’autant plus que nous estimons que la 1liberté religieuse sera particulièrement menacée. Nous appelons également nos bienfaiteurs et nos amis à continuer à prier pendant cette période profondément troublée de l’histoire de l’Afghanistan .

Plus de 99,86 % de la population est musulmane. Les sunnites forment le groupe confessionnel le plus important. Il y a 10 % de chiites. Parmi les 0,14 % de fidèles d’autres religions, il y a un nombre relativement égal d’hindous, de bahaïs, de bouddhistes et de chrétiens. Il n’y a que 200 catholiques enregistrés dans le pays.

Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter la fiche du pays dans le Rapport sur la liberté religieuse dans le monde à l’adresse suivante : https://acninternational.org/religiousfreedomreport/fr/reports/af/

Articles récents