fbpx
X
Faire un don

Syrie 

Affamer pour mettre à genoux

Montréal, 15 janvier 2016 – Les aliments sont devenus « l’arme de guerre la plus mortelle » en Syrie, déplore le responsable des projets pour le Moyen-Orient d’Aide à l’Église en Détresse (AED). Selon lui, les troupes du gouvernement autant que les rebelles bloquent l’acheminement de toutes les aides humanitaires afin que des communes entières se retrouvent au bord de la famine et soient obligées de se plier à leur diktat.

 

Le père Andrzej Halemba, a confirmé ce que les médias du monde entier ont démontré cette semaine par le biais d’images troublantes d’enfants affamés : de nombreux groupes font des blocus et ne laissent passer aucun convoi d’aliments, afin d’affaiblir la résistance des opposants. Les civils en paient le prix. Le Père Halemba est en contact permanent avec les chefs religieux en Syrie, où il s’est rendu à trois reprises l’année dernière. Il a expliqué que cette crise exerçait une pression supplémentaire sur l’AED et les autres organisations humanitaires afin d’accroître les aides d’urgence, dans les régions où elles sont encore possibles.

Père Andrezj Halemba: « Nous voulons satisfaire à 100 % les demandes que nous recevons. Toutefois, il n’est pas toujours possible de réaliser tout ce que nous espérions Chaque aide est accueillie avec une immense reconnaissance [par la population]. »
Père Andrezj Halemba: « Nous voulons satisfaire à 100 % les demandes que nous recevons. Toutefois, il n’est pas toujours possible de réaliser tout ce que nous espérions. Chaque aide est accueillie avec une immense reconnaissance [par la population]. »

En effet, les gens qui fuient les contrées assiégées sont attirés par ces régions encore approvisionnées. Le Père Halemba a poursuivi en disant : « Les troupes armées des deux parties – autant celles du gouvernement que celles des rebelles – interdisent le passage des convois humanitaires, avec l’objectif de mettre la population à genoux. » Il a ajouté que les rebelles avaient intercepté et confisqué les aides et les avaient revendues au plus offrant pour se procurer de l’argent.

 

Concernant Madaya, la ville au nord-est de Damas, où des gens seraient déjà morts de faim, le Père Halemba a indiqué: « Dans certaines villes comme Madaya, la population est désespérée, mais les convois humanitaires sont empêchés d’y accéder. » Sur la base des rapports selon lesquels jusqu’à quatre millions de personnes vivent en Syrie dans des régions complètement coupées de toute aide extérieure, le Père Halemba évoque des statistiques qui indiquent que, depuis le déclenchement des violences il y a cinq ans, 280 000 personnes sont mortes lors des combats, tandis que 350 000 personnes ont perdu la vie à cause de l’absence de médicaments et d’autres fournitures essentielles.

 

Le Père Halemba rapporte que l’AED met en place des programmes d’aide d’urgence dans des agglomérations urbaines telles que la capitale de Damas, où se sont réfugié des milliers personnes ayant fui Madaya.

 

Depuis mars 2011, lorsque le conflit a éclaté, l’AED a accordé de l’aide pour un montant total de 15,05 millions de dollars canadiens afin de soutenir les chrétiens et les membres d’autres religions dans ce pays. Presque 60 pour cent de ces fonds (8,99 millions de dollars canadiens) ont été versés rien que l’année dernière.

 

Renouveler la prière
et créer de nouveaux programmes

 

Le mois dernier, l’AED a lancé 19 nouveaux programmes d’aide pour la Syrie. De plus, l’organisme international – dont le bureau canadien est situé à Montréal – est en train d’élaborer vingt autres programmes d’aide d’urgence, dont le coup d’envoi sera donné au cours des prochains mois. L’AED travaille en étroite coopération avec les évêques de Damas, Tartous, Alep et Homs, ainsi qu’avec les Jésuites et d’autres communautés religieuses, qui approvisionnent en aliments, médicaments, manteaux et chaussures des régions comme Alep, le nord-est de la Syrie, et Homs, plus au sud, ainsi que les alentours de Marmarita, c’est-à-dire la Vallée des chrétiens.

 

Par ailleurs, le Père Halemba a souligné à quel point la crise s’aggrave parce que l’alimentation électrique ne fonctionne plus dans les régions principales. Selon lui, Alep est privée d’électricité depuis la mi-novembre, un problème qui pèse encore plus lourd maintenant que les températures nocturnes sont inférieures à zéro degrés Celsius. Le Père Halemba relate que l’an dernier, 15 000 colis d’aide ont été distribués à des familles dans tout le pays. « Beaucoup de ces familles ont reçu plusieurs de nos colis. Cette année, nous voulons apporter encore plus d’aide. »

 

« Nous voulons satisfaire à 100 % les demandes que nous recevons. Toutefois, il n’est pas toujours possible de réaliser tout ce que nous espérions Chaque aide est accueillie avec une immense reconnaissance [par la population] », indique-t-il.« Les gens nous disent à quel point ils se réjouissent de recevoir notre aide. Ils pleurent de joie et disent : ‘Maintenant, nous pourrons survivre à l’hiver’ ». Père Halemba a également rappelé que les villages aux alentours de la ville d’Hassaké, située au nord-est, doit aussi recevoir de l’aide d’urgence. Récemment, la ville a été libérée du joug des occupants islamistes.

Déjà cinq ans de conflits en Syrie.
Déjà cinq ans de conflits en Syrie.

 

Actuellement, beaucoup de chrétiens assyriens expulsés de leurs villages ne peuvent plus y retourner, à cause de l’absence de tout approvisionnement de base.
Le Père Halemba demande qu’il y a ait de nouvelles prières pour la Syrie, et en particulier pour les 79 chrétiens enlevés de leurs villages assyriens près d’Hassaké et maintenant retenus de force par Daech dans la ville de Racca, capitale autoproclamée de l’organisation islamiste, au nord du pays. Selon certains rapports, les islamistes exigent des rançons pouvant aller jusqu’à plus de 46 000 dollars par personne.

 

Dans ce contexte, le Père Halemba a souligné les souffrances des chrétiens n’ayant pas la possibilité de payer la djizîa, l’impôt de capitation islamique incroyablement élevé. Il est exigé dans les régions contrôlées par Daech et d’autres groupes armés. Il a ajouté que les chrétiens étaient obligés de verser un impôt de capitation annuel de 87 000 livres syriennes (525 $ selon le cours du change officiel). Cependant, les gens n’en ont pas les moyens dans ce pays où le prix d’un kilo de sucre est passé de 5 livres syriennes (2,90 $) en 2010 à 5 000 livres syriennes (30,22 $ euros) aujourd’hui.

 

Enfin, concernant le durcissement des actions militaires internationales en Syrie, le Père Halemba affirme : « La Boîte de Pandore a été ouverte, mais personne n’a la volonté de refermer le couvercle. Au lieu de faire la guerre, il faudrait se rassembler d’urgence autour d’une table et discuter du comment atteindre la paix. C’est de cela dont les gens ont vraiment besoin maintenant. »

Articles récents