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Syrie

« À Alep, ça n’a jamais été aussi grave que maintenant »

Propos recueillis par Oliver Maksan — C’est par ce constat que le Père Ibrahim Alsabagh, prêtre franciscain, appelle les chrétiens du monde entier à prier pour la ville syrienne d’Alep, qui fait l’objet de combats acharnés. « Ça n’a jamais été aussi grave que maintenant depuis le début de cette guerre terrible. Je n’ai pas de mots pour décrire toute la souffrance que je vois tous les jours », a déclaré mardi ce religieux d’Alep, à l’organisme international catholique de charité Aide à l’Église en Détresse (AED).

« Des missiles et des bombes tombent sur les églises, les mosquées, les écoles et les hôpitaux. Il y a 17 personnes qui ont été tuées lors d’une attaque contre notre hôpital », raconte le franciscain. « Et ce nombre pourrait encore augmenter. D’innombrables maisons sont complètement ou partiellement détruites. Tant de gens ont été tués ou grièvement blessés. Et quand les bombes ne tombent pas, il règne un calme lugubre, comme dans un cimetière. Les rues sont quasiment désertes. »

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Un nouveau Sarajevo

« Dimanche dernier, la fête de la Pâque orthodoxe a été très triste », ajoute le prêtre catholique. « C’était davantage comme un Vendredi saint qu’un dimanche de Pâques. Même s’il y a eu des offices religieux, ils ont été très peu fréquentés. Les gens ont enterré leurs morts, ou par peur, sont restés à la maison. C’est déprimant. Quand la communauté internationale se réveillera-t-elle enfin pour en finir avec ce nouveau Sarajevo? »

Cela fait près de deux ans que le Père Ibrahim travaille dans cette ville du nord de la Syrie, partagée et chaudement disputée entre le gouvernement syrien et les rebelles. « Ceux qui le peuvent s’enfuient. Dimanche, les routes pour quitter la ville étaient pleines de réfugiés. Ceux qui sont restés sont les plus pauvres, ceux qui n’ont même pas les moyens de se mettre en sécurité. Nous aidons là où nous pouvons, et comme nous pouvons. Une partie de la population vit dans des maisons à moitié détruites. Nous finançons les réparations et aidons les gens, avec le soutien d’Aide à l’Église en Détresse, par de la nourriture, des vêtements, des médicaments, des produits hygiéniques et d’autres choses encore. Mais, maintenant, nous avons vraiment besoin de toute l’aide extérieure possible. Nous sommes dans la plus grande détresse », explique le Père Ibrahim.

Ce dernier observe de plus en plus de stress psychique chez les gens. « Le nombre de dépressions nerveuses augmente. Nous avons également beaucoup de maladies mentales, à cause de la guerre. C’est une telle misère. Cependant, je remercie Dieu de m’avoir permis de devenir, par sa grâce, le bon Samaritain de toutes ces personnes souffrantes. Je tente de les consoler par la parole de Dieu, mais aussi par des actes de Miséricorde. Je garde toujours à l’esprit les paroles du Pape François, qui incite à manifester aux gens la tendresse de Dieu. Nous, les prêtres et religieux, sommes vraiment devenus des pères pour les gens, mais plus encore des mères qui cherchent à panser maternellement et avec tendresse leurs blessures. »

 

Le Père Ibrahim compare la situation des quelque 50 000 chrétiens restés à Alep à celle de Saint Paul dans les Actes des Apôtres. « Saint Paul était en prison avec Silas à cause de leur foi. Mais, ils ont été libérés par leurs prières. Ils ont fait de leur terrible prison un lieu de prière. C’est à cela que nous aussi, chrétiens d’Alep, sommes appelés à faire. Aussi terrible que soit cet endroit, nous devons y donner un témoignage chrétien. Nous ne devons pas penser qu’à nous-mêmes. »

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La Croix que portent les chrétiens est très lourde, déclare le Père Ibrahim. « Mais cela nous unit à Dieu, ainsi qu’entre nous, d’une manière que je n’avais jamais vue. Ma foi et ma vocation sacerdotale se sont développées à Alep. J’ai beaucoup prié devant le Tabernacle pour que le Seigneur nous aide ».

Le Père Ibrahim remercie les bienfaiteurs d’Aide à l’Église en Détresse. « Sans votre générosité, nous ne pourrions pas faire grand-chose. Soyez assurés que chaque jour, les enfants, les pauvres et les personnes âgées prient Dieu de vous bénir pour votre aide. Veuillez, s’il vous plaît, prier vous aussi constamment pour nous, afin que nous restions fermes dans la foi et la charité. En effet, cette crise va au-delà de nos forces. »

Aide à l’Église en Détresse aide les chrétiens d’Alep depuis des années. Des programmes pour fournir des vêtements, de la nourriture et des médicaments y sont soutenus grâce aux partenaires de l’Église. À cela s’ajoutent des aides au logement et des aides scolaires. AED aide par ailleurs aussi les chrétiens de Syrie et d’Irak qui ont dû fuir la guerre et le terrorisme, et qui se sont réfugiés ailleurs dans leur propre pays ou dans un pays voisin.

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Par Oliver Maksan, AED International 
Adaptation : Mario Bard, AED Canada


 

 

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